29 juillet 2011
Mexique : une explosion créative (dans le rétroviseur de Citrouille, #17, été 2011)
Première publication : 2009 Un panorama de la littérature jeunesse mexicaine, par les éditrices d'Artes de Mexico. Un article écrit à l'initiative de - et traduit par - Patricia Matsakis, librairie Le Bateau Livre (Montauban)
Au Mexique, la littérature jeunesse a une histoire de plus de 20 ans, et ces dernières années elle a bénéficié d'un renouveau créatif. Beaucoup de maisons d’éditions indépendantes l'ont pris en compte et de nouveaux éditeurs ont développé des collections pour initier la jeunesse au plaisir de lire. Parmi elles : El Naranjo qui mêle des auteurs contemporains à un fonds plus classique d’écrivains reconnus et superbement illustrés, faisant honneur au slogan de l’éditeur, « la lecture, c'est un plaisir». La maison d’édition Pétra de Guadalajara, elle, met plus particulièrement l’accent sur les auteurs mexicains, l’art, la photographie, et le théâtre pour les enfants et les jeunes, cherchant à allier lecture intelligente et appréciation lucide du discours visuel. Elle a rencontré de véritables réussites éditoriales qui invitent les enfants à s’approprier des langages aussi lointains que l’art préhistorique. De son côté, pour faire découvrir les pouvoirs de la parole, la maison d’édition Serpentina a développé une collection Palabrario (langage) qui privilégie le jeu. Les éditions Tecolote (Le Hibou, un animal traditionnellement associé au Mexique au savoir et à la sagesse) sont plus spécialisées dans les sciences sociales; elles collectent des sources historiques, les anciennes coutumes et lois mexicaines par exemple, et ont eu l’heureuse idée de rééditer des auteurs fondamentaux comme Pascuala Corona, une des premières auteures mexicaine pour la jeunesse. Cette maison a aussi fait un effort en direction des enfants handicapés. Leur splendide livre El libro négro de los colores a été traduit en France par les éditions Rue du Monde.
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28 juillet 2011
De l'utilité d'ouvrir les livres qu'on achète… (dans le rétroviseur de Citrouille, #16, été 2011)
Première publication : 2008
Cet été, entre midi et deux, des lycéens ont "emprunté" la librairie Apostrophes de Chaumont pour y tourner leur film Mots cachés.
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27 juillet 2011
le garçon au pyjama rayé (dans le rétroviseur de Citrouille, #15, été 2011)
Première publication : 2007 En règle générale, être en désaccord avec quelqu’un sur un livre m’enchante. Enfin, dans un seul sens : quand moi j’ai détesté. L’inverse m’attriste plutôt. A L’Eau Vive, tout le monde a adoré Le garçon au pyjama rayé. Or ça ne m’enchante pas du tout. Ça m’inquiète.
Le garçon au pyjama rayé, dont les éditeurs se refusent à faire un résumé en quatrième, se passe au camp d’Auschwitz, de l’autre côté de la barrière, dans la famille d’un haut commandant allemand. Bruno, neuf ans, ne comprend pas qui sont ces gens en face.
La question n’est sans doute pas est-ce que l’on peut rire de tout, ni même est-ce que l’on peut traiter la Shoah avec ce regard-là, c’est-à-dire un regard d’enfant, empreint de beauté et d’innocence, mais plutôt est-ce que ce n’est pas un droit terrifiant que de promener ses lecteurs exactement là où on veut qu’ils aillent ? Vous êtes véritablement un monstre si la fin du Garçon au pyjama rayé ne vous a pas ému. Bien sûr que ce livre m’a émue. Il est écrit, il est conçu pour ça. Je ne me souviens pas assez de La liste de Schindler mais j’ai vu récemment Munich du même Spielberg et je suppose que ces films sont pensés de la même manière, avec le même regard : vous ne pouvez que pleurer et toute votre liberté de spectateur s’envole d’un seul coup. Une seule et même émotion pour tous. J’avais détesté le film de Benigni, La vie est belle, et lorsque je le disais, les visages devant moi lentement se décomposaient, avec un « oh », de compassion sans doute. Là où les gens voyaient une fable d’une humanité exemplaire, je restais avec mes doutes coincés en travers de la gorge. Ce midi sur France Inter, Hubert Nyssen disait « je hais les certitudes ». Moi aussi. Et je hais encore plus l’idée que quelqu’un puisse me tirer des larmes de telles certitudes.
Ce qui me fait vraiment peur dans ce livre, c’est cette fiction à partir du réel. Pas une seule fois Bruno ne réalise l’horreur de ce qu’il est en train de vivre. Et l’auteur joue avec cette innocence, il nous place nous, lecteurs, dans une situation de voyeurs qui me choque. La candeur de Bruno, sa naïveté, son aveuglement, renvoie inévitablement à l’aveuglement du monde sur le génocide juif. C’est une fable, très bien écrite, très bien construite et incroyablement mise en scène. Mais si en tant que libraire j’essaie souvent de lire avec des yeux d’enfant, je déteste l’idée que des enfants, « à partir de douze ans » comme l’indique le livre, se retrouvent dans cette position de lecteurs sans liberté aucune. Pour un enfant, lire ce livre suppose déjà de savoir ce qui s’est passé à Auschwitz. Je ne crois pas que cette émotion trop bien fabriquée amène quelque chose d’autre. Je ne dis pas pour autant qu’on ne peut pas écrire sur la Shoah. Mais je ne crois pas que ce regard-là soit le plus juste.
Madeline Roth
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26 juillet 2011
Quand Edwige Antier s'énerve de voir ce livre dans les bibliothèques… (dans le rétroviseur de Citrouille, #14, été 2011)
Première publication : 2005

" - Et l'homoparentalité, c'est une valeur ?
