19 mars 2012
[critique n°2] Aglaé et Désiré

- Yaël Hassan
- Illustrations Clotilde Perrin
- Casterman - 13,95 €
Je n'ai pas du tout eu la même lecture de ce livre qu'Amandine, des Sandales d'Empédocle (lire ici).
Je trouve cet album vraiment sexiste.
Je passe sur le fait que le but d'Aglaé, dans la vie, est d'avoir des bébés, blonds. Pourquoi pas, même si perso, je trouve ça réducteur.
Désiré rejoint donc Aglaé parce qu'il la trouve "écervelée" : elle a va prendre froid sous la pluie, avec sa "tenue si légère"…
Une fois la traversée faite d'une maison à l'autre, c'est Aglaé qui va s'occuper des vêtements trempés, sales et troués de Désiré. Et puis "elle lave, repasse, reprise, rapièce. Fais dorer, mijoter, mitonner." Une parfaite femme d'intérieur cette Aglaé! Tout ça pendant que Désiré dort du sommeil du juste. Et quand il se réveille, il trouve que chez Aglaé, c'est drôlement plus sympa que chez lui. Parce qu'évidemment, chez lui, il ne fait pas le ménage, ben oui, chez un homme seul, c'est forcément le foutoir. Il va donc rester chez Aglaé pour agrandir la maison, parce que c'est un travail d'homme et Aglaé continuera à faire le ménage et des bébés blonds bien sûr.
Je ne vois vraiment pas ce qu'il y a de moderne là-dedans.
Et franchement, j'ai pas envie de lire ce livre à des petites filles, ni à des petits garçons.
Mais ce n'est que mon avis.
Leslie Vega, Le Bateau Livre, Lille
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18 février 2012
Homme de couleur ! (Bilboquet) : POUR ou CONTRE ?

A l'occasion de la réédition de HOMME DE COULEUR de Jérôme Ruiller chez Bilboquet, voici la republication d'un POUR et CONTRE qu'on pouvait trouver dans Citrouille en 2001 :
POUR |
Homme de combat
Pour Alain Fievez (libraire à Tours), cet album incisif prend toute sa place dans la lutte sans merci à mener contre le racisme.
Pierre-Yves Beaurepaire, maître de conférence en histoire moderne à l'université d'Artois, rédacteur de l'article "Noirs" dans l'Encyclopédie de la Franc-Maçonnerie paru en mars 2000 commence ainsi son propos "Les pratiques discriminatoires à l'encontre des juifs observées dans les loges du XIIIe (…) trouvent leur pendant colonial dans l'obsession des Blancs à maintenir les hommes de couleur à bonne distance". Cet universitaire, dans un ouvrage récent, théoriquement consacré à des lecteurs soucieux d'amour de l'humanité et d'idéal fraternel, emploie le plus naturellement du monde l'expression "homme de couleur". Sans guillemets. Avec un "B" majuscule pour Blancs et un "h" minuscule pour hommes de couleur.
Tous ceux qui pensent que les grands principes de vie, les options philosophiques essentielles, les choix politiques forts doivent aussi se concrétiser dans les petits détails de la vie quotidienne, ceux-là savent qu'aucun mot n'est innocent. Or le blanc est une couleur, et nous sommes tous des Hommes de couleur. Aussi ce conte africain, débusquant chez l'homme blanc ses variations de couleur, dans la réalité ou dans des expressions, constitue une charge efficace contre la domination culturelle d'une langue.
La mise en page doublement alternée (une page d'illustration/une page de texte - une double page pour le Noir/une pour le Blanc) renforce le message critique et ironique.
Sans doute l'illustration présente-t-elle des faiblesses en imposant une culture dominante, qui pourrait paraître anachronique pour un conte traditionnel africain : le bébé noir se trouve dans un landau ; l'hiver, il fait un bonhomme de neige…C'est vrai, ce récit occulte les variations de pigmentation de la peau noire, et qui savent aussi se faire l'écho de sentiments et de sensations …
Mais face aux expressions racistes insidieuses, signes d'une domination économico-culturelle, il ne faut pas hésiter à travailler l'imaginaire avec une image forte, brutale et incisive, comme le fait ce conte africainAprès, seulement, on pourra s'infiltrer dans les méandres d'une pensée complexe et subtile, jouant avec les légèretés discursives et les rhizomes enchevêtrés d'une argumentation pondérée…
Quand il y a nécessité de guerre, il faut savoir quitter les douceurs de son salon.
CONTRE
Homme obsolète
Pour Anne Chung (employée de bibliothèque en Isère) le célèbre poème "Homme de couleur" n'est pas une comptine pour tout-petits. Il correspond à une approche révolue de la question du racisme, et suppose, pour qu'on l'appréhende, une certaine maturité. Or l'album de Bilboquet le destine à de jeunes enfants d'aujourd'hui qui n'emploient pas cette expression, et l'illustre avec des dessins pouvant conduire à un malheureux contresens.
Je me souviens de ce poème mal ronéotypé, qui passait de main en main dans la cours du lycée. C'était il y a… une bonne vingtaine d'années.
Bien sympathique, bien séduisant de le retrouver sous forme d'album…Et puis… le malaise s'installe. L'illustration qui semble s'adresser à de très jeunes lecteurs (comme le format, elle écartera leurs aînés de cet ouvrage) traduit mot à mot, couleur à couleur, les métaphores de la poésie. Dans le poème, les couleurs évoquées n'existent pas réellement. Dans l'illustration, si. Les jeunes enfants, qui n'ont pas ici la pratique et les références linguistiques nécessaires à la compréhension de ce texte, ne vont-ils pas voir, au fil des pages, un homme noir qui reste noir tandis que l'homme blanc devient un héros -d'ailleurs seul présent sur la couverture- qui s'enrichit de tout un damier de couleurs ? Comme la traduction doit savoir s'affranchir du mot à mot pour ne pas risquer de trahir, l'illustration ne doit-elle pas savoir faire de même ? Dans le cas précis de ce livre, l'image ne dénature-t-elle pas le texte ? Un nouveau sens ne se trouve-t-il pas induit, notamment pour le petit lecteur qui n'est pas en mesure d'accéder au second degré de l'histoire ?
L'intention de l'auteur -et de l'éditeur- est louable, bien-entendu. Mais, en sortant le texte de son contexte historique et culturel, atteignent-ils leur but ? Il y a plein d'albums qui parlent aujourd'hui, sans équivoque et avec nuance, de la tolérance aux petits. Est-il besoin de cette approche qui, si on peut comprendre qu'elle correspondait à une époque, ne fait, finalement, que retourner à l'envoyeur l'antagonisme qu'elle veut dénoncer ?
Alors même si ce poème nous touche particulièrement, peut-être pouvons-nous attendre, avant de le partager avec nos enfants, qu'ils aient atteint la maturité nécessaire pour y être tout à fait sensibles.
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23 janvier 2012
Cherub: enfants espions... ô la jolie littérature pour la jeunesse... (lien blog Patrice Favaro)
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26 juillet 2011
Quand Edwige Antier s'énerve de voir ce livre dans les bibliothèques… (dans le rétroviseur de Citrouille, #14, été 2011)
Première publication : 2005

" - Et l'homoparentalité, c'est une valeur ?
