(LES 25 DERNIERS ARTICLES DANS CETTE RUBRIQUE)

21 juillet 2011

Dis l’oiseau, ô dis, emmène-moi… (dans le rétroviseur de Citrouille, #12, été 2011)

Première publication : 2005

medium_edmee.jpgIl fallait beaucoup d’humilité et de talent pour illustrer L’Aigle noir de Barbara. Au vu de l’album publié par Didier jeunesse, on peut assurer qu’Edmée Cannard fait preuve de ces deux qualités. Elle nous explique dans le texte suivant comment elle a laissé l'oiseau l’emporter dans les rêves de la Grande Dame Brune – et comment elle est parvenue, pour notre plus grand plaisir, à restituer ce voyage en images .

« J’ai découvert Barbara à l’âge de 20 ans et depuis ses chansons n’ont cessé de m’accompagner. J’aime la poésie et l’élégance de ses textes, l’émotion qui émane de ses chansons me touche profondément. Quand Emmanuelle Painvin (chez Didier jeunesse) m’a proposé L’Aigle noir, j’ai donc tout de suite été très enthousiaste. Au début, j’ai fait beaucoup de dessins de l’aigle d’après des photos…


medium_aigle.jpgC’est la première fois que je réalise ce travail d’étude en amont. C’était nécessaire, je crois pour cet album. J’avais besoin de m’approprier l’aigle, d’en saisir les attitudes, de décomposer le vol en différentes positions jusqu’à pouvoir presque en ressentir le mouvement. Mais de ce fait, dans mes premiers crayonnés du livre, l’aigle était trop présent, Emmanuelle m’a demandé une nouvelle proposition laissant plus d’espace à l’imaginaire. Elle a un regard très juste sur le travail d’illustration, comme sur celui d’écriture. J’ai supprimé quelques images pour alors suggérer le vol de l’aigle, son mouvement, sans le suivre de trop près. Et j’ai intercalé une double page (que je voulais proche de l’abstraction) représentant le plan d’eau sur lequel flotte un nénuphar et se reflète la silhouette de l’oiseau. Je voulais que l’on ait la sensation de la caresse de l’aile sur la surface de l’eau.

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19 juillet 2011

L'Appel de l'Alliance des Peuples de la Forêt (dans le rétroviseur de Citrouille, #11, été 2011)

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(Ce texte a été publié en 1995 dans Citrouille, en lien avec le portrait de Béatrice Tanaka - Crédit Photo: ici)

Cet appel traduit par Béatrice Tanaka est signé Ailton Krenak, coordonnateur de l'UNI (Union des Nations Indigènes du Brésil). L'Alliance des Peuples de la Forêt, dont il est question, a été fondée par le syndicaliste et écologiste Chico Mendes, assassiné fin 1988. Elle regroupe les associations des divers travailleurs dépendant de la forêt - collecteurs de caoutchouc, de chataignes… - et des réprésentants des tribus indiennes. Elle s'oppose aux industries minières, aux chercheurs d'or, aux exportateurs de bois précieux, grands propriétaires terriens et colons qui abîment la forêt au rythme de 20 hectares par heure (un terrain de foot toutes les trois minutes)

“Ce que L'Alliance des Peuples de la Forêt veut dire à la ville, aux pays fortement industrialisés, au Monde, c'est qu'il y a des gens dans la forêt. Cette évidence semble une nouveauté pour le genre de civilisation qui s'étend de plus en plus sur la planète : le grands centres où s'agglomèrent de plus en plus les habitants du globe bannissent la pensée de la forêt de leur esprit, et encore plus l'idée qu'il puisse y avoir des gens. Les écologistes semblent vouloir protéger une nature sans hommes, comme pour la protéger d'eux-mêmes.

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04 juillet 2011

Comment viennent-elles, vos idées ? - par Jean Claverie (dans le rétroviseur de Citrouille, #2, été 2011)

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Première publication : 2007

« Il n’y avait aucun livre pour la jeunesse sur le sujet. Croquis, bouts de textes, voyage de La Nouvelle Orléans à Chicago, la routine quoi. Rapidement je compris qu’il me fallait un personnage. Ce fut Little Lou.» Un texte de Jean Claverie, écrit à l'invitation de la librairie Papageno, et paru dans le dossier DIRE ET LIRE PAR L'IMAGE, Citrouille n°46. 

Invariablement les enfants vous demandent comment viennent les idées. Et sur cette bonne question, précisément, l’on sent bien que le maître ou la maîtresse ont eux aussi envie d’en savoir plus.

Alors on explique. Chaque projet a son propre enchaînement de désirs, d’intuitions, d’hypothèses, de paris… mais l’envie de parler de telle ou telle expérience vous fait presque toujours remonter le temps, votre propre temps. C’est peut-être ainsi qu’un auteur ou un illustrateur qui s’adresse à la jeunesse est dans une situation de vieillesse anticipée… il puise plus tôt qu’autrui dans sa "réserve" d’enfance.

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23 décembre 2010

Une note de Jean-Claude Mourlevat à propos de son prochain roman + 1 extrait

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Cliquez sur la lettre pour l'agrandir. Les premières pages du roman : cliquez ici

23 novembre 2010

Tout ce qui est mauvais est bon pour la jeunesse (un texte de Philippe Godard)

philippeGodard.jpg«J'ai présenté le thème développé dans ce texte lors d’une conférence le vendredi 19 novembre à Aubagne, devant deux cents professionnels du livre  - et l’accueil, me semble-t-il, a été très favorable. Il faudrait désormais poursuivre et développer la réflexion, notamment sur les menaces réelles qui pèsent en premier lieu sur les libraires, puis les auteurs, puis les éditeurs, du fait de l’éventuelle propagation d’e-books. Ce pourrait être l’occasion de faire vivre encore mieux les librairies et tous les lieux où les écrivains peuvent s’exprimer, et d’inventer de nouveaux modes de valorisation du livre.  Nous souhaitons faire perdurer une profession qui a toujours participé aux avancées pour l’émancipation de l’humanité, et dont l’éventuelle disparition marquerait un recul très important dans cette recherche et ces luttes. » (Philippe Godard) [Lire le texte : ARTICLEgodardnumerique.doc]

09 novembre 2010

Anna et Froga - Un film de Anouk Ricard

Un film d'Anouk Ricard, trouvé sur le facebook d'Aurélia Grandin.
Blog d'Anouk Ricard : http://anoukricard.blogspot.com/

08 septembre 2010

Écrire un roman historique, c’est jouer à l’équilibriste (par Brigitte Coppin)

Après avoir publié de nombreux documentaires sur le Moyen Age, Brigitte Coppin a voulu, avec Le Château des Poulfenc,  l'investir dans une fiction. Elle nous explique pourquoi. Un texte écrit pour la librairie Poco à Poco-Tonnet Jeunesse, Pau.