Pas une valeur, mais un fait marginal. Elle véhicule donc, dans ce sens, des antivaleurs. Or, les idées marginales doivent être le choix des parents, en aucun cas celui d'une bibliothèque municipale ou d'une mairie. Cela n'est pas du ressort d'une institution publique. Le premier devoir d'une bibliothèque est de respecter le choix des familles. Que ces lieux de culture et d'éveil soient responsables et, surtout, respectons les transmissions intrafamiliales, à la fin !" Edwige Antier, in Le Figaro, 9 Septembre 05 -
Clic ici pour lire les commentaires (dont celui d'Edwige Antier)
Lire également la réaction de l'ABF
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25 juillet 2011
Trois fois rien mais beaucoup (dans le rétroviseur de Citrouille, #13, été 2011)
Première publication : 2006 (Une interview de Philippe Coudray par Vincent Cuvellier parue dans le dossier «Philosophie» du n°42 de Citrouille)
Vincent Cuvellier adore Philippe Coudray. Il se sent face à lui comme un lapin face à un ours. Une aubaine pour le projet que nous avions d’une interview de Barnabé…
Barnabé est un ours. Ça, c’est sûr. Il parle, fait de la peinture, joue aux fléchettes, mais c’est un ours quand même. Il a surtout une manière de voir la nature, les éléments, la vie qui ne ressemble qu’à lui. Les ombres, les angles, la perspective, il joue avec tout. Et nous avec lui. Il nous aide à voir les choses avec un œil différent. C’est peut-être ça, la philosophie ? Dans la bande dessinée L’ours Barnabé, des petits lapins lui posent des questions, lui soumettent des énigmes, lui demandent d’expliquer le pourquoi du comment. Et Barnabé répond. Alors moi, Vincent Cuvellier, je me suis mis dans la peau d’un de ces petits lapins, et j’ai demandé à Philippe Coudray, l’auteur complet de cette bande dessinée absolument pas comme les autres, de m’expliquer le pourquoi du comment. Ah oui, au fait, je ne vous ai pas dit : Philippe Coudray est un ours. (et il a un site !)
Vincent Cuvellier
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19 juillet 2011
L'Appel de l'Alliance des Peuples de la Forêt (dans le rétroviseur de Citrouille, #11, été 2011)

(Ce texte a été publié en 1995 dans Citrouille, en lien avec le portrait de Béatrice Tanaka - Crédit Photo: ici)
Cet appel traduit par Béatrice Tanaka est signé Ailton Krenak, coordonnateur de l'UNI (Union des Nations Indigènes du Brésil). L'Alliance des Peuples de la Forêt, dont il est question, a été fondée par le syndicaliste et écologiste Chico Mendes, assassiné fin 1988. Elle regroupe les associations des divers travailleurs dépendant de la forêt - collecteurs de caoutchouc, de chataignes… - et des réprésentants des tribus indiennes. Elle s'oppose aux industries minières, aux chercheurs d'or, aux exportateurs de bois précieux, grands propriétaires terriens et colons qui abîment la forêt au rythme de 20 hectares par heure (un terrain de foot toutes les trois minutes)
“Ce que L'Alliance des Peuples de la Forêt veut dire à la ville, aux pays fortement industrialisés, au Monde, c'est qu'il y a des gens dans la forêt. Cette évidence semble une nouveauté pour le genre de civilisation qui s'étend de plus en plus sur la planète : le grands centres où s'agglomèrent de plus en plus les habitants du globe bannissent la pensée de la forêt de leur esprit, et encore plus l'idée qu'il puisse y avoir des gens. Les écologistes semblent vouloir protéger une nature sans hommes, comme pour la protéger d'eux-mêmes.
13 juillet 2011
J’ai eu une petite cliente, petit oiseau sans sourire (dans le rétroviseur de Citrouille, #9, été 2011)
Première publication : 2008
J’ai eu une petite cliente, petit oiseau sans sourire, qui venait toujours dénicher des romans très noirs, ambiance glauque, thèmes difficiles… Tout y est passé, les bouquins de Cormier, Mon amitié avec Tulipe etc… Heureusement, elle venait avec sa maman (ouf!!!), mais je n’ai jamais réussi à lui faire lire autre chose. Depuis quelques temps, plus de visite… J’aimerais avoir de ses nouvelles.
Laetitia, Le Préau
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12 juillet 2011
Christophe Donner (dans le rétroviseur de Citrouille, #8, été 2011)
Première publication : 2008 Christophe Donner - ou Chris Donner - écrivain né à Paris en 1956, journaliste, romancier et cinéaste. Il est l'auteur d'une œuvre importante et diverse pour adultes et enfants.
- Vos parents ayant des idées engagées en politique, j'imagine un univers familial avec des livres sur des étagères, des journaux comme L'Humanité, un périodique comme Pif envahir table et fauteuils. Suis-je dans la bonne image de votre enfance ?
- Oui, en effet, I'Huma, Pif le Chien. Mais surtout l'Huma Dimanche qui était distribué au porte à porte. Mes grands-parents faisaient ça, avec mes oncles, et mon père aussi le faisait. C'était vraiment la messe communiste, le rite religieux par excellence. La meilleure chose, certainement que le communisme français ait inventé. Les gens se parlaient, se voyaient... Les opinions? Elles changeaient, elles étaient balayées par d'autres, mais la relation était établie, précieuse. Les livres de mes parents, je me souviens surtout de la collection de livres d'art Gauguin, Picasso, Degas, j'aimais beaucoup les danseuses de Degas, c'était de grands livres non reliés, des boîtes, j'éparpillais les feuilles sur le sol. J'ai toujours préféré les images aux textes. J'étais paresseux pour lire. Sauf évidemment certains textes dont je n'arrivais plus à décrocher, mais c'était rare. Une obligation morale. Mais les journaux, c'était surtout Hara Kiri, mensuel, puis hebdo, devenu plus tard Charlie Hebdo. J'ai commencé à lire ça vers neuf ou dix ans. Ça me plaisait beaucoup. La bande dessinée rendait la politique accessible, comme une entrée dans le monde adulte par le biais de la dérision, de la critique acerbe de cette revue, et qui m'a influencé.