Pas une valeur, mais un fait marginal. Elle véhicule donc, dans ce sens, des antivaleurs. Or, les idées marginales doivent être le choix des parents, en aucun cas celui d'une bibliothèque municipale ou d'une mairie. Cela n'est pas du ressort d'une institution publique. Le premier devoir d'une bibliothèque est de respecter le choix des familles. Que ces lieux de culture et d'éveil soient responsables et, surtout, respectons les transmissions intrafamiliales, à la fin !" Edwige Antier, in Le Figaro, 9 Septembre 05 -
Clic ici pour lire les commentaires (dont celui d'Edwige Antier)
Lire également la réaction de l'ABF
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19 février 2011
Du sexe ? Que dalle...
"(...) Continuons sur le fond : premier problème, le sexe. Mais là, c'est un problème général à la littérature pour la jeunesse, et je ne vais pas en faire directement grief à l'auteur lui-même, ce serait injuste, pour le coup. Pourquoi est-ce un problème à mes yeux ? Et pourquoi en parler ici ? Parce que justement, le roman s'y prête parfaitement. Durant trois tomes, Alexis Brocas, démons obligent, nous décrit par le menu un catalogue de tortures diverses et variées qui feraient passer l'Enfer de Breughel pour le Déjeuner sur l'herbede Renoir. Si cette complaisance m'emmerde personnellement, je dois bien avouer qu'elle est à la mode et que tous les ados autour de moi se sont colletés à la série des Saw, la plupart du temps en rigolant comme des baleines. Je n'en fais pas une montagne (...) Et alors, me direz-vous, qu'est-ce que le sexe a à voir là-dedans ? Rien justement. Il n'y en a pas. De la violence, oui, à gros bouillons. Du sexe, que dalle. Le roman pour ado se vautre dans le gore, mais quand il est question de la plus petite scène de sexe, pire, de la plus élémentaire des sensualités, il y a censure, ou auto-censure. Comme si la sexualité des ados n'était qu'une ellipse à l'égal des phrases qui servent à cacher la relation charnelle sous des pudeurs de jeune vierge du XIXe siècle (...)"
C'est sur le blog de " Des livres et l'ado - La littérature jeunesse est une littérature comme les autres..." de Hélène Ramdani
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23 septembre 2010
Arrêtez de flinguer les pères et mères, ça devient carrément idiot et banal... (actualitte.com)
« Les parents décédés auront toujours leur place dans la littérature pour enfants. Si votre livre se déroule dans un orphelinat, j'espère que vous en inclurez plein. Ou si un livre raconte comment un adolescent fait face à la mort récente de sa mère, alors, voyez, il est préférable que sa mère soit effectivement morte récemment. Mais quand les auteurs omettent les parents pour des raisons de commodités, je dis non, en tant qu'éditrice, et en tant que lectrice. Parce qu'une histoire pratique à écrire n'est pas la même chose qu'une bonne histoire. »_ Leila Sales, de Penguin Young Readers Group, citée dans un article de Nicolas Gary, sur actualitte.com
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10 juillet 2010
Est-ce qu'une littérature adressée peut être désignée comme de la littérature ? (par Christophe Honoré)
Il y a d'abord eu les critiques sur le blog de L'Eau Vive (là et là) à propos du dernier roman de Christophe Honoré (J'élève ma poupée), puis la publication dans la rubrique "rétroviseur 2010" d'un article de Citrouille paru en 1999 (ici), republication à laquelle a réagi Fabrice Vigne (ici) en signalant un article publié en 2008 sur son blog, et enfin la critique de J'élève ma poupée par Gwendal Oulès (Récréalivres) sur le blog de Citrouille (ici). Aujourd'hui nous publions le commentaire qu'a posté Christophe Honoré à cette occasion. (photo : site de L'école des Loisirs)
Je ne sais pas si j'ai le droit d'apporter mon commentaire sur une discussion où je suis en cause. C'est étrange de lire ainsi plus de dix ans après des réactions à une citation ( tronquée, mais bon c'est le principe des citations) de mes propos. J'ai eu l'occasion, notamment dans un roman adulte, que j'avais avec affectation titré Le livre pour enfants, d'expliquer ce que j'avais en tête lors de cet entretien. Aujourd'hui, j'ai la tentation de m'expliquer encore, bien que je craigne qu'on prenne ça pour de la justification mesquine. Bien que dans un sens, ce dernier livre, J'élève ma poupée, est sans doute une nettement plus précise image de ma réflexion, que ce que je risque de mal dire ici. Pourtant, il y a une chose sur laquelle j'aimerais m'arrêter, c'est la question de l'adresse, question essentielle, j'allais écrire constitutive de la littérature jeunesse. A qui s'adresse-t-on quand on écrit pour la jeunesse ? Et est-ce qu'une littérature adressée peut être désignée comme de la littérature ? Dans les écrivains parents d'élèves, ou les écrivains orphelins que je désignais, c'était uniquement de ça dont je parlais. Et quoi qu'on ait voulu me faire dire, je n'ai jamais mis dans cette catégorisation provocatrice et je l'espérais - à tort, ironique - une balance de qualité. Juste émis cette idée que tous les écrivains pour la jeunesse, n'écrivaient justement pas pour des enfants, mais que certains écrivaient avec leurs enfance. Voilà qui est précisé, je ne suis pas contre être à la place de l'accusé lors des procès, mais j'aimerais autant qu'on me donne la possibilité d'avouer.
Et je sens que finalement, on continue de me reprocher quelque chose avec ce J'élève ma poupée, on continue de soupçonner que je n'écris pas pour les enfants. Alors que s'il y a bien un livre qui dans sa forme même, est un livre d'adulte s'adressant à un enfant, c'est ce roman là. Je me suis souvent dit que le narrateur adulte était le grand absent de la littérature jeunesse, comme s'il fallait à tout prix faire croire avec tous ces narrateurs enfants, qu'un livre jeunesse n'était pas une "littérature absolument adulte", du coup, j'ai souvent préféré les écrivains qui ne se cachaient pas à ceux qui jouaient avec trop de conviction le simulacre de l'enfance. Dans ce J'élève ma poupée, je mets un adulte en scène, un adulte qui s'en prend directement et agressivement aux lecteurs, mais je crois que l'humour, "la connaissance effective" des poupées des lecteurs, permettent à ceux-ci de remettre en cause la parole de l'adulte, même si celui-ci est désigné comme l'auteur du livre, donc à priori intouchable. Si ce livre donne l'occasion à ses lecteurs de s'échauffer, de s'indigner et de traiter l'écrivain qui l'a écrit de dernier des crétins, je crois que ça suffira à mon bonheur... Aïe, ce commentaire est beaucoup trop long, et il a la couleur du pensum... désolé... Bon été à vous.
Christophe Honoré
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06 juillet 2010
Quand la mixité de la pensée et de l'action est en péril…
DANS LE RÉTROVISEUR DE L'ÉTÉ 2010, UN COUP DE COLERE DU LISERON DATANT DE 2005 à l'occasion d'une interview de Clémentine Beauvais publiée récemment par BSC News : Voile or not voile ?)