COPPIN Brigitte 1-2.jpgAu début du premier tome [Le Château des Poulfenc, tome 1: Les Morsures de la nuit], il y a Thomas, treize ans à peine, pensionnaire à vie, sans vacances ni week-end. Autrement dit, Thomas de Poulfenc, second fils de chevalier, élevé au monastère depuis l’âge de sept ans sans avoir jamais revu ses parents. Cela se passe vers 1160, et l’on ne serait là que dans une fidèle évocation du passé s’il n’y avait ce chien, qui déchire et dévore, dans les cauchemars répétés de Thomas…

Après avoir écrit tant de documentaires sur le Moyen Age depuis une vingtaine d’années, je souhaitais y poser enfin une fiction. L’image de ce fils cadet s’était glissée dans ma tête – ou plutôt dans cet espace particulier chez un auteur qui va du front au cœur. Je cherchais le moment favorable… La mort a cogné tout près de moi, puis il y a eu un déménagement vers le sud et, tout naturellement, le scénario s’est développé. Thomas de Poulfenc va donc quitter le cocon du monastère, être confronté à la vie extérieure, à la peur, au danger, et peu à peu trouver sa place face à un frère aîné disparu.

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08 juillet 2010

Plant a man ! (par Susie Morgenstern)

UN ARTICLE DE 2000 DANS LE RÉTROVISEUR DE L'ÉTÉ 2010

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J’ai beaucoup ri quand j’ai reçu ce dessin humoristique de ma sœur, un champ avec des hommes qui poussent. « Dope » a une double signification : ça veut dire un imbécile et la drogue. Oui, drogue, on est intoxiquées, on en a besoin, on doit subir leur « imbécillité ». Je suis un tas de contradictions. J’ai promis, juré que j’étais incapable d’écrire un mot sur ces extraterrestres qui partagent nos vies, j’ai crié que trop ignorante de leur psychologie et de leur sexualité, je ne les mettrais jamais en scène dans un roman. Et voilà que j’ai presque terminé mon troisième roman d’affilée dont le héros est un homme. Je ne sais pas pourquoi – est-ce que j’ai subitement envie d’étendre mon humanité aux deux moitiés du genre humain ?

Dans ma famille le message inculqué (et il n’y a pas de meilleure expression que le mot français), c’était qu’ils sont cons. Mais par une série d’heureuses rencontres, je suis devenue une mutante dans mon matriarcat. J’ai commencé à douter du message maternel. Je les ai pris en pitié. J’ai même écrit : « ... je pense qu’il faut aider les hommes maintenant. Les pauvres ! Ils s’ennuient plus dans ce monde que les femmes. Ils ne connaissent pas toujours les plaisirs sensuels des occupations manuelles. Ils ont du mal à se confier, à se régaler à raconter les bêtises de tous les jours, à parler au téléphone pour dire n’importe quoi, à rêver en faisant du lèche-vitrines, et à lire des romans, ce plaisir suprême ! »(La Joie par les livres, été 1993.)

Mes héros fictifs donc sont mes hommes idéaux, des compagnons parfaits et des partenaires fantasmagoriques. J’ai créé mon premier personnage mâle (Ernest dans Lettres d’Amour) quand j’ai perdu l’homme de ma vie. Tant que j’en avais un sur place, je n’avais pas besoin d’en chercher un imaginaire. Depuis, je me suis renseignée : j’ai lu un gros livre sur la sexualité masculine. Brusquement, je m’efforce de comprendre cet autre qui manque. Pendant vingt-huit ans je rouspétais parce que « je faisais TOUT à la maison », les courses, la cuisine, les enfants, bref, toute l’intendance. Mais quand mon mari est mort je ne savais pas rédiger un chèque, changer une ampoule électrique, réparer les appareils ménagers et autres petites pannes qui tuent, m’occuper des insectes et bêtes qui mangent le bois, qui rongent, qui empoisonnent, enlever les mauvaises herbes et soigner les arbres, veiller au bon fonctionnement de tout, gérer les finances. J’ai eu la preuve que ce n’était pas moi qui faisais TOUT.

Deux gendres sont entrés dans ma vie, deux hommes sensibles, raisonnables, affectueux, intelligents. Encore des contre-exemples. TOUS les hommes ne sont pas des imbéciles Maman ! Et puis un petit-fils « mimi à mourir ». Je me suis mise à m’intéresser aux garçons, non pas pour séduire et être séduite, mais pour comprendre et aimer. Je ne sais pas pourquoi Ernest n’a pas de mère, pourquoi William dans Trois jours sans n’a pas de père et Théodore, dans Les Treize Tares de Théodore, pas de mère non plus. Mais je crois que je fais des progrès, que mon écriture commence à englober les deux sexes et qu’un jour j’imaginerai un héros qui a un père et une mère, qui vivra heureux et aura beaucoup d’enfants...

