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16 novembre 2011

Un monde caché où redevenir un enfant…

 
 

Interview de Barbara CANEPA made in Chef de soupe…

Cette entrevue est née d’un rapprochement entre l’éditeur Soleil et l’Association des Librairies Spécialisées Jeunesse. Autant le dire tout de suite, avant c’était un peu compliqué entre Soleil et nous. Mais parfois, il suffit d’une rencontre pour que les choses s’arrangent. Et c’est ce qui a eu lieu récemment, autour de la collection (bien nommée en la circonstance!): Métamorphose.  À La Soupe de L’Espace, nous affectionnons particulièrement, et pour diverses raisons, cette collection.  Afin de sceller le rapprochement des Sorcières avec son éditeur, j’ai rencontré la très étonnante Barbara Canepa, aux multiples talents et aux très nombreuses occupations. Auteure et illustratrice (rappelez-vous des séries Sky Doll et Monster Allergy), éditrice et directrice de collection (poste qu’elle partage avec Clotilde Vu): Barbara défie tous les jours les lois du temps, et a réussi à le ralentir un peu pendant la durée de notre entrevue…

JEAN PICHINOTY: Comme tu le sais, nous avons toujours été de grands admirateurs de l’illustration, sous toutes ses formes. Aussi ta démarche qui donne vie à de grands rêves d’illustrateurs, nous touche particulièrement. Elle laisse libre cours à leur imagination, et permet à leur art de s’exprimer à travers ce merveilleux média qu’est le livre. Raconte-nous un peu comment est née la collection Métamorphose…
BARBARA CANEPA: Le moteur qui m’a incitée à créer cette collection a été principalement la curiosité que j’ai pour toutes les choses étranges et inexplicables de la vie, l’amour de la culture anglo-saxonne, ainsi que le sentiment d’être orpheline d’une certaine thématique en littérature BD et jeunesse. L’esthétique visuelle de la collection est très liée à l’esthétique romantique et victorienne que j’affectionne. Métamorphose est un monde caché où il est permis à tout un chacun de redevenir enfant. Se perdre dans des mondes dangereux et inconnus, et pour toujours en sortir indemnes. Il n’y a pas de danger dans les livres en général et dans ceux de la collection Métamorphose en particulier. Mais, oui, un univers un peu antique, ancestral, métaphysique et fantastique. Un monde où l’on peut rêver, où l’on peut retomber en enfance. C’est pour cela que j’ai choisi comme symbole de la collection cet incroyable et superbe mot: «Métamorphose». Un mot parfait, qui ne représente rien d’autre que nous-mêmes en tant qu’êtres vivants, en ce qui concerne notre transformation personnelle, intellectuelle et naturelle, même après notre propre mort.

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06 septembre 2011

Un monde caché où redevenir enfant… (itw de BARBARA CANEPA)

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Cette entrevue est née d'un rapprochement entre l'éditeur Soleil et l'Association des Librairies Spécialisées Jeunesse. Autant le dire tout de suite, avant c'était un peu compliqué entre Soleil et nous. Mais parfois, il suffit d'une rencontre pour que les choses s'arrangent. Et c’est ce qui a eu lieu récemment, autour de la collection (bien nommée en la circonstance!): Métamorphose.  À La Soupe de L’Espace, nous affectionnons particulièrement, et pour diverses raisons, cette collection.  Afin de sceller le rapprochement des Sorcières avec son éditeur, j’ai rencontré la très étonnante Barbara Canepa, aux multiples talents et aux très nombreuses occupations. Auteure et illustratrice (rappelez-vous des séries Sky Doll et Monster Allergy), éditrice et directrice de collection (poste qu’elle partage avec Clotilde Vu): Barbara défie tous les jours les lois du temps, et a réussi à le ralentir un peu pendant la durée de notre entrevue…

JEAN PICHINOTY: Comme tu le sais, nous avons toujours été de grands admirateurs de l'illustration, sous toutes ses formes. Aussi ta démarche qui donne vie à de grands rêves d'illustrateurs, nous touche particulièrement. Elle laisse libre cours à leur imagination, et permet à leur art de s'exprimer à travers ce merveilleux média qu'est le livre. Raconte-nous un peu comment est née la collection Métamorphose…
BARBARA CANEPA: Le moteur qui m'a incitée à créer cette collection a été principalement la curiosité que j'ai pour toutes les choses étranges et inexplicables de la vie, l'amour de la culture anglo-saxonne, ainsi que le sentiment d'être orpheline d'une certaine thématique en littérature BD et jeunesse. L'esthétique visuelle de la collection est très liée à l'esthétique romantique et victorienne que j’affectionne. Métamorphose est un monde caché où il est permis à tout un chacun de redevenir enfant. Se perdre dans des mondes dangereux et inconnus, et pour toujours en sortir indemnes. Il n'y a pas de danger dans les livres en général et dans ceux de la collection Métamorphose en particulier. Mais, oui, un univers un peu antique, ancestral, métaphysique et fantastique. Un monde où l'on peut rêver, où l'on peut retomber en enfance. C'est pour cela que j'ai choisi comme symbole de la collection cet incroyable et superbe mot: «Métamorphose». Un mot parfait, qui ne représente rien d’autre que nous-mêmes en tant qu'êtres vivants, en ce qui concerne notre transformation personnelle, intellectuelle et naturelle, même après notre propre mort.

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Tes passions sont entières et multiples, tes activités nombreuses... Comment réussis-tu à organiser ton travail de directrice de collection?
  
Mon organisation n'est pas des plus aisée, je suis dispersée mais tellement passionnée que rien d'autre n'importe et que peu de choses m'effraient dans cette profession. Donc, lorsque je me mets au travail, je ne pense jamais à tout ce que je dois faire. J'ai la chance d'avoir une mémoire sélective. Un peu comme si mon cerveau fonctionnait avec un système de tiroirs multiples. J'ouvre seulement ceux qui me sont utiles et je laisse les autres fermés, voilà tout! Et puis je collabore avec des collègues et des amis qui me soutiennent pendant les périodes difficiles. Mais je dois dire que c'est un lourd tribut et qu'il faut être particulièrement motivée pour en venir à bout. Il faut également être soutenu par un éditeur qui y croit et qui mouille sa chemise.

S'il y a bien une chose qui nous touche dans tous ces livres, c'est l'honnêteté avec laquelle certaines «problématiques» de l'enfance et de l'adolescence sont abordées. Cette démarche est discutée en concertation avec les auteurs, ou bien est-ce décidé au moment de la création du livre, en amont du projet, à un niveau plus éditorial? Plus généralement, peux-tu nous dire comment naît un livre de la collection Métamorphose?
  
Les idées peuvent venir de Clotilde Vu ou de moi-même, ou alors directement des auteurs avec lesquels nous travaillons. Dans tous les cas, il y a toujours une collaboration aussi bien éditoriale (entre nous-mêmes) qu'au niveau des auteurs... En ce qui concerne la maquette et la fabrication du livre, je suis plus dans la partie spécifique de l'objet, car je suis illustratrice de formation et je possède des bases de graphisme. Et Clotilde s’occupe davantage de la narration, étant de formation journalistique. Ceci étant, nous nous «mélangeons» souvent de manière aussi surprenante qu'inattendue. Chaque livre est «nôtre» en fait. Unique pour chacune d'entre nous par rapport à notre propre expérience… Si j'ai de bonnes idées, je cherche l'auteur «juste» pour réaliser le livre. Il  m'est arrivé il y a peu, par exemple, de proposer une thématique, (sur les Yôkai japonais) à une très jeune et talentueuse artiste. Concernant Daisies de Claire Wendling, c'est Clotilde qui a eu l'idée et qui a monté le projet. Dans le cas de Benjamin Lacombe, en revanche, c'est lui qui nous a directement proposé Les Contes macabres de E.A Poe, ou son deuxième livre Notre-Dame de Victor Hugo (à paraître en octobre 2011). En revanche pour son troisième opus, (qui sera, je le crois, le plus complexe et le plus difficile), c’est grâce à une suggestion susurrée à l'oreille par un certain Guillaume Bianco (qui par ailleurs connaît très bien Benjamin), que j'ai pu lui proposer de réaliser une version toute sienne de Marie-Antoinette pour la fin de l'année 2012...

Quels sont les autres titres qui auront la chance de voir le jour bientôt chez Métamorphose?
  
Il y en aura beaucoup d'autres, dont ceux de Benjamin Lacombe comme je le disais précédemment. Une partie de la collection est déjà devenue une sous-collection au sein du catalogue. Pas uniquement par choix de la thématique, mais par une plus grande pagination (deux cents pages au moins), un vrai rapport texte/image (comme les livres illustrés) tel que tu peux le voir dans Alice ou Contes Macabres… Cela a été un vrai choix éditorial. Je peux donc vous annoncer la sortie prochaine de Notre-Dame de Paris, dans le même format (avec cette fois-ci plus de cinq cents pages), et de nombreuses surprises, comme par exemple, des recueils de fables. En novembre prochain aura lieu la sortie tant attendue de mon prochain projet: End. Un livre auquel j'ai travaillé pendant plus de quatre ans tout en menant de front ma série Sky Doll ainsi que deux collections... Ce livre-ci sera un résumé, une synthèse métaphorique de tout le sens de la collection Métamorphose et de qui je suis véritablement. Cela parle de la mort, de la peur, et de la solitude. J’espère que cela vous plaira. Je croise les doigts.