11 juillet 2011
Les chroniques de Sébastien Joanniez (dans le rétroviseur de Citrouille, #7, été 2011)
Bali, New-York, Guyane... (pour les retrouver, clic ici) et en bonus estival 2011 : Annemasse (résidence d'auteur dans un collège, clic sur l'image)
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07 juillet 2011
Quand tu commences quelque chose, va jusqu’au bout… (dans le rétroviseur de Citrouille, #5, été 2011)
Première publication : 2001 L’homme est anglais, grand, chaleureux, attentif à son interlocuteur. Lors de ses interventions près de ses lecteurs, il est passionnant. Invitant les enfants à l’écriture, il mime avec humour son propre personnage : assis sur une chaise, les pieds juchés sur la table, dans sa position de prédilection pour l’écriture tel qu’il s’y adonne chaque soir, retraçant les événements qui l’ont touché particulièrement dans la journée. Ses romans sont toujours reliés à des histoires vécues : un lieu, un personnage, un témoignage qu’il a souhaité sortir de l’anonymat et faire partager. A l’occasion de la remise de son Prix sorcière pour son roman Le royaume de Kensuké, nous lui avons posé cette unique question : "Un auteur est-il une personne à part ?"
Morpourgo : " Tout le monde a quelque chose à raconter. Mais les pratiques sociales ne favorisent plus l’évocation de soi : quand on se retrouve entre amis, le plus souvent, on se raconte des blagues, on ne se raconte plus…Cela demande de la confiance en soi pour se dire. Mon écriture découle d’une attitude d’ouverture aux autres. Je suis à l’écoute du monde qui m’entoure et j’ai la chance d’avoir une vie très riche, faite de beaucoup de rencontres et d’échanges. J’accepte d’être vulnérable : les faiblesses des autres qui peuvent quelque fois m’accabler, sont cependant pour moi tout aussi importantes que les réussites.
Je suis un homme comme tout le monde qui met en mots son vécu au quotidien. Cependant, j’ai une directive dans ma vie, que m’a transmise Ted Hughes, auteur du Géant de fer, le seul de ses romans traduits en français encore disponibles chez Gallimard : " Quand tu commences quelque chose, va jusqu’au bout ". Et effectivement, je suis un obstiné ! J’aime me lancer des défis du genre " avant midi, je fais telle ou telle chose ", et je m’y tiens coûte que coûte. Par exemple, une éditrice anglaise avec laquelle j’ai sympathisé, m’a lancé un défi : écrire une histoire d’horreur. En effet, j’étais d’accord pour travailler avec elle si elle me proposait quelque chose que je n’avais pas encore fait. Un an s’est écoulé et rien ne se passait, jusqu’à cette image horrible qui m’a été donner à vivre : quatre bûchers de " vaches folles " fumant nuit et jour sur la colline en face chez moi… Tous ces animaux que le paysan avait nourris quotidiennement abattus par centaines… La douleur s’installe qui ruine des vies. Il n’y a pas besoin d’imaginer beaucoup pour vivre une histoire d’horreur : elle peut être sous nos yeux. Mon histoire était donc toute trouvée. J’y ai décrit la détresse du monde paysan que peu d’Anglais comprenne. En Angleterre, il y a un fossé énorme entre les paysans et la plupart des gens. J’ai témoigné pour les enfants des villes sans racines afin qu’ils ne voient pas ces événements comme un problème politique mais comme une catastrophe humaine avant tout. Mon souhait est effectivement de toucher les gens qui n’ont pas vécu eux-mêmes les situations difficiles - la guerre notamment - afin de transmettre les expériences qui aideront à comprendre le quotidien d’aujourd’hui sans simplisme… "
Propos recueillis par la librairie La Luciole
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01 juillet 2011
Des livres anti-poison (dans le rétroviseur de Citrouille, #1, été 2011)

• Grammaire en fête… ou comment vaincre la haine des mots
par Denise Morel, psychothérapeute
Au cours de thérapies d'enfants, j'utilise souvent les livres. Le livre représente un objet valorisé, porteur d'une tradition, d'une culture. Ensemble, l'enfant et moi, nous héritons de cet apport culturel, et nous nous en servons. Souvent, cette découverte fait naître chez lui le désir d'écrire son propre livre. Passer de la lecture à l'écriture, du spontané à la composition, fait aussi partie du processus thérapeutique, dans la mesure où il est plus facile pour un enfant de continuer à faire seul quelque chose qu'il a d'abord partagé dans un cadre de détente et favorisant la création.
Voici comment, à partir de deux livres, “Grammaire en fête” et “La belle lisse poire du Prince de Motordu”, une fillette de onze ans est partie en guerre contre les fautes d'orthographe qui l'handicapaient beaucoup. Les auteurs de ces deux livres jouent avec le langage, la grammaire, en laissant au sujet le droit de se révolter contre la tyrannie du verbe dans la phrase. Le verbe qui commande, qui ordonne, et "traite en pantin le sujet et son destin" L'enfant retrouve des sentiments connus, s'étonne puis s'amuse de voir que même dans une phrase, l'adjectif peut se montrer orgueilleux, ou que le singulier peut souffrir de la solitude... La phrase, les mots deviennent vivants, animés, et l'enfant se prend à les aimer autant qu'il aime d'autres êtres vivants. L'humour dont fut capable cette fillette de onze ans, gravement dysorthographique, nous montre comment le symptôme lui-même peut se trouver intégré dans un travail de création :
“Quelle horreur la vie
Les mots, c'est comme un enfant.
Les fautes, une désobéissance.
Le mauvaises notes, une punition.
Les corrections, un pardon !
Des livres avec des mots bien écrits,
des livres sans fautes.
Mais l'enfant en fait quand-même.
Des gens ont inventé les livres
pour embêter les petits.
Nous les enfants, nous avons décidé d'embêter les grands.
Nous avons le droit dexprimer nos sentiments cachés.
Nous nous révolterons à tout jamais !”
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13 novembre 2010
Max et Lili : quand le succès d'une collection tient à la persévérance de son éditeur... et à l'actualité
Lire également l'article que Citrouille a consacré à l'époque à Lili a été suivie (décembre 1994) : maxlili.pdf
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28 juillet 2010
Rencontre avec Fred Bernard et François Roca

© François Roca
Vous venez de sortir Cheval vêtu. C’est maintenant votre treizième album en commun… Eprouvez-vous toujours le même enthousiasme ? Avez-vous acquis une certaine sérénité ?