Susie Morgenstern

03 mai 2010

A propos de «Quelles couleurs!» : un texte de Régis Lejonc

quellescouleurs - copie.jpgFeuilleter le livre des couleurs de Régis Lejonc, c’est entamer un voyage en images en passant de surprise en surprise à travers petits objets, histoires drôles, souvenirs d’école et de vacances, affiches de cinéma, vraies et fausses publicités, comptines et jeux d’enfants…
En suivant le fil rouge des couleurs de cet inventaire graphique à la Pérec, poétique et plein d’humour, fourmillant de libres associations d’idées, de dessins et de photos, on est invités à jouer avec les correspondances entre images et textes courts.
Cet imagier pour tous les âges pourra susciter des vocations. De futurs poètes pourront ainsi apprendre leurs premières rimes sur les nuanciers: du rose Nacarat au rose Incarnat, à ne pas confondre avec le rose Carnation; du vert Smaragdin au vert Poireau Prasin, en passant par le vert Mousse et le Lichen. Ces mêmes nuanciers, où chaque ton de couleur est comme une bobine de fil qui se déroule en image, inspirera peut être de futurs couturiers, poussés au défi de réaliser la véritable robe à petits pois mais en la teignant de tissu rose Cuisse de nymphe… Des peintres, bien sûr, essaieront d’inventer de nouveaux bleus, plus transparents que l’Aigue-marine et plus exotiques que le Mers du sud … Des naturalistes voyageurs voudront voir de leurs propres yeux le gris du Gabon et vérifier que la reinette n’est vraiment pas une petite reine.
Enfin, tout un chacun se rêvera collectionneur de petits riens, chasseur de trésors de tiroir tels ceux que Régis Lejonc a du amasser durant des années, avant de devenir pour ce livre le magicien des couleurs. Un imagier inventif et lumineux, un vrai coup de cœur.
Laurence Tutello, librairie Le Chat Pitre - (Voir le site consacré à l'album ici)

Régis Lejonc :
«Quelles couleurs! est né de l'envie de partager avec petits et grands mon goût des couleurs et plus particulièrement leurs évocations subjectives.
Tout est parti à l'origine d'un constat à propos de mon travail d'illustrateur. Je me suis rendu compte, il y a environ cinq ans, que j'étais davantage un illustrateur "narrateur" qu'un illustrateur "décorateur". Rien de grave à cela!
Puis je me suis aperçu que j'avais naturellement fait le deuil de mon dessin, faute de réelle virtuosité, au profit des couleurs; que je travaillais mieux avec instinct qu'avec réflexion et que finalement, je me reposais beaucoup plus sur l'atmosphère de mes images que sur leur qualité proprement graphique.
Je savais déjà que le sujet m'imposait naturellement un ton, un style ou parfois même une technique, et que j'étais capable de varier assez radicalement mon style d'un livre à l'autre.
Bref, j'aime tous les genres graphiques, du dessin kawaï japonais à l'illustration anglaise classique, de l'image graphique et numérique à la peinture, de l'imagerie populaire mexicaine aux boites d'allumettes indiennes, de l'hyper-réalisme à l'abstraction...
Serge Bloch m'avait dit à mes débuts, alors que je démarchais pour du boulot chez Bayard Presse, qu'il préférait de loin quelqu'un qui sait faire une chose très bien à quelqu'un qui sait faire plein de choses moyennement... Force m'a été de constater, livre après livre, que je fais, par tempérament, définitivement partie de la seconde catégorie.
Ce vaste constat n'avait rien de douloureux et s'est même avéré plutôt apaisant.

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16 mars 2010

DUGONGO, Journal de voyage d’un jeune auteur italien en France (Davide Cali)

Nous reproduisons ici, traduit par Silvia Gali*, des extraits des cahiers de voyage rédigés par Davide Cali, sous le titre Dugongo (en français dugong, une sorte de lamantin). «DUGONGO, c'est une page Word en italien, avec une photo, que j’envoie aux amis par e-mail depuis 2007, pour raconter mes voyages. J’ai parlé souvent de la France parce que j’y suis invité trois ou quatre fois par année». Ces passages concernent ses déplacements en France du mois de mai 2008. Ils ont été choisis et traduits avec l’accord de l’auteur. Ils révèlent, dans leur conception même, un goût pour le partage des expériences et des idées que l’on retrouve dans le travail de Davide Cali (par exemple son projet d’ouvrir son atelier aux jeunes qui s'intéressent à l’écriture et au dessin, à la bande dessinée, à l’illustration et aux livres pour enfants; ou encore la publication, en Italie, d’un petit ouvrage collectif plein de conseils sérieux, dispensés avec humour aux jeunes aspirants auteurs: Cari autori, vediamoci chiaro: Chers auteurs, essayons d’y voir clair). Quelques observations amusées sur les passagers d’un avion, ou sur l’image erronée qu’on peut se faire d’une ville comme Caen, à partir d’un simple prospectus publicitaire, manifestent l’attention aux détails du quotidien, aux atmosphères des espaces traversés et aux personnes rencontrées. L’admiration pour le travail de petits libraires indépendants, dans la province française, font ressurgir les différences de relation à la culture du livre, en Italie et en France. - *Silvia Gali, librairie Chat Pitre.

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Notes de voyage – n.15:
THE BEGINNING TOUR

J’étais invité à rencontrer le public dans une librairie de Toulouse et la semaine d’après je devais me trouver au salon du livre de Caen, en Normandie. De deux, les jours en Normandie sont passés à quatre pour rencontrer des écoles. Anaïs, des éditions Sarbacane m’a alors proposé de prolonger mon séjour en France, au lieu de retourner à la maison et de repartir presque immédiatement.
C’est ainsi qu’est né mon premier véritable tour (mis à part le voyage en Suisse, pour la Bataille des Livres) que j’ai décidé d’appeler THE BEGINNING TOUR.
J’espère que ce sera le premier d’une série.
Alors que la navette me conduit à l’aéroport de Malpensa, je rêve déjà d’Amérique, d’Australie et de Japon.
Anaïs m’a réservé un vol avec Easy Jet, une compagnie low coast.
Vers la sortie, sur le pont d’embarquement et pratiquement jusqu’à l’échelle d’accès à l’avion, tout le monde joue du coude pour gagner des positions et parvenir à s’asseoir avant les autres. J’ai une sensation de déjà vu, comme si j’étais retourné au collège.
Le pilote a la main légère et l’atterrissage à Charles De Gaulle est très doux. Il est six heures de l’après-midi et à Paris c’est une belle journée. Les tables des cafés sont pleines de monde. Je perd un peu de temps au marché du jeudi, Place de la Bastille. Je ne cherche rien de particulier: je veux seulement respirer un peu de Paris, car durant ces deux dernières années elle m’a vraiment beaucoup manqué.

