09 septembre 2010
Le Petit garçon qui avait envie d’espace

- Jean Giono
- Illustrations François Place
- Folio cadet, Gallimard - 5,60 €
Oh ! comme il est beau ce texte ! Jean Giono l’a publié en 1978 et Gallimard l’a accompagné en 2007 par des illustrations de François Place.
« Il y avait un petit garçon qui habitait un pays de plaines ». Chaque dimanche après-midi, il se promène avec son père dans des chemins bordés de haies, avec toujours l’envie de voir plus loin, et plus haut. Un jour le petit garçon a l’idée de monter en haut d’un arbre, mais il ne voit pas beaucoup plus loin, et redescend déçu.
Mais le soir venu, lorsqu’il s’endort, il y a un escalier dans l’arbre. Et lorsqu’il atteint le ciel, le petit garçon s’envole, et parcourt enfin la campagne et les paysages qu’il avait tant désirés. « Je sais maintenant comment il faut faire pour dépasser toutes les haies et m’en aller bien plus haut que tous les arbres. Je sais désormais faire quelque chose de très important. »
(et Giono de terminer son récit ainsi : « Qu’est-ce que ça peut bien être, cette chose si importante ? Je ne sais pas, moi ! )
Madeline Roth, L’Eau Vive
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Je cherche les clés du paradis

- Florence Hirsch
- Illustrations Philippe Dumas
- Mouche, L’École des Loisirs - 7,50 €
Ce livre me bouleverse. À chaque lecture, il me fait monter les larmes aux yeux. Je l’ai souvent offert à des adultes, mais il est évidemment un très beau texte pour les plus jeunes, pour parler en famille de l’importance des lieux que l’on habite.
L’écriture est manuscrite, comme dans un journal intime, dessiné, et les illustrations à la plume et à l’encre, réalisées par Philippe Dumas, sont chargées de souvenirs et de mélancolie. Une petite fille, devenue grande, se souvient de la maison de famille et du déménagement, à l’heure où il a fallu vendre cette maison.
« Cette vie du passé qui persiste en nous ». C’est un texte qui parle de Mémoire et d’Oubli. Avec des majuscules. C’est un texte juste et bouleversant dans chacun des mots, des images, des souvenirs, des symboles.
Madeline Roth, L’Eau Vive
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Vidéo : Rencontre d'écrivain avec Jean-Philippe Blondel
Rencontre d'écrivain avec Jean-Philippe Blondel, animée par Bernard Magnier, librairie Apostrophe le 25 mars 2010.
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08 septembre 2010
Écrire un roman historique, c’est jouer à l’équilibriste (par Brigitte Coppin)
Après avoir publié de nombreux documentaires sur le Moyen Age, Brigitte Coppin a voulu, avec Le Château des Poulfenc, l'investir dans une fiction. Elle nous explique pourquoi. Un texte écrit pour la librairie Poco à Poco-Tonnet Jeunesse, Pau.
Au début du premier tome [Le Château des Poulfenc, tome 1: Les Morsures de la nuit], il y a Thomas, treize ans à peine, pensionnaire à vie, sans vacances ni week-end. Autrement dit, Thomas de Poulfenc, second fils de chevalier, élevé au monastère depuis l’âge de sept ans sans avoir jamais revu ses parents. Cela se passe vers 1160, et l’on ne serait là que dans une fidèle évocation du passé s’il n’y avait ce chien, qui déchire et dévore, dans les cauchemars répétés de Thomas…
Après avoir écrit tant de documentaires sur le Moyen Age depuis une vingtaine d’années, je souhaitais y poser enfin une fiction. L’image de ce fils cadet s’était glissée dans ma tête – ou plutôt dans cet espace particulier chez un auteur qui va du front au cœur. Je cherchais le moment favorable… La mort a cogné tout près de moi, puis il y a eu un déménagement vers le sud et, tout naturellement, le scénario s’est développé. Thomas de Poulfenc va donc quitter le cocon du monastère, être confronté à la vie extérieure, à la peur, au danger, et peu à peu trouver sa place face à un frère aîné disparu.
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07 septembre 2010
Leçon de vol