Je n’en doute pas une seule seconde Barbara! J'imagine que tous les projets portés jusqu'à présent l'ont été avec toute la passion et l'énergie qui te caractérisent, mais il y a-t-il des histoires qui te tiennent particulièrement à cœur et qui n'ont pas encore vu le jour?
  
Je confie petit à petit  toutes mes «histoires orphelines» à d’autres, et suis toujours prête et ouverte pour écouter les passions et les envies  d’autrui, car  j'ai souvent eu de magnifiques surprises (comme Yaxin le Faune Gabriel de D.Vey et Manuel Arenas).  Mais je dois bien vous avouer que j'ai encore de nombreuses idées et envies pour lesquelles je n'ai pas encore trouvé les personnes adéquates à qui les confier. Il doit s'agir en effet de vraies fusions et de véritables mariages d'amour. Il doit s'agir d'un véritable feeling entre l'auteur et la thématique, autrement le livre «sonnerait faux». Il serait vide et stéréotypé. J'ai par ailleurs une affection particulière pour les écrits des femmes de la fin du XIXe siècle, surtout concernant les histoires d'épouvante: nous possédons une littérature féminine énorme qui a été sciemment mise de côté durant de longues années et qu'il serait grand temps de remettre aujourd'hui en lumière; un exemple: la nouvelle the Yellow Wallpaper de Charlotte Perkins Gilman. Je suis également une inconditionnelle de culture orientale et de certaines croyances (comme celle des incroyables yôkai japonais), et j'adore Guy de Maupassant, dont je rêve d'adapter certaines nouvelles... Ou encore certaines fables italiennes de la période futuriste (un courant moderne de l'art, né en Italie au début du XIXe siècle, qui embrassait l'art en général, la musique et la poésie), et pour finir, les fables d'Italo Calvino. En somme, de nombreuses idées et envies, il ne reste qu’à trouver les esprits justes pour réinterpréter ces incroyables univers. Mais nous avons le temps...

Un grand merci Barbara! On te souhaite beaucoup de succès pour les titres à venir, et tu pourras compter sur nous pour y apporter notre contribution…

Propos  recueillis par Jean Pichinoty, librairie La Soupe de l’Espace

 (Complément à lire ici)

Blog de la collection Métamorphose : http://canepabarbara.blogspot.com

05 septembre 2011

Les rencontres nourrissent ma création (par Mario Ramos)

000922226.jpgMario Ramos est parrain du Square de L'École des Loisirs du Bateau Livre de Lille . À l'occasion de la sortie de la plaquette Le Monde de Mario Ramos nous lui avons demandé ce que lui apportent les rencontres avec ses lecteurs, à lui qui ne veut pas rester un artiste enfermé dans une bulle.

«Je différencie mon travail d'illustrateur jeunesse de celui de l’artiste qui crée en solitaire et pour qui l'œuvre existe par elle-même, sans interaction obligée avec un public. Si les albums nécessitent des moments de solitude et de retrait, je les réalise toujours cependant en pensant à mes lecteurs, avec l’intention délibérée de les toucher. Si j’organise donc des temps de création pendant lesquels je ne fais pas d'animations, les  moments de rencontres et d'échanges auquel je participe par ailleurs me  nourrissent et font partie de mon travail. Il ne faut cependant pas se perdre avec des rencontres trop nombreuses qui empiéteraient trop les plages créatives. Elles doivent rester porteuses d'équilibre et d'interaction: j’aime découvrir ce que les gens perçoivent et comprennent dans mes albums, les questions qu'ils se posent après la lecture de mes livres. Comme je m’intéresse par ailleurs à tous les acteurs de la chaîne du livre, de l’éditeur au libraire, en passant par l’imprimeur ou le distributeur...»

Propos recueillis par Gonzague Steenkiste

25 juillet 2011

Trois fois rien mais beaucoup (dans le rétroviseur de Citrouille, #13, été 2011)

Première publication : 2006 (Une interview de Philippe Coudray par Vincent Cuvellier parue dans le dossier «Philosophie» du n°42 de Citrouille)
medium_coudray.jpgVincent Cuvellier adore Philippe Coudray. Il se sent face à lui comme un lapin face à un ours. Une aubaine pour le projet que nous avions d’une interview de Barnabé…

Barnabé est un ours. Ça, c’est sûr. Il parle, fait de la peinture, joue aux fléchettes, mais c’est un ours quand même. Il a surtout une manière de voir la nature, les éléments, la vie qui ne ressemble qu’à lui. Les ombres, les angles, la perspective, il joue avec tout. Et nous avec lui. Il nous aide à voir les choses avec un œil différent. C’est peut-être ça, la philosophie ? Dans la bande dessinée L’ours Barnabé, des petits lapins lui posent des questions, lui soumettent des énigmes, lui demandent d’expliquer le pourquoi du comment. Et Barnabé répond. Alors moi, Vincent Cuvellier, je me suis mis dans la peau d’un de ces petits lapins, et j’ai demandé à Philippe Coudray, l’auteur complet de cette bande dessinée absolument pas comme les autres, de m’expliquer le pourquoi du comment. Ah oui, au fait, je ne vous ai pas dit : Philippe Coudray est un ours. (et il a un site !)
Vincent Cuvellier

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12 juillet 2011

Christophe Donner (dans le rétroviseur de Citrouille, #8, été 2011)

Première publication : 2008 Christophe Donner - ou Chris Donner - écrivain né à Paris en 1956, journaliste, romancier et cinéaste. Il est l'auteur d'une œuvre importante et diverse pour adultes et enfants.

donner.jpg- Vos parents ayant des idées engagées en politique, j'imagine un univers familial avec des livres sur des étagères, des journaux comme L'Humanité, un périodique comme Pif envahir table et fauteuils. Suis-je dans la bonne image de votre enfance ?
- Oui, en effet, I'Huma, Pif le Chien. Mais surtout l'Huma Dimanche qui était distribué au porte à porte. Mes grands-parents faisaient ça, avec mes oncles, et mon père aussi le faisait. C'était vraiment la messe communiste, le rite religieux par excellence. La meilleure chose, certainement que le communisme français ait inventé. Les gens se parlaient, se voyaient... Les opinions? Elles changeaient, elles étaient balayées par d'autres, mais la relation était établie, précieuse. Les livres de mes parents, je me souviens surtout de la collection de livres d'art Gauguin, Picasso, Degas, j'aimais beaucoup les danseuses de Degas, c'était de grands livres non reliés, des boîtes, j'éparpillais les feuilles sur le sol. J'ai toujours préféré les images aux textes. J'étais paresseux pour lire. Sauf évidemment certains textes dont je n'arrivais plus à décrocher, mais c'était rare. Une obligation morale. Mais les journaux, c'était surtout Hara Kiri, mensuel, puis hebdo, devenu plus tard Charlie Hebdo. J'ai commencé à lire ça vers neuf ou dix ans. Ça me plaisait beaucoup. La bande dessinée rendait la politique accessible, comme une entrée dans le monde adulte par le biais de la dérision, de la critique acerbe de cette revue, et qui m'a influencé.

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07 juillet 2011

Quand tu commences quelque chose, va jusqu’au bout… (dans le rétroviseur de Citrouille, #5, été 2011)

mtest2.jpgPremière publication : 2001 L’homme est anglais, grand, chaleureux, attentif à son interlocuteur. Lors de ses interventions près de ses lecteurs, il est passionnant. Invitant les enfants à l’écriture, il mime avec humour son propre personnage : assis sur une chaise, les pieds juchés sur la table, dans sa position de prédilection pour l’écriture tel qu’il s’y adonne chaque soir, retraçant les événements qui l’ont touché particulièrement dans la journée. Ses romans sont toujours reliés à des histoires vécues : un lieu, un personnage, un témoignage qu’il a souhaité sortir de l’anonymat et faire partager. A l’occasion de la remise de son Prix sorcière pour son roman Le royaume de Kensuké, nous lui avons posé cette unique question : "Un auteur est-il une personne à part ?"



Morpourgo : " Tout le monde a quelque chose à raconter. Mais les pratiques sociales ne favorisent plus l’évocation de soi : quand on se retrouve entre amis, le plus souvent, on se raconte des blagues, on ne se raconte plus…Cela demande de la confiance en soi pour se dire. Mon écriture découle d’une attitude d’ouverture aux autres. Je suis à l’écoute du monde qui m’entoure et j’ai la chance d’avoir une vie très riche, faite de beaucoup de rencontres et d’échanges. J’accepte d’être vulnérable : les faiblesses des autres qui peuvent quelque fois m’accabler, sont cependant pour moi tout aussi importantes que les réussites. 
Je suis un homme comme tout le monde qui met en mots son vécu au quotidien. Cependant, j’ai une directive dans ma vie, que m’a transmise Ted Hughes, auteur du Géant de fer, le seul de ses romans traduits en français encore disponibles chez Gallimard : " Quand tu commences quelque chose, va jusqu’au bout ". Et effectivement, je suis un obstiné ! J’aime me lancer des défis du genre " avant midi, je fais telle ou telle chose ", et je m’y tiens coûte que coûte. Par exemple, une éditrice anglaise avec laquelle j’ai sympathisé, m’a lancé un défi : écrire une histoire d’horreur. En effet, j’étais d’accord pour travailler avec elle si elle me proposait quelque chose que je n’avais pas encore fait. Un an s’est écoulé et rien ne se passait, jusqu’à cette image horrible qui m’a été donner à vivre : quatre bûchers de " vaches folles " fumant nuit et jour sur la colline en face chez moi… Tous ces animaux que le paysan avait nourris quotidiennement abattus par centaines… La douleur s’installe qui ruine des vies. Il n’y a pas besoin d’imaginer beaucoup pour vivre une histoire d’horreur : elle peut être sous nos yeux. Mon histoire était donc toute trouvée. J’y ai décrit la détresse du monde paysan que peu d’Anglais comprenne. En Angleterre, il y a un fossé énorme entre les paysans et la plupart des gens. J’ai témoigné pour les enfants des villes sans racines afin qu’ils ne voient pas ces événements comme un problème politique mais comme une catastrophe humaine avant tout. Mon souhait est effectivement de toucher les gens qui n’ont pas vécu eux-mêmes les situations difficiles - la guerre notamment - afin de transmettre les expériences qui aideront à comprendre le quotidien d’aujourd’hui sans simplisme… "