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08 mars 2010

Pascal Garnier par lui-même

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Pascal Garnier est décédé ce 5 mars.

D'après mes papiers, je suis né le 4 juillet 1949, à Paris, 14e. Je ne m'en souviens plus, mais admettons. Ensuite... Enfance normale, dans une famille normale de Français moyens comme on dit, mais pour ma part, de plus en plus moyen à mesure que je m'aperçois qu'on m'a vendu le monde sans mode d'emploi et qu'on a abusé de mon innocence par le biais d'une publicité mensongère. Vers quinze ans, l'Education nationale et moi décidons de rompre d'un commun accord. Je n'en peux plus, j'étouffe, la vraie vie est ailleurs. Je vais donc voir si j'y suis. A cette époque, les routes sont encore praticables, l'Afrique du Nord, le Moyen-Orient, et toujours plus loin à l'Est. Comme ça, tête en l'air, pendant une dizaine d'années jusqu'à ce que je m'aperçoive qu'au fond, c'est tout petit le grand monde et qu'en plus, vu sa rotondité, on en revient toujours à la case départ.

Arrive alors la femme et avec elle l'enfant. Autour de moi, mes fidèles compagnons de route rentrent à la niche les uns après les autres, enterrant leurs rêves et leurs illusions comme des os à ronger, pour plus tard, quand ils seront vieux, quand ils n'auront plus de dents. Par défi devant une telle débandade, je me lance dans le rock'n roll et pour dire vrai, je me reçois très mal. Je ne suis pas plus doué pour être pop star que père de famille.

[Lire la suite sur le blog du Préau]

22 février 2010

Je meurs mais j'écris encore (par Thierry Dedieu)

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Les jours de ma vie d’auteur sont comptés, je suis en sursis. Je me sens dans la peau d’un diplodocus juste après la collision avec l’astéroïde, De Gaule après Mai 68, Mesrine coincé dans les embouteillage,porte de Clignancourt.« On » me fait comprendre que je fais des bouquins comme il y a dix ans, quand on pouvait se permettre de faire des livres sans princesse, sans lutin et sans dauphin. Fini. Terminé. Retour vers le futur.

L’an dernier, après avoir, un temps, essayé de faire dans le « commercial », j’avais pris la décision de revenir à mes principes de bases, ceux pourquoi, la plupart de ceux qui lisent régulièrement ce blog, m’apprécient. J’ai donc « pondu », sans concession : Aagun (prix Chrétien de Troyes) et Dieux (finaliste du Prix Baobab) entre autres. Oui mais voilà, il y a le retour de bâton. Je ne vends pas assez! Être gratifié de prix, ce n’est pas vendre et c’est souvent, hélas,signe du contraire. Je suis à la « ramasse » derrière les livres jolis, ceux qui dégoulinent de miel, avec paillette et tout le toutim ! Lors de certaines conférences, quand je disais que j’allais finir par me renier pour survivre, j’attendais juste qu’on me rassure, qu’on m’oppose des « je t’aime ». Mais là, si je ne fais rien, si je continue dans cette voie, je vais droit dans le mur.

 

Mon éditeur me demande « mon livre de Noël ».

« - Mon quoi ?

- Oui, tu sais bien, Coco, ne fais pas l’enfant, un gentil livre avec pleins de couleurs, l’histoire du poney qui voulait se teindre en blonde, ou bien de la sirène recueillie par une maman dauphin, enfin ! un truc de ce genre, à toi de trouver, c’est toi l’auteur ! Merde !

La suite sur le blog de Thierry Dedieu…

12 février 2010

Gymnoptique, de Betty Bone

http://bettybone.com/

19 janvier 2010

Je pleure Haïti chérie... (par Édith Bourget, auteure jeunesse)

Edith%20web.jpgTriste lundi. J’ai appris que Jean-Arsène Constant est mort dans le tremblement de terre en Haïti. Martin Dubé et moi avions travaillé avec lui à la restauration de l’Herbier E.L Ekman, herbier national d’Haïti, en 2001 et 2002. Nous ne connaissons pas le sort de ceux que nous avons côtoyés en même temps qu’Arsène à  la Faculté d’agronomie et de médecine vétérinaire de l’Université d’État. Je m’inquiète aussi pour d’autres personnes.

Haïti m’habite. J’y ai travaillé et exposé. Je ne suis jamais tout à fait revenue de mon premier voyage là- bas, en 1996. Tout y était si beau, si prenant.  Le bleu du ciel, le sourire et la beauté des enfants, les odeurs, l’exubérance de Port-au- Prince, le courage des gens, la couleur de la mer, le goût des chadèques, les conversations animées, le travail dans la chaleur, les images de l’Hôtel Oloffson, de la mangrove de Léogane, des maisons de Jacmel, tout cela me hante. Aujourd’hui, je pleure, Haïti chérie...

Je suis au Canada, loin de cette catastrophe. Je me sens impuissante. Je ne peux que donner de l’argent à des organismes humanitaires. Je l’ai fait, comme tant d’autres. Cette solidarité me réconforte. Je sais qu’elle sauvera des vies. Et il faut en sauver...

Édith Bourget
Artiste multidisciplinaire
Saint-Jacques, Nouveau-Brunswick
Canada

03 décembre 2009

Une BD anonyme de Davide Cali

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1 .- Ecrire… Tu écris toujours ?

- Pfft, écrire ? Tu te souviens de mon roman ? Trop long ! Personne en voulait  …

2.- Beh, tu pouvais l’abréger …

- C’est ce que j’ai fait. Tu sais ce qu’ils m’ont dit ? Vous n’auriez rien de minimaliste ?

3. –Ah oui. Maintenant c’est la mode.

- Alors j’ai écrit 300 nouvelles de 10 lignes.

4.- Et quand est-ce que tu les publies ?

- Jamais ! Parce que maintenant tout le monde écrit des nouvelles minimalistes ! Dorénavant j’écrirai seulement des lettres anonymes !

Texte et images de Davide Cali - paru dans le n°54 de Citrouille (traduction Silvia Galli)

10 novembre 2009

«Nous ignorions si mon héroïne trouverait son public…» (par Pierre Bottero)

Pierre Bottero est décédé dimanche soir.