- Sebastian Meschenmoser
- Traduction Bruno Masson
- Petite Plume, Plume de Carotte - 12 €
Voler… c’est le rêve de l’homme. De tout un chacun. De beaucoup en tout cas.
Mais contre toute attente, c’est aussi celui d’un pingouin. C’est en tout cas ce qu’on devine quand ce dernier atterrit – en mauvais état – au pied de notre narrateur. Celui-ci décide de le recueillir et de l’aider. Ils vont mettre au point des techniques d’apprentissage au vol pour le moins étonnantes voire complètement loufoques. Du tir à l’arc de pingouins en passant par le cerf-volant pingouin, toutes leurs tentatives virent lamentablement à l’échec. Mais à force de persévé
rer, qui sait ce qui peut se produire…
Après Tes 3 vœux de Molosse ou la série de L’Écureuil (et la lune, et le printemps… ) parus aux éditions Minedition, Sebastian Meschenmoser réalise un nouvel album bien décalé? plein d’humour et de surprise.
Florian Trohel, M’Lire
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06 septembre 2010
J’aime pas le lundi

- Jérôme Lambert
- Neuf, L’École des Loisirs - 8,50 €
« J’aime pas les filles. Elles me font peur. Et elles crient. Souvent. Fort. Et pour un rien. Les filles crient quand elles sont folles de joie, folles d’émotion, folles de rage, folles d’amour et folles de tristesse. Ça fait beaucoup d’énergie pour rien et ça abîme la peau du visage, me dit mamie. »
Jérôme Lambert écrit très bien. Deux très bons Médium, un très joli Mouche (Comme le soleil), et celui-ci, qui, si l’on croit la dédicace, était prévu comme un Mouche au départ, c’est-à-dire une première lecture. Et c’est dommage, non, tellement on en manque, de bons premiers romans (en fait on manque aussi de bons romans junior, alors…)
C’est un texte qui fait du bien, drôle, tendre. Lucien dresse la liste des choses qu’il n’aime pas, et dans cette liste, il y a une fille. Fatou. Sauf qu’évidemment, les choses ne sont pas aussi simples. Et les filles que l’on dit détester, il se pourrait bien qu’en vérité, on les aime beaucoup…
Madeline Roth, L’Eau Vive
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Podlapin

- Philippe Jalbert
- Illustrations Cécile Hudrisier
- Éditions Thierry Magnier - 12 €
Imaginez… C’est le matin, vous vous réveillez à peine quand un gland vous tombe sur la tête. La mauvaise humeur prend le dessus, la colère monte et vous envahit entièrement. Plus rien ne peut vous l’enlever. C’est exactement ce qui va se passer pour le lapin, héros de cette histoire. Pour décharger sa colère, il va s’en prendre à tous les animaux qui croiseront son chemin, de la taupe curieuse au crapaud contemplatif, de l’hippopotame bronzant au grand dragon fumant. Et puis c’est au tour du petit oiseau qui vient lui déclarer son amour. C’en est trop pour notre lapin grognon qui libère sur lui toute sa colère. La vengeance du pauvre oiseau n’en sera que plus forte…
Cet album se passe complètement de texte, remplaçant les injures du lapin par des pictogrammes représentant tour à tour des chaussettes, des nuages, des extra-terrestres ou autres boots poilus… Le résultat est très réussi et rend parfaitement l’aspect teigneux du personnage central. La chute nous fait rire et l’humour acide plaira autant aux grands qu’aux petits.
Florian Trohel, M’Lire
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essayages 2010
cet été vous avez essayé le surf et le cerf-volant japonais
le pastis de contrebande et la musique en ligne
et maintenant que la rentrée commence
que les écoles ouvrent la grève générale nous voilà !
que houellebecq et nothomb ont re-pondu l'oeuf ou la poule
vous voici prêts à essayer les essayages
ce lieu d'aventure où les auteurs prennent la parole
et lisent un texte inachevé
une écriture en cours fragile et fraîche
à partager entre tout le monde
avec ou sans la carte bleue d'identité
c'est gratuit et sans frontières
alors n'hésitez plus
venez en ardèche du 10 au 12 septembre
vous pourrez même ré-essayer votre cerf-volant
à bientôt
sébastien Joanniez
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Écrire à la plume me donne des ailes
Une interview de Franck Prévot par Caroline Hayot, Librairie Larcelet, Saint Dizier. «Si on donne à moudre du grain déjà moulu aux enfants, ils finiront par nous prendre pour des imbéciles! À partir de ce constat, j'estime qu’il n’y a pas grand-chose à s’interdire.».