Propos recueillis par la librairie La Luciole

28 juin 2011

Rencontres avec Erik L'Homme (audio)

Capture d’écran 2011-06-28 à 19.07.50.jpg

22 juin 2011

Lucette Savier : Militante de l'enfance

Lucette3 à venise 2010.jpgÉditrice chez Autrement puis Syros et, depuis 1996, chez Albin Michel dans le secteur jeunesse que dirige Marion Jablonski, Lucette Savier porte une vision humaniste et vivifiante sur la littérature de jeunesse. Pour la librairie Le Chat Pitre (Paris 13e), Éric Denniel a recueilli son témoignage et sa réflexion sur l’édition jeunesse et, peut-être avant tout, sur l’enfance et le nécessaire devoir des adultes de la servir.

De sa rencontre avec Rolande Causse et Max et les Maximonstres. «Je crois que, petite, je n’étais pas une lectrice. Je relisais toujours les trois ou quatre mêmes livres. Étudiante, je me suis orientée dans une filière scientifique: maths et physique. Je ne me pensais pas «littéraire». Je me suis réveillée lectrice tardivement, avec des ouvrages de sciences humaines et de politique. Et c’est par l’aspect politique des situations que je me suis intéressée à la lecture des enfants. J’étais animatrice de Centre de Loisirs à Montreuil pour financer mes études de maths, et en même temps militante dans une association d’alphabétisation pour adultes. Quand Rolande Causse est venue à Montreuil et a créé le premier atelier de lecture-écriture, elle a voulu monter une équipe d’animateurs lecture. J’étais partante, pas parce que j’aimais lire, pas parce que je connaissais l’importance de la lecture, mais parce que c’était une question de principe: que chacun ait accès à une pratique utile et à la culture. Car très vite, j’ai réalisé que c’était la même inégalité que vivaient les enfants qui disaient ne pas aimer lire, qui ne venaient pas dans les bibliothèques des centres, et les adultes qui étaient en situation d’exclusion, en partie du fait de ne pas savoir lire. C’est comme ça qu’à vingt ans, j’ai plongé, grâce à Rolande Causse, dans la littérature de jeunesse. Animateurs, nous avons suivi de très nombreuses formations et c’est Christian Bruel qui, lors d’un stage, m’a «appris», notamment avec Max et les Maximonstres, à lire les albums.»

De l’humour grinçant et enfantin de Roald Dahl. «Pour donner de l’éclat à notre action, pour sortir de nos ateliers, nous publiions des brochures avec des textes d’enfants, nous exposions des illustrateurs français. Il nous fallait trouver des évènements qui accompagnaient le terrain et la régularité des ateliers, et qui mettaient en valeur la littérature qui fonctionnait si bien avec les enfants, qui les mettaient en mouvement. C’est ainsi que l’équipe d’animateurs a créé en 1983, sous la direction de Rolande, le Festival du livre enfants-jeunes devenu plus tard le Salon de Montreuil. Roald Dahl y était mis en valeur… Dans nos ateliers nous utilisions énormément, en effet, les livres de Roald Dahl dont l’humour était grinçant et enfantin. Il y avait un ton – en tout cas, à l’époque dans les années 80 – qui nous semblait unique, et les enfants réagissaient vraiment bien à son univers. Je suis allée récemment au Salon du Livre d’Alger. J’ai, par hasard, parlé des livres de Roald Dahl à un jeune qui s’est empressé d’acheter tout ce qui était disponible. Il m’a dit: bonheur, j’ai enfin trouvé quelque chose à lire! C’est vrai que c’est un auteur facile à conseiller pour des lecteurs qui ne savent pas trop bien quoi lire. En Angleterre, Roald Dahl est vraiment reconnu. D’ailleurs la littérature jeunesse y est mieux considérée que chez nous. Il faut dire qu’elle y a une histoire spécifique plus ancienne. C’est à Londres, en 1744, que s’est ouverte la première maison d’édition pour enfants! Longtemps, en France, on a considéré que les auteurs pour la jeunesse étaient des auteurs ratés, des sous-auteurs».

Des droits des enfants et du devoir des adultes. «C’est assez détestable, cette manière de ghettoïser la littérature enfantine. Mais n’est-on pas très condescendant sur tout ce qui touche à l’enfance? Voire, en général, très méfiant?  C’est un discours ambigu, à la fois ingénu et méprisant, qui émerge sur l’enfance; notre gouvernement a actuellement une vision médicale, judiciaire et sécuritaire de l’enfance et de la jeunesse. On ne parle d’elle qu’en termes de problèmes, de violence, de dangerosité, de sanction. Aujourd’hui, par exemple, dans le projet du code pénal, le mot «enfant» est remplacé par «mineur». On catégorise, on divise, on oppose les gens. Le fait de vouloir baisser l’âge pénal à seize ans est une régression du droit des enfants (on est enfant jusqu’à dix-huit ans dans la convention de l’ONU sur les Droits des enfants); et c’est surtout un manquement à notre devoir d’adultes, de protéger les enfants, quoi qu’il arrive, même de leurs propres errements, de leurs propres glissades. On n’est plus dans la prévention et dans l’éducation, on est dans le dépistage, la répression, le conditionnement... C’est une politique inquiétante par rapport aux enfants. La littérature de jeunesse est forcément concernée, traversée par les questions de société. Elle peut être un territoire où l’on respecte les potentiels, l’intelligence, la curiosité des enfants, enfants complexes et en transformation continuelle. Un lieu vivant où on leur fait confiance».

Du besoin d’images à tout âge. «Dans la tête de nombreuses personnes, l’album illustré n’est pas de la littérature. L’image est considérée comme un support au texte, un pré-texte, une aide à la lecture du texte. L’album a longtemps été réservé aux  lecteurs en train de se construire, pas encore lecteurs autonomes. Les enfants à qui l’on propose un album considèrent souvent que «c’est plus pour moi, c’est pour quand j’étais petit». Comme si, pour les grands, les images n’étaient plus nécessaires. C’est Bruno Duborgel* qui a remarquablement décortiqué comment notre imaginaire est colonisé. Il explique que l’image est un peu fille de l’imaginaire, de l’imagination, et qu’elle est supposée entraîner toutes sortes de mauvais effets sur le lecteur; on la dit trompeuse, induisant en erreur. Alors que le texte est censé donner la  voix de la raison, du respectable, du raisonnable, de la vérité. Dans nos cultures, on est encore dans le soupçon et le rejet de l’imagination et des images. Dans la perception commune, l’image est associée à l’enfance, à l’irraisonnable ou au déraisonnable; à l’âge de raison, âge de l’apprentissage de la lecture, l’enfant devrait donc se séparer de l’image et passer du côté du texte! On progresserait ainsi de l’image vers le texte, des albums vers la littérature. Quelle erreur! Nous sommes tous pourtant des êtres imaginant avec un besoin vital d’images à tout âge. Nous éditeurs, vous libraires, revendiquons un autre statut de l’image, une autre place des albums, partie prenante de la littérature (on peut citer les albums de Fred Bernard et François Roca, ceux de BlexBolex, d’Hélène Riff par exemple). Mais les lecteurs sont peu armés pour vraiment pénétrer les images et pour les digérer, les comprendre, oui les com-prendre, prendre-avec soi, tout ce qu’il y a à apprivoiser dans les images».

De la bibliodiversité. «Les enfants ont le droit au «beau», à la «bibliodiversité», à des univers d’auteurs, à des tons uniques, à des ouvrages profonds, drôles, questionneurs, irrévérencieux, subtils, tonitruants… Je n’ai jamais su dire: il faut lire, on doit lire. Chacun fait ce qu’il veut, mais chacun doit pouvoir avoir le choix. Que quelqu’un décide  de ne pas lire, en toute connaissance de cause, c’est son affaire. Mais s’il n’a pas le choix de ses goûts, s’il a été privé ou écarté d’une réelle éducation du choix, alors, voilà le problème. Je crois que ce sont ces questions de formation et de choix qui sont essentielles. Que les livres soient numériques ou sur papier, est-ce que nous avons toujours cette bibliodiversité, est-ce que tout le monde a les ressources nécessaires (scolaires, culturelles, sociales, financières) et l’accès, donc le choix, à tout? À l’avenir est-ce qu’il n’y aura pas deux ou trois grands trusts qui décideront de ce qu’il sera rentable d’éditer, et ensuite deux ou trois autres qui auront en main les moyens de diffusion et de distribution?»

