(LES DIX DERNIERS ARTICLES DANS CETTE RUBRIQUE)

03 décembre 2009

Une BD anonyme de Davide Cali

RaccontiBrevi.jpg

1 .- Ecrire… Tu écris toujours ?

- Pfft, écrire ? Tu te souviens de mon roman ? Trop long ! Personne en voulait  …

2.- Beh, tu pouvais l’abréger …

- C’est ce que j’ai fait. Tu sais ce qu’ils m’ont dit ? Vous n’auriez rien de minimaliste ?

3. –Ah oui. Maintenant c’est la mode.

- Alors j’ai écrit 300 nouvelles de 10 lignes.

4.- Et quand est-ce que tu les publies ?

- Jamais ! Parce que maintenant tout le monde écrit des nouvelles minimalistes ! Dorénavant j’écrirai seulement des lettres anonymes !

Texte et images de Davide Cali - paru dans le n°54 de Citrouille (traduction Silvia Galli)

24 novembre 2009

A propos de «Quelles couleurs!» : un texte de Régis Lejonc

Capture d’écran 2009-11-16 à 15.46.37.jpg[Jusqu'au 30 novembre, le blog de Citrouille publie des articles en rapport avec son numéro 54  (couverture : Davide Cali), disponible sur le stand de l'ALSJ du salon de Montreuil (C 02, 1er étage)]

Début d'un texte de Régis Lejonc, dont vous pourrez lire la suite dans le n°54 de Citrouille (à propos de l'album Quelles couleurs!)

Quelles couleurs! est né de l'envie de partager avec petits et grands mon goût des couleurs et plus particulièrement leurs évocations subjectives.
Tout est parti à l'origine d'un constat à propos de mon travail d'illustrateur. Je me suis rendu compte, il y a environ cinq ans, que j'étais davantage un illustrateur "narrateur" qu'un illustrateur "décorateur". Rien de grave à cela!
quellescouleurs - copie.jpgPuis je me suis aperçu que j'avais naturellement fait le deuil de mon dessin, faute de réelle virtuosité, au profit des couleurs; que je travaillais mieux avec instinct qu'avec réflexion et que finalement, je me reposais beaucoup plus sur l'atmosphère de mes images que sur leur qualité proprement graphique.
Je savais déjà que le sujet m'imposait naturellement un ton, un style ou parfois même une technique, et que j'étais capable de varier assez radicalement mon style d'un livre à l'autre.
Bref, j'aime tous les genres graphiques, du dessin kawaï japonais à l'illustration anglaise classique, de l'image graphique et numérique à la peinture, de l'imagerie populaire mexicaine aux boites d'allumettes indiennes, de l'hyper-réalisme à l'abstraction...
Serge Bloch m'avait dit à mes débuts, alors que je démarchais pour du boulot chez Bayard Presse, qu'il préférait de loin quelqu'un qui sait faire une chose très bien à quelqu'un qui sait faire plein de choses moyennement... Force m'a été de constater, livre après livre, que je fais, par tempérament, définitivement partie de la seconde catégorie.
Ce vaste constat n'avait rien de douloureux et s'est même avéré plutôt apaisant. […]

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10 novembre 2009

«Nous ignorions si mon héroïne trouverait son public…» (par Pierre Bottero)

Pierre Bottero est décédé dimanche soir.