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(Un texte de Pierre Bottero publié en mai 2009) L'épopée d'Ewilan (six romans à l’heure actuelle) est née de la rencontre entre une passion et une surprise.
Une passion, ancienne puisque  datant de mes premiers pas de lecteur, pour la littérature de l'imaginaire et la surprise, bien plus récente, que j'ai éprouvée lorsque mon premier roman a été publié.
De cette rencontre a jailli une évidence un peu naïve : puisque, apparemment, j'étais devenu auteur, et puisque j'adorais la fantasy, j'allais écrire de la fantasy. Sans me poser davantage de questions, je me suis lancé dans l'écriture d'un projet de plus de mille pages.
Mon seul objectif était alors de me faire plaisir et de laisser jaillir de moi un univers et des personnages qui avaient poussé sans que j'y prenne garde. Bien sûr, j'espérais que cette trilogie, puisque trilogie il y aurait, serait publiée mais ce n'était là qu'un point secondaire. Loin derrière le rêve et l'aventure. Et les pages s'empilaient sur mon bureau et s'empilaient encore.
Bonheur immense de laisser libre cours à son imagination, de n'accepter de limites que pour pouvoir les dépasser, de créer un monde fantastique en veillant à sa cohérence, de rencontrer des personnages étonnants et de ciseler leur caractère... Et les pages s'empilaient toujours.
Une fée a dû se pencher sur mon berceau ou alors un farfadet veille sur moi. J'ai eu la chance de trouver en Rageot une maison d'édition qui a cru au projet Ewilan et une équipe avec qui j'ai appris à reprendre un texte, à le corriger, à l'améliorer. Encore et encore. Parce que écrire une trilogie de fantasy, et a fortiori deux, représente certes un plaisir incroyable mais aussi beaucoup de travail. Pour tout le monde.
Lorsque le premier tome d'Ewilan est sorti, nous ignorions si mon héroïne trouverait son public et si sa route serait longue mais nous ne doutions pas de lui avoir donné toutes ses chances.
La suite ressemble un peu à un rêve, ou à une balade dans un roman de fantasy. Ewilan a trouvé son public, beaucoup plus large que nous ne l'espérions, et moi j'ai trouvé, dans les réactions de mes lecteurs et l'accueil qu'ils réservent à mes livres, une source inépuisable d'énergie et d'inspiration. L'aventure s’est prolongée par la naissance d’autres séries "fantastiques", LAutre d’abord puis Le pacte des Marchombres dont le troisième et dernier tome est sorti en octobre.
Au-delà de la fantasy, le succès de la littérature de l'imaginaire (le terme me permettant d'englober le fantastique, le merveilleux, la science-fiction, l'anticipation et j'en passe...) vient sans doute, en partie, d'une réaction aux pressions sociales et éducatives sans cesse plus fortes qui s'exercent sur les jeunes. Réussite scolaire, loisirs utiles, activités sportives, activités culturelles, activités artistiques, choix précoces d'orientation, rentabilisation du temps libre... jusqu'à sa disparition ! Qui a parlé de la semaine de trente cinq heures?
Le livre arrive comme une bouffée d'oxygène, rééquilibrant la balance en offrant à son lecteur ou à sa lectrice la part de rêve et d'évasion indispensable à une construction harmonieuse de sa personnalité.
Deuxième raison et non des moindres, les romans de l'imaginaire véhiculent, quoi qu'en disent les esprits chagrins, des valeurs humaines qui tendent à l'universalité. Si, pour les adultes, Philip José Farmer a écrit la richesse de la différence, Joan Vinge la force de l'amour, Dan Simmons la folie de l'extrémisme, les auteurs jeunesse ne dérogent pas à la règle. Et, pour ne pas être taxé d'égotisme, renvoi est fait aux romans d'Erik L'Homme, Nathalie Legendre, Christian Grenier, Christophe Lambert, Jean-Luc Luciani et tant d'autres, qui savent tisser avec brio la forme et le contenu. Les jeunes lecteurs ne s'y trompent pas.
Au risque de me répéter, l'écriture est avant tout plaisir. Plaisir intense d'écrire L'Autre pour les plus grands, une trilogie fantastique (le mot étant pris cette fois au sens littéraire du terme) qui m'a donné l'occasion de fouiller les facettes sombres de certains personnages et celles... de mon imagination, plaisir intense de retrouver l’univers d’Ewilan avec Le pacte des Marchombres, mais aussi plaisir joyeux d'écrire Le voleur de chouchous pour les plus jeunes, ou encore plaisir convivial d'écrire Isayama, un album qu'a illustré de façon magique mon ami Jean-Louis Thouard.

D'autres projets arrivent, le plaisir demeure.

Pierre Bottero

19 octobre 2009

Expatrié (par Olivier Balez)

Dans l'avion qui le ramenait pour un temps du Chili où il habite maintenant, Olivier Balez a écrit ce texte pour nous expliquer pourquoi il ne se considérait plus comme un exilé.