De l’édition comme jonglerie de haute voltige. «Ça ne fait pas plaisir de publier des livres qui ne se vendent pas. Longtemps des éditeurs ont cru se dédouaner en disant: les échecs commerciaux sont de très bons livres destinés à un public très exigeant. Je n’ai pas de satisfaction à éditer des ouvrages pour quelques-uns. Qu’un tel travail pour éditer un livre, qu’un tel investissement, qu’une telle énergie créative des auteurs, des illustrateurs puissent, sur des millions de lecteurs potentiels, n’en toucher que quelques centaines,  me questionne. Je connais les contraintes économiques du secteur. Je n’aime pas faire perdre de l’argent à Albin Michel!  Mais la question financière doit être présente sans devenir obsédante. Parce que les règles économiques pourraient varier selon les objectifs poursuivis, et parce que, sinon, le risque est de s’autocensurer insidieusement. Devenir frileux, inquiets, suiveurs et peu créatifs, et réduire finalement nous-mêmes la diversité de nos catalogues… Je pense que la difficulté de notre métier est, entre l’enjeu économique et l’enjeu culturel, de réussir à éditer et à pousser des propositions artistiques, innovantes, nourrissantes… et abordables par les enfants! Des livres denses pas obscurs, des livres singuliers pas élitistes, des livres réjouissants pas stupides, des livres questionneurs pas autoritaires… Une jonglerie de haute voltige passionnante!»

De la vision collective du métier d’éditeur. «Nous refusons plus que nous n’éditons (plus de 1500 projets nous sont adressés par an, nous en publions une centaine). J’ai refusé par exemple un très beau texte de René Gouichoux, il y a longtemps, Ma maman ourse est partie. Nous avions hésité, je ne sais plus trop bien pourquoi;  en tout cas, il fut refusé. J’avais dit à René: «S’il existe ailleurs, c’est parfait». Et quand il est sorti au Père Castor, je lui ai écrit pour le féliciter. J’ai une vision collective de l’édition. Je fais partie d’une sorte de tribu, et ce qui m’importe, c’est que de bons livres existent. Albin Michel est «ma maison» et l’édition jeunesse est mon terrain d’action. Je n’ai aucun scrupule à dire à un auteur «allez voir tel ou tel confrère». On refuse pour de mauvaises mais aussi de bonnes raisons. Par exemple, nous venons de publier Pomelo grandit (pour moi les textes de Ramona Badescu ressemblent à ceux d’Arnold Lobel, ils savent avec justesse évoquer l’enfance, même sans personnages enfants, ils sont du «concentré d’enfance»). Si je reçois un bon texte sur le fait de grandir qui suggère les mêmes pistes que Pomelo, je renoncerai à le publier pour ne pas  nous auto-concurrencer. Parce qu’une fois édités, les livres, nous les portons, les défendons, les présentons. Nous ne pouvons pas éditer trop de livres ou des livres trop semblables».

Des nécessaires militants de l’enfance. «Je suis éditrice à temps partiel. Je garde du temps pour moi et pour pouvoir animer des formations et des rencontres. Je suis alors, en plus d’être faiseuse, une liseuse et passeuse de livres: j’interviens auprès d’animateurs, de bibliothécaires, d’auxiliaires de puériculture, de parents, de futurs libraires. Je peux aussi travailler avec des salons comme ceux d’Aubagne ou de St-Paul Trois Châteaux. Toutes ces activités participent de la même envie, du même regard porté, pas seulement sur les livres et la littérature, mais sur une certaine conception de l’enfance. J’ai l’impression que je suis avant tout une militante de l’enfance. Certes je promeus à longueur de temps la lecture et la littérature de jeunesse. Parce que la lecture est un magnifique outil, maniable, personnel, pas cher, performant.  Elle ouvre au monde infini des écrits et des livres qui permettent à chacun de se construire, d’agir sur le monde, de comprendre les autres, de mieux vivre. Être une militante de l’enfance, c’est faire en sorte que les enfants soient formés à la lecture et qu’ils aient des livres qui respectent leur appétit de grandir et de vivre intensément, de «lire grand», d’être lecteurs à part entière. Et c’est transmettre aux adultes qui les côtoient les éléments d’analyse pour qu’ils osent leur lire et leur conseiller des œuvres aux images et aux textes croustillants et goûteux. Si le football avait pour les enfants autant de spécificités et de vertus que la lecture, je serais militante de l’enfance via le football!»

Du bonheur d’être éditrice. «Un album que j’aurais regretté de ne pas publier, c’est Wahid, de Thierry Lenain et Olivier Balez, parce qu’il y a peu de livres qui évoquent de manière poétique et sensible le thème de la Guerre d’Algérie, du métissage, de l’amour après la guerre. Et parce que le travail avec les auteurs a été vraiment fructueux et complice. Un autre album coup de cœur est Le Fabuleux amour d’Aucassin et Nicolette ; c’est une chantefable du moyen âge, un vieux et beau texte étonnant d’actualité, réécrit par Sylvaine Hinglais et  illustré par Tom Schamp. Nous avons conçu un album à l’allemande plutôt qu’à la française ou à l’italienne, avec un rabat aimanté qui retient les pages et simule la scène d’un théâtre. Que d’essais et quel beau travail d’équipe pour porter  le projet! Tom Schamp a mis trois ans à en fignoler les tableaux! C’est un bonheur d’éditrice que d’avoir réuni et «mayonnaisé» les différents ingrédients. Grâce à notre album, des enfants de 2010 vont avoir accès à cette très vieille histoire qui a bourlingué à travers le temps et qui peut encore les captiver».


Lucette Savier conclut notre rencontre par cette remarque: «Offrir des accès aux enfants, ça me va.» Offrir des accès aux enfants… Quel chance pour nous tous, adultes et enfants, médiateurs et lecteurs, que ce credo soit le sien.

Propos recueillis par Éric Denniel, librairie La Réserve.

*Imaginaire et pédagogie- De l’iconoclasme scolaire à la culture des songes (Le sourire qui mord / puis Privat)

10 juin 2011

«La SF risque de crever de sa prétention» (Denis Guiot)

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Né en 1948, ingénieur Arts et Métiers, Denis Guiot a d’abord enseigné la construction mécanique. Critique littéraire dès 1974, coordinateurs de plusieurs anthologies et de deux dictionnaires, il a ensuite dirigé les collections Pleine Lune, Vertige SF et Autre Mondes et s’occupe aujourd’hui de Soon et Mini-Soon chez Syros. Propos recueillis par Laurence Tutello, librairie Le Chat Pitre, Paris.

LAURENCE TUTELLO: Quelle est la place de la SF dans le champ littéraire d’aujourd’hui? On a l’impression qu’après avoir été  un peu considérée comme un genre de série B, elle acquiert maintenant une certaine reconnaissance.

DENIS GUIOT: Pas du tout! Même si la littérature générale intègre, sans le dire, des thématiques SF, le genre est toujours aussi méconnu, méprisé et se vend toujours aussi mal - je ne parle pas de la fantasy ou de la bit-litt qui envahit tous les rayons de manière indécente! La SF est toujours autant considérée comme une littérature beaucoup trop compliquée, débile, déshumanisée, pessimiste, littérature de mecs.... Au choix! Trouvez-moi des best-sellers ouvertement de SF, à part les trucs puérils de Bernard Werber? Les collections de SF sont moribondes. Et en jeunesse, c’est pareil. La collection  Autres Mondes, que j’ai créée en 2000 et dirigée jusqu’à l’«affaire» de la censure des Orphelins de Naja de Nathalie Le Gendre (enfin paru en janvier 2008) et qui avait permis à la SF jeunesse une véritable reconnaissance auprès des prescripteurs, va très certainement s’arrêter au profit de grands formats non labellisés et pour la plupart d’origine étrangère. Il ne restera plus alors que Soon, collection que j’ai lancée en mai 2008 chez Syros,  comme authentique collection d’anticipation revendiquée pour la jeunesse. La littérature de SF vit des heures noires (et pourtant les films et les jeux video de SF tiennent le haut du pavé!) La raison en est assez simple: lire de la SF nécessite,  je le reconnais, un léger effort de lecture, et la tendance actuelle est à la facilité, au zapping. Une autre raison, et qui est cette fois entièrement de la faute de la SF, est que celle-ci se croit trop souvent au-dessus des contingences romanesques et refuse de s’occuper de créer de vrais personnages avec de vrais sentiments et une intrigue passionnante, préférant s’abîmer dans la sauvegarde de l’humanité et l’élaboration d’idées intello, histoire de montrer qu’elle est au-dessus de tous les autres genres littéraires. La SF risque de crever de sa prétention et de se croire avant tout une littérature d’idées (souvent fumeuses). C’est pourquoi avec Soon j’ai mis en avant la lisibilité du texte, l’importance des personnages et des intrigues, et une vraie réflexion, mais discrète, très ludique et, bien entendu, sans outrances pédagogiques !!! L’intérêt est de poser simplement les bonnes questions. La SF n’a AUCUNE recette.

Comment concevez-vous votre rôle d’éditeur jeunesse au sein de Syros? De la même manière que lorsque vous vous trouviez chez Mango?