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(Un texte de Pierre Bottero publié en mai 2009) L'épopée d'Ewilan (six romans à l’heure actuelle) est née de la rencontre entre une passion et une surprise.
Une passion, ancienne puisque  datant de mes premiers pas de lecteur, pour la littérature de l'imaginaire et la surprise, bien plus récente, que j'ai éprouvée lorsque mon premier roman a été publié.
De cette rencontre a jailli une évidence un peu naïve : puisque, apparemment, j'étais devenu auteur, et puisque j'adorais la fantasy, j'allais écrire de la fantasy. Sans me poser davantage de questions, je me suis lancé dans l'écriture d'un projet de plus de mille pages.
Mon seul objectif était alors de me faire plaisir et de laisser jaillir de moi un univers et des personnages qui avaient poussé sans que j'y prenne garde. Bien sûr, j'espérais que cette trilogie, puisque trilogie il y aurait, serait publiée mais ce n'était là qu'un point secondaire. Loin derrière le rêve et l'aventure. Et les pages s'empilaient sur mon bureau et s'empilaient encore.
Bonheur immense de laisser libre cours à son imagination, de n'accepter de limites que pour pouvoir les dépasser, de créer un monde fantastique en veillant à sa cohérence, de rencontrer des personnages étonnants et de ciseler leur caractère... Et les pages s'empilaient toujours.
Une fée a dû se pencher sur mon berceau ou alors un farfadet veille sur moi. J'ai eu la chance de trouver en Rageot une maison d'édition qui a cru au projet Ewilan et une équipe avec qui j'ai appris à reprendre un texte, à le corriger, à l'améliorer. Encore et encore. Parce que écrire une trilogie de fantasy, et a fortiori deux, représente certes un plaisir incroyable mais aussi beaucoup de travail. Pour tout le monde.
Lorsque le premier tome d'Ewilan est sorti, nous ignorions si mon héroïne trouverait son public et si sa route serait longue mais nous ne doutions pas de lui avoir donné toutes ses chances.
La suite ressemble un peu à un rêve, ou à une balade dans un roman de fantasy. Ewilan a trouvé son public, beaucoup plus large que nous ne l'espérions, et moi j'ai trouvé, dans les réactions de mes lecteurs et l'accueil qu'ils réservent à mes livres, une source inépuisable d'énergie et d'inspiration. L'aventure s’est prolongée par la naissance d’autres séries "fantastiques", LAutre d’abord puis Le pacte des Marchombres dont le troisième et dernier tome est sorti en octobre.
Au-delà de la fantasy, le succès de la littérature de l'imaginaire (le terme me permettant d'englober le fantastique, le merveilleux, la science-fiction, l'anticipation et j'en passe...) vient sans doute, en partie, d'une réaction aux pressions sociales et éducatives sans cesse plus fortes qui s'exercent sur les jeunes. Réussite scolaire, loisirs utiles, activités sportives, activités culturelles, activités artistiques, choix précoces d'orientation, rentabilisation du temps libre... jusqu'à sa disparition ! Qui a parlé de la semaine de trente cinq heures?
Le livre arrive comme une bouffée d'oxygène, rééquilibrant la balance en offrant à son lecteur ou à sa lectrice la part de rêve et d'évasion indispensable à une construction harmonieuse de sa personnalité.
Deuxième raison et non des moindres, les romans de l'imaginaire véhiculent, quoi qu'en disent les esprits chagrins, des valeurs humaines qui tendent à l'universalité. Si, pour les adultes, Philip José Farmer a écrit la richesse de la différence, Joan Vinge la force de l'amour, Dan Simmons la folie de l'extrémisme, les auteurs jeunesse ne dérogent pas à la règle. Et, pour ne pas être taxé d'égotisme, renvoi est fait aux romans d'Erik L'Homme, Nathalie Legendre, Christian Grenier, Christophe Lambert, Jean-Luc Luciani et tant d'autres, qui savent tisser avec brio la forme et le contenu. Les jeunes lecteurs ne s'y trompent pas.
Au risque de me répéter, l'écriture est avant tout plaisir. Plaisir intense d'écrire L'Autre pour les plus grands, une trilogie fantastique (le mot étant pris cette fois au sens littéraire du terme) qui m'a donné l'occasion de fouiller les facettes sombres de certains personnages et celles... de mon imagination, plaisir intense de retrouver l’univers d’Ewilan avec Le pacte des Marchombres, mais aussi plaisir joyeux d'écrire Le voleur de chouchous pour les plus jeunes, ou encore plaisir convivial d'écrire Isayama, un album qu'a illustré de façon magique mon ami Jean-Louis Thouard.

D'autres projets arrivent, le plaisir demeure.