CAROLINE HAYOT: Comment est née cette collection?
FRANCK PRÉVOT: J'ai commencé à écrire ces pensées juste avant de partir à un salon. Mon projet était alors de laisser des petites cartes à mes enfants pour qu'ils les découvrent progressivement pendant mon absence. J'ai donc attaché ces pensées à deux guirlandes de sorte qu'avant chaque repas, mes enfants pouvaient en décrocher une et la lire. Lorsqu'on se téléphonait, j'avais droit à leurs réactions ou leurs questions (parce qu'ils ne les avaient pas toutes comprises en première lecture). J'ai continué à en écrire, le jeu m'amusait beaucoup. J'en ai montré quelques-unes à Régis Lejonc pour le faire rire et pour avoir son avis: était-il envisageable de les publier? Il m'en a convaincu, allant même jusqu'à se proposer de les illustrer. Le projet du premier livre était dans nos mains! Avec enthousiasme, L'Édune nous a laissé toute la liberté dont on pouvait rêver pour penser l'objet. Et c'est ainsi que Les Pensées sont des fleurs comme les autres est sorti en septembre 2008.
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04 septembre 2010
Cent culottes et sans papiers

- Sylvain Levey
- Éditions Théâtrales Jeunesse - 7 €
Le théâtre contemporain français regorge de talents et d’auteurs – souvent méconnus du grand public – qui n’hésitent pas à écrire pour le jeune public. Le travail de certaines maisons d’édition y est sans doute pour beaucoup. C’est tout un travail de défrichage qui est effectué de très belle manière depuis des années. C’est ainsi qu’ont émergé des auteurs comme Fabrice Melquiot (Éditions de l’Arche), Emmanuel Darley (École des Loisirs) ou Joël Jouanneau (Heyoka) par exemple. Aux Éditions Théâtrales, on peut par exemple citer Sylvain Levey qui, depuis plusieurs années déjà, nous offre de très belles pièces pour enfants. Ouasmok, Alice pour le moment et quelques pièces dans des ouvrages collectifs le démontrent bien. Pour Cent culottes et sans papiers, Sylvain Levey ose une écriture plus ambitieuse, moins narrative avec un recueil de très courts textes proches de la poésie. S’appuyant sur une sorte d’inventaire des différents habits et de leur utilisation finalement assez futile, ces textes qui au début peuvent déstabiliser le lecteur prennent peu à peu sens et s’avèrent finalement éminemment politiques et sensibles. Par le biais de ce thème, Sylvain Levey traite sans aucune lourdeur beaucoup de sujets d’actualité. On imagine déjà tout le travail qui pourra être fait avec ces textes dans des ateliers théâtre. Et quel plaisir alors de travailler sur des textes contemporains et remarquablement bien écrits.
Simon Roguet, M’Lire
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03 septembre 2010
Bakuman T1