   Je continue la même politique, alors que Mango a changé de cap. Je crois absolument en une anticipation (ou SF) ludique, plaisante à lire, avec des personnages auxquels les jeunes peuvent s’identifier, ayant des passions, des sentiments, des histoires d’amour, à une SF structurée avec des intrigues prenantes, le tout dans un cadre différent de la littérature «mainstream», un cadre qui fait s’évader, rêver ou réfléchir. Car réfléchir n’est pas un gros mot. On n’est pas obligés de lire idiot!!! La SF est la littérature idéale pour se poser les questions sur les grands enjeux de demain qui passionnent les jeunes (environnement, manipulations génétiques, réalité virtuelle, privation des libertés, etc) et même pour «philosopher» (ouh le vilain mot!) sur la nature de la vie et du réel. Mais tout cela de manière distrayante, car le plaisir est évidemment le maître mot de la lecture que ce soit en SF ou dans n’importe quel autre genre littéraire. De toute façon, il faut avoir constamment à l’esprit que la SF place l’être humain au centre de ses préoccupations, dans un monde qui bouge beaucoup, un monde en pleine mutation. Et en cela, elle ne peut qu’aider le jeune lecteur à mieux y trouver sa place. De toute façon, c’est la SF que je publie et que je défends dans mes interventions. Marre d’entendre dire que la SF est une histoire de fusées, de machines, de boulons !!!  Il faut ne jamais avoir lu les romans de Nathalie Le Gendre que j’ai publiés dans la collection Autres Mondes ou en  Soon,  La Ballade de Trash de Jeanne-A Debats, Les Clefs de Babel de Carina Rozenfeld ou le dernier roman de Claire Gratias Le Signe de K1, pour dire des choses pareilles!

Votre catalogue comporte essentiellement des one shot (comme on dit maintenant!) écrits par des auteurs français. D’où vient ce choix?

   C’est très simple: j’adore travailler avec les auteurs français. La relation, les échanges sont tellement riches, de l’idée de départ à la version finale! Chaque auteur travaille de manière différente et c’est un régal! Et c’est à moi d’essayer de m’adapter – et souvent j’apprends d’eux, d’ailleurs. Bah, je ne vais pas vous dire que la relation est toujours idyllique, parfois elle est un peu… tendue, mais en tout cas, elle est toujours très enrichissante et passionnante. Et les auteurs continuent toujours à travailler avec moi, c’est bon signe, non? Et puis, franchement, quel intérêt de publier un ouvrage (souvent très marqué par la mode US)  que vous refile un agent et sur lequel il n’y a plus rien à faire? De plus, les auteurs français peuvent circuler dans les classes et c’est une nouvelle vie pour le livre, des rencontres émouvantes avec les lecteurs que ne permettent pas les livres étrangers (ne voyez dans mes remarques aucune trace de xénophobie, bien évidemment). Quant aux trilogies, elle sont rarement nécessaires. Ce sont avant tout des pratiques commerciales visant à faire débourser le maximum d’argent au cochon de lecteur payant. Que de longueurs, que de redites! La trilogie est devenue quasiment un genre en soi, ce qui est d’une rare stupidité. Parfois, le sujet mérite un grand nombre de signes (mais c’est rare) et alors là, d’accord pour la trilogie; Meto d’Yves Grevet ou un diptyque comme Le Signe de K1de Claire Gratias, qui vient de sortir en Soon en sont de bons exemples. Mais la plupart du temps, c’est de l’abus commercial. Pour ma part, je préfère de loin lire trois romans d’auteurs, de thématiques et d’univers différents, que le même roman étiré sur trois tomes sans que cela apporte quoi que ce soit de plus. Les trilogies flattent la paresse du lecteur qui relit ainsi la même chose sans même s’en rendre compte!

Beaucoup de manipulations génétiques, de clonage, de mondes virtuels, de nanotechnologie…  Plus trop de  planètes bizarres aux habitants étranges… Cela est-il dû à l’évolution de notre monde et aux préoccupations du moment?

   Je le pense en effet. Le temps des planètes exotiques, des lendemains qui chantent et de la science triomphante est révolu. C’’était bon pour l’Âge d’Or de la SF. Mais attention, cela revient avec une SF «hard science» qui redit les mêmes choses sous couvert d’un langage abscons (après on va s’étonner que la SF a aussi peu de lecteurs!) ou dans une certaine SF-fantasy, qui cache des ressorts de fantasy (quête, etc) sous des oripeaux de planètes étrangères. La réflexion sur notre monde actuel (car la SF parle de notre monde actuel, il faut bien en être conscient) ne fait pas recette. Elle fait peur, on préfère faire comme l’autruche et mettre la tête dans le sable. Ce n’est pas comme cela que nous aiderons les jeunes – les citoyens de demain – à prendre en mains leur destinée. Il faut les pousser à questionner le monde, à ne pas être des moutons. Soon  et les Mini-Soon  [petite soeur née en janvier 2010, destinée aux tout jeunes lecteurs à partir de neuf ans et accompagnée de fiches pédagogiques très étoffées pour les enseignants] visent à aider les jeunes à répondre à leur désir énorme de construire un monde meilleur, mais évidemment tout en les distrayant. C’est le rôle de l’anticipation, et les collections Soon et Mini-Soon sont heureuses de participer à cette belle mission (même si les romans ne sont pas toujours roses). Ce ne sont pas des collections pour les bisounours.

Propos recueillis par Laurence Tutello, librairie Le Chat Pitre, Paris.

09 juin 2011

«Les enseignants sont les gens les plus importants dans notre monde!» (Michael Morpurgo)

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Il y a maintenant plus d’un an, nous avons reçu Michael Morpurgo… Une soirée inoubliable! Faisant l’effort de parler français, Michael Morpurgo a séduit son public, adulte et jeune, par son humour, son sérieux dans ses réponses – aussi bien celles destinées aux adultes que celles adressées aux enfants – et son talent de conteur. Au fil des questions, il a abordé de nombreux thèmes. À une future écrivaine, il répond: «on n’écrit pas pour gagner sa vie! C’est important: à mon avis chaque écrivain doit écrire ce qu’il a envie, il doit garder sa voix, ne pas changer à cause du marché.» Répondant à une question sur son rôle d’ambassadeur des enfants, il aborde l’importance de la transmission: «La littérature jeunesse est formidable, il faut convaincre les gens qu’un livre écrit par Pennac pour les enfants, c’est aussi important qu’un livre écrit par Pennac pour les adultes, c’est de la littérature, c’est tout. Ambassadeur des enfants… Si on veut protéger le génie des jeunes, il faut que les gens très doués soient avec lui, comme les enseignants, les écrivains. Les enseignants sont les gens les plus importants dans notre monde!».

Oui, enfants et adultes ont été séduits par la personnalité de Michael Morpurgo et par la gentillesse de Clare, sa femme, toujours prête à «souffler» le mot français que Michael cherchait. Tous ont mesuré la chance qu’ils avaient d’être en sa compagnie pour une soirée, et ressenti comme un privilège celle de l’entendre nous parler du dernier livre qu’il venait d’achever...

Enfant-de-la-jungle_reference.jpg«Il y a longtemps, j’ai eu cette sorte de désir d’écrire une histoire d’éléphants – car moi j’adore les éléphants – mais il y a déjà  beaucoup d’histoires d’éléphants très bien, et une histoire formidable, L’Enfant d’éléphant de Kipling! C’est à cause de cette histoire que, d’abord, je n’ai pas écrit… C’est très difficile pour les écrivains qui viennent après! Pendant quarante ans, j’ai cherché, cherché, et puis il y a un autre livre de monsieur Kipling, Le Livre de la jungle, qui est très bien aussi, et en y pensant je me suis dit: dans la jungle, je pourrais avoir un garçon d’aujourd’hui et un éléphant. Et puis, j’ai découvert d’une façon très triste, il y a maintenant cinq ans, un fait divers en Indonésie. C’était en 2004, un garçon a demandé à sa mère: «Je veux monter sur un éléphant», et deux jours avant Noël, la mère a acheté une promenade de deux heures sur un éléphant pour le jeune garçon. Il est sur son éléphant, et tout à coup l’éléphant s’arrête, il sent quelque chose, et tout à coup, il a commencé à courir dans la forêt avec le petit garçon sur le dos. Il a senti le tsunami! Et l’éléphant ne veut pas revenir vers la mer, et l’enfant ne peut rien changer, parce qu’il est sur le dos de l’éléphant. Et, dans mon roman, il a passé un an sur le dos de l’éléphant…»

Depuis, nous avons eu le plaisir de pouvoir lire Enfant de la jungle, ce roman que Michael Morpurgo nous a présenté lors de cette soirée à la librairie. Nous y retrouvons tout ce qu’il nous en avait dit, mais aussi un poème de William Blake, Le Tigre, présent tout au long du récit. Dans ces pages, il est aussi question d’une guerre. Non pas «la grande», dont il nous avait longuement parlé en évoquant Soldat Peaceful (inspiré de ces soldats condamnés parce qu’ils n’ont pas combattu ou refusé de combattre), mais une guerre contemporaine, celle d’Irak qui, au début du récit, bouleverse la famille du héros. Enfant de la jungle est un grand roman dans la veine du Royaume de Kensuké!

Annie Falzini, librairie L’Oiseau-Lire

24 mai 2011

C'est sorti par où toutes vos idées ? (à Sébastien Joanniez)

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Jeudi 19 mai (sur le blog de Grain de Lire Vaucluse).

C'est à Lauris, et à l'école, qu'aujourd'hui était attendu Sébastien Joanniez. Après un petit café partagé entre nomades sur la terrasse du château avec une vue superbe sur toute la vallée de la Durance, c'est la rentrée à l'école. La classe de CM1 arrive. S'installe. Et la magie opère.

