12 juin 2007
Toutoute, l’appel de Nouvelle-Calédonie (par Jean Perrot)
Un dernier album/CD audio multilingue nous parvient, intitulé Toutoute et publié par l’association Lire en Calédonie et l’éditeur Grain de Sable qui rassemble des comptines, berceuses et jeux de doigts chantés en Nouvelle-Calédonie. On voit sur la couverture la conque emblématique de l’île que brandissait Téa Kanaké : la toutoute qui sonne comme un objet transitionnel, et non pas comme une trompette guerrière, et d’où sortent les volutes de portées musicales. Dans le bruissement des eaux du Pacifique du CD, la toutoute lance un appel soutenu par la langue doucement « rocailleuse » du Caillou: « Enfant d’Océanie, D’où viens-tu ? Tu es d’ici. Entre dans la ronde autour des niaoulis, ensemble célébrons de nos îles les mélodies ». Les textes sont traduits et en diverses langues kanaques, nengane (de l’île de Maré des Loyautés), drehu (de Lifou), ajië, iaai, caac, paicî, vamale, xaracùù, mais aussi en créole, vietnamien, futunien, wallisien, indonésien, japonais, chinois, arabe, allemand, anglais et français (en traduction ou texte original). On entendra le cagou répondre au notou et diverses versions de notre « Frère Jacques », etc .
Les illustrations tendent à rendre graphiquement compte de la diversité des cultures en une polyphonie des langues dites « maternelles » aux vibrantes douceurs. Celles-ci, pour l’oreille déliée de Daniel Heller-Roazen, auteur de Écholalies (Seuil, 2007), devraient ici se répondre les unes aux autres dans un écho de ce babil premier qui rassemble à la naissance tous les enfants du monde, un jeu de transpositions et de reviviscences, tel qu’est le jeu poétique. Cette Babel pacifique et fusionnelle en tout cas s’oppose à l’autre, celle de la folie des antagonismes et de la confusion des langues. Elle retentit, sublimée, dans les voix enfantines aux rythmes variés : « One step, two steps... Waero, waero, waero, ci era »…
Jean Perrot
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24 mai 2007
Rions un peu avec Bistouri Show de Pierre Cornuel, par Jean Perrot
Certes on peut se réjouir, en ces temps de dérives communautaristes menaçant la laïcité, de voir Malika Ferdjouk dans Taille 42 (L’École des loisirs, 2007) tendre la main à ce que d’autres pourraient appeler l’Autre, mais il est un danger tout aussi préoccupant qui grignote sournoisement la République de l’intérieur : l’uniformisation aliénante des médias « reformatant » (pour employer ici un terme qu’un homme politique veut appliquer aux médias eux-mêmes) les jeunes sur les modèles d’Hollywood. Le masque généralisé est l’avenir promis à nos futurs concitoyens, qui peuvent être, non pas seulement réunis par les forces de la mondialisation, mais, mieux, dans une autre métamorphose, celle de la langue française colonisée par le franglais, totalement « relookés ». C’est le sujet même du petit album pétillant d’humour de Pierre Cornuel Bistouri Show publié par Grasset-Jeunesse dans la collection Lampe de Poche en 2007 et qui exploite à fond les caractéristiques d’une émission dont il a pu mesurer l’impact sur sa fille et sur les amies de celle-ci.