Pierre Bottero

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19 octobre 2009

Expatrié (par Olivier Balez)

Dans l'avion qui le ramenait pour un temps du Chili où il habite maintenant, Olivier Balez a écrit ce texte pour nous expliquer pourquoi il ne se considérait plus comme un exilé.

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photo_olivier_balez_recup_90x172.jpgSur mon blog intitulé Ici et là, que j'ai ouvert peu après mon départ de France, j’avais pensé me décrire comme «illustrateur exilé au Chili»…  Je trouvais amusant de jouer la carte de l’artiste exilé comme avait pu l'être Victor Hugo en son temps (toute proportion gardée évidemment!)
Mais bien qu’habitant dorénavant au Chili, je me suis vite rendu compte que je ne pouvais pas revendiquer ce statut: j’ai fait la différence entre l’expatriation et l’exil en me frottant à ces vies déchirées par le coup d'état du 11 septembre 1973. On dénombre entre 200 000 à 300 000 personnes qui ont dû quitter le Chili, qui ont dû s’enfuir de leur propre pays parce qu’ils se sentaient en danger, parce qu'ils ne pouvaient pas faire autrement, ou parce que le salut était ailleurs.
Mes beaux-parents sont de ceux-là. Ils ont fui la dictature chilienne pour aller vivre au Brésil.
Sept ans ont passé et puis ils sont revenus, comme certains autres Chiliens, après le référendum du «non» dans les années 80.
D’autres Chiliens, plus nombreux peut-être, sont restés la nostalgie au cœur dans leurs pays d’accueil, en France, aux USA, au Canada, etc.
La vie avait décidé pour eux: des enfants étaient nés durant l’exil.
Il avait donc fallu en tenir compte: d’abord  les protéger de la fureur du Chili quand la dictature sévissait encore, ensuite ne pas les arracher aux copains, ou bousculer leurs nouveaux repères une fois le Chili redevenu démocratie.
Ces enfants, aujourd’hui adultes, ont appris à vivre avec la notion  de la famille «éparpillée»: un cousin à Brooklyn, un oncle à Paris et les grands-parents à Valparaiso. La plupart sont heureux de vivre dans le pays qui les a vus grandir et ne semblent pas porter la douleur de leurs parents.
Pour de nombreux Chiliens aujourd’hui, l’exil est une cicatrice qu’on a oubliée, une chose du passé avec laquelle on a appris à vivre…
Une page est tournée…
Dans mon cas, c’est l’amour qui m’a fait voyager et m’installer au Chili.
Une fille est née de cet amour et ses parents sont aujourd’hui libres de vivre à Santiago du Chili ou à Paris…
Certes, nous avons traversé les barrages de nombreuses préfectures avant de gagner la liberté de nous aimer sans frontières.
Mais à aucun moment nous n’avons fui la mort pour un pays inconnu.
À aucun moment je n'ai été Dieu Merci.
Et même si la famille ou les amis nous manquent par moment, nous savons que nous pouvons les rejoindre sans courir aucun danger.
Non vraiment, je ne peux pas m’inventer ce statut d’«illustrateur exilé au Chili».

Pour Citrouille - Olivier Balez, 31 mars 2009, en plein ciel, entre Chili et France

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16 octobre 2009

Répandre la flamme

«Sommes-nous capables aujourd’hui, par l’écriture, de partager nos connaissances? Je dirais oui» - Jocelyne Maléta Houmbouy, auteure de L’enfant Kaori (L’enfant Kaori / Wanakat Kaori, conte kanak en français / ïaaï, Jocelyne Maléta Hombouy, Isabelle Goulou, Grain de sable / Centre culturel Tjibaou) - Un article paru en 2005.