Sébastien se présente et pose tout de suite clairement les choses "Je ne suis pas connu. Je ne passe pas à la télé. Et, je n'ai pas de Ferrari !". Les questions fusent. Le partage se met en route. "Quand je cite un livre, j'en lis un bout, d'accord ?". Et oui, ils sont d'accord, et oui ils écoutent avec égards et sourires ce qui se lit. Et oui, ces lecteurs resteront là deux heures et quelques avec la même écoute, la même énergie, les mêmes étincelles dans les yeux. Vivants. Intéressés et vivants. Ouverts et réactifs.

Quelques mots saisis au vol :

"Depuis quand tu es écrivain ?"

"Bon, d'abord, c'est quoi être écrivain ?... J'écris depuis l'âge de 12 ans, est-ce que j'étais écrivain à douze ans ?" - réponses unanimes NON ! Pour les enfants, être écrivain c'est être édité. Le débat est lancé. Pas de réponse vérité apportée ! Et Sébastien de leur préciser que être écrivain c'est être libre.

"C'est dur de trouver des titres ?"

"Oui... Très dur. Parfois ça vient tout seul (Marabout d'Ficelle), parfois c'est une phrase du texte (Même les nuages je ne sais pas d'où ils viennent), parfois ça vient pas..."

"C'est sorti par où toutes vos idées ?"

"J'écris sans idée...Je commence par une phrase et puis..." ( Surprise générale ! Eh oui, c'est pas forcément ce qu'on apprend à l'école... )

"Est-ce qu'il y a un livre de vous que vous n'aimez pas ?"

La réponse est une belle image : "Mes livres c'est comme dans un jeu de cube qu'on empile. Certains sont en bon équilibre, certains sont mieux placés que d'autres, certains sont tout de travers, et si on en enlève un tout s'écroule. Mes livres sont des étapes"

"Est-ce que vous avez une passion ?"

"Ma passion, c'est les autres". Et un enfant de répondre "c'est gentil de faire ça !"

Et sur l'écriture en cours, Sébastien de leur préciser qu'il veut écrire un livre dans lequel on aurait envie de tourner les pages. Il veut écrire du facile, mais c'est pas facile !

Il y a eu d'autres questions, des surprises, des rêves sur le "si j'étais éditeur" ...

Et puis les enfants ont lu les superbes textes qu'ils ont écrits avec Guilaine et Nadège. Chacun à son tour. Quand Sébastien a découvert le petit livre objet confectionné à son intention, qu'il a ouvert et qu'il a lu les textes étonnants, je crois qu'il était un peu ému. Il a conclu en disant : "J'aime bien me rendre compte que ce que j'écris est simple, que c'est pour tout le monde, que ça fait des émotions, sans grands mots, que ça donne l'envie d'écrire, et que ce que vous écrivez ça pourrait devenir un livre"

Peut-être parce qu'il a senti que ces enfants étaient déjà dans l'écriture, Sébastien leur a proposé des petits ateliers d'écriture, en leur précisant bien que pour ce faire, il fallait débrancher leurs cerveaux et garder l'idée que la première idée qui vient c'est la bonne.

Ecrire avec des débuts de phrase, écrire tout ce qui passe par la tête, écrire entre deux tops, ... L'après midi s'est terminée sous un orage torrentiel de mots et d'eau tombés de la tête et du ciel. 

Une vraie plongée dans le bain pour Sébastien.

16 mai 2011

Mario Ramos

Dans le n°59 de Citrouille, actuellement disponible dans les Librairies Sorcières :

Les rencontres nourrissent ma création

000922226.jpgMario Ramos est parrain du Square de L'École des Loisirs du Bateau Livre de Lille . À l'occasion de la sortie de la plaquette Le Monde de Mario Ramos nous lui avons demandé ce que lui apportent les rencontres avec ses lecteurs, à lui qui ne veut pas rester un artiste enfermé dans une bulle.

«Je différencie mon travail d'illustrateur jeunesse de celui de l’artiste qui crée en solitaire et pour qui l'œuvre existe par elle-même, sans interaction obligée avec un public. Si les albums nécessitent des moments de solitude et de retrait, je les réalise toujours cependant en pensant à mes lecteurs, avec l’intention délibérée de les toucher. Si j’organise donc des temps de création pendant lesquels je ne fais pas d'animations, les  moments de rencontres et d'échanges auquel je participe par ailleurs me  nourrissent et font partie de mon travail. Il ne faut cependant pas se perdre avec des rencontres trop nombreuses qui empiéteraient trop les plages créatives. Elles doivent rester porteuses d'équilibre et d'interaction: j’aime découvrir ce que les gens perçoivent et comprennent dans mes albums, les questions qu'ils se posent après la lecture de mes livres. Comme je m’intéresse par ailleurs à tous les acteurs de la chaîne du livre, de l’éditeur au libraire, en passant par l’imprimeur ou le distributeur...»

Propos recueillis par Gonzague Steenkiste, librairie Le Bateau Livre, Lille

 

060203571.jpg_300x235.jpgDe passage par le Cantal, l'auteur Mario Ramos a fait découvrir son univers d'une littérature jeunesse dont il est un des auteurs très appréciés. par Gilles Lalloz [sur la montagne.fr]

Une pointe d'accent belge, une facilité à conquérir son auditoire. Mario Ramos est aussi sympa que ses histoires. Plus de 250 petits Cantaliens ont pu rencontrer celui qui est l'auteur des aventures rigolotes racontées par leurs parents. Et qui a fait découvrir son univers d'une littérature jeunesse dont il est un des auteurs très appréciés.

- Est-ce qu'il y a une écriture spécifique pour s'adresser aux enfants ?
Pour moi, non. On dit que je suis auteur d'albums pour enfant. Mais les livres sont achetés par des adultes, lus par les parents ou les grands-parents. Il faut donc que ça parle à tous ces gens, sinon ils s'ennuient. Et quand tu racontes une histoire et que tu t'ennuies, l'enfant le sent.

- Comment fait-on pour intéresser ce large public ?

[sur la montagne.fr]

08 avril 2011

Vidéo Pef, sur le blog de Nemo

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02 avril 2011

«J'écris des livres pour réparer» (Jo Hoestlandt)

9782361900007_1_75.jpgEscabelle est une nouvelle petite maison d’édition dont les premiers ouvrages sont parus en août 2010. Le fil rouge de leur ligne éditoriale est un lien. Le lien familial qui aide à grandir mais qui peut étouffer, ce lien qui se perd et qu’il faut parfois apprendre à renouer, ce lien qui sécurise mais qui est fragile, ce lien d’amour ou d’amitié, de colère ou de haine parfois. «Nous voulons des histoires qui mettent des mots sur toutes ces façons d’être ensemble, chacun comme il peut, chacun comme il veut» annoncent les fondatrices d’Escabelle.  Dans Le Prix d'Évelyne, qu’elles ont publié cet automne, Jo Hoestlandt raconte comment sa maman, petite, s'est vue refuser le prix de la meilleure camarade de classe parce qu'elle avait un papa qui venait de Jamaïque et des cheveux crépus. On aime à penser que dans chacun des livres dont elle est l'auteur, Jo Hoestlandt s'efforce de réparer ce genre d'injustice, s'efforce de s'indigner, de se révolter, en donnant la parole «à ceux qui ne l'ont pas eue, à ceux qui ne l'ont toujours pas, à toutes les petites Évelyne, d'hier et d'aujourd'hui».

MADELINE ROTH: De combien de livres êtes-vous l'auteur? Et une autre question un peu bête mais: est-ce qu'il y en a un plus important que les autres?

JO HOESTLANDT: J'ai écrit entre quatre‐vingt‐dix et cent livres, mais beaucoup sont épuisés. S'il y en a un de plus important? C'est très difficile à dire… Les albums en général me tiennent plus à cœur, parce que c'est une aventure avec un illustrateur ou une illustratrice. Je compose toujours les albums oralement, et j'aime que les images donnent une autre lecture de mon texte. Bon, il y a quand même La Grande peur sous les étoiles, qui est aussi une magnifique rencontre avec Claude Roy qui l'a préfacé, et qui est devenu un véritable ami, jusqu'à sa mort.

Le Prix d'Évelyne raconte un souvenir de votre mère. Ce texte autobiographique a l'air d'être très important à vos yeux. Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de le raconter?

   C'est l'éditrice, Aude Elfassi, qui m'a donné l'envie de l'écrire. C'est arrivé à un tournant, j'ai eu soixante ans, mon père est décédé, ma mère vieillit... J'avais rencontré Aude Elfassi il y a trois ou quatre ans autour de mes textes d'albums. Elle avait eu cette phrase extraordinaire: «si vous n'aviez qu'un seul texte à me donner, est-ce que ce serait l'un de ces textes d'albums ou est-ce que ce serait autre chose, quelque chose de fort, qui vous concerne?» Voilà, j'ai réfléchi, et ça m'a permis de faire ce cadeau-là à ma maman, qui a été très surprise d'ailleurs de l'importance que j'accordais à ce souvenir. Pour elle, c'était juste une anecdote. On peut pourtant dire que le souvenir raconté dans Le Prix d'Évelyne est assez fondateur de mon écriture…

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15 mars 2011

A l’orée de la Joie de lire (Carte blanche à Francine Bouchet)

Francine Bouchet, fondatrice et directrice de la maison d'édition suisse La Joie de Lire, éditrice de Les Oiseaux, l'album qui a reçu un Prix Sorcières 2011, a répondu à notre invitation d'une carte blanche... Sur un ton de confidentialité, elle nous livre son parcours d'exploratrice en littérature. Une carte blanche proposé par Nathalie  Mainguy, librairie Comme dans les Livres, Lorient.