Nous fêtons nos dix ans d’union puisque notre album La Reine des fourmis a disparu est sorti en 1996... Dix ans de vrai plaisir ! L'enthousiasme reste intact parce que nous nous sentons toujours plus proches et que les idées ne manquent pas. Le désir de faire est sans cesse croissant parce que nous avons le sentiment que tout reste à faire. Nous changeons nous-mêmes, nous sentons notre travail évoluer. L'excitation et la fébrilité accompagnent la réalisation de chaque album. Et la première difficulté réside encore et toujours dans ce fameux rapport texte-image, fragile et primordial. La deuxième difficulté va de pair avec la belle reconnaissance que nos projets ont acquis avec le temps et la jolie petite pression qui va avec… Il faut toujours réinventer! Nous rêvons toujours de faire mieux la fois prochaine, en sachant parfaitement que ce serait miraculeux de parvenir à se surpasser à chaque nouvel essai. Alors l'enthousiasme, oui. Mais la sérénité, non pas vraiment...
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26 juillet 2010
«Je pars d'un principe très simple: les gens sont intelligents!» (Hassan Musa)
UN ARTICLE DE 2005 DANS LE RÉTROVISEUR DE L'ÉTÉ 2010

-Hassan Musa : Tout le monde sait ce que je pense. Je passe parfois pour l’emmerdeur de service ! A chaque fois qu’il y a un rassemblement d’artistes africains, je dis que l’art africain c’est un gros mensonge. Mais j’y suis quand même. Car si je n’y suis pas, je ne serai nulle part : c’est le seul endroit qui me permet de montrer ce que je fais. (…) Je pense que dans quelques années tout le monde va rigoler du fait qu’un jour on rassemblait des artistes noirs, on les mettait ensemble en leur disant « vous êtes des artistes africains ». Comme lorsque nous repensons aujourd’hui qu’il y a un siècle on a mis des Africains dans un zoo, ici à Paris, que les gens venaient regarder. Africa Remix, ou Africa 05 et toutes ces célébrations de l’art africain, ce sont les zoos d’aujourd’hui. Peut-être que dans cinquante ans, ou dans trente ans, les gens diront : comment ça se fait qu’on ait pu organiser une chose pareille ! (…)
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21 juillet 2010
Bonnes vacances… (Chroniques de Claude André)
UN ARTICLE DE 2007 DANS LE RÉTROVISEUR DE L'ÉTÉ 2010
On est début juillet, l’école est finie mais un enseignant me sollicite, dans l’urgence, pour que je l’aide à constituer une liste de livres sur l’Europe, l’Allemagne surtout, dans le cadre d’un projet Comenius. Il souhaite aussi trouver des albums en allemand car il enseigne l’allemand à de jeunes enfants de la banlieue de Nancy. On parle de Comenius : ce professeur des écoles sait plein de choses sur ce pédagogue tchèque du XVIIème siècle, si novateur et dont le nom sert à désigner aujourd’hui des opérations pédagogiques ouvertes sur l’Europe et concernant les enfants du primaire. Les crédits qui permettent tous ces échanges voyages ou acquisitions sont appelés « crédits Comenius »,voilà qui me rappelle, à quelques jours de mes vacances, que je dois écrire pour Citrouille un petit papier sur jan Amos Kominsky, dit Comenius, que je considère (c’est à vérifier) comme le premier auteur qui ait pensé à s’adresser aux enfants dans leur langue maternelle puisqu’il publia en 1658 le désormais célèbre Orbis sensualium pictus qui est à la fois un livre de leçon de choses et un imagier, un livre abondamment illustré pour l’époque et dont les légendes sont bilingues : allemand/latin. Le prochain numéro de Citrouille étant consacré à la traduction ce rappel du travail de Comenius m’a paru s’imposer.
Beaucoup de visites en ce moment de bénévoles des bibliothèques relais de la Bibliothèque départementale, grâce cette fois à des crédits CNL, sensés faire entrer dans leurs collections des livres rares, exigeants comme ceux que j’aime à conseiller. C’est ce que la responsable de la B.D.P. qui les accompagne attend ne nous, mais parfois ces bénévoles, elles mêmes peu lectrices et en empathie avec leurs lecteurs les plus fragiles aimeraient acheter des Tom Tom et nana et des Titeuf. Hors les Bandes dessinées sont exclues des crédits CNL. Si cela paraît justifié pour des livres qui s’apparentent à des séries cela me paraît tout à fait infondé pour la B.D. Dans la B.D. comme ailleurs il y a de la grosse cavalerie et de la création.
Alors que je présente quelques romans tant aimés à ces dames un peu fatiguées l’une d’elle me demande si ça n’est pas lassant, à la fin, de lire tous ces livres…. Que répondre ? Que si je n’aimais pas lire je ne serais pas ici, que lire c’est mon métier, un peu vache pour elle, non ? Expliquer que s’il y a lassitude c’est face à ces livres « frères » ces épigones qui nous envahissent et que quelquefois, oui je suis accablée à la vue de toutes ces séries d’Heroïc fantasy mal écrites, mal construites, et surtout à la vue de tous ces livres que je n’aurais pas le temps de lire avant qu’ils ne repartent… pour faire de la place à d’autres qui… Mais aussi dire que si je lis c’est pour trouver quelques livres que j’aurai plaisir à partager, que je prendrai en pile, et qui entreront dans cette bibliothèque imaginaire que j’ai en commun avec tant d’enfants…
Hier une grand-mère (décidément j’en veux au troisième âge…) cherchait un livre pour sa petite fille de 3 ans et demi et comme je luis racontais Guili lapin Elle m’a dit –Oui, bien sûr … mais il faut le lire ! Comme je lui suggère qu’en principe les livres c’est fait pour ça elle précise que ce qu’elle aimerait c’est un livre que cette enfant puisse regarder toute seule. Toute seule… pauvre petite fille… d’autant plus que sa grand-mère n’a même pas voulu de Calinours va faire les courses (je pensais qu’un classicisme aussi abouti pourrait lui convenir) au prétexte qu’à trois ans et demi ils ne comprennent pas ça ! – « Mais si Madame » !