La lecture et le livre: il y a cinq ans, quand j’ai commencé à travailler en bibliothèque, on parlait surtout de la difficulté d’apprendre le français, du problème de la lecture et, en général, de l’échec scolaire chez nos enfants issus de tradition orale, locuteurs du iaaï et du faga-ouvéa (deux langues vernaculaires d’Ouvéa). Devant ce constat, avec les moyens dont je disposais, j’ai alors créé une sorte de «passerelle» pour permettre une rencontre entre l’enfant et le livre; c’est-à-dire qu’au sein de la bibliothèque, j’animais des lectures, je partageais avec l’enfant ce qu’il avait ressenti en écoutant l’histoire, puis je l’invitais à lire à son tour, pour qu’il se sente libre de poursuivre et de découvrir par lui-même. L’objectif est que l’enfant prenne plaisir à lire avec un instrument capable d’éveiller ses sens, et qu’à la longue il accepte le livre, à l’exemple d’autres objets du quotidien, comme un élément s’intégrant dans la case et participant à son épanouissement.

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06 octobre 2009

Jusqu’à quand reste-t-on un étranger ? (par Eglal Errera)

a702.jpgLors d’une rencontre avec une classe de CM2 à la médiathèque d’Evreux, nous avons parlé de l’exil et nous avons évoqué les sensations, émotions, pensées, rêveries que ce mot ne manque pas de rappeler. Il était surtout question de départ, d’arrachement, de séparation, de mémoire plutôt que de l’intégration au nouveau lieu de vie. La plupart des enfants étaient nés de parents qui en avaient fait l’expérience, certains l’avaient eux-mêmes traversé. Ce fut une rencontre lumineuse, à l’instar des grands moments d’écriture, quand les mots s’incarnent avec force et transparence et rendent palpable le souvenir des choses que l’on croyait perdues.
La rencontre touchait à sa fin quand Myriam a demandé:
— Jusqu’à quand reste-t-on un étranger?
Ma réponse a jailli :
— Toujours!
Les enfants étaient déboussolés –déçus peut-être– je l’étais aussi. Ma réponse était imparfaite et par conséquent fausse et discutable.
Alors, nous en avons discuté et nous avons fait le tri entre les inévitables douloureuses nostalgies et les énergies étonnantes que l’exil fait naître chez l’immigré. Vite, car le temps nous manquait, nous avons reconnu les bienfaits de la nouveauté, de la curiosité, du désir et de la détermination qu’il faut pour se joindre à ceux dont nous demeurons, tout compte fait, différents. Nous avons clairement posé que personne, jamais, ne recommence sa vie à zéro et qu’il n’est ni possible ni bénéfique de tenter d’oublier cet autre lieu que nous avons dû quitter et qui nous habite toujours. Enfin, nous avons affirmé que le lieu de nos origines n’empêche en rien de nous sentir partie prenante de notre terre d’accueil, d’y vivre et d’y planter nos racines.

Eglal Errera

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18 septembre 2009

Après des rencontres comme celle-là, on sait pourquoi on écrit (par Cécile Roumiguière)

page33_1.jpgIl est des instants rares, des perles qu’on aime garder au creux de la mémoire…
Matin froid, la banlieue d’Évreux. Pablo de la Courneuve va à la rencontre de ses lecteurs dans le cadre du Prix des Dévoreurs.
Depuis quelques jours, je trace les paysages normands d’est en ouest, du sud au nord, avec une bibliothécaire, un inspecteur d’académie… Je découvre le département et tout ce qui s’y fait autour du livre et des enfants: un grand bravo à tous ceux qui animent cette flamme essentielle.Ce matin, la classe de Mme Laroche m'attend dans la bibliothèque du quartier de la Madeleine. Une ondée sauvage nous a cueillis à l'arrivée, on est tous mouillés à cœur. Assis sur des cubes, le jeu des questions-réponses commence, dense, vivant.
Petit à petit, les visages se font plus sérieux, impliqués :
«Pourquoi il y a de la violence dans le pays de Pablo? Si les gens ne sont pas d’accord, il suffit de tracer une ligne entre eux, et comme ça ils ne se battront plus.
— Si une ligne ne suffit pas, peut-être qu’on peut les obliger à parler ensemble, et à s’entendre?
— Pourquoi les gens d'autres pays sont traités comme des personnes inférieures alors que la différence est si petite?
— Et pourquoi on ne pourrait pas accueillir tous ceux qui veulent venir vivre ici?
— Si tous les Colombiens arrivent en même temps, peut-être qu'il n'y aura pas assez de maisons pour eux.
— Alors on leur construira des petits immeubles, des carrés où ils s'installeront par pays. Comme ça, ils retrouveront comme une famille.
— Oui, et les enfants, on les connaîtra à l'école, ils seront comme nous…»