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Depuis bientôt vingt-cinq ans, à intervalles réguliers, je résiste à une tentation: ne publier que des classiques. Telles les cathédrales, ils ont leurs architectes, leurs artisans. Ils s’imposent comme une évidence. Mais la plupart sont déjà publiés. Alors pourquoi diable les coucher une nouvelle fois sur le papier, même avec une autre parure?
Je pourrais prendre le parti de les abréger (surtout pas!), de développer certaines de leurs facettes, de les dupliquer en images ou de les magnifier. J’ai bien fait quelques tentatives, comme La Grande Bretêche de Balzac, La Lagune de Conrad. Plus audacieux le choix de L’Histoire du soldat de CF Ramuz, illustré par Frattin, plus original celui des Histoires naturelles de Jules Renard, illustré si subtilement par Yassen Grigorov.
Les années qui passent nous invitent parfois à regarder en arrière. Par ce télescope de la mémoire, je vois loin, très loin un grand album, Tite, dont je ne connais ni l’auteur, ni l’illustrateur. L’histoire d’une petite fille recueillie par une très vieille femme qui habite dans la forêt. Plus près, Les Contes de la Comtesse de Ségur, avec la forêt de Blondine, Bonne-Biche et Beau-Minon. Plus près encore Le Chevalier à la charrette de Chrétien de Troyes, et bien plus près, La Légende de Saint Julien l’Hospitalier, de Flaubert. L’abandon, le lien, la quête, dans un lieu archétypique, autant de fils conducteurs révélateurs d’un chemin personnel, nostalgique de ces «classiques». 
Mais il faut savoir battre les cartes.  Toute vie, tout parcours est une nouvelle donne, comme si les pieds déjà dans la rivière, il s’agissait de trouver un endroit plus profond pour se lancer. Au fil des rencontres et des projets, l’éditeur devient glaneur de contenus. Alors auteur, illustrateur et éditeur commencent leur travail, comme une naissance à soi-même. Intervient ensuite toute une équipe qui fait tenir l’édifice. C’est dans cet échange, dans cette bousculade parfois, dans ce risque, que bat le cœur des choses. Mais rien ne se perd, rien ne se crée, comme le prétend le vieux principe. Dans la même argile se façonnent les doutes, les peurs, le rire, les espoirs. Il faut oser des déclinaisons nouvelles de ces contenus récurrents. C’est l’art du métier.
Et puis il est une autre facette de la même histoire, l’avers de la pièce. Il y a quelques années, ma plume s’est montrée plus insistante, m’entraînant comme malgré moi, vers un entre-deux où la poésie nous attend. Portes de sable, Éditions de l’Aire 2004, a vu le jour, un deuxième recueil est à paraître, un troisième en chantier.
Pour le jeune public, des projets s’imposent parfois, comme un jeu. Ainsi paraîtront sous ma plume en 2011, dans la collection Les Versatiles, Les Nuages, illustré par Yassen Grigorov, et Si papa, si maman… illustré par Bruno Heitz. Pour ce livre-là, je me suis risquée dans l’arène d’un sujet de société: l’égalité homme/femme, non pas que ce thème soit au centre de mes préoccupations,  mais parce qu’il présente de grands risques de manipulations des enfants. Il est difficile de faire table rase de ses convictions, mais notre métier l’exige. Notre seul rôle, me semble-t-il, est de placer le lecteur à l’orée de la forêt, comme dans les contes.  À lui de choisir sa route. 

Francine Bouchet

01 mars 2011

Interview de Filip Forgeau (pour Alice et le pays merveilleux, par la Compagnie du Désordre)

 (interview par Justine-Sarah Marcepoil, librairie Au fil des Pages) 

Alice et le pays merveilleux, adaptation et mise en scène de Filip Forgeau, Compagnie du Désordre, Avec Soizic Gourvil et Hervé Herpe, Scénographie : Isa Decoux, Lumières : Claude Fontaine, Univers sonore : Fabrice Chaumeil, Production : Compagnie du Désordre. En coproduction avec la Fabrique /Scène conventionnée de Guéret Avec le soutien du Ministère de la Culture (DRAC Limousin) et du Conseil Régional du Limousin. La Compagnie du Désordre est conventionnée par le Ministère de la Culture (DRAC Limousin)

Pourquoi ce choix de monter en pièce de théâtre, Alice aux pays des merveilles, de Lewis Caroll ?
Filip
Forgeau : Tout d’abord, je n’ai pas l’habitude de réaliser des pièces pour la jeunesse. Après un premier essai, il y a quelques années, je désirais retenter l’expérience. Je me suis alors penché sur La Petite fille aux Allumettes d’Andersen. Mais je retombais dans un univers sombre caractérisant la plupart de mes pièces. Or, souhaitant changer d’atmosphère, proposer un spectacle plus lumineux, Alice s’est imposé. Je m’y retrouve par rapport aux thèmes, à l’aspect métaphysique et psychanalytique.  De même, je pense que c’est un conte qui fascine la plupart des gens, enfants comme adultes.

Quand avez découvert pour la première fois le roman de Lewis Caroll ?
Filip
Forgeau : Je l’ai lu étant jeune. Il correspondait tout à fait à l’enfant que j’étais et correspond toujours à l’adulte que je suis devenu. J’aime la liberté totale qui se dégage de l’histoire : tous les codes sont abolis, ce que je trouve assez rare en littérature. En me replongeant dans le texte, je l’ai redécouvert.

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17 février 2011

Place et Ponti

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Lettres d'automne 2011 (site)

Ce jour là, les mots entre eux c’était comme des ricochets dans l’eau.
C’était à celui qui ferait le plus de rebonds-rires possible.
C’était joyeux, drôle, complice……
Les mots-cailloux ont été avalés dans le miroir-temps.
Mais il nous reste  les ondes-souvenir qui se propagent encore dans les images.

Patricia Matsakis, librairie Le Bateau Livre, Montauban

24 janvier 2011

Est-ce que vous considérez Marina comme un livre de littérature jeunesse? (ou :

232122-jecris-pour-gens-aiment-lire.jpgQ: Est-ce que vous considérez Marina comme un livre de littérature jeunesse? Quels sont les lecteurs que vous voulez rejoindre en français?

R: Je n'ai jamais su à quelle catégorie ce livre appartient et je ne suis pas sûr que c'est important. À l'origine, il a été publié comme littérature jeunesse, mais c'est un livre qui plaît autant aux jeunes lecteurs qu'aux adultes. Pour moi, il s'agit simplement d'un roman, d'une histoire personnelle. J'écris pour les gens qui aiment lire, qui s'intéressent au livre, au langage, aux idées, à l'imagination et à la beauté des mots et de la narration. Quels que soient la langue, la race, l'âge et la nationalité, pour moi, les lecteurs du monde sont une nation à part.

C'est une interview de Carlos Ruiz Zafon sur Cyberpresse, ici (photo Cyberpresse)

11 janvier 2011

Une exposition de Sylvette Guindolet et Claude Lapointe



Découvrez Une exposition de Sylvette Guindolet et Claude Lapointe à Strasbourg: Personnages en quête d'Histoires sur Culturebox ! (reportage 2009)

10 janvier 2011

A la rencontre de Joann Sfar

(Sur le blog de la librairie La Soupe de L'Espace, et dans le dernier Citrouille en librairies !)

Bein voilà ! Je suis là pour t’interviewer à propos de la collection Bayou, chez Gallimard BD, pour la revue des librairies spécialisées jeunesse, Citrouille…

… que je connais très bien !

Pourrais-tu nous dire comment la collection est née ?

En fait, c’est mon titre de gloire : j’ai réussi à couler une maison d’édition ! J’avais créé une collection qui s’appelait Bréal Jeunesse, chez Bréal, dans laquelle je voulais mélanger des BD, des livres illustrés, des romans jeunesse – au sens large, car je ne voulais pas mettre de tranche d’âge et que les gens choisissent par eux-mêmes. Ça a été un tel pataquès qu’au bout de 2 ans on a plié boutique, mais on a quand même sorti de bons bouquins, puisque c’est là qu’on a sorti « Le manuel du puceau » de Riad Sattouf, et c’est là qu’est sorti « Monsieur Crocodile » pour la première fois. [Lire l'intégralité de l'interview]

04 janvier 2011

itw de Marie-Hélène Delval sur le blog de la libairie Les Sandales

Marie-Hélène Delval est l'une des figures des éditions Bayard depuis de longues années. Aujourd'hui auteur reconnue de nombreux romans et notamment de la série à succès des Dragons de Nalsara, elle a accepté à quelques jours de son départ en retraite fin décembre de répondre à quelques unes de nos questions (en relisant je me rends compte que j'en ai oublié beaucoup en route). Qu'elle soit sincèrement remerciée pour sa grande disponibilité, sa gentillesse, ses réponses et son talent...

Mais que les fans se rassurent, vous allez le voir, elle n'est pas prête encore
à nous abandonner totalement. 