Il y a des jours où on aurait envie de vendre du chocolat….
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20 juillet 2010
Marcos, ou La grande histoire des couleurs…
Un article paru dans le n° 45 de Citrouille. UN ARTICLE DE 2006 DANS LE RÉTROVISEUR DE L'ÉTÉ 2010

Interview de Sandrine Mini, directrice des éditions Syros, qui explique pourquoi et comment elle a édité l'album LA GRANDE HISTOIRE DES COULEURS (texte Sous-commandant Marcos, ill. Domi) - et présentation de cet ouvrage par la librairie Comptines : marcos.pdf
mise à jour été 2010 : voir également l'adaptation théâtrale de l'album par la compagnie Solentiname :
Et lire également le Message du Sous-Commandant Marcos à Mumia Abu-Jamal pour son anniversaire qui évoque l'histoire des couleurs.

15 juillet 2010
Yves Pinguilly, barde et griot
UN ARTICLE DE 2006 DANS LE RÉTROVISEUR DE L'ÉTÉ 2010
Citrouille – Yves Pinguilly, d’où vous vient cette passion de l’Afrique ?
Tout l’implicite du mot AFRIQUE est, pour l’homme blanc difficilement atteignable, dans toute sa force, toute sa chair, tout son sang… Les mots, disait le grand écrivain Congolais Sony Labou Tansi, sont du silence qui parle. Mais qui sait entendre dans le monde blanc l’une des deux mille langues encore parlées sur le continent noir ? Qui sai
t lire l’amharique qui s’écrit sur le continent noir depuis aussi longtemps que le latin, dans la vieille Europe ?
Derrière le mot Afrique se cache un des plus grands continents du monde, et qui prononce Afrique pour commencer une conversation peut vous emmener vers le pays aussi mouillé que l’Irlande qu’est la Guinée Conakry ou vers les terribles déserts du Sahara ou du Namib, là où le soleil a fondé sa patrie ; il peut aussi vous guider dans la forêt équatoriale où les arbres mangent la lumière, ou sur quelques uns des grands fleuves du monde que sont le Nil et le Niger. Encore, celui qui raconte, le plus souvent brasse sans précision géographique et historique les mots baobab, éléphant, griot, génie, ancêtre, pygmée, calebasse, masque, balafon, pagne, excision, cora, mandingue, esclavage, taxi- brousse, colonialisme, savane, zoulou, cauri, boubou, case, piste, tradition orale, apartheid… on pourrait continuer la liste, bien sûr. En fait l’Afrique est peut-être trop grande pour être aimée, et souvent quand un voyageur blanc l’embrasse ou quand l’écrivain blanc l’écrit, les baisers qu’ils lui donnent sont des baisers de Judas. Pourquoi ? Parce « ce blanc là », qui a de grands yeux ne voit rien ! Parce que l’Afrique ne se laisse pas deviner aussi facilement sans doute. Et puis le Blanc, de France et de Navarre doit se défaire de son histoire coloniale, cette histoire mensongère qu’on lui a racontée. « Ce blanc là » quand il aura bien compris que rien de bon, de grand, ne peut naître de la soumission, de l’humiliation et des offenses perverses, engendrées par l’esclavage et le colonialisme pourra commencer son apprentissage et espérer pouvoir un jour ouvrir réellement les yeux et en prendre plein la vue avec ce monde que l’on nommait encore, il n’y a pas si longtemps la terra incognita et monstruosa !
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09 juillet 2010
Merci Zoé
UN ARTICLE DE 2005 DANS LE RÉTROVISEUR DE L'ÉTÉ 2010
Rencontre autour de quatre livres entre Zoé, 14 ans, et Leslie Vega, librairie Rêv’en pages. (Article paru dans le n°42 de Citrouille - dossier homosexualité, homophobie et homoparentalité)
Quand Zoé avait neuf ans, cela faisait déjà quatre ans qu’elle vivait auprès de sa mère et de la femme que celle-ci aimait et que Zoé considérait comme un autre parent… en plus de sa maman et de son papa qui avaient divorcé. Dans sa classe de CE2 personne ne connaissait sa situation, pas même ses copines proches. Sa mère est venue un jour à la librairie, me demander des livres sur le thème de l’homosexualité. Elle n’avait aucun mal à parler de sa préférence sexuelle et de son choix de vie avec Zoé mais visiblement, il manquait quelque chose… Cet après-midi-là, elle est repartie avec Marius (Marius, L. Alaoui et S. Poulin, éd. L’Atelier du poisson soluble) et Je ne suis pas une fille à papa (Ch. Honoré, éd. Thierry Magnier). Zoé les a lus et a décidé d’apporter le second en classe pour le présenter et le résumer aux autres élèves. Son institutrice étant d’accord, elle a donc parlé de son livre… puis s’est endormie sur sa table pendant que les conversations s’engageaient dans tous les sens : sur la situation familiale de Zoé, sur le divorce d’autres parents… L’institutrice confia ensuite à la mère combien avait été riche et extraordinaire ce qui venait de se passer en classe, pendant que Zoé dormait après l’avoir permis…
08 juillet 2010
Plant a man ! (par Susie Morgenstern)
UN ARTICLE DE 2000 DANS LE RÉTROVISEUR DE L'ÉTÉ 2010

J’ai beaucoup ri quand j’ai reçu ce dessin humoristique de ma sœur, un champ avec des hommes qui poussent. « Dope » a une double signification : ça veut dire un imbécile et la drogue. Oui, drogue, on est intoxiquées, on en a besoin, on doit subir leur « imbécillité ». Je suis un tas de contradictions. J’ai promis, juré que j’étais incapable d’écrire un mot sur ces extraterrestres qui partagent nos vies, j’ai crié que trop ignorante de leur psychologie et de leur sexualité, je ne les mettrais jamais en scène dans un roman. Et voilà que j’ai presque terminé mon troisième roman d’affilée dont le héros est un homme. Je ne sais pas pourquoi – est-ce que j’ai subitement envie d’étendre mon humanité aux deux moitiés du genre humain ?