- Tsugumi Ohba
- Illustrations Takeshi Obata
- Kana - 6,25 €
Moritaka Mashiro et Akito Takagi sont tous les deux collégiens. Le premier possède un don flagrant pour le dessin – il passe son temps en cours à dessiner celle qu’il aime – et l’autre est tout simplement l’un des meilleurs élèves de tout l’établissement. Ce dernier écrit des scénarios de manga et va pousser Moritaka à s’associer et à dessiner pour lui. Ils devront réaliser leur rêve : devenir mangakas.
Cette histoire nous permet de découvrir, à travers l’évolution des deux jeunes héros, l’univers impitoyable de l’édition de manga. C’est particulièrement réaliste puisque nos jeunes mangakas vont frapper à la porte de Shueisha, qui n’est ni plus ni moins la plus grande maison d’édition au Japon (c’est elle qui publie les revues Shonen Jump notamment avec des séries comme Naruto, Dragon Ball, One Piece, Nana ou Bleach…. Mêlant histoires sentimentales et apprentissage du manga, cette série nous fait pénétrer dans le quotidien de la vie des mangakas. Réalisée par les auteurs de Death Note(mais dans un style totalement différent, cette série devrait plaire au plus grand nombre.
Florian Trohel, M’Lire
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« Je veux parler d’événements terrifiants peut-être parce que je suis moi-même facilement effrayé (redemandez à ma femme à propos du couteau…)»
Une interview de Stefan Casta par Gégène, librairie L'Herbe Rouge, Paris.
Il est des livres qui laissent un souvenir persistant même si diffus. Faire le mort , le premier roman de Stefan Casta, remarquablement traduit du suédois par Agneta Segol et paru aux éditions Thierry Magnier en 2004, est de ceux-là. Roman hivernal, noir, violent, trop pour certains, néanmoins profondément humain. Seul auparavant dans cette veine m’avait autant marqué le texte de Jan Guillou, également suédois, La Fabrique de violence publié en France aux éditions Agone. Lorsque, cinq ans après en ce début d’automne 2009, est publié chez le même éditeur avec la même traductrice, un second livre de l'auteur, La Vie commence, je me lance à sa découverte avec peut-être une légère appréhension, et suis frappé par un roman très différent, plus «solaire», mais tout autant marqué par les êtres et la nature. Quand cela m'a été proposé, j'ai donc sauté sur l’occasion de parler avec cet écrivain. Étaient présentes à cette rencontre Soazig Le Bail, éditrice des romans chez Thierry Magnier, et Amélie Annoni, responsable de la promotion et organisatrice de cette réunion, qui a de plus pallié sur le champ et avec efficacité une déficience de mon matériel d’enregistrement - grâces lui en soient rendues! Stefan Casta est un homme réservé, au regard pétillant, qui s’est prêté au jeu avec grandes disponibilité et amabilité, dans un mélange d’anglais et de français - qu'il pratique peut-être parce qu'il possède un petit appartement à Sète où il vient régulièrement écrire… L’entretien a commencé après que je lui ai offert son album Allez donc prendre un bain monsieur renard illustré par Staffan Gnosspelius (primé en Suède pour ces images); Stefan Casta n'en avait en effet jamais vu la version française, l’éditeur français, Oskar Jeunesse, ne l’ayant pas transmis à l’éditeur suédois (message…)
GÉGÈNE: Merci d’abord de me recevoir. Vous écrivez pour adultes, enfants et adolescents. Combien de textes avez-vous publié à ce jour en Suède?
STEFAN CASTA: Trente neuf jusqu’à présent. Quatre ou cinq pour adultes, une douzaine pour ados et le reste pour des enfants plus jeunes.
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Le Livre qui rend heureux

- Ronald Tolman
- Illustrations Marije Tolman
- Milan Jeunesse - 12 €
Du calme. Du calme et de l’apaisement. Voilà ce que l’on ressent quand on referme ce livre. Peut-être même une petite touche du bonheur si on y repense.
C’était pourtant annoncé dans le titre. Mais ayons l’honnêteté de dire qu’on n’y croyait qu’à moitié. On nous l’a déjà faite celle-là. Alors on ouvre le livre et on tourne les premières pages. Pas de texte. Il faut donc y revenir. Prendre le temps. Savourer un peu et s’y replonger de plus belle. L’histoire nous pénètre peu à peu. Finalement peu importante quand on y songe. Un ours blanc trouve refuge sur un arbre perdu au milieu de l’océan. Un ours brun le rejoint peu de temps après. Puis tout un monde s’invite au fil des pages: les flamants roses, les hiboux, les pandas, le paon, l’hippopotame… Au fur et à mesure des rencontres, les couleurs surgissent. Chaudes. Franches. Et pourtant douces. La palette de Marije Tolman, puisque c’est elle qui signe la mise en couleurs de cet ouvrage, est tout simplement fabuleuse. Elles accompagnent si bien les gravures de son père, Ronald Tolman.
Cet album est une vraie invitation à la contemplation. Un moment un peu hors du temps à savourer presque en cachette. Pour ne pas être dérangé. Et puis non, finalement. C’est tellement mieux de le partager…
Cet ouvrage vient de remporter le Prix Fiction à la dernière Foire de Bologne.
Puisqu’on vous dit que c’est bien !
Simon Roguet, M’Lire
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Le Cercle et la flèche