Lire la suite : bistouri_jean_perrot-web.pdf
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16 avril 2007
«Tel un Sisyphe heureux…» - Un article de Jean Perrot à propos de l'album «Je ferai des Miracles»
Pour le moine-peintre chinois Shitao qui rédigea le traité célèbre Propos sur la peinture du moine Citrouille-Amère, le geste du pinceau mène de l’idéogramme à la calligraphie et de la calligraphie à la peinture, car l’art du trait est déjà une façon de dire et de raconter, comme le rappelle François Cheng de l’Académie Française dans Shitao (1642-1707), la saveur du monde (Phébus, 1998). Il importe de solliciter non seulement le regard mais tous les sens qui, chez l’homme, participent au « banquet du Réel », d’approcher le mystère des choses, de goûter « la saveur du monde ». C’est dans un esprit et une perspective semblables que Jianghong Chen associe les éléments de l’art contemporain à ceux de la peinture et l’art graphique chinois traditionnels. Dans un entretien reproduit dans le numéro spécial de La revue des livres pour enfants sur la Chine en 2004, l’artiste indiquait clairement les principes qui le guident et « trouvait bien cette mode pour tout ce qui est asiatique « (Jang HOng Chen, 125). Pour lui qui ne « comprend pas le quartier chinois « de Paris, ni ne voit pas « l’intérêt de recréer la Chine dans un autre pays » (p.131), il est nécessaire « d’aller chercher autre chose dans les cultures plus lointaines ». Il ne « s’agit pas de renouveler son regard sur le monde, mais de l’enrichir, d’avoir une autre façon de réfléchir, de regarder » (125). L’originalité tient ainsi dans la forte personnalité de l’artiste dont « l’élégance et la beauté ne passent pas par des artifices » et qui est liée à un certain goût pour la couleur. Á ses interlocutrices qui lui faisaient remarquer la dynamique de ses compositions, sa préférence pour le rouge, et sa « palette d’illustration proche des couleurs de la terre avec l’ocre et le noir », il répondait « adorer le rouge, le noir et le blanc », mais sentir aussi « très proche du feu et de l’or » (129). Cette préférence pour les trois premières couleurs le rapproche des peintures des peuples dits « primitifs » qui les produisent à partir des plantes ou minerais naturels. L’encre de Chine appartient à la même catégorie et, plus ou moins diluée, rend possible des variations d’intensité donnant à l’artiste une pleine liberté d’expression et une extraordinaire présence.
Lire la suite: Morgenstern_Chen.doc-web.pdf
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20 mars 2007
Contre l’antisémitisme : la fée - par Jean Perrot
La Guerre de Robert de Rolande Causse et Georges Lemoine
Il est des heures où la gravité de l’Histoire ravive plus fortement la mémoire : La Guerre de Robert de Rolande Causse fondé sur des documents historiques et illustré par Georges Lemoine me parvient peu après les déclarations scandaleuses de Raymond Barre sur les agissements de Maurice Papon, condamné pour « crime contre l’humanité » pour avoir déporté des milliers d’enfants et d’adultes juifs, et néanmoins enterré avec les insignes de la Légion d’Honneur. Ce livre raconte à sa manière l’histoire de Robert, qui, à quinze ans, a échappé à la déportation dans laquelle ont péri tous les siens. Il rappelle qu’il ne faut surtout pas oublier ce passé qui pèse encore sur notre avenir et que seule la demande du « pardon » ouvre véritablement ce dernier, en libérant la victime du fardeau qui l’accable. Il rejoint dans ma conscience le combat de mon ami Maurice Cling, auteur de Vous qui entrez ici…Un enfant à Auschwitz, récit autobiographique de 1999, rapportant les horreurs de sa déportation à l’âge de quatorze ans et à propos duquel je m’interrogeais, dans la conclusion d’un livre publié précisément la même année, sur les rapports de la fiction et de la vie dans la création littéraire
Lire la suite : RolandeCausse-web.pdf
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15 février 2007
« Le Blanc parle, le Jaune sourit, le Noir rit »… - Un article de Jean Perrot
Pas si loin le racisme !
Africains et Asiatiques dans la littérature de jeunesse de l’entre-deux-guerres d’Alexandra de Lassus (L’Harmattan, 2006)
Il est des livres qu’on aurait voulu écrire. Celui d’Alexandra de Lassus est de ceux-là. Non seulement parce qu’il est rédigé dans une langue claire et élégante, et dans un déploiement logique rigoureux, mais surtout parce qu’il traite de faits culturels qui ont pesé sur nos parents, indirectement sur notre jeunesse et qui ont certainement encore des incidences sur les comportements et pensées d’aujourd’hui. L’historienne rejoint ici l’anthropologue et, sans jouer aux moralistes, sait nuancer un propos littéraire délicat. A ceux qui la liront, je demande de bien surveiller leur lecture et de voir à quel moment ils ont envie de sourire, à quel instant aussi ils seront pris d’indignation. Car le racisme et les séquelles du colonialisme ne sont pas caducs et sont susceptibles de refaire surface dans notre langage, nos fantasmes et nos attitudes qui portent l’inconscient du groupe, avec lequel nous ne sommes jamais certains d’avoir pris nos distances.