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photo_olivier_balez_recup_90x172.jpgSur mon blog intitulé Ici et là, que j'ai ouvert peu après mon départ de France, j’avais pensé me décrire comme «illustrateur exilé au Chili»…  Je trouvais amusant de jouer la carte de l’artiste exilé comme avait pu l'être Victor Hugo en son temps (toute proportion gardée évidemment!)
Mais bien qu’habitant dorénavant au Chili, je me suis vite rendu compte que je ne pouvais pas revendiquer ce statut: j’ai fait la différence entre l’expatriation et l’exil en me frottant à ces vies déchirées par le coup d'état du 11 septembre 1973. On dénombre entre 200 000 à 300 000 personnes qui ont dû quitter le Chili, qui ont dû s’enfuir de leur propre pays parce qu’ils se sentaient en danger, parce qu'ils ne pouvaient pas faire autrement, ou parce que le salut était ailleurs.
Mes beaux-parents sont de ceux-là. Ils ont fui la dictature chilienne pour aller vivre au Brésil.
Sept ans ont passé et puis ils sont revenus, comme certains autres Chiliens, après le référendum du «non» dans les années 80.
D’autres Chiliens, plus nombreux peut-être, sont restés la nostalgie au cœur dans leurs pays d’accueil, en France, aux USA, au Canada, etc.
La vie avait décidé pour eux: des enfants étaient nés durant l’exil.
Il avait donc fallu en tenir compte: d’abord  les protéger de la fureur du Chili quand la dictature sévissait encore, ensuite ne pas les arracher aux copains, ou bousculer leurs nouveaux repères une fois le Chili redevenu démocratie.
Ces enfants, aujourd’hui adultes, ont appris à vivre avec la notion  de la famille «éparpillée»: un cousin à Brooklyn, un oncle à Paris et les grands-parents à Valparaiso. La plupart sont heureux de vivre dans le pays qui les a vus grandir et ne semblent pas porter la douleur de leurs parents.
Pour de nombreux Chiliens aujourd’hui, l’exil est une cicatrice qu’on a oubliée, une chose du passé avec laquelle on a appris à vivre…
Une page est tournée…
Dans mon cas, c’est l’amour qui m’a fait voyager et m’installer au Chili.
Une fille est née de cet amour et ses parents sont aujourd’hui libres de vivre à Santiago du Chili ou à Paris…
Certes, nous avons traversé les barrages de nombreuses préfectures avant de gagner la liberté de nous aimer sans frontières.
Mais à aucun moment nous n’avons fui la mort pour un pays inconnu.
À aucun moment je n'ai été Dieu Merci.
Et même si la famille ou les amis nous manquent par moment, nous savons que nous pouvons les rejoindre sans courir aucun danger.
Non vraiment, je ne peux pas m’inventer ce statut d’«illustrateur exilé au Chili».

Pour Citrouille - Olivier Balez, 31 mars 2009, en plein ciel, entre Chili et France

16 octobre 2009

Répandre la flamme

«Sommes-nous capables aujourd’hui, par l’écriture, de partager nos connaissances? Je dirais oui» - Jocelyne Maléta Houmbouy, auteure de L’enfant Kaori (L’enfant Kaori / Wanakat Kaori, conte kanak en français / ïaaï, Jocelyne Maléta Hombouy, Isabelle Goulou, Grain de sable / Centre culturel Tjibaou) - Un article paru en 2005.

La lecture et le livre: il y a cinq ans, quand j’ai commencé à travailler en bibliothèque, on parlait surtout de la difficulté d’apprendre le français, du problème de la lecture et, en général, de l’échec scolaire chez nos enfants issus de tradition orale, locuteurs du iaaï et du faga-ouvéa (deux langues vernaculaires d’Ouvéa). Devant ce constat, avec les moyens dont je disposais, j’ai alors créé une sorte de «passerelle» pour permettre une rencontre entre l’enfant et le livre; c’est-à-dire qu’au sein de la bibliothèque, j’animais des lectures, je partageais avec l’enfant ce qu’il avait ressenti en écoutant l’histoire, puis je l’invitais à lire à son tour, pour qu’il se sente libre de poursuivre et de découvrir par lui-même. L’objectif est que l’enfant prenne plaisir à lire avec un instrument capable d’éveiller ses sens, et qu’à la longue il accepte le livre, à l’exemple d’autres objets du quotidien, comme un élément s’intégrant dans la case et participant à son épanouissement.

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06 octobre 2009

Jusqu’à quand reste-t-on un étranger ? (par Eglal Errera)

a702.jpgLors d’une rencontre avec une classe de CM2 à la médiathèque d’Evreux, nous avons parlé de l’exil et nous avons évoqué les sensations, émotions, pensées, rêveries que ce mot ne manque pas de rappeler. Il était surtout question de départ, d’arrachement, de séparation, de mémoire plutôt que de l’intégration au nouveau lieu de vie. La plupart des enfants étaient nés de parents qui en avaient fait l’expérience, certains l’avaient eux-mêmes traversé. Ce fut une rencontre lumineuse, à l’instar des grands moments d’écriture, quand les mots s’incarnent avec force et transparence et rendent palpable le souvenir des choses que l’on croyait perdues.
La rencontre touchait à sa fin quand Myriam a demandé:
— Jusqu’à quand reste-t-on un étranger?
Ma réponse a jailli :
— Toujours!
Les enfants étaient déboussolés –déçus peut-être– je l’étais aussi. Ma réponse était imparfaite et par conséquent fausse et discutable.
Alors, nous en avons discuté et nous avons fait le tri entre les inévitables douloureuses nostalgies et les énergies étonnantes que l’exil fait naître chez l’immigré. Vite, car le temps nous manquait, nous avons reconnu les bienfaits de la nouveauté, de la curiosité, du désir et de la détermination qu’il faut pour se joindre à ceux dont nous demeurons, tout compte fait, différents. Nous avons clairement posé que personne, jamais, ne recommence sa vie à zéro et qu’il n’est ni possible ni bénéfique de tenter d’oublier cet autre lieu que nous avons dû quitter et qui nous habite toujours. Enfin, nous avons affirmé que le lieu de nos origines n’empêche en rien de nous sentir partie prenante de notre terre d’accueil, d’y vivre et d’y planter nos racines.

Eglal Errera

18 septembre 2009

Après des rencontres comme celle-là, on sait pourquoi on écrit (par Cécile Roumiguière)

page33_1.jpgIl est des instants rares, des perles qu’on aime garder au creux de la mémoire…
Matin froid, la banlieue d’Évreux. Pablo de la Courneuve va à la rencontre de ses lecteurs dans le cadre du Prix des Dévoreurs.
Depuis quelques jours, je trace les paysages normands d’est en ouest, du sud au nord, avec une bibliothécaire, un inspecteur d’académie… Je découvre le département et tout ce qui s’y fait autour du livre et des enfants: un grand bravo à tous ceux qui animent cette flamme essentielle.Ce matin, la classe de Mme Laroche m'attend dans la bibliothèque du quartier de la Madeleine. Une ondée sauvage nous a cueillis à l'arrivée, on est tous mouillés à cœur. Assis sur des cubes, le jeu des questions-réponses commence, dense, vivant.
Petit à petit, les visages se font plus sérieux, impliqués :
«Pourquoi il y a de la violence dans le pays de Pablo? Si les gens ne sont pas d’accord, il suffit de tracer une ligne entre eux, et comme ça ils ne se battront plus.
— Si une ligne ne suffit pas, peut-être qu’on peut les obliger à parler ensemble, et à s’entendre?
— Pourquoi les gens d'autres pays sont traités comme des personnes inférieures alors que la différence est si petite?
— Et pourquoi on ne pourrait pas accueillir tous ceux qui veulent venir vivre ici?
— Si tous les Colombiens arrivent en même temps, peut-être qu'il n'y aura pas assez de maisons pour eux.
— Alors on leur construira des petits immeubles, des carrés où ils s'installeront par pays. Comme ça, ils retrouveront comme une famille.
— Oui, et les enfants, on les connaîtra à l'école, ils seront comme nous…»