Nous, libraires, sommes actuellement envahis par une quantité phénoménale de livres destinées "spécifiquement" aux filles. C'est à se demander si les auteurs, les illustrateurs et les éditeurs ont sciemment décidé de mettre à mal le cheminement féministe de ces dernières décennies en redonnant de la vigueur au plus vieux clichés sexistes. Résultat de ces collections alpaguant leurs cibles de manière racoleuse et ségrégationniste : aujourd'hui quand je propose un documentaire sur les dinosaures à une fillette de sept ans, je m'entends de nouveau dire par l'adulte qui l'accompagne que c'est plutôt là un ouvrage pour les garçons !
Il faut dire que l'édition jeunesse n'est pas seule coupable, et qu'elle s'inscrit avec cette production dans un discours dominant, largement relayé par les médias et les essais, qui refait le tri jusque dans les cerveaux : le féminin d'un côté, le masculin de l'autre conduisant tous les deux naturellement vers des activité - et des lectures - forcément différentes ! Pourtant, comme nous le rappelle Benoîte Groult, le théologien François Poulain de la Barre dénonçait déjà en 1647 (!) les méfaits de l'éducation et du conditionnement : "Il semble qu'on soit convenu de cette sorte d'éducation pour leur abaisser le courage, pour obscurcir leur esprit et ne les remplir que de vanités et de sottises, pour rendre inutile toutes les dispositions qu'elles pourraient avoir aux grandes choses et pour leur ôter le désire de se rendre parfaite comme nous, en leur ôtant les moyens" (De l'égalité des deux sexes, publié chez Fayard).
Que dès huit ans, on cache le haut ou exhibe le bas, je ne vois pas de différence ! Il s'agit bien d'un conditionnement, d'une lobotomisation faite aux filles, qui leur rappelle leur place "réservée". Tel est le véritable message des livres enseignant "l'art et la manière d'être une fille géniale", de ceux sacrant "le retour de la broderie, du tricot et de la couture" et des albums de Titeuf qui disent aux garçons à quel niveau on regarde les filles : à celui des fesses. Curieusement, on trouve beaucoup moins de livres destinés "spécifiquement" aux garçons qui leur rappelleraient leurs "devoirs" et les limites de leur "pouvoir"…
Aussi est-il urgent aujourd'hui d'opter pour une attitude critique face à ces ouvrages getthoïsants et d'en chercher d'autres qui proposent des modèles positifs d'identification, où les femmes sont valorisées pour leurs qualités, où elles participent à la vie et à l'histoire de l'humanité. Aussi est-il de nouveau urgent (si ça n'a jamais cessé de l'être) de donner aux garçons et aux filles des livres qui bouleversent les clichés, qui donnent à réfléchir - comme il est urgent de fournir aux adultes des instruments d'analyse et de dialogue sur ce thème.
Jocelyne Ponsgen, Librairie Le Liseron, Colmar
(Portrait en tête d'article : François Poulain de la Barre)
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05 juillet 2010
Ecrivains jeunesse : avec ou sans enfants ?
A l'occasion d'une discussion qui se tient actuellement sur le blog de L'Eau Vive (là et là) à propos du dernier roman de Christophe Honoré (J'élève ma poupée), voici, dans le rétroviseur de l'été 2010, la remise en ligne d'un article de 1999...
Quatre écrivains jeunesse réagissent au classement effectué par Christophe Honoré entre écrivains «parents » et écrivains «non-parents», au cours d’une interview qu’il a accordée à la revue Le Matricule des Anges (n° 28, décembre 99). Extrait de l’interview : « Je crois qu’il existe deux sortes d’écrivains pour la jeunesse : d’un côté les mères ou pères de famille qui expliquent le monde aux enfants et font des livres a priori pédagogiques, venant d’un adulte et destinés aux enfants. De l’autre, les écrivains célibataires qui n’ayant pas d’enfants destinataires écrivent sur leur propre enfance. L’enfance est leur terrain de jeu privilégié. Je me range là, à côté d’un Christophe Donner, d’une Florence Seyvos. Il s’agit de rendre compte d’un imaginaire d’enfant. » (Christophe Honoré)
Extraits des réactions (intégralité des textes ci-dessous, en cliquant sur "suite" si vous vous trouvez sur la page d'accueil) :
Hubert Ben Khemoun : «Je ne lis pas Cent ans de solitude en pensant qu’il peut m’aider à préparer mes prochaines vacances en Amérique du Sud, Vendredi ou les limbes du PacifiqueMax et les Maximonstres en le considérant comme un manuel de survie sur une terre hostile, en espérant régler ainsi les problèmes d’insomnie des deux poumons de ma cage thoracique. Est-ce que les enseignants ayant des enfants font plus pédagogique que ceux qui n’en ont pas ? Et les éditeurs jeunesse ? Et les libraires jeunesse ? J’en doute fort…»
Gudule : «Parmi les genres les plus décriés, la littérature de jeunesse jouit d’un statut privilégié : elle occupe gaillardement le dessous du panier. D’ailleurs, à bien y réfléchir, mérite-t-elle le beau nom de «littérature» ? Beaucoup en doutent ou, au mieux, le lui accordent avec un brin de condescendance. Or, comme si ce n’était pas suffisant, voilà que ce «sous-produit culturel» se retrouve encore victime de nouvelles subdivisions. Il y a aujourd’hui, me suis-je laissée dire, deux sortes d’écrivains jeunesse : les parents et les autres. Entendez par parents des pédagos chiants, utilisant l’instrument livre pour faire la morale à leurs chiards, et par les autres des gamins attardés rabâchant leur enfance.»
Alain Serres : «Pas plus qu’il ne faut être moine pour écrire avec recul sur la sexualité du couple, ou abstentionniste diplômé pour écrire librement sur la vie politique, il ne faut vivre à l’abri de l’enfance pour valider son travail d’écrivain pour la jeunesse. Que les écrivains continuent à faire des enfants de papier et des enfants de chair. Sans angoisse !»
Thierry Lenain : «Il est toutefois exact qu’à la lecture de certains des ouvrages cherchant à traduire l’intime d’un enfant, on peut parfois envisager que la parentalité de l’auteur, ou son absence, ont participé à l’écriture. Non pas que les écrivains non-parents, ou parents, seraient garants d’une « juste évocation » de l’enfance dont ils auraient le monopole. Dans les deux cas, ce ne sont que des adultes qui s’expriment bien longtemps»
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08 juin 2010
Du ras-le-bol de la bit-lit…

Hier, je suis allée faire mon tour hebdomadaire dans la librairie près du magasin où je fais mes courses (détail très intéressant, je vous l’accorde) et qui a un rayon jeunesse assez bien fourni. J’avais dans l’idée de me procurer le dernier Johan Heliot dont on parle beaucoup ici. Mais pas moyen de le trouver. Par contre, le rayon était rempli (rempli (rempli)) de toutes les dernières sorties Blackmoon et associés (on aurait dit "La guerre des clones", c’était perturbant).