«Le Blanc parle, le Jaune sourit, le Noir rit». C’est par cet aphorisme représentatif de Paul Morand qui le formule dans Paris-Tombouctou (1928) (et déjà, vous souriez ou vous riez ?) que s’ouvre une réflexion qui porte sur la période de l’entre-deux-guerres de 1918 à 1939. Le sous-entendu des stéréotypes réducteurs demande à être révélé et c’est à une vaste enquête concernant les formes de «l’exaltation coloniale » qui a marqué « l’apogée du thème impérial » sous la Troisième République que s’attache Alexandra de Lassus dans son étude.
Lire la suite : Alexandra-de-lassus.html
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17 janvier 2007
Les Petits Curieux de Bruno Heitz (par Jean Perrot)
Il est des livres qui s’inscrivent d’emblée comme de futurs classiques, des œuvres d’art qui font vibrer la tradition et marquent les ponts de l’avenir. C’est le cas avec Les Petits Curieux de Bruno Heitz publié par Albin Michel Jeunesse en ce début de 2007. Le lien avec la malice de Benjamin Rabier, avec sa bonne humeur et la truculence de ses animaux personnifiés s’impose au premier regard. On peut penser aussi à certaines illustrations du conte « Les Bœufs » de Marcel Aymé. Mais le rire n’est pas celui qui éclatait autrefois dans la bonne vieille ferme française dans l’esprit du Roman de Renard : il s’agit d’une autre finesse qui fonde la jubilation de l’artiste sur les subtilités et les montages de l’image autant que sur le haut relief et la comédie rustique de ses personnages. Nous avons là un jeu (celui de « la société ludique » qui a cirque, lion et éléphant) sur les points de vue, qui plie l’album à la fantaisie de l’esprit d’enfance sur le versant des facéties du clown. Antithèse du Père Noël, celui-ci nous réserve des « surprises » qui reposent sur la « bêtise » (comme essence de l’incongruité et du non respect de la norme), haut lieu de l’imaginaire enfantin, tel que je le définis dans Jeux et enjeux du livre d’enfance et de jeunesse : la quatrième de couverture, en effet, nous confirme la « chute » sonore (« blanche », car opposée à celle qui a cours dans le récit et qui s’inscrit, elle, en lettres noires) dont l’album silencieux est le détenteur. Un album dont la solution, pour corser le paradoxe et parachever le mystère, est donnée par un animal sourd, mais doté d’une extraordinaire divergence du regard ! (Lire la suite : heitz.pdf)
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19 décembre 2006
Et si nous allions chez L’Harmattan ? (par Jean Perrot)
L’enfant africain dans la « décharge publique » de l’El Dorado : une fatalité ?
Tous les enfants africains sont loin de détenir un capital de culture symbolique et un statut social égaux à ceux des héros gémellaires de Maryse Condé. venus d’Amérique, et loin aussi de l’assurance de pouvoir bénéficier des revenus d’une « rizière agricole ». On sait que la misère est le lot d’une majorité d’entre eux et on n’a pas oublié, non plus, le drame à l’automne 2006 de la décharge publique d’Abidjan par laquelle des déchets toxiques déversés ont pollué l’environnement et provoqué la mort de plusieurs personnes. En réalité, on a souvent l’impression que l’Afrique est elle-même la « décharge » des pays industrialisés qui y écoulent leurs vieilles voitures, des frigidaires et des médicaments périmés. Plus grave, l’élimination des déchets dus à la consommation africaine pose des problèmes majeurs. Cette question qui a des incidences directes sur les enfants, abandonnés dans ces pays ou rendus orphelins par la guerre, est abordée directement par le court récit de Ouaga-Ballé Danaï Djim Zouglou, l’enfant des rues publié par les éditions L’Harmattan en 2003. Lire la suite : Harmattan.pdf
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03 décembre 2006
L’Afrique de Maryse Condé, l’Antillaise (chronique de Jean Perrot)
À la courbe du Joliba de Maryse Condé (Grasset jeunesse, octobre 2006) est un bref récit d’une trentaine de pages à la troisième personne raconté par un narrateur omniscient qui intervient parfois implicitement pour commenter ou apporter un complément d’information sur les points de vue successifs de trois préadolescentes de Côte d’Ivoire. Celles-ci sont emmenées par leur mère pour fuir la guerre civile qui a éclaté entre leur ethnie des Mandés, « las d’être traités en parias » (p. 10) et le pouvoir central d’Abidjan ; le père a été mobilisé pour participer aux combats (car « le sang a déjà coulé ») et son départ qui déstabilise la famille provoque angoisse et cauchemars chez l’aînée de ses filles Aïcha, âgée de dix ans, alors que les deux autres, Rehane et Samila, des jumelles plus jeunes ne mesurent pas encore le sens de la séparation. La narration rapporte les étapes de leur voyage depuis le parc national où elles habitaient dans la simplicité d’une vie tranquille, en compagnie de leur mère qui avait un travail de « brodeuse » traditionnelle et de leur père « fonctionnaire », jusqu’à la frontière du Mali, puis à Bamako, et enfin en suivant le Joliba (le fleuve Niger), jusqu’à Tombouctou qui se trouve justement au point où s’ébauche la « courbe du fleuve ». L‘histoire s’arrête là, mais elles devront continuer jusqu’à Gao où vit la grand-mère maternelle qui les attend.