Oui, grâce à vous, ces migrants seraient si simplement «comme nous»…
Merci à vous, les élèves de l’école Michelet. Après des rencontres comme celle-là, on sait pourquoi on écrit.

Cécile Roumiguière
http://www.cecileroumiguiere.com/

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04 septembre 2009

Sandra Poirot-Chérif de A à Z

56654848.JPGEn février dernier, Sandra Poirot Chérif a accepté de rejoindre notre librairie pour vous dédicacer ses albums, notamment son dernier paru chez Rue du Monde, L'Abécédaire des amoureux. Ce fut une belle rencontre qui méritait d'être partagée. Pour vous présenter Sandra à l'image de son livre, je lui ai proposé de construire ensemble un abécédaire. C'est avec plaisir (plaisir partagé!) qu'elle a accepté de rebondir sur des mots que je lui ai suggérés et de dévoiler un peu de sa vie. À vous de la découvrir... - Claire Bretin


amoureux.jpg
Abécédaire

Ailleurs: Dans presque tous mes bulletins scolaires, c'était écrit «Appliquée mais lente, souvent dans la lune». Et figurez-vous que dernièrement, la maîtresse de ma fille en moyenne section me tend son évaluation de quatre pages (!) et le verdict tombe: «lente, dans la lune»...

Dedans: Pour réussir, il faut que je me laisse aller, pour bien être dans ce que je suis en train de raconter. Soit par les mots, soit par les images. Certains jours, je n'arrive pas, je suis à mille autres endroits. Et avec un peu de recul, si je regarde le travail que j'ai fait ces jours-là, je vois que dans ce dessin, je n'y suis pas, je suis absente... (Heureusement, ça ne m'arrive pas très souvent)

Écriture: Alors l'écriture, c'est mystérieux, c'est rare et ça m'échappe complètement. Des fois, pendant plusieurs jours, je suis agitée, je n'arrive à me concentrer sur rien, ça ne va pas comme je veux, et puis tac, à un moment je m'assois et il y a une histoire qui arrive. Boum, d'un seul coup! Après, souvent j'ai un peu la tremblote jusqu'à ce que je me couche le soir. Alors je mets l'histoire dans un casier en plastique et je la laisse reposer pendant des jours, des mois, des années... puis je la reprends et la retravaille, sereinement cette fois (entre temps, sans que je m'en rende compte des images ont mûri dans un petit coin de ma tête). Certaines histoires restent dans le casier, parce qu'elles ne valent pas le coup. Ou parce que ce n'est pas encore l'heure...

[La suite sur le blog de la librairie Les Sandales]

28 juillet 2009

France - Algérie (6) : Guy Jimenez

(Rétroviseur été 2009 - un article paru en mars 2003)

guy.jpegLe «roumi bougnoule»

Guy Jimenes a passé les neufs premières années de sa vie en Algérie. Dans ce texte, il revient sur ses souvenirs et éclaire les lieux cachés de son roman La Protestation.

Je n’en finis pas de revenir à « mon » Algérie.Je n’en finis pas de revenir à “mon” Algérie. Tout m’y ramène. Par exemple le “Corps expéditionnaire français” de la campagne d’Italie, de l’hiver et du printemps 1943-1944, sur lequelle je me documente pour un livre.
Grâce en bonne partie à cette “armée d’Afrique”, les Alliés, parvinrent en vainqueurs à Rome le 5 juin, la veille même du débarquement en Normandie dont la mémoire nous est davantage parvenue.
Ce Corps expéditionnaire français se composait d’environ 60% d’ “Indigènes” (originaires de toutes les colonies françaises), pour 40% d’”Européens”. (Vingt classes d’âge furent mobilisées parmi les “pieds-noirs”, soit 17% de leur population totale ! Il y avait aussi de nombreux Français “évadés” par l’Espagne.)
Nous devons donc en partie notre liberté à des Algériens qui n’avaient envers la France que des devoirs et pas, ou si peu, de droits.
Ainsi, lors d’une des batailles de Cassino, le sergent Ahmed Ben Bella sauva-t-il la vie de son officier supérieur. Il fut décoré pour cela par de Gaulle, à la fin de la guerre. Ben Bella était imprégné de culture française et animé par les idéaux de la Révolution : Liberté, Egalité, Fraternité. On peut imaginer le rôle que cela a pu jouer dans son engagement pour l’Indépendance. Quelques années après la guerre, il entrait dans la clandestinité contre la France, pour la libération de son peuple. Ironie de l’Histoire.
Au cours de l’année scolaire 1962-1963, des petits écoliers dont j’étais acclamaient Ben Bella à son passage sur la route d’Oran à Aïn-Temouchent. Je n’ai sûrement pas salué le premier Président de la République algérienne avec la même ferveur que mes camarades algériens, mais enfin je me trouvais là, et Ben Bella nous plaisait bien, il était souriant, il avait une bonne tête. Une page était tournée. Mon père et ma mère avaient choisi de “rester au pays”. Mon père qui, lui aussi, avait combattu à Cassino.
Cette question de “l’engagement pour la France”, je me la pose également pour mes deux grands-pères qui ont “fait” 14-18. Bien sûr, ils étaient français, ils en avaient depuis peu la nationalité et donc les droits et les devoirs. Cependant, que connaissaient-ils de la France ? Ils n’y avaient jamais mis les pieds. Par leur éducation et dans leur mode de vie (nourriture, langue, coutume), ils étaient espagnols. La génération suivante fut “francisée” par l’école laïque.