- Patrick Ness
- Gallimard Jeunesse - 15 €
L’année dernière sortait La Voix du couteau, premier tome d’une trilogie intitulée Le Chaos en marche, actuellement disponible en poche. Patrick Ness, dont c’était le premier roman pour la jeunesse, impressionnait d’emblée avec une science-fiction éloignée des sentiers battus et un style très personnel. La lecture des premières pages de La Voix du couteau reste une expérience étourdissante, à défriser les lecteurs les plus blasés. Exigeant dans sa forme et dans les thématiques abordées, ce premier tome n’en était pas moins un grand roman populaire de la même façon que peuvent l’être ceux de Jean Claude Mourlevat.
Le Cercle et la flèche surprend évidemment moins. Le lecteur retrouvera rapidement ses marques, notamment la gymnastique intellectuelle particulière nécessaire à la prise en compte du Bruit. Il retrouvera aussi Todd et Viola avec plaisir, là où Patrick Ness les avait laissés : en fort mauvaise posture. Si cette suite peine à trouver son rythme (beaucoup plus statique que la course poursuite du premier tome), elle n’en est pas moins passionnante aussi bien dans la richesse de ses personnages (inoubliable Davy Prentiss) que dans sa façon de rentrer en résonance avec l’histoire du XXe siècle (le sort du peuple des Spackles qui évoque à la fois celui des Indiens d’Amérique du Nord et celui des Juifs). Le Cercle et la flèche est, en effet à sa façon (très physique) un grand roman sur l’ambiguïté politique et sur le libre arbitre.
Gwendal Oulés, Récréalivres
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La Voix derrière la porte

- Michaels Rune
- Romans Grands Formats, Casterman - 13 €
« Franz, lui aussi, s’enivrait du charme de cette voix qu’il n’avait pas entendue depuis cinq longues années… Il s’absorbait dans l’ardente contemplation de cette femme qu’il croyait ne jamais revoir, et qui était là, vivante, comme si quelque miracle l’eût ressuscitée à ses yeux ! »
Le Château des Carpathes, Jules Verne, éd. Le livre de poche.
Suite au décès de sa mère, l’adolescente Daze réalise lentement son deuil entourée de son père, ingénieur informatique, et de son petit frère de cinq ans. Persuadée d’avoir entendu la voix de la défunte, elle découvre dans le laboratoire paternel, la tête de sa mère, reliée à un ordinateur…
Afin d’envisager La Voix derrière la porte, il faut – une fois n’est pas coutume – se fier à sa couverture très éloignée des standards graphiques des romans de science-fiction. D’ailleurs le roman de Michaels Rune est-il réellement un roman de science - fiction ? Il emprunte évidemment un motif cher au genre mais pour se concentrer de façon assez inattendue sur une trame réaliste de drame psychologique, comme le faisait à sa façon le remarquable Being de Kevin Brooks (éd. Du Rouergue).
Très concis dans sa forme, La Voix derrière la porte dresse le portrait d’une jeune fille perdue dans le passé, incapable de faire face à des sentiments contradictoires. L’auteur ne s’intéresse pas au «comment» de l’androïde, mais davantage à ce qui se passe entre Daze et lui. À ces échanges décepti
fs et néanmoins troublants répondent ceux avec la psychologue à qui Daze ne donne pas (comme au lecteur) toutes les clefs.
L’émotion de La Voix derrière la porte surprend et sa résolution brutale risque d’en marquer plus d’un. Un très beau roman.
Gwendal Oulés, Récréalivres
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Ker-Is: La légende de la ville au milieu des flots