On pourrait envisager ici un « détournement » de l’aventure le long du fleuve à la Mark Twain, et de fait, les fillettes vont rencontrer un adolescent de quatorze ans qui n’a pas froid aux yeux, Fama, jeune Ivoirien totalement indépendant, dont le père est allé chercher du travail en France et qui s’occupe de sa mère et de ses cinq sœurs. Coiffé à la mode rasta, Fama, qui « fume » leur propose de voir un film de « Jackie Chan » ;
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10 novembre 2006
Les éditions PANAMA (par Jean Perrot)
Si l’on se livre au petit jeu littéraire qui commande L’oisillon né sans nom, le superbe album d’Elisabeth Brami illustré par Lionel Le Néouanic en 2006, dans lequel l’alphabet régit l’association fantaisiste des mots, le sigle de l’édieur Panama appelle « panache » ! Et encore « percée » ou « parcours » : ouverture d’un « canal » vers le grand large de l’image et du verbe, par-delà les Amériques de l’édition de masse. La maison créée par Jacques Binsztock signe par là ses lettres de noblesse et peut revendiquer la qualité d’une certaine « avant-garde », plus esthétique certes que sociale. L’éditeur a d’ailleurs pris soin, dès son entrée en scène en 2005, de s’inscrire dans un héritage bien précis, en publiant, en collaboration avec Patrick Couratin, L’Île du droit à la caresse de Daniel Mermet, illustré par les images d’Henri Galeron, un album repris à la relance éphémère d’Harlin Quist de 1998.
Lire la suite : panama.pdf
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19 juin 2006
» Frankenstein ou la restauration d’un Prométhée moderne : les stratégies de l’adaptation

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09 mai 2006
» L’Odyssée de Pierre Cornuel (par Jean Perrot)
L’exposition de Pierre Cornuel présentée à L’art à la page ( 8 rue Amelot (Paris, 11ème) le 23 mai surprendra ! Aucune parenté avec J’en ai marre d’être un hippopotame (1997), Embrouilles chez les grenouilles (1998), Chacun son look (2002), tous hébergés chez Grasset Jeunesse ? Voire ! L’humour et le sérieux sont frères jumeaux, mais bien malin qui en dit la malice… Passons à l’essentiel.
Qui dira les mystères de la forme et de la couleur ? Qui déchiffrera leur liaison dans un espace conçu au feu secret de la passion ? La réponse est dans le geste de l‘artiste, dans cette langue dictée par l’inconscient. Etrange langage qui s'enrichit de ses propres mots au fil des toiles....
Celles de Pierre Cornuel débordent de la plus juvénile vigueur, quand, esthète au raffinement insolite, le peintre aventurier s’engage sur les traces d’Ulysse en quête d’une improbable vérité. Fièvre heureuse d’une mise au monde qui n’est pas répétition mais reconstruction assidue d’une invisible nécessité. Discrétion et pudeur conduisant à Télémaque, fils du rusé héros d’Homère. Télémaque, finesse du fils qui prend sa mesure…Avènement subtil du talent maîtrisé.