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 Bonjour Marie-Hélène Delval, vous êtes un auteur connu, reconnu, comment vous présenteriez vous ? Comme quelqu’un qui a découvert très tôt le pouvoir qu’ont les mots de provoquer l’émotion, et qui a eu envie, un jour, d’ajouter sa petite musique à celle de tant et tant d’auteurs…

 Vous êtes un auteur très prolifique… pourquoi écrire ? Depuis quand ? Pas si prolifique que ça ! Trouver le temps d’écrire quand on a un autre métier, ce n’est pas facile ! Mais, au bout de plus de 30 ans d’écriture, les petits ruisseaux font les grandes rivières… Le  désir d’écrire m’est venue de l’émerveillement que me procurait certaines histoires que je lisais à haute voix à mes enfants quand ils étaient petits : comment pouvait-on, avec des mots si simples, créer autant d’émotion, de poésie… ? J’ai eu envie d’essayer à mon tour, et j’ai compris alors que c’était « mon mode d’expression », la part en moi qui pouvait participer même de façon minuscule, à la « création du monde ».

(la suite sur le blog des sandales)

08 décembre 2010

3 questions à Olivier Tallec (vidéo de L'Institut français de Saragosse)

30 novembre 2010

Réveiller les mentalités : une interview de Réséda Ponga

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L'Océanie a son stand au salon de Montreuil (stand E40, 1er étage). On y découvrira notamment la littérature jeunesse de Nouvelle Calédonie grâce à la participation de la Maison de la Nouvelle Calédonie de Paris. Le carton d'invitation des co-organisateurs reproduit une illustration de Laurence Lagabrielle
 pour l'album Mèyènô, éd. Grain de sable. En 2005, Patrice favaro avait rencontré pour nous l'auteure de cet album, Réséda Ponga. Nous republions cette interview ci-dessous... et vous invitons, si vous en avez la possibilité, à assisté au spectacle de contes de la compagnie calédonienne, Les Enfants Migrateurs, le mercredi 1er décembre à 15h30 (voir ici)

Réveiller les mentalités (première publication : 2005)
«Je revendique le droit de ne pas priver ma fille de cette richesse que m’ont transmise mon père et ma mère et ma famille, et tout mon clan.» (Réséda Ponga)


Mèyènô est le deuxième album co-édité par l’Agence de Développement de la Culture Kanak/centre culturel Tjibaou et les éditions Grain de sable. L’album est accompagné d’un CD bilingue français et ajié, l’une des langues kanak. Les deux auteurs, Réséda Ponga et Laurence Lagabrielle ont bénéficié de formations au centre culturel Tjibaou: l’une en écriture de contes avec Patrice Favaro, et l’autre à l’illustration avec Katy Couprie. (Mèyènô , conte kanak en français / a’jië, 
de Réséda Ponga et Laurence Lagabrielle, éd.
Grain de sable / Centre culturel Tjibaou)

Quel est le parcours qui vous a amenée à écrire le texte de l’album Mèyènô?
En 2003 j’étais stagiaire enseignante et j’ai participé à un atelier d’écriture au centre culturel Tjibaou. C’est à ce moment-là que j’ai écrit une partie de l’histoire. Le centre culturel Tjibaou et Grain de sable ont décidé d’éditer des albums de jeunesse bilingues, Mèyènô a été choisi pour être leur deuxième titre publié. J’ai d’abord travaillé le texte et ensuite Laurence Lagabrielle l’a illustré mais il a fallu encore que je revienne quelques fois sur le texte. Les éditeurs ont été des conseillers pour moi dans cette expérience, ils m’ont vraiment mise à l’aise et m’ont beaucoup aidée. Le centre culturel Tjibaou a été comme un tuteur.

Dans votre texte, c’est une vielle femme qui introduit l’histoire de Mèyènô. Elle va la raconter à sa petite-fille, Nôe. Est-ce une façon pour vous de rattacher votre écriture à la tradition orale?
C’est surtout pour mettre en avant le respect qui doit être instauré par les vieux et vécu par les jeunes. Nôe sait ce qu’elle doit faire, elle se tait et écoute attentivement. Pour pouvoir aller plus loin, il faut d’abord s’asseoir et ouvrir les oreilles de son être le plus profond.

Dans la tradition kanak, le conte tient une place toute particulière, puisque la culture kanak s’est manifestée longtemps de façon uniquement orale. Qu’a représenté pour vous le fait d’écrire un conte?
Il est nécessaire de mettre notre pensée à l’écrit sinon les autres risquent de mal l’interpréter. Avec le conte nous avons la possibilité de faire passer un savoir tout en faisant plaisir aux enfants et en laissant nos lecteurs libres d’interpréter tout en gardant le sens initial.

Mèyènô signifie celui qui cherche l’histoire ou la parole. N’est-ce pas aussi dans une certaine mesure le défi de tout Kanak aujourd’hui: réhabiliter son histoire et faire entendre sa parole?
Je parlerai surtout de la reconnaissance des langues kanak en tant que langues d’enseignement au même titre que le français, comme cela a été dit dans les accords de Nouméa. Nous nous posons beaucoup de questions, nous avons les réponses mais pour prendre des initiatives c’est autre chose. Les Kanak sont balancés de gauche à droite, et, pour finir, beaucoup ont dû abandonner leur langue et prennent position contre l’enseignement des langues maternelles, et quelque part, inconsciemment, contre leur propre culture. Aujourd’hui, parmi les Kanak, il faut réveiller les mentalités.

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25 novembre 2010

A la rencontre de Joann Sfar

(Sur le blog de la librairie La Soupe de L'Espace, et dans le nouveau Citrouille qui vient d'arriver dans nos librairies !)

Bein voilà ! Je suis là pour t’interviewer à propos de la collection Bayou, chez Gallimard BD, pour la revue des librairies spécialisées jeunesse, Citrouille…

… que je connais très bien !

Pourrais-tu nous dire comment la collection est née ?

En fait, c’est mon titre de gloire : j’ai réussi à couler une maison d’édition ! J’avais créé une collection qui s’appelait Bréal Jeunesse, chez Bréal, dans laquelle je voulais mélanger des BD, des livres illustrés, des romans jeunesse – au sens large, car je ne voulais pas mettre de tranche d’âge et que les gens choisissent par eux-mêmes. Ça a été un tel pataquès qu’au bout de 2 ans on a plié boutique, mais on a quand même sorti de bons bouquins, puisque c’est là qu’on a sorti « Le manuel du puceau » de Riad Sattouf, et c’est là qu’est sorti « Monsieur Crocodile » pour la première fois. [Lire l'intégralité de l'interview]

17 novembre 2010

Faire et défaire

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Mathis est l'auteur (et souvent aussi l'illustrateur) de très nombreux livres, certains très drôles, quelques-uns plutôt tristes, mais il y en a deux qui restent un peu à part pour moi. Maçon comme papa, pour les plus petits et, pour les plus grands, Faire et défaire, paru deux ans plus tard, sont deux livres très justes, avec une écriture sensible, douce, intime. Les deux racontent la même chose, même si les personnages n'ont pas le même âge. Un enfant / un ado qui accompagnent leur père sur les chantiers et qui apprennent sans doute d'abord à passer du temps avec lui, et puis ensuite ce que veut dire travailler, suer, avoir mal - mais aussi la satisfaction finale d'avoir accompli quelque chose. Le jour où j'ai contacté Mathis pour lui demander un entretien, il m'a répondu: «Oui, je veux bien, d'autant, et c'est un peu troublant, que votre demande coïncide avec l'anniversaire de mon père. Il aurait soixante-huit ans aujourd'hui. Le travail, c'était un truc important pour mes parents. Et ces livres sont un peu autobiographiques…»


MADELINE ROTH: Maçon comme papa est paru en 2005, Faire et défaire en 2007. Vous aviez l'impression de ne pas avoir tout dit?

MATHIS: J'avais déjà écrit ce genre d'histoires mais en bandes dessinées, en 1993 dans la revue À suivre; et puis il y a eu cet album qui s'appelait Henri, fils de ses parents, paru au Potager Moderne… J'évoquais déjà ça, ce petit garçon persuadé d'être indispensable. Mais en réalité j'ai écrit Faire et défaire d'abord, et l'idée de Maçon comme papa est venue pendant cette écriture. Les hasards de l'édition ont fait paraître Maçon comme papa en premier… Le début de Maçon comme papa est entièrement vrai. Un jour je suis rentré de l'école en disant à ma mère que les enfants étaient tous des abrutis et que je ne voulais plus y aller. À l'époque mon père me faisait un peu peur, je devais passer par ma mère pour lui parler. Je lui ai demandé de l'accompagner sur ses chantiers. J'avais deux frères et deux sœurs et on dormait tous dans la même chambre. Mon rêve c'était d'avoir une chambre à moi. Alors je pensais que si je travaillais, j'allais devenir riche et que je pourrais acheter une maison à mes parents avec une chambre rien que pour moi. Le truc quand j'étais petit, c'était de gagner de l'argent. Je me rendais compte que c'était un souci pour mes parents. Je voulais être utile. Participer à tout ça. Mais bon j'étais trop petit…

Sur internet j'ai trouvé une émission de radio enregistrée avec des enfants autour de Maçon comme papa, où vous racontez que votre père voulait que vous deveniez curé. C'était plutôt drôle ça, pourquoi ne pas l'avoir écrit?

   On habitait en Alsace et les curés étaient rémunérés, mon père voyait ça comme la planque… Et puis c'était une sorte de blague aussi parce que, petit, j'avais été enfant de chœur. Mais la religion est beaucoup moins présente dans nos vies aujourd'hui, et comme je m'adresse aux enfants d'aujourd'hui, dans Maçon comme papa «curé» est devenu «Président de la république».

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