- Jean-Pierre Kerloc’h
- Illustrations Jérémy Moncheaux
- Albin Michel Jeunesse - 13,50 €
Ker-Is est une très ancienne légende de Bretagne. C’est aussi l’une des plus connues. On utilise souvent alors le titre La ville d’Is ou la ville engloutie… L’histoire se déroule au temps des druides et des rituels magiques. Elle raconte les aventures d’un roi des plus prestigieux nommé Gradlon ar Meur (Gradlon le Grand). Un jour, alors qu’il rentre de guerre, il présente au royaume une enfant Dahud, née d’une femme de l’Outre-Monde. Bien des années plus tard, Dahud est devenue une femme d’une beauté éblouissante. Et elle a hérité de sa mère un esprit et un cœur « libre et changeant comme la mer ». C’est pour elle que son père fait construire la mythique et fabuleuse cité de Ker-Is (« la ville plus basse que la mer »). Dahud se voit remettre par son père la clef d’or de la ville mais est prévenue : les portes de la cité doivent toujours rester fermées car la ville peut être ensevelie sous les eaux à n’importe quel moment.
Comme toutes les légendes, la légende de la ville engloutie a subi, au fil du temps, de nombreuses modifications qui l’ont bien souvent éloignée du mythe originel. Jean-Pierre Kerloc’h nous la restitue ici dans son style le plus simple et le plus fort. Les illustrations de Jérémy Moncheaux rendent à merveille l’ambiance mystérieuse propre aux légendes celtes et l’utilisation de touches de couleur brumeuses nous rappellent certains paysages bretons.
Coraline Donain, M’Lire
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30 août 2010
Fablehaven: T.2, La Menace de l’étoile du soir

- Brandon Mull
- Traduction Marie-José Lamorlette
- Nathan - 14,90 €
Le début du deuxième tome de Fablehaven inaugure un changement de ton. La fantasy old school du Sanctuaire Secret laisse place à un fantastique plus contemporain très influencé par les séries ayant pour cadre l’univers scolaire. Le personnage ambigüe de Errol Fisk et celui du grotesque Kobold semblent tout droit sortis d’un épisode de Buffy.
C’est sans regrets que le lecteur verra la belle Vanessa rapatrier de toute urgence nos deux héros à Fablehaven, dans sa voiture blindée. La propriété des grands-parents de Seth et Kendra était loin d’avoir livré tous ses secrets et nous avons autant de plaisir qu’eux à les découvrir. Les ficelles de l’intrigue sont un peu plus visibles avec parfois un côté mécanique déplaisant (surtout dans l’inévitable combat final où on a plus l’impression de tenir une gamepad qu’un livre entre les mains) et on troquerait bien un peu de l’intrépidité des enfants pour davantage d’âme.
Brandon Mull sait toujours faire preuve d’autant de malice et d’inventivité au détour de chapitres visuellement très marquants. On apprendra donc le goût des satyres pour le tennis sur gazon et celui des sphinx pour le baby-foot. Ces trouvailles qui faisaient également la qualité du premier tome ne font pas complètement taire le soupçon d’être peut-être un peu grugé sur la marchandise.
Et si la mystérieuse propriété de Fablehaven n’était qu’une aimable attraction, qu’un beau décor dissimulant habilement son artificialité ? Rien n’empêche d’attendre le troisième tome à paraître en octobre prochain, pour se décider et de faire confiance aux promesses du dernier chapitre (une lettre adressée à Kendra) qui vient relancer l’intrigue en redistribuant les cartes entre bons et méchants dans un troublant twist final.
Gwendal Oulés, Récréalivres
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27 août 2010
La Parenthèse