Oui, grâce à vous, ces migrants seraient si simplement «comme nous»…
Merci à vous, les élèves de l’école Michelet. Après des rencontres comme celle-là, on sait pourquoi on écrit.

Cécile Roumiguière
http://www.cecileroumiguiere.com/

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04 septembre 2009

Sandra Poirot-Chérif de A à Z

56654848.JPGEn février dernier, Sandra Poirot Chérif a accepté de rejoindre notre librairie pour vous dédicacer ses albums, notamment son dernier paru chez Rue du Monde, L'Abécédaire des amoureux. Ce fut une belle rencontre qui méritait d'être partagée. Pour vous présenter Sandra à l'image de son livre, je lui ai proposé de construire ensemble un abécédaire. C'est avec plaisir (plaisir partagé!) qu'elle a accepté de rebondir sur des mots que je lui ai suggérés et de dévoiler un peu de sa vie. À vous de la découvrir... - Claire Bretin


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Abécédaire

Ailleurs: Dans presque tous mes bulletins scolaires, c'était écrit «Appliquée mais lente, souvent dans la lune». Et figurez-vous que dernièrement, la maîtresse de ma fille en moyenne section me tend son évaluation de quatre pages (!) et le verdict tombe: «lente, dans la lune»...

Dedans: Pour réussir, il faut que je me laisse aller, pour bien être dans ce que je suis en train de raconter. Soit par les mots, soit par les images. Certains jours, je n'arrive pas, je suis à mille autres endroits. Et avec un peu de recul, si je regarde le travail que j'ai fait ces jours-là, je vois que dans ce dessin, je n'y suis pas, je suis absente... (Heureusement, ça ne m'arrive pas très souvent)

Écriture: Alors l'écriture, c'est mystérieux, c'est rare et ça m'échappe complètement. Des fois, pendant plusieurs jours, je suis agitée, je n'arrive à me concentrer sur rien, ça ne va pas comme je veux, et puis tac, à un moment je m'assois et il y a une histoire qui arrive. Boum, d'un seul coup! Après, souvent j'ai un peu la tremblote jusqu'à ce que je me couche le soir. Alors je mets l'histoire dans un casier en plastique et je la laisse reposer pendant des jours, des mois, des années... puis je la reprends et la retravaille, sereinement cette fois (entre temps, sans que je m'en rende compte des images ont mûri dans un petit coin de ma tête). Certaines histoires restent dans le casier, parce qu'elles ne valent pas le coup. Ou parce que ce n'est pas encore l'heure...

[La suite sur le blog de la librairie Les Sandales]

28 juillet 2009

France - Algérie (6) : Guy Jimenez

(Rétroviseur été 2009 - un article paru en mars 2003)

guy.jpegLe «roumi bougnoule»

Guy Jimenes a passé les neufs premières années de sa vie en Algérie. Dans ce texte, il revient sur ses souvenirs et éclaire les lieux cachés de son roman La Protestation.