Je ne vais pas mentir, j’ai lu et apprécié quelques livres de bit-lit au début, avant que la chose n’ait un nom, suite aux conseils de ma bibliothécaire jeunesse (celle qui m’a vu grandir et qui maîtrise parfaitement mes goûts. C’est d’ailleurs grâce à elle que j’ai découvert l’univers d’Harry Potter, que je regardais avec beaucoup de méfiance - et de dédain, il faut le dire). J’ai lu et apprécié Stephenie Meyer (oui, c’est mal écrit, l’idéologie est très douteuse, mais ça se laisse lire tout seul, c’est de la littérature facile et délassante, il en faut aussi parfois, et, surtout, c’étaient les premiers livres de ce style que je lisais - j’ai essayé de les relire depuis, juste pour voir, et je ne peux plus les supporter non plus). Puis je suis devenue prof, et j’ai commencé à essayer de lire ce que mes élèves aimaient, pour pouvoir leur en parler et éventuellement leur conseiller d’autres choses plus élaborées dans le genre. Mais là, je n’en peux plus. J’en ai ras-le-bol des "Gone", "Epouvanteur" et autres "Everworld".
J’ai justement rencontré ma bibliothécaire jeunesse dans ce rayon hier, et on a commencé à parler de ce dégoût que l’on ressentait pour ces titres. Elle comme moi avons des raisons et différentes et pourtant similaires de nous retrouver à devoir lire ce type de livres, mais moi j’ai encore le loisir de pouvoir dire "stop, c’est bon, je ne veux plus voir un livre de ce type avant, au moins, mes quarante ans on va dire". Et on se demandait si, à un certain moment, les lecteurs n’arriveraient pas à une forme de ras-le-bol eux aussi. Mais force est de constater, quand on fait le tour des blogs, que ces livres ne lassent pas. Au contraire, ils semblent devenir de plus en plus populaires et prennent la place d’autres livres jeunesse - et adultes grâce à Milady entre autres - qui auraient pu avoir une vie honnête sans eux. Je me demande par exemple si Marie-Aude Murail, la papesse du livre français pour jeunesse (que j’aime toujours autant alors que je la lis depuis mes 13 ans), va faire un chiffre d’affaire aussi important que d’habitude. Son dernier livre n’était qu’à trois exemplaires sur le présentoir et était noyé sous les "Journal d’un vampire" et autres "16 lunes" (dont mes élèves n’arrêtent pas de me parler, mais rien à faire, je n’ai plus le courage).
Qu’en pensez-vous, ressentez-vous aussi ce ras-le-bol envers ce pan de la littérature jeunesse qui dévore tout le reste et s’auto-alimente de telle manière que le phénomène semble ne plus avoir de fin ? Au départ, je dois dire que je pensais que ça allait être une chance pour la littérature de genre d’être mieux reconnue mais maintenant, je ne sais plus. En tout cas, je peux vous dire que si je lis encore la description d’un jeune homme étrange (très) beau, aux pectoraux et à l’abdomen très dessinés, (très) riche, (très) cultivé mais un poil dédaigneux et obscur, je déchire le livre !
(c’était mon coup de gueule du samedi matin)
Cachou
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02 mars 2010
Faut-il avoir peur du livre éléctronique ? (Vidéo de François Bon)
Youtube de MattDug signalé par le twitter de Lucie B Bernier abonnée au twitter de Citrouille
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25 février 2010
Contrairement à Nino Ferrer, Bérénice ne veut pas être noire
(Un article publié en 2003 - depuis on ne trouve plus le premier livre que comme le second : sur priceminister ! :-)
Bérénice ne veut pas être noire, de D. Blancou et B. Muriel, , édité chez Glénat
Depuis qu'elle a des Blacks pour voisins, elle flippe, la petite Bérénice : et si tout d'un coup, elle aussi devenait «noire, très noire», comme la petite Aglaé qui joue dans le jardin d'à côté ? Et si tout d'un coup, elle aussi chopait un «gros nez» et héritait d'une «drôle de coiffure» ? Et si tout d'un coup, elle aussi devenait «moche» ? Sans compter que les Noirs, dans le noir «on ne peut pas les voir». Ça rend la nuit sujette à tous les cauhemars...
Alors Bérénice met au point son plan «Maxi blanc». Premièrement, crème "écran total" et pull à col roulé : elle ne laissera pas le soleil accomplir son sale boulot. Deuxièmement, pour bien marquer la différence, elle remballe Aglaé d'un «j'parle pas aux filles moches» sans appel.
Evidemment, quand le papa s'aperçoit du manège, il se fâche. Puis il explique : le noir, «ce n'est pas du tout une question de bronzage.» On naît comme ses parents, voilà tout. Soulagée, Bérénice soupire : «je ne deviendrai jamais noire"» et ajoute «Je suis rassurée». Venant de comprendre que le noir n'est pas une mocheté contagieuse, elle accepte alors d'aller jouer avec Aglaé et laisser sa mère lui tresser les cheveux (on ignore cependant ce que la blondinette pense maintenant du nez de sa voisine).
Que cette petite fille craigne de devenir noire, c'est intéressant comme point de départ. Son inquiétude traduit une angoisse existentielle commune à tous les humains : si l'autre est différent de moi, cela signifie-t-il que je n'existe pas en tant que ce que je suis ? Mais le problème, c'est que la réponse ne décolle pas du niveau primaire de l'expression de cette angoisse. Ne t'inquiète pas, tu ne deviendra jamais noire comme elle puisque tu as des parents blancs : "l'argument" laisse pantois ! - d'autant plus que la petite Aglaé reste, du début à la fin, un "objet" sans parole, qu'on rejette ou qu'on accepte. On aurait au moins pu imaginer que, de son côté, elle craignait de devenir blanche; cela aurait fait des deux peurs des gamines une peur universelle que leur rencontre aurait résolue. «Tu ne deviendra jamais noire comme elle»... Que cette réponse limitée soit celle d'un parent pris au dépourvu, d'accord. Mais celle d'un livre... Quoique cela n'a finalement rien d'étonnant avec ce genre de collection qui se veut mi-documentaire "psy" mi-fiction, et qui est donc forcément défaillante, incapable d'apporter les réponses exhaustives d'un genre, ou la finesse d'écriture de l'autre.
En attendant, ça me rappelle un roman, Le château de Grand-mère. Un roman de mlle G. du Planty... publié en 1913 par la Librairie Hachette ! :
" (...)
- Enfin moi, je ne voudrais pas avoir une nounou négresse, elle me ferait peur ; et je ne voudrais pas, non plus, qu'elle touchât à mes affaires.
- Pourquoi cela ?
- Parce qu'elle les salirait.
- Oh ! tu es nigaude, Nicole ; la peau des nègres ne déteint pas !" fait Bernard en se moquant.
"Mais si, je sais ce que je veux dire", dit Nicole piquée, car lorsqu'elle se trompe, elle n'aime pas à l'avouer, par amour-propre ; et elle continue pour donner le change à son frère :
"Leur peau est couleur de chocolat, et...
- Et en la faisant fondre, on pourrait en manger, n'est-ce pas ?" interrompt Bernard.
"Ah ! ah ! la petite godiche !"
Et il se remet à rire de plus belle.
Nicole a parlé étourdiment ; elle sait bien qu'on ne ferait pas du chocolat avec une négresse ! (...)"