Dans ma famille le message inculqué (et il n’y a pas de meilleure expression que le mot français), c’était qu’ils sont cons. Mais par une série d’heureuses rencontres, je suis devenue une mutante dans mon matriarcat. J’ai commencé à douter du message maternel. Je les ai pris en pitié. J’ai même écrit : « ... je pense qu’il faut aider les hommes maintenant. Les pauvres ! Ils s’ennuient plus dans ce monde que les femmes. Ils ne connaissent pas toujours les plaisirs sensuels des occupations manuelles. Ils ont du mal à se confier, à se régaler à raconter les bêtises de tous les jours, à parler au téléphone pour dire n’importe quoi, à rêver en faisant du lèche-vitrines, et à lire des romans, ce plaisir suprême ! »(La Joie par les livres, été 1993.)
Mes héros fictifs donc sont mes hommes idéaux, des compagnons parfaits et des partenaires fantasmagoriques. J’ai créé mon premier personnage mâle (Ernest dans Lettres d’Amour) quand j’ai perdu l’homme de ma vie. Tant que j’en avais un sur place, je n’avais pas besoin d’en chercher un imaginaire. Depuis, je me suis renseignée : j’ai lu un gros livre sur la sexualité masculine. Brusquement, je m’efforce de comprendre cet autre qui manque. Pendant vingt-huit ans je rouspétais parce que « je faisais TOUT à la maison », les courses, la cuisine, les enfants, bref, toute l’intendance. Mais quand mon mari est mort je ne savais pas rédiger un chèque, changer une ampoule électrique, réparer les appareils ménagers et autres petites pannes qui tuent, m’occuper des insectes et bêtes qui mangent le bois, qui rongent, qui empoisonnent, enlever les mauvaises herbes et soigner les arbres, veiller au bon fonctionnement de tout, gérer les finances. J’ai eu la preuve que ce n’était pas moi qui faisais TOUT.
Deux gendres sont entrés dans ma vie, deux hommes sensibles, raisonnables, affectueux, intelligents. Encore des contre-exemples. TOUS les hommes ne sont pas des imbéciles Maman ! Et puis un petit-fils « mimi à mourir ». Je me suis mise à m’intéresser aux garçons, non pas pour séduire et être séduite, mais pour comprendre et aimer. Je ne sais pas pourquoi Ernest n’a pas de mère, pourquoi William dans Trois jours sans n’a pas de père et Théodore, dans Les Treize Tares de Théodore, pas de mère non plus. Mais je crois que je fais des progrès, que mon écriture commence à englober les deux sexes et qu’un jour j’imaginerai un héros qui a un père et une mère, qui vivra heureux et aura beaucoup d’enfants...
Susie Morgenstern
07 juillet 2010
Béatrice Tanaka : Celle-par-qui-parlent-les-Indiens
UN ARTICLE DE 1995 DANS LE RÉTROVISEUR DE L'ÉTÉ 2010
"Enfant, notre cerveau est comme une feuille de buvard toute neuve où tout se grave. Mieux vaut y graver des choses importantes... " Forte de cette conviction, Béatrice Tanaka écrit pour les enfants, auprès desquels elle colporte surtout des contes millénaires. "Si nous y sommes encore si sensibles, c'est qu'ils nous transmettent quelque chose de très important, qu'ils nous aident à mieux comprendre la condition humaine. Il serait dommage de les oublier.> Béatrice Tanaka accompagne ses textes d'illustrations aux techniques toujours reconnaissables bien que très diverses. D'inspiration populaire, leur facture dépend du sens du récit. Elles se présentent parfois comme un mélange de documents et de papiers découpés, un mélange de réel et d'imaginaire.
"Je devais avoir dix ans, en pleine deuxième guerre mondiale, lorsque j'ai lu que les Indiens des plaines avaient un chef distinct de leur chef de guerre. Quand les jeunes gens décidaient une expédition, le sage s'y opposait avant de laisser s'exprimer leur fougue. J'avais également appris que lorsque tous les hommes étaient tués, leurs ennemis adoptaient les femmes et les enfants. Or dans les westerns, les Indiens étaient les mauvais et les Blancs les bons... Aussi l'ai décidé que les westerns mentaient. Je ne suis plus jamais allé en voir un jusqu'à “Little Big Man”. Les Indiens représentaient déjà pour moi un idéal de civilisation. Ils préconisaient une autre façon de vivre, de s'entendre avec ce qui se passe autour et avec nous.
L'Amérique d'avant Colomb est peut-être le continent sur lequel on a fait le plus d'expériences d'ordre social. Cela va de la petite bande à la théocratie, comme celle des Incas. On y a pratiqué tous les stades d'expérimentations sociales en amont de la Viile-Etat ou l'État-Nation, (comme ont dû le faire les sociétés occidentales, même si elles ne s'en souviennent pas). Ainsi, le mode de consultation populaire était bien différent du nôtre. La plupart des ethnies s'opposait à la notion de majorité, puisqu'elle signifiait que cinquante et un individus pouvaient imposer leur volonté à quarante neuf. Alors on discute, on palabre jusqu'à ce qu'on parvienne à un consensus, même si cela peut parfois être très long. Dans la constitution des Iroquois, toute décision importante devait être prise par tout le monde et devait considérer les conséquences de ce choix sur sept générations...
Je pense également à la déclaration du chef Seattle des Duwamish, que j'ai illustrée dans le livre “Pour la Terre”, dont elle est l'ossature. J'en avais d'abord lu la version brésilienne, et en étais tombée littéralement amoureuse. Lorsqu'un éditeur de Rio, Maura Sardinha, me dit qu'un directeur de lycée lui demandait un livre à propos de la réforme agraire, je leur ai proposé de le bâtir autour de la déclaration du chef Seattle. Le directeur objecta que c'était un texte écologique, pas économique. "Voilà une distinction que n'aurait pas faite un Indien, ai-je répondu. Redistribuez la terre d'une personne à cent personnes qui continuent de la maltraiter, et les mêmes problèmes resurgiront cinq ans plus tard ... ". Le directeur finit par accepter ce point de vue, et nous avons pu faire le livre grâce à une co-édition avec l'éditeur français Vif Argent. Certains prétendent que ce texte est apocryphe, mais le fait est que les "Indiens", des Inuit jusqu'en Patagonie, en partagent l'idée et le sens. J'ai essayé, pour l'illustrer, d'utiliser une imagerie d'origine indigène, parfois même de cultures éteintes, comme celle des Mimbres. J'ai eu énormément de plaisir à faire ce livre, et j'en suis très reconnaissante à Lise Mercadé, de Vif Argent. Elle m'a permis d'avoir l'impression de faire quelque chose d'utile… même si c'est une illusion. "
Béatrice Tanaka a écrit et illustré de nombreuses histoires d'autres peuples dans diverses maisons d'édition. Elle pense qu'il est important de penser par ethnie et non par nation. Enfant elle voulait d'ailleurs être ethnologue. N'est-ce pas ce rêve qu'elle n'a jamais lâché en devenant passeuse de contes ?