Je n’en finis pas de revenir à « mon » Algérie.Je n’en finis pas de revenir à “mon” Algérie. Tout m’y ramène. Par exemple le “Corps expéditionnaire français” de la campagne d’Italie, de l’hiver et du printemps 1943-1944, sur lequelle je me documente pour un livre.
Grâce en bonne partie à cette “armée d’Afrique”, les Alliés, parvinrent en vainqueurs à Rome le 5 juin, la veille même du débarquement en Normandie dont la mémoire nous est davantage parvenue.
Ce Corps expéditionnaire français se composait d’environ 60% d’ “Indigènes” (originaires de toutes les colonies françaises), pour 40% d’”Européens”. (Vingt classes d’âge furent mobilisées parmi les “pieds-noirs”, soit 17% de leur population totale ! Il y avait aussi de nombreux Français “évadés” par l’Espagne.)
Nous devons donc en partie notre liberté à des Algériens qui n’avaient envers la France que des devoirs et pas, ou si peu, de droits.
Ainsi, lors d’une des batailles de Cassino, le sergent Ahmed Ben Bella sauva-t-il la vie de son officier supérieur. Il fut décoré pour cela par de Gaulle, à la fin de la guerre. Ben Bella était imprégné de culture française et animé par les idéaux de la Révolution : Liberté, Egalité, Fraternité. On peut imaginer le rôle que cela a pu jouer dans son engagement pour l’Indépendance. Quelques années après la guerre, il entrait dans la clandestinité contre la France, pour la libération de son peuple. Ironie de l’Histoire.
Au cours de l’année scolaire 1962-1963, des petits écoliers dont j’étais acclamaient Ben Bella à son passage sur la route d’Oran à Aïn-Temouchent. Je n’ai sûrement pas salué le premier Président de la République algérienne avec la même ferveur que mes camarades algériens, mais enfin je me trouvais là, et Ben Bella nous plaisait bien, il était souriant, il avait une bonne tête. Une page était tournée. Mon père et ma mère avaient choisi de “rester au pays”. Mon père qui, lui aussi, avait combattu à Cassino.
Cette question de “l’engagement pour la France”, je me la pose également pour mes deux grands-pères qui ont “fait” 14-18. Bien sûr, ils étaient français, ils en avaient depuis peu la nationalité et donc les droits et les devoirs. Cependant, que connaissaient-ils de la France ? Ils n’y avaient jamais mis les pieds. Par leur éducation et dans leur mode de vie (nourriture, langue, coutume), ils étaient espagnols. La génération suivante fut “francisée” par l’école laïque.

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27 juillet 2009

France - Algérie (5) : Wahid et Olivier Balez

(Rétroviseur été 2009 - un article paru en mars 2003)

couvewahid-1.jpegLe métissage, c’est la vie

Pour relier les époques et les personnages de l’album Wahid, Olivier Balez, l’illustrateur, a tracé de la première à la dernière page une ligne d’horizon qui unit, se brise, ou se reforme au fil de l’histoire. Il nous explique comment il a conçu les images de cet album.

« Quand j’ai lu le texte de Wahid la première fois, j’ai tout de suite été emballé par l’histoire d’amour, et par l’idée du métissage qui m’est chère. En revanche, le traitement des relations de l’Algérie et de la France pour un public très jeune m’a tout d’abord un peu dérouté. Mais après relecture, j’ai été vite «convaincu». Je n’avais de la guerre d’Algérie qu’une perception «historique», acquise dans un «cadre pédagogique». Or la force du texte de Wahid est de traduire la relation entre ces deux pays par une émotion qu’il fait naître à travers des mots simples, pesés, réfléchis, qui m’ont semblé justes.

Mon pari a été de garder cette simplicité dans le dessin et la mise en scène. Wahid n’est pas construit sur une narration avec personnage récurrent à chaque page. J’ai donc cherché un élément graphique qui pouvait faire le lien entre les différents personnages comme entre les différentes époques, pour donner un éclairage supplémentaire au texte sans le paraphraser. La ligne horizontale traversant les pages d’un bout à l’autre du livre m’a semblé pouvoir rendre compte de l’enchaînement et de l’unité des différentes étapes de l’histoire. Et puis, selon le contexte, cette ligne d’horizon commune pour les deux pays pouvait se briser et exploser pendant la guerre, puis les brisures se rejoindre pour reformer une ligne unique et vibrante. La scène du baiser est pour moi la clé de voûte de Wahid. Comme au cinéma, l’action monte en intensité jusqu’à ce moment pour éclater en très gros plan. Et après le baiser, la guerre fait place à l’amour…

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