Thierry lenain
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03 février 2010
Les Enfants de la vallée de l’Omo (deux lectures)

- Hans Silvester
- De la Martinière Jeunesse - 14 €
Gros gros choc visuel…
On ne peut pas dire que l’on croule sous les chroniques de documentaires sur ce blog, mais après avoir découvert cet extraordinaire photographe au Salon du livre de Mouans-Sartoux, je ne peux pas m’empêcher de partager avec vous le magnifique travail de Hans Silvester. Un travail effectué sur plus de six ans, auprès d’une quinzaine de tribus, vivant à des milliers de kilomètres de notre continent, et à des années lumière de notre civilisation…
La vallée de l’Omo se situe à la frontière de l’Éthiopie, du Kenya et du Soudan, à des jours de piste de la moindre ville. Elle est peuplée par des tribus qui vivent quasiment nues, et qui parent leurs corps de peintures (dont l’art n’a absolument rien à envier aux plus grands peintres contemporains). Les enfants sont dans le mimétisme de leurs parents, et tous vivent en parfaite harmonie avec la nature.
Ils ont développé au fil des décennies un sens artistique incroyable, qu’ils n’hésitent pas à renouveler plusieurs fois par jour. Il ne leur est en effet pas rare de se peindre intégralement le corps, puis de se jeter dans l’eau avant de recommencer complètement…
Au-delà de cette technicité artistique, de ce sens aigu de la vie en communion avec la nature et ses occupants, c’est le témoignage vibrant de tribus encore épargnées par le monde tel que nous le vivons. Hans Silvester signe là un reportage photographique des plus éblouissants, à mettre entre toutes les mains…
Jean Pichinoty, La Soupe de l'Espace

- Hans Silvester
- De la Martinière Jeunesse - 14 €
Les enfants de la vallée de l'Omo est un livre de photographe.
À l'aide de belles images, il entend présenter la vie d'enfants de tribus nomades africaines, installées sur un territoire s'étendant entre le sud de l'Éthiopie, le Soudan et le nord du Kenya.
Ces peuples vivent de l'élevage de troupeaux de zébus, de la chasse, de la cueillette et de la culture de céréales. Bergers et chasseurs, les hommes sont aussi des guerriers qui apprennent dès leur jeune âge le maniement des armes. Il arrive que les affrontements entre membres de tribus différentes se soldent par des combats meurtriers, d'autant que, aujourd'hui, les fusils kalachnikovs ont remplacé les sagaies, les arcs et les flèches d'autrefois.
Les enfants, dès leur jeune âge, participent aux tâches de la vie de leur communauté, en s'occupant du bétail, pour ce qui concerne les garçons, ou en aidant leur mère, pour ce qui est des filles.
Leur existence, de l'enfance à l'âge adulte, est décrite à travers des images de moments de détente -le bain, les jeux, les soins consacrés à la parure-, de fêtes rituelles, de moments de la vie quotidienne -boire, se nourrir, chasser.
Les photos sont soigneusement cadrées, les enfants épanouis près de leurs mères, souriants dans leurs jeux, fixant du regard le lecteur dans leurs parures, fiers de leur jeunesse.
Le commentaire qui les accompagne suggère un mode de vie en harmonie avec une nature rude, mais généreuse: les jeunes garçons apprennent des antilopes la souplesse de la course dans les herbes sèches, ils exploitent les ressources du milieu pour façonner des couronnes de feuilles de palme et de fleurs tressées, ou pour obtenir les pigments pour peindre leurs corps.
Ils travaillent durement, mais ils consacrent une bonne partie de leur temps à confectionner leurs parures, à se préparer aux fêtes rituelles, à jouer.
Ces portraits de belle valeur esthétique, cependant, ne sont pas des clichés pris sur le vif, reflet spontané d'un style de vie simple et proche de la nature. Savamment composés, ils sont le fruit d'une mise en scène. Cela ressort des postures des portraits, comme des images de groupe, telle celle des enfants jouant avec leurs chiens, se baignant dans le fleuve ou, encore, des jeunes filles apprenant à danser.
L'auteure du texte qui accompagne ces photos s'interdit tout commentaire sur le traitement réservé aux jeunes filles, contraintes de déformer leurs lèvres en fonction de critères de beauté susceptibles de leur permettre d'aspirer à une dot en bétail plus ou moins importante. Aucun état d'âme, non plus, quant aux épreuves auxquelles doivent se confronter les jeunes candidats aux fiançailles, qui impliquent que le garçon frappe violemment la future fiancée pour lui signifier qu'il ne se fera pas mener par son bon vouloir.
Le livre se termine en expliquant que, lorsque des garçons refusent de se soumettre à cette pratique, il arrive que leurs frères aillent jusqu'à les tuer, car le refus des aînés empêche les cadets de se marier à leur tour. Deux photos d'enfants aux visages peints et coiffés de fleurs closent l'ouvrage: contraste saisissant entre cette représentation d'un Éden accessible par avion et la réalité des conflits entre tradition et modernité.
Un malaise s'installe au fil des images et de la lecture, face au parti pris esthétique du photographe et au manque de rigueur du commentaire.
L'invitation à la découverte, pour un jeune lecteur, d'une culture différente de la sienne aurait nécessité un regard plus critique, moins susceptible de flatter l'envie d'exotisme et la nostalgie de paradis perdus; davantage capable de souligner la violence de la confrontation entre sociétés traditionnelles et monde moderne.
Silvia Galli, librairie Le Chat Pitre
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14 novembre 2009
Deux livres du Prix Ados retirés puis remis

Je suis ta nuit de Loïc Le Borgne et Les orphelins de Naja de Nathalie Le Gendre étaient écartés mardi. Après protestations, ils ont été réintégrés. Une mise en garde sera envoyée aux collèges. Trois fois sélectionnée, primée en 2007 avec Automates, la romancière rennaise a eu du mal à avaler la nouvelle. Nathalie Le Gendre apprenait mardi que son livre de science-fiction Les orphelins de Naja (Mango) ne ferait finalement pas partie de la sélection finale soumise dans les collèges, et bibliothèques du département. Pourtant son livre paru en janvier 2008, qui aborde la pédophilie, avait été choisi par les collégiens parmi une centaine de livres. « C'est piétiner le pouvoir accordé aux ados, en leur disant vos choix ne sont pas sains ! regrette l'auteur. Je m'attendais à quelques réactions, mais pas à une censure. » (lire la suite de cet article de Ouest France sur maville.com)
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23 octobre 2009
Folio Cadet Premières lectures = on n'est pas contents !!
1. Il était une fois un garçon qui vivait de ce côté-ci des montagnes. Il s'appelait Louis.
De l'autre côté des montagnes, un loup menait une vie de luxe incroyable. Son nom à lui, personne ne le connaissait. Le loup était très bon chic, bon genre. (Pour un loup, bien sûr).
Parfois il enfilait son habit...
2. Il était une fois un garçon qui vivait de ce côté-ci des montagnes. Il s'appelait Louis.
De l'autre côté des montagnes vivait un loup. Personne ne savait comment il s'appelait. Le loup était très chic (pour un loup, bien sûr).
Parfois il enfilait son habit....