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06 juillet 2010
Quand la mixité de la pensée et de l'action est en péril…
DANS LE RÉTROVISEUR DE L'ÉTÉ 2010, UN COUP DE COLERE DU LISERON DATANT DE 2005 à l'occasion d'une interview de Clémentine Beauvais publiée récemment par BSC News : Voile or not voile ?)
Nous, libraires, sommes actuellement envahis par une quantité phénoménale de livres destinées "spécifiquement" aux filles. C'est à se demander si les auteurs, les illustrateurs et les éditeurs ont sciemment décidé de mettre à mal le cheminement féministe de ces dernières décennies en redonnant de la vigueur au plus vieux clichés sexistes. Résultat de ces collections alpaguant leurs cibles de manière racoleuse et ségrégationniste : aujourd'hui quand je propose un documentaire sur les dinosaures à une fillette de sept ans, je m'entends de nouveau dire par l'adulte qui l'accompagne que c'est plutôt là un ouvrage pour les garçons !
Il faut dire que l'édition jeunesse n'est pas seule coupable, et qu'elle s'inscrit avec cette production dans un discours dominant, largement relayé par les médias et les essais, qui refait le tri jusque dans les cerveaux : le féminin d'un côté, le masculin de l'autre conduisant tous les deux naturellement vers des activité - et des lectures - forcément différentes ! Pourtant, comme nous le rappelle Benoîte Groult, le théologien François Poulain de la Barre dénonçait déjà en 1647 (!) les méfaits de l'éducation et du conditionnement : "Il semble qu'on soit convenu de cette sorte d'éducation pour leur abaisser le courage, pour obscurcir leur esprit et ne les remplir que de vanités et de sottises, pour rendre inutile toutes les dispositions qu'elles pourraient avoir aux grandes choses et pour leur ôter le désire de se rendre parfaite comme nous, en leur ôtant les moyens" (De l'égalité des deux sexes, publié chez Fayard).
Que dès huit ans, on cache le haut ou exhibe le bas, je ne vois pas de différence ! Il s'agit bien d'un conditionnement, d'une lobotomisation faite aux filles, qui leur rappelle leur place "réservée". Tel est le véritable message des livres enseignant "l'art et la manière d'être une fille géniale", de ceux sacrant "le retour de la broderie, du tricot et de la couture" et des albums de Titeuf qui disent aux garçons à quel niveau on regarde les filles : à celui des fesses. Curieusement, on trouve beaucoup moins de livres destinés "spécifiquement" aux garçons qui leur rappelleraient leurs "devoirs" et les limites de leur "pouvoir"…
Aussi est-il urgent aujourd'hui d'opter pour une attitude critique face à ces ouvrages getthoïsants et d'en chercher d'autres qui proposent des modèles positifs d'identification, où les femmes sont valorisées pour leurs qualités, où elles participent à la vie et à l'histoire de l'humanité. Aussi est-il de nouveau urgent (si ça n'a jamais cessé de l'être) de donner aux garçons et aux filles des livres qui bouleversent les clichés, qui donnent à réfléchir - comme il est urgent de fournir aux adultes des instruments d'analyse et de dialogue sur ce thème.
Jocelyne Ponsgen, Librairie Le Liseron, Colmar
(Portrait en tête d'article : François Poulain de la Barre)
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05 juillet 2010
Ecrivains jeunesse : avec ou sans enfants ?
A l'occasion d'une discussion qui se tient actuellement sur le blog de L'Eau Vive (là et là) à propos du dernier roman de Christophe Honoré (J'élève ma poupée), voici, dans le rétroviseur de l'été 2010, la remise en ligne d'un article de 1999...
Quatre écrivains jeunesse réagissent au classement effectué par Christophe Honoré entre écrivains «parents » et écrivains «non-parents», au cours d’une interview qu’il a accordée à la revue Le Matricule des Anges (n° 28, décembre 99). Extrait de l’interview : « Je crois qu’il existe deux sortes d’écrivains pour la jeunesse : d’un côté les mères ou pères de famille qui expliquent le monde aux enfants et font des livres a priori pédagogiques, venant d’un adulte et destinés aux enfants. De l’autre, les écrivains célibataires qui n’ayant pas d’enfants destinataires écrivent sur leur propre enfance. L’enfance est leur terrain de jeu privilégié. Je me range là, à côté d’un Christophe Donner, d’une Florence Seyvos. Il s’agit de rendre compte d’un imaginaire d’enfant. » (Christophe Honoré)
Extraits des réactions (intégralité des textes ci-dessous, en cliquant sur "suite" si vous vous trouvez sur la page d'accueil) :
Hubert Ben Khemoun : «Je ne lis pas Cent ans de solitude en pensant qu’il peut m’aider à préparer mes prochaines vacances en Amérique du Sud, Vendredi ou les limbes du PacifiqueMax et les Maximonstres en le considérant comme un manuel de survie sur une terre hostile, en espérant régler ainsi les problèmes d’insomnie des deux poumons de ma cage thoracique. Est-ce que les enseignants ayant des enfants font plus pédagogique que ceux qui n’en ont pas ? Et les éditeurs jeunesse ? Et les libraires jeunesse ? J’en doute fort…»
Gudule : «Parmi les genres les plus décriés, la littérature de jeunesse jouit d’un statut privilégié : elle occupe gaillardement le dessous du panier. D’ailleurs, à bien y réfléchir, mérite-t-elle le beau nom de «littérature» ? Beaucoup en doutent ou, au mieux, le lui accordent avec un brin de condescendance. Or, comme si ce n’était pas suffisant, voilà que ce «sous-produit culturel» se retrouve encore victime de nouvelles subdivisions. Il y a aujourd’hui, me suis-je laissée dire, deux sortes d’écrivains jeunesse : les parents et les autres. Entendez par parents des pédagos chiants, utilisant l’instrument livre pour faire la morale à leurs chiards, et par les autres des gamins attardés rabâchant leur enfance.»