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20 avril 2006
» Sur la voie de l’indépendance : de l’émergence à la convergence des images du Moi en Afrique du Sud

(Cet article de Jean Perrot est le premier volet d’une étude plus générale montrant les conséquences éditoriales et culturelles de la disparition de l’apartheid en Afrique du sud. Il est paru dans le dossier "Afrique" du n° 43 de Citrouille, disponible dans les librairies ALSJ)
Il est intéressant d’examiner le processus qui caractérise l’apparition de la littérature de jeunesse et la représentation des Noirs que celle-ci offre dans certains pays africains dans lesquels le poids de l’oralité, mais surtout la dépendance aux métropoles des colonisateurs, a longtemps freiné les développements de la presse et de l’édition locales. Le passage de l’oral à l’écrit des langues autochtones s’effectue, en effet, dans un contexte de transformation sociale et de centralisation, et par une hybridation des cultures et des styles. Aussi, dans les pays émergents, les politiques culturelles sont d’abord marquées par une collaboration des artistes, le plus souvent d’origine européenne, avec les éditeurs qui dominaient le territoire à l’époque de la colonisation. La défense de la littérature de jeunesse en général dépend alors de la position institutionnelle accordée à l’enfant à l’intérieur de la société dans une perspective démocratique. Nous voudrions considérer l’évolution qui caractérise l’image de l’Africain dans la période actuelle et le passage d’un projet esthétique personnel à une ouverture nationale, et parfois internationale, à partir d’un livre significatif publié en Afrique du Sud et dont nous avons le privilège d’avoir la traduction en français. Nous verrons ainsi les dessous de la lutte menée par les artistes et intellectuels dans des conditions parfois très difficiles.
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02 avril 2006
» Espace et temps dans l’illustration contemporaine
«L’espace appelle le temps et le temps se déploie dans l’espace (1). Mais, dans la relation du texte et de l’image qui caractérise l’album, l’espace est toujours plus ou moins donné par l’illustration qui est un « être-là au monde » sous le regard qui l’isole et l’immobilise. Le problème se pose lorsque la narration figurative vise à représenter un mouvement : les lieux sont-ils alors liés par une dynamique spécifique ou le résultat d’une simple juxtaposition ? Par le jeu fondamental de la métonymie, des rapports existentiels sont instaurés entre le monde lu et le monde illustré … Deux beaux livres sont là pour nous le rappeler, qui s’appuient sur l’enfance pour défendre la vie : Trajets d’Ulrike Blatter illustré par Philippe Dumas et Trois secondes de Georges Lemoine, avec la participation d’Alain Serres.»
(1 - Le chronotope de Mikhail Bahktine)
Lire l'intégralité de la chronique de Jean Perrot
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07 février 2006
» Trois visites à Carl Norac
« Si Saint-Exupéry continue à me fasciner,c’est pour sa façon d’oser ce mot si souvent méprisé en littérature : la féerie [….]
Oser la féerie, Retenez seulement cela. »
Le dernier voyage de Saint-Exupéry (1)
La quarantaine ! Avec optimisme, c’est presque le « milieu du chemin », comme aurait dit Dante. La pleine maturité et la pleine force de la création. Le moment idéal pour se pencher sur le passé, pour établir un bilan qui relancera l’aventure (le mot rime presque avec « avenir »), à l’instar de George Sand publiant Histoire de ma vie à cinquante ans. Aujourd’hui, Carl Norac effectue la démarche avec l’aide de l’équipe des médiathécaires d’Orléans qui lui consacrent une exposition de photos et d’illustrations, un catalogue et des conférences. Entreprise complexe et délicate, lorsqu’on a affaire à un écrivain qui cultive la forme brève et multiplie les collaborations avec plus de vingt illustrateurs pour la réalisation d’une quarantaine d’albums.
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18 décembre 2005
» Aux carrefours de Rue du Monde : les yeux fertiles et les paroles
JEAN PERROT
Il était important, dans le contexte de la mondialisation, qu’une maison d’édition affirme, dès sa naissance et comme sa raison d’être même, son intention d’inscrire dans le paysage français la perspective de la différence : celle d’une ouverture résolue sur l’ailleurs, tous azimuts sur le non vu et le non-dit, sur ce nouveau monde multiculturel qui ne se situe plus seulement dans les pays lointains, mais dans notre rue, dans nos banlieues, sur l’écran hypnotique de nos télévisions, sur la Toile des « enfants de la vidéo sphère ». Un monde à qui il est temps d’ouvrir nos portes, autrement que pour fermer les yeux ! Turbulences de cet afflux qui bouleverse les habitudes et le confort des pensées bien établies. C’est à Alain Serres qu’est revenue cette initiative en 1996 en créant Rue du Monde, une maison dont le slogan, comme Nelly Chabrol-Gagne le relevait en 2005 (1), est le suivant : « De livre en livre, je voyage. De livre en livre, je grandis ».