Prenez la peine de relire ces deux petits textes, de les redire à voix haute et dites-moi lequel vous préférez. Pour moi il n'y a aucun doute, le premier nous fait goûter la saveur de la langue, le second énonce simplement les faits, sans saveur, sans « rêve ».
Le premier texte est le début du classique et savoureux album de Tony Ross : Le garçon qui criait : « Au loup ». En Folio Benjamin c'était une histoire sympathique comme de nombreux titres de cette collection. Les adultes pouvaient les lire à leurs enfants et surtout, pour les lecteurs débutants, la mise en page, les illustrations et les textes « riches » faisaient que nous aimions conseiller les titres de cette collection Folio Benjamin.
Mais la deuxième version, plate, triste et insipide est la version que désormais les enfants auront à leur disposition, avec une nouvelle collection : Folio cadet - premières lectures.
Et ce qui me désole c'est que j'ai bien peur que peu à peu il ne nous reste plus que cette nouvelle version : expurgée, triste à mourir.
Les enfants de maintenant n'ont plus droit à la richesse des mots, ceux que l'on aime répéter, ceux qui font rêver... serait-ils plus « sots » que les générations précédente ??? Ou veut-on les rendre plus sots ???????
Je dois reconnaître que tous les textes n'ont pas subi ce terrible sort. La belle lisse poire du prince de motordu est intacte.
Aurait-on plus de respect pour Pef que pour les auteurs étrangers ??? Mais en étant honnête, je dois reconnaître que je n'ai pas pu vérifier tous les textes, certains étant manquants.
Annie Falzini (article publié sur le blog de la librairie L'Oiseau Lire)
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01 septembre 2009
Le Grand Livre pour sauver la planète | documentaire de Brigitte BEGUE et Anne-Marie THOMAZEAU
Illustrations de PEF
Direction éditoriale Alain Serres
Avec la participation de Yann Arthus-Bertrand, Allain Bougrain-Dubourg, Jean-Louis Étienne, Jean-Marie Pelt et Aminata Traoré
éd. Rue du Monde | juin 2009 | 128 pp. - 22,50€
Tout savoir sur l'écologie, le retour du retour. Le Grand Livre pour sauver la planète n'est le premier ni de sa collection (chaque question de société a son Grand Livre chez Rue du Monde), ni du concept «bouquin encyclopédique et de sensibilisation des 8-13 ans aux questions d'écologie». Le résultat est encore une fois impressionnant, riche non seulement en illustrations (les gags de Pef et des photos en noir et blanc dont on sent que certaines acceptent mal de quitter leurs couleurs originelles), mais aussi en informations, dans le texte principal et dans ses à-côté (les «bonnes nouvelles», «alertes», autres notes marginales et grands témoins dont l'entretien clôt chaque séquence de deux chapitres). Le livre, pour foisonnant qu'il soit, respire agréablement, sa langue et sa mise en page sont claires.
La progression est assez classique, qui met d'abord en avant de grands dossier environnementaux (eau, forêt, air et pollutions, climat, déchets). Chacun est abordé depuis son versant scientifique, avec force chiffres, avant de devenir un thème de société. Toujours la même hésitation au sujet de l'écologie, discipline scientifique devenue pensée politique. Une approche sociale (l'indispensable solidarité avec nos 6 milliards de colocataires de la planète Terre) vient compléter l'ouvrage, qui s'achève sur des réponses (les éco-gestes, l'engagement associatif) à la malheureuse question: «mais qu'est-ce qu'on peut faire? ». Air connu donc, et ici Rue du Monde ne rompt pas avec les bonnes habitudes.
L'une d'elles consiste à dépolitiser les questions écologiques, pour permettre aux plus jeunes (dont le devoir sera de «faire passer le message» aux générations perdues, comme le souhaite Allain Bougrain-Dubourg) d'intégrer la vulgate écologique du moment. D'emblée l'écologie politique est désavouée, avec la mention de «slogans inscrits sur des tracts ou des banderoles, comme c'est le cas depuis plus de trente ans». Les théoriciens de l'écologie, de Serge Moscovici à René Dumont, en passant par Jacques Ellul et André Gorz, apprécieraient de voir leur œuvre réduite à des «slogans». Plus loin, crédit est fait aux associations et partis qui se sont emparés de la question écologique d'avoir sensibilisé les auteurs des politiques publiques en la matière. Ouf. [Lire la suite sur le site de Comptines]
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17 juillet 2009
Alice sourit (J. Willis, T. Ross - Gallimard)
(Rétroviseur été 2009 - un article publié en 2000)
1. Découvrons Alice au fil des pages : une petite fille de 5-6 ans qui rit aux éclats devant la télé, chante avec ses copains, joue à l’avion avec son papa, se fait gronder pour cause de bêtises, boude, se met en colère, fait des grimaces, s’applique en classe, a peur la nuit sans son doudou, veut des câlins… Beaucoup de choses de la vie d'une enfant sont là. Oui, vraiment, comme le dit l’auteur à la fin : " Alice, elle est comme ça, tout simplement, comme toi et moi ". Et pourtant, cette petite Alice si proche, si familière, qui rit, aime, joue, pleure, l’illustrateur la représente, sur la dernière page, assise dans un fauteuil roulant, un petit sourire interrogateur sur le visage : "Qu’en penses-tu, lecteurs ? " semble-t-elle dire. Et bien pour tout dire le lecteur est un peu "saisi" : il reprend l’album depuis le début, et doit bien se rendre à l’évidence : malgré son handicap, Alice est tellement comme les autres enfants qu’on n’a pas envie de la mettre à l’écart… Ce n’est pas une démonstration pesante ni une leçon de morale, c’est un simple constat, une évidence.
Comptines
2. Particulièrement concernée par le problème du handicap, j’ai dans un premier temps rejeté ce livre. Il nous montre une petite fille pleine de joie, qui, comme tous les enfants et bien qu'handicapée, peut accomplir plein de choses. Mais l'illustration qui donne l'impression d'une constante facilité dans la vie d'Alice m' a paru à plusieurs reprises trompeuse : aller se cacher derrière les rochers, ou bouder derrière les rideaux, a dû demander un effort phénoménal à la fillette. Un effort qu'on passe sous silence… J’ai soumis l’album à des enfants de six à huit ans, eux-mêmes handicapés physique. A la première lecture, ils n’ont pas compris qu’Alice était comme eux. Ils ont pensé qu’elle devenait handicapée à la fin de l'histoire… Ce n'est qu'à la deuxième lecture qu'ils se sont comparés à elles : " Moi aussi je fais du cheval… " Leurs enseignants ont apprécié cet album qui souligne ce que peut faire la fillette, et non pas ses limites - comme c’est trop souvent le cas quand on parle d'une personne handicapée. J'ai ensuite proposé ce livre à un groupe d'enfanst valides. Voici, pêle-mêle, leurs réactions : " Elle est malade – Non elle est handicapée - Elle peut faire toutes ces choses mais pas toute seule - Elle sait faire beaucoup de choses… elle est presque comme nous - Comment elle fera quand elle sera grande et lourde ?". Leur enseignante a trouvé là l'occasion d'aborder le thème du handicap avec ses élèves. Alors, faut-il refuser la part d'"idéalisation" présente dans cet album, ou l'accepter parce que cet ouvrage peut favoriser le dialogue ? A vous de juger…
L’Oiseau-Lire
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11 juillet 2009
Les vacances et… les cahiers de révision ?!? (librairie Monet)
C’est l’été! L’école est finie, enfin! Euh… Vraiment???