Alain Serres : «Pas plus qu’il ne faut être moine pour écrire avec recul sur la sexualité du couple, ou abstentionniste diplômé pour écrire librement sur la vie politique, il ne faut vivre à l’abri de l’enfance pour valider son travail d’écrivain pour la jeunesse. Que les écrivains continuent à faire des enfants de papier et des enfants de chair. Sans angoisse !»
Thierry Lenain : «Il est toutefois exact qu’à la lecture de certains des ouvrages cherchant à traduire l’intime d’un enfant, on peut parfois envisager que la parentalité de l’auteur, ou son absence, ont participé à l’écriture. Non pas que les écrivains non-parents, ou parents, seraient garants d’une « juste évocation » de l’enfance dont ils auraient le monopole. Dans les deux cas, ce ne sont que des adultes qui s’expriment bien longtemps»
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02 juillet 2010
Rencontre avec Chen Jiang Hong
UN ARTICLE DE 2005 DANS LE RÉTROVISEUR DE L'ÉTÉ 2010

Chen Jiang Hong est né en 1963, en Chine, où il passe son enfance et son adolescence. Il s’est formé aux Beaux-Arts de Pékin avant de partir poursuivre ses études à Paris. Il vit et travaille dans la capitale française depuis 18 ans. Rencontre dans son atelier-galerie au 103, rue Quincampoix. Par Sylvie Neeman, AROLE (ici)
Chen Jiang Hon, qu’est-ce que cela signifie, être enfant en Chine pendant la Révolution culturelle ?
Chen Jiang Hong : C’était une période très douloureuse ; j’avais 3 ans, et cela a duré jusqu’à mes 13 ans. Mon père a été obligé de partir à la campagne, ma mère travaillait tout le temps et je vivais avec mes grands-parents. Cela signifie vivre sans aucun livre, aucune image – seuls les livres de propagande étaient autorisés, tous les autres étaient interdits ou brûlés.
De quand date alors votre intérêt pour le dessin, pour les images précisément ?
Dans ma chambre, il y avait un mur sale, délabré, qui n’avait pas été repeint depuis longtemps ; je passais des heures à imaginer des formes, des silhouettes, des visages à partir des taches et des aspérités de ce mur. Et puis ma sœur, de six ans mon aînée, m’apprenait à dessiner lorsqu’elle rentrait de l’école; nous dessinions par terre, parce que le papier était trop cher, et mon grand-père, qui disait qu’on peut tout savoir d’une personne lorsque celle-ci a 3 ans, eh bien mon grand-père affirmait en voyant mes dessins « mon petit-fils sera quelqu’un. »
Pourquoi Paris, précisément ?
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01 juillet 2010
L'Inde de Kipling
Rudyard Kipling est né en Inde en 1865. Son père était conservateur du musée de Lahore. Il vécut là pendant 6 ans, parlant ourdou avec son ayah, nourri de chants et de légendes du pays, avant d'être envoyé comme beaucoup d'enfants des colonies dans une famille inconnue en Angleterre. L'expérience fut traumatisante. La maison de Southsea, baptisée par lui "maison de la désolation", fut probablement l'endroit où livré à lui-même il apprit à se débrouiller seul, loin de l'amour familial. Il ne retournera en Inde que onze ans plus tard comme apprenti- journaliste. L'Inde, pays du souvenir, du paradis perdu, hantera Kipling toute sa vie et son oeuvre témoignera de cette ambivalence entre l'amour de l'Inde et la fidélité au pouvoir impérial britannique. Cette Inde qui nourrit son imaginaire, il la fera vivre par son écriture dans des "histoires de mon pays et de son peuple", comme il les nomme lui- même dans son autobiographie Un peu de moi-même.
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27 février 2010
Et si le livre bilingue, plus qu'une curiosité calligraphique, était un outil d'intégration, de partage et d'ouverture ?
(Un article paru en 2002 sur le site de Citrouille - D'après le mémoire de Christine Barge, bibliothécaire - ill. : page d'accueil de la médiathèque jeunesse de l'Institut du Monde Arabe)
Il y a peu, je demandais à une bibliothécaire de Grenoble si elle possédait des ouvrages bilingues arabe-français, ou en langue arabe. Elle me répondit : “Il y en avait bien au début, mais qu’est-ce que c’est devenu ?…” Il s’agissait pourtant d’une bibliothèque implantée au cœur d’un quartier à forte sensibilité maghrébine. L’ensemble des bibliothèques de cette agglomération possède d’ailleurs fort peu d’ouvrages de ce type, mis à part quelques imagiers et contes, auxquels s’ajoutent quelques documents présentant l’écriture arabe et l’art de la calligraphie. Quelles sont les raisons de cette pauvreté ?
La production des éditeurs français d’ouvrages en langue arabe ou bilingue français-arabe est faible et mal connue. S’y intéresser suppose donc un long travail de recherche… D’autre part, les bibliothèques semblent encore peu sensibilisées aux enjeux de la présence de cette langue, ou d’autres langues “immigrées”, dans les lieux publics accessibles à tous et notamment aux enfants. Peut-être véhicule-t-on par ailleurs, d’une manière tout à fait inconsciente, une appréhension, une réticence, une sous-estimation vis-à-vis de la langue arabe, liées à une ignorance entretenue de longue date envers la culture de cette communauté. Il existe souvent une confusion, un manque de clarification entre toutes les notions suivantes : Islam, Arabe, Algérien, islamiste, Maghreb, immigré.
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