- Élodie Durand
- Delcourt - 14,95 €
Il y a des récits de vie qui, après lecture, vous mettent à fleur de peau sans que vous puissiez réellement expliquer pourquoi. C’est exactement ce que l’on ressent lorsque l’on referme cette BD. Un sentiment d’euphorie de constater que malgré les épreuves, et particulièrement celle de la maladie, on peut ressortir plus fort qu’on ne l’aurait jamais cru.
« La mémoire est notre cohérence, notre raison, notre sentiment, et même notre action, sans elle nous ne sommes rien. » a écrit Luis Buñuel. Que faire alors quand votre corps se comporte d’une manière étrange et que cette mémoire vous trahit en ne vous en laissant aucun souvenir ?
Après plusieurs malaises, Judith décide d’aller voir un neurologue qui lui apprend qu’elle souffre d’épilepsie. S’ensuivent alors différents traitements qui vont la faire dormir, prendre du poids ou perdre ses cheveux. Mais pour ce médecin, « Lorsque les crises sont contrôlées, on peut vivre vraiment normalement ». Bien sûr, oui. Mais pourtant, tout ne s’arrange pas, au contraire. On passe alors aux IRM, scanners et autres examens médicaux qui vont révéler un autre mal.
Loin de s’apitoyer sur son sort, l’auteur nous bluffe avec ce récit. Malgré un sujet dur, cette histoire reste pleine d’humour et de retenue.
Un énorme coup de cœur donc, pour cette BD et son auteur.
Coraline Donain, M’Lire
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Rhino des villes

- Gaëtan Dorémus
- Autrement - 18 €
Les rhinocéros sont des mammifères herbivores appartenant à la famille des Rhinocerotidae, ordre des périssodactyles. Toutes les espèces de rhinocéros sont considérées comme menacées de disparition. Le rhinocéros fait localement l’objet d’un programme ou de projets de réintroduction notamment en ville où, comme le rappelle Gaëtan Dorémus en préface de cet ouvrage fort instructif, ils vivaient en toute liberté, rendant service aux humains.
L’auteur, éminent spécialiste du rhino et fervent partisan de sa réinsertion en milieu urbain, témoigne ici de leur grande faculté d’adaptation et de camouflage dans une série de photographies digne des grandes heures du National Géographic.
Rappelons, pour ceux qui l’auraient oublié, que les rhinos peuvent mesurer 5 m de long pour 1, 80 m de hauteur, et faire un poids pouvant avoisiner les deux tonnes. Il sont aussi capables, poussés par leur instinct originel, de se faufiler dans un tuyau d’arrosage, de s’exhiber tout de mie vêtus dans les vitrines des boulangers, de s’étendre au balcon après essorage, d’escalader à l’égyptienne les escaliers les plus pentus… Évidemment tout un chacun pourrait s’extasier à l’énumération (non exhaustive) de ces multiples dons mais ce serait occulter une partie du problème.
Comment ne pas s’insurger contre leurs conditions de vie parfois précaires (squatter un abris bus, dormir à même le sol sous une couverture de feuilles mortes ou dans des cartons) ? Pourquoi ne peuvent-ils pas s’exprimer dans les médias traditionnels et doivent-ils se contenter des murs de la cité ? Assurément il reste beaucoup de travail à faire dans le domaine afin de sensibiliser le grand public à la cause. Gageons que l’ouvrage de M. Dorémus œuvrera dans ce sens.
Ouvrons donc nos yeux et notre esprit : les rhinos sont là et nous avons besoin d’eux autant qu’eux de nous.
Au fait, le rhinocéros barète ou barrit, comme l’éléphant…
Gwendal Oulés, Récréalivres
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16 août 2010
Basile et Melba : Tome 3, Automne

- Mathilde Domecq
- Tchô, Glénat - 9,95 €
C’est avec un grand plaisir que nous retrouvons nos deux compères Basile et Melba. Toujours forts de leurs différences, lui bon élève et de bonne famille, elle un peu cancre et délurée, ils poursuivent leurs aventures rocambolesques dans un duo étonnant et détonant. Nous les avions laissés dans une situation des plus épineuses. Qui a kidnappé Quenelle ? Après Mu, c’est une nouvelle course poursuite contre la montre qui commence. Il faut délivrer Quenelle, aller au concours de musique et évincer Lily qui colle de plus en plus Basile, tout cela sans que la mère de Melba ne s’en rende compte. Heureusement, elle peut compter sur Basile et sa super nounou, Bing Qing.
Ce troisième tome de Basile et Melba se montre totalement à la hauteur de nos espérances. Tout aussi drôle que les deux tomes précédents, Mathilde Domecq sait, de plus, nous mettre l’eau à la bouche avec un final qui annonce un tome 4 des plus surprenants. On l’attend avec impatience.
Coraline Donain, M’Lire
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