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17 novembre 2005
» Un chameau ruminant contre une volière d’oiseaux bavards
En cette rentrée d’octobre 2005, deux livres nous parviennent des éditions Gallimard : La bonne étoile du Chameau Abos de Raymond Rener illustré par Georges Lemoine en Folio Benjamin et Nous les oiseaux de Quentin Blake. Bel effet burlesque de l’animal saisi dans la vision anthropomorphe de l’artiste ! Mais note grave dans le premier album, malgré le jeu de mots faussement naïf de son titre, lorsqu’on sait que les images accompagnant ce texte furent montrées à l’auteur avant publication la veille même de sa mort à l’automne 2004, comme l’hommage prémonitoire d’un ami. Chaque œuvre graphique est ainsi placée sous le signe de l’implacable pesée du Temps. Elle s’impose comme la synthèse de toute une vie d’illustration, comme un héritage plaisant adressé dans le clin d’œil de la dérision à la cour des passionnés de l’illustration, ou des « fans » des deux artistes, qui seront à même d’en apprécier les sous-entendus. La désespérance que pourrait inspirer le tragique de la vie est ainsi épargnée dans les doubles sens, dans l’éclat de rire et dans le sourire parfois amer de l’humour.
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10 octobre 2005
» Marie-Aude Murail (II) : De Charles Dickens en Baoulé !!!
JEAN PERROT
« J’ai un fils de mon intelligence.
- Et de ton cœur, lui dis-je… »
Spiridion, George Sand
« Egayez, égayez, égayez !
C’est le mot d’ordre du patron. Et ça marche. » (1)
Charles Dickens et l’amour du « populo »
L’envergure d’un écrivain, en effet, se mesure, non seulement à son intelligence de l’intrigue et à son investissement personnel dans les affaires du monde, mais aussi à sa générosité, à sa capacité de faire vivre et prospérer, ou mourir, des personnages qui suscitent l’identification active du lecteur. Dans la stimulation du principe de sympathie qui détermine ce genre d’adhésion, Vincent Jouve souligne l’importance du thème de l’enfance (« en tant que genèse ») venant après ceux du désir ou de l’amour. (2) Ce n’est pas Marie-Aude Murail qui contredira cette proposition, elle qui, dans sa récente étude sur Charles Dickens, rappelle, non seulement la proximité affective de l’écrivain et des enfants (« Même les bébés lui tendaient les bras. ») (3), mais aussi l’invention fertile qui anime en permanence sa création dans ce domaine : « Des enfants, des enfants pauvres, malades, démunis et innocents, Dickens en sème à travers toute son œuvre… » (4)
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09 septembre 2005
» Ecole laïque et mondialisation… ou “Vive la République” de Marie-Aude Murail
JEAN PERROT
On a peut-être oublié l’époque pionnière de la fin des années quatre-vingt, alors que, dans le sillage du courant féministe, et avec des titres comme Baby Sitters blues, Un dimanche chez les dinosaures, Mon bébé à vingt francs, et tant d’autres de ses récits à l’humour caractéristique, Marie-Aude Murail prospectait et débusquait les dysfonctionnements, mais aussi les joies et les nouvelles convivialités de la famille et de la société d’alors. C’est avec le même esprit pugnace et impertinent, mais avec des préoccupations planétaires et sous l’égide de la Convention des Droits de l’Enfant, et aussi avec la même générosité et un métier confirmé que la romancière aborde dans Vive la République !, son dernier roman publié en 2005 chez Pocket jeunesse, les problèmes posés aux citoyens par la nouvelle économie et la mondialisation.
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09 juillet 2005
» Laurent Chablin
JEAN PERROT
Ne plus écrire avec le bleu des mers du Sud mais avec le noir et le rouge sang du roman policier… « Il y a erreur, m’écrié-je, ce cadavre n’est pas le mien, c’est le vôtre ! » Laurent Chabin, Partie double, 2002.
Document pdf : chabin.pdf
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01 septembre 1999
» Les archives de Jean Perrot sur l'ancien site
LES ARTICLES DE JEAN PERROT
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