Depuis quelques années, les collections de cahiers de révision pour le primaire se multiplient à une vitesse folle. Et leurs ventes en font autant. Tout porte à croire que ces ouvrages sont malheureusement devenus indissociables de la saison estivale, au même titre que la crème solaire et les moustiques!
Bien sûr, ces cahiers ont pour but d’aider les enfants à consolider les connaissances acquises au cours de l’année précédente. Je suis bien d’accord avec ça. Là où je me questionne, c’est sur la manière de les utiliser et sur le comportement de certains adultes… Je parle de ces enseignants qui recommandent à tous les parents de leurs élèves une liste d’achats de cinq ou six cahiers pour l’été ; de ces parents qui se procurent des ouvrages d’un niveau scolaire supérieur à celui de leur enfant (et ce même si on leur dit que le petit n’a pas encore vu les notions que donne à réviser ledit cahier) ; de ces parents qui dressent un plan d’intervention pédagogique strict pour l’été, réservant tous les avant-midi (pluvieux et ensoleillés!) à la révision scolaire ; de ces parents qui veulent des cahiers de compréhension de lecture, mais qui ne présentent jamais d’œuvres littéraires à leur enfant ; de ces gens qui offrent des cahiers de révision en cadeau d’anniversaire, sous prétexte que c’est éducatif ; et j’en passe…
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08 juillet 2009
Viol collectif dans un livre pour enfants (nouvelobs.com)

Quel sera votre opinion ? Plutôt Anne Fine ou plutôt Philipp Pullman ?
L'article du nouvelobs.com, c'est par ici…
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03 juillet 2009
De l'usage des romans : où l'on fait voir leur utilité et leurs différents caractères
(Rétroviseur été 2009 - un article publié en 2004)
Extraits d'un ouvrage de Nicolas de Lenglet Du Fresnoy, daté de 1735, consultable et téléchargeable à partir de la base de données textuelles Frantext réalisée par l'Institut National de la Langue Française (INaLF)
CHAPITRE 7
Usage et effets des romans dans les differens païs, dans les differens
siécles, dans les divers âges de la vie : caracteres d'esprits ausquels ils peuvent convenir.
(…) Je crois aussi que les romans conviennent à tout âge : mais il faut en sçavoir faire une prudente et judicieuse distribution ; le vin qui est le lait des vieillards, est souvent nuisible à une jeunesse vive, active et pétulante ; et les rafraîchissemens, si nécessaires aux boüillonnemens du premier âge, ruineroient la santé des vieilles gens. Pourquoi ne veut-on pas que je dise la même chose des romans ? Faisons donc avec économie cet utile et agréable partage, en bon pere de famille donnons à chacun ce qui peut lui apartenir ; ainsi l'enfance aura pour elle ce que nous apellons contes des fées, mille et une nuit et autres amusantes bagatelles, elle ne sera pas la plus mal partagée ; mais si elle y prend goût, c'est une bonne marque. On peut tout esperer d'une jeunesse qui veut aprendre, le fond en est bon ; insensiblement on l'a tourne à bien. à l'adolescence, c'est-à-dire, à tout ce tems où le sang est dans sa plus grande effervescence, ce tems ne laisse pas de s'étendre loin ; nous lui donnerons des romans polis, civils et instructifs. Cet âge est assez actif, il est bon de le tenir un peu en bride, de lui aprendre à se posseder ; et si l'on veut qu'il dure long-tems, il faut lui montrer qu'il doit plus dépenser en politesses, en tendres sentimens, en soins et en attentions, qu'en réalité ; enfin qu'il lui est permis de se ruiner, s'il se peut, en préliminaires ; mais d'économiser sagement les biens essentiels de la vie, honneur, plaisirs et santé. C'est donc à cet âge que sont destinés l'Astrée avec le berger extravagant qui en est la critique ; l'illustre Bassa, le Cyrus, la Clelie et tous ces autres héros de la douceur et de la tendresse. L'âge vraiment viril où l'amour est accompagné de quelques réflexions, demande des romans qui le puissent entretenir long-tems dans cet heureux milieu ; c'est un âge de maturité, on y joüit tranquilement de son bien ; on y savoure le plaisir qui est précedé de la réflexion : et la réflexion n'y est pas fâcheuse, parce que le plaisir n'y est jamais porté à l'excès. Oh ! Dans cet âge les petites historiettes, les nouvelles amoureuses et historiques, et tous autres praticiens sages et modérés sont capables d'entretenir l'heureuse temperature, nécessaire pour joüir long-tems et agréablement. Car s'il est un âge où l'on ne doive pas émousser la pointe du plaisir, c'est celui-là ; il y auroit tout à craindre pour les suites. Mais pour la vieillesse, il faut la réveiller, il faut la piquer non-seulement par un ragoût délicat, mais même par un sel vif et actif. Ce n'est pas pour rendre les vieillards seroit vilain ; mais au moins faut-il les empêcher de perdre tout-à-fait le goût des plaisirs ? Ils se croiroient morts s'ils n'avoient pas de tems en tems d'agréables échapées. C'est alors que nos contes, nos nouvelles et nos autres joïeusetés sont d'une grande ressource : rien n'y est de trop, ni Decameron, ni Heptameron, ni Cent nouvelles . (…)
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28 mai 2009
Le trou du cul du coq
Moitié de coq, livre CD des éditions Didier Jeunesse (lire / écouter ici), vaut quelques lettres outrées à l'éditrice, Michèle Moreau, tandis que l'album disparaît des rayons de quelques librairies…
En cause le trou du cul du coq dans lequel se réfugient ses compagnons : “Si tu veux voyager sans te montrer, rentre dans mon trou du cul et n’en bouge plus !”.
Nous publions ci-dessous la réponse de Michèle Moreau à la lettre d'une enseignante, ainsi que l'avis de l'auteur, Pierre Delye.
«Madame,
Nous avons pris connaissance de votre lettre concernant Moitié de Coq. Nous sommes très honorés de la confiance que vous nous témoignez par votre fidélité et regrettons sincèrement que vous ayez été déçue par votre achat. Cependant, nous assumons la publication de cet ouvrage et le défendons en tous points. Moitié de Coq est un conte musical qui a toute sa place dans notre catalogue.
Nous sommes conscients, avec l’auteur, Monsieur Pierre Delye, que la formulette « Rentre dans mon trou du cul », qui appartient à un registre de langue familier, et non vulgaire, et qui révèle, avec toute sa drôlerie, une scatologie, somme toute très répandue dans le folklore enfantin*, puisse choquer certaines personnes.
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22 mai 2009
Que sont les histoires devenues : album ou catalogue ? (par Claude André)
« Oui, bien sûr, c’est un bel album, mais ce qu’elle aime c’est qu’on lui lise des histoires. Vous ne pourriez pas plutôt me proposer une histoire » ?