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27 juillet 2009

France - Algérie (5) : Wahid et Olivier Balez

(Rétroviseur été 2009 - un article paru en mars 2003)

couvewahid-1.jpegLe métissage, c’est la vie

Pour relier les époques et les personnages de l’album Wahid, Olivier Balez, l’illustrateur, a tracé de la première à la dernière page une ligne d’horizon qui unit, se brise, ou se reforme au fil de l’histoire. Il nous explique comment il a conçu les images de cet album.

« Quand j’ai lu le texte de Wahid la première fois, j’ai tout de suite été emballé par l’histoire d’amour, et par l’idée du métissage qui m’est chère. En revanche, le traitement des relations de l’Algérie et de la France pour un public très jeune m’a tout d’abord un peu dérouté. Mais après relecture, j’ai été vite «convaincu». Je n’avais de la guerre d’Algérie qu’une perception «historique», acquise dans un «cadre pédagogique». Or la force du texte de Wahid est de traduire la relation entre ces deux pays par une émotion qu’il fait naître à travers des mots simples, pesés, réfléchis, qui m’ont semblé justes.

Mon pari a été de garder cette simplicité dans le dessin et la mise en scène. Wahid n’est pas construit sur une narration avec personnage récurrent à chaque page. J’ai donc cherché un élément graphique qui pouvait faire le lien entre les différents personnages comme entre les différentes époques, pour donner un éclairage supplémentaire au texte sans le paraphraser. La ligne horizontale traversant les pages d’un bout à l’autre du livre m’a semblé pouvoir rendre compte de l’enchaînement et de l’unité des différentes étapes de l’histoire. Et puis, selon le contexte, cette ligne d’horizon commune pour les deux pays pouvait se briser et exploser pendant la guerre, puis les brisures se rejoindre pour reformer une ligne unique et vibrante. La scène du baiser est pour moi la clé de voûte de Wahid. Comme au cinéma, l’action monte en intensité jusqu’à ce moment pour éclater en très gros plan. Et après le baiser, la guerre fait place à l’amour…

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20 juillet 2009

France - Algérie (1) : Samia Messaoudi

(Rétroviseur été 2009 - un article paru en mars 2003)

Samia Messaoudi a travaillé pour le Salon du livre de jeunesse de Montreuil, l’Institut du Monde Arabe, Beur FM, Ras l’Front… Elle est aussi l’auteure de Paroles kabyles, paru chez Albin Michel jeunesse.

Au nom de la mémoire…

Le 5 octobre 1961, Maurice Papon impose un couvre-feu aux travailleurs algériens. Le 17 octobre, plusieurs centaines de manifestants protestant contre cette mesure disparaissent ou sont jetés dans la Seine, victimes des exactions policières.

Le 17 octobre 1961, à Paris, des Algériennes et des Algériens manifestent en famille, dignement et pacifiquement, contre le couvre-feu qui leur est imposé par Maurice Papon, préfet de police de Paris. Endimanchés, ils ont quitté Nanterre, Gennevilliers, Levallois-Perret, et d’autres villes de la banlieue pour les grands boulevards parisiens. C’est au rythme des you-yous des femmes qu’ils sont entrés dans la capitale. Maintenant silencieux, sous la pluie et dans le froid, ils marchent la tête haute. La consigne du FLN était stricte : il ne fallait pas entrer en conflit avec les forces de l’ordre ; aucune arme n’était autorisée. Le cortège quitte l’Opéra. Face aux manifestants, la police est importante, brutale. Obéissant aux ordres du préfet, elle charge. Tous les coups sont permis. Sauvagement battus, des Algériens seront arrêtés et parqués au stade de Coubertin, palais des sports de la Porte de Versailles. D’autres, blessés à la tête, sont laissés sur les trottoirs, ou jetés dans la Seine. Ceux qui échappent à cette violence repartiront en banlieue et feront le triste compte des absents. Près de 12 000 Algériens ont été arrêtés ce jour-là. Des centaines ont disparu ou disparaîtront dans les jours qui suivirent.

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02 juillet 2009

Manifeste pour la réhabilitation du Père Fouettard (Dominique Maes)

(Rétroviseur été 2009 - un article publié en 2004)

perefouettard.jpgIl est temps d'en finir avec le Père Noël.
C'est une ordure, nous le savons.
Valet du grand capital, représentant servile d'une boisson gazeuse imposée par la puissance économique américaine, serviteur des marchands de jouets qui infligent aux enfants un univers de pacotilles réducteur d'imaginaire, esclave boursouflé de la grosse bouffe aux saveurs douteuses de fonds de terroirs réactionnaires, complice de l'appauvrissement des terres sacrifiées à la culture des sapins de Noël… l'immonde imposteur ne peut plus nous séduire par sa perverse bonhomie de commerçant avide.
D'ailleurs, regardez le, pathétique parasite, s'accrocher à nos balcons et fenêtres pour envahir nos doux logis.
C'est un rat !
Abattez le !
Pas question pour autant de le remplacer par ce vieux Saint Nicolas, tellement religieux que nous ne pouvons douter du refoulement de ses pulsions, endiguées par deux mille ans d'histoire, qui provoquera tôt ou tard, si ce n'est déjà fait, l'horreur absolue.
Méfions nous de cet amateur de petits enfants, patron hypocrite de la confrérie des bouchers charcutiers.
Je ne vois plus guère que le Père Fouettard pour assouvir le besoin d'un personnage folklorique qui fête la vie, le temps qui passe, la froideur de l'hiver et les promesses de renouveau.
D'accord, il est un peu noir.
Mais reconnaissons son élégance sarcastique et sa capacité à chatouiller nos vieilles racines racistes accrochées au passé colonial.
Libéré de sa soumission à l'abbé cacochyme crossé et mitré, vous allez découvrir toute la richesse de sa personnalité.
C'est à coups de fouet qu'il va se rendre utile.
Et il y a du boulot en perspective pour un homme tel que lui.

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