Décontenancée par cette réaction d’une cliente à qui je présentais l’ Abécédaire de la colère d’Emmanuelle Houdart que j’ apprécie tant, j’ai fouillé et fouillé dans les nouveautés de cette fin d’année et j’ai bien dû réaliser que parmi tous ces albums, très nombreux étaient ceux qui tels des catalogues avaient choisi de lister des semblables ou des contraires, d’énumérer des mots, des attitudes, plutôt que de raconter une histoire.
Cette mode des livre qui évoquent plus qu’il ne racontent ne date pas d’aujourd’hui et certains connaissent depuis quelques année déjà un franc succès dans nos librairies :
L’Amoureux de Rebecca Dautremer, catalogue de jolis mots et d’images sucrées,
Les Princesses, au texte dense et précieux de Philippe Lechermeier, habillé de camaïeux de roses par la même illustratrice,
Graines de cabanes, album illuminé par les bleus subtils d’ Eric Puybaret tandis que P. Lechermeier joue à nouveau de sa plume prolixe et parfois hermétique.
Rêves de cabanes où François David lui aussi imagine des cabanes, illustrées cette fois par un collectif de créateurs très inspirés par le bleu,
Fil de fées où c’est en vert qu’Aurelia Fronty décide d’incarner les fées, nées cette fois encore de la plume de P. Lechermeier.
Dans ces livres j’ose le dire, tout est là « pour faire beau », le texte orné de fioritures littéraires autant que les illustrations. En feuilletant ces pages esthétisantes on a soudain envie de retapisser chez soi tant elles évoquent de rares papiers peints.
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29 avril 2009
Golem, un livre en débat sur le blog de Citrouille en 2002
La lettre de Christiane et Georges W. - […] Nous nous tournons aujourd’hui vers vous, rédacteur en chef de Citrouille, pour vous exprimer notre incompréhension et notre déception devant l’introduction du Golem des Murail dans le dernier numéro de votre revue. […]
La réponse de la librairie Comptines - […] On peut sans doute leur reprocher les poncifs, les effets "mode", et surtout d'aborder des sujets graves avec une certaine légèreté mais je ne suis absolument pas d'accord pour les accuser d'être manipulateurs, racistes ou nocifs ! […]
La réponse de la librairie L'Oiseau-Lire - […] Moi, ce qui me choque encore plus, c'est une critique qui assassine un roman (ou une série) qui ne mérite aucunement d'être injustement affligé de délits graves qui reposent sur une interprétation totalement eronnée. […]
La réponse de Lorris Murail - Je ne suis pas complètement surpris par cette lettre, sinon par l’étendue du spectre des arguments, dont il semble résulter qu’il nous serait interdit de parler de quoi que ce soit en quelques termes que ce soit. […]
La réponse de Marie-Aude Murail - J’estime naturel qu’on se projette dans mes livres mais il est des limites à la liberté d’interprétation que je reconnais à mon lecteur. En clair, il m’est impossible de me laisser diffamer. […]
La réponse d’Elvire Murail - J’ai déjà été interdite de séjour à Orange avec mon livre La marque du Diable. Il est vrai que j’avais eu l’outrecuidance d’y montrer un imam, un curé et un médecin juif se relayant pour lire des passages de l’Ancien Testament au chevet d’un malade. […]
La réponse de Béatrice, internaute - […] Ca me fait penser à mon année de philo : la mode à l'époque était de prouver à chacun qu'il était raciste malgré lui... Conclusion: bonjour le niveau du débat ! Personne n'en sort grandi...
(Intégalité des contributions en cliquant sur "suite")
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21 octobre 2008
Et mon visage s'est crispé…
[Un coup de gueule publié en août 2008 sur le site de la librairie Chat Perché]
Il y a quelques jours, la déléguée de secteur Gallimard jeunesse vient nous présenter les nouveautés à paraître en octobre 2008. Maquettes et explications défilent, Floriane et moi-même sommes attentives. Distinguer les ouvrages de qualité parmi la quantité de livres présentés, déceler ceux qui nous semblent d’emblée moins importants, anticiper la quantité que nous pensons pouvoir vendre de chaque titre à paraître, tel est alors notre travail de libraires. Nous touchons là au cœur de notre métier. Mais lorsque cette charmante jeune femme en vient à nous montrer les deux titres suivants : Les 15 plus belles histoires pour les petites filles et son pendant Les 15 plus belles histoires pour les petits garçons, moi qui étais plutôt affable jusqu’alors, je deviens tout à coup beaucoup moins souriante et lui demande froidement de bien vouloir me montrer la liste des albums contenus dans chacun de ces recueils. C’est ainsi que je vois, par exemple, que Le monstre poilu a été placé dans la compilation pour fillettes, et Rendez-moi mes poux dans celle destinée aux garçonnets… Et là je deviens triste, si triste en pensant à toutes les petites filles qui du coup risquent de ne jamais connaître Mathieu et ses amis les poux et, à l’inverse, à tous les petits garçons qui n’auront jamais l’occasion d’éclater de rire au gré des fameux « Poil au kiki » ou encore « Poil aux fesses » de la malicieuse petite Lucile, héroïne du Monstre poilu… Mon visage se crispe, mon sourire a bel et bien disparu.
La représentante, yeux baissés sur son bon de commande qu’elle s’apprête à remplir, un peu gênée, me pose alors la question suivante : «Vous en prendrez combien ?».
«Zéro» est ma réponse cinglante, sur un ton sans appel. Sauf que chez Gallimard jeunesse… zéro est un chiffre qui n’existe pas !
Anne Helman
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25 septembre 2008
L'Absente
L’Absente de Claire Mazard a paru une première fois en 2002 aux éditions Syros. La quatrième de couverture de la réédition de 2008 précise que ce roman a reçu le Prix Jeunesse France Télévisions 2003 et le Prix Chronos 2004. Par ailleurs, des adolescents lui ont décerné le prix Lucioles Junior 2003, organisé par une des librairies de l’Association des Librairies Spécialisées pour la Jeunesse. Je n’ai lu ce livre que tout récemment et je l’ai détesté. D’ordinaire, lorsqu’un ouvrage ne me plaît pas, je m’abstiens simplement d’en parler. Il se trouve toutefois que l’on a affaire ici, à mon sens, à un roman engagé, dans le sens où L’Absente relaie le discours d’un mouvement clairement identifiable, en l’occurrence celui des associations qui revendiquent le droit pour chacun de « connaître ses origines » et militent pour la suppression du droit à l’accouchement anonyme. Je tiens d’emblée à préciser que, même si je la considère comme un exercice difficile et périlleux, je ne suis en rien opposé à la littérature engagée, bien au contraire. Loin de moi, également, l’idée de mettre en doute la sincérité et la bonne volonté de Claire Mazard, dont j’ai pu par ailleurs lire et apprécier d’autres romans, en particulier le récent Un cow-boy dans les étoiles. S’il est vrai néanmoins que l’enfer est pavé de bonnes intentions, ce livre en est alors pour moi la parfaite illustration. Non seulement je suis en profond désaccord avec les thèses relayées par l’auteur, mais je tiens ces dernières pour véritablement pernicieuses. [Lire la suite de l'article de Thomas Savary, librairie Voyelles : Critique - LAbsente.pdf]
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