21 janvier 2006
• Un noeud au mouchoir…

(Une sélection de Claudine Seron, librairie Le Rat Conteur - Article paru dans le dossier «Philosophie» du n°42 de Citrouille )
L’époque est baignée par la psychologie et son langage, et la littérature de jeunesse s’en trouve teintée elle aussi. Plus que jamais les « ouvrages médicaments », potions magiques souhaitées par bien des parents, sont appelés au secours des situations difficiles ou douloureuses. À chaque peine, à chaque conflit son livre ? Même si quelques éditeurs semblent vouloir répondre concrètement à ce type de demande, nous savons que les enfants parviennent très bien à détourner et refuser ces abords maladroits ou trop directs de leurs difficultés. Par contre il est des livres qui les émeuvent, les font rire ou s’interroger parce qu’ils sont sincères, sensibles, étonnants ou drôles, proches de l’authenticité de leurs questionnements ouvrant peut-être davantage sur la philosophie que sur la psychologie. En ce qui concerne le thème de la mort, les livres qui l’abordent d’un point de vue ou de l’autre sont nombreux. Heureusement. L’expérience inéluctable et douloureuse serait-elle devenue moins taboue qu’autrefois ?
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16 janvier 2006
» Oui à Ninon

(Un article de Magali Turquin paru dans le dossier «Philosophie» du n°42 de Citrouille)
Avant de voir le jour, le projet d’Autrement jeunesse d’une collection philo a cheminé pendant plus de quatre ans dans les esprits de Sandrine Mini (partie depuis diriger les éditions Syros) et Christian Demilly. Quand, à son origine, ils constatent qu’aux États-Unis les ateliers de philo « junior » remportent un vif succès, il n’existe alors aucun ouvrage jeunesse français proposant une approche du questionnement philosophique. Mais avant de se lancer dans l’aventure, il leur fallait d’abord développer le secteur jeunesse de l’illustre maison d’édition… C’était à craindre, certains de leurs confrères cogitaient aussi à la chose ailleurs, et bientôt apparurent Les Goûters philo (qui rencontreront vite leur public, confortant l’idée d’une attente pour ce genre d’ouvrages), Brins de philo, les Philofables, et tout dernièrement Philozenfants…
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10 janvier 2006
» Trois fois rien mais beaucoup

(Une interview de Philippe Coudray par Vincent Cuvellier parue dans le dossier «Philosophie» du n°42 de Citrouille)
Vincent Cuvellier adore Philippe Coudray. Il se sent face à lui comme un lapin face à un ours. Une aubaine pour le projet que nous avions d’une interview de Barnabé…
Barnabé est un ours. Ça, c’est sûr. Il parle, fait de la peinture, joue aux fléchettes, mais c’est un ours quand même. Il a surtout une manière de voir la nature, les éléments, la vie qui ne ressemble qu’à lui. Les ombres, les angles, la perspective, il joue avec tout. Et nous avec lui. Il nous aide à voir les choses avec un œil différent. C’est peut-être ça, la philosophie ? Dans la bande dessinée L’ours Barnabé, des petits lapins lui posent des questions, lui soumettent des énigmes, lui demandent d’expliquer le pourquoi du comment. Et Barnabé répond. Alors moi, Vincent Cuvellier, je me suis mis dans la peau d’un de ces petits lapins, et j’ai demandé à Philippe Coudray, l’auteur complet de cette bande dessinée absolument pas comme les autres, de m’expliquer le pourquoi du comment. Ah oui, au fait, je ne vous ai pas dit : Philippe Coudray est un ours. (et il a un site !)
Vincent Cuvellier
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09 janvier 2006
» Les grandes questions

(Une sélection de Claude André - Article paru dans le dossier «Philosophie» du n°42 de Citrouille - image ci dessous : Mathieu, Grégoire Solotareff, L’École des Loisirs)
Si l’édition documentaire pour la jeunesse propose depuis quelques temps des ouvrages de philosophie aux enfants, les auteurs de fiction, eux, ont de tout temps écrit des textes qui se mesurent aux grands « pourquoi » qui nous agitent, dès l’enfance. Je ne veux pas parler ici des albums construits autour d’un thème, qui répondent à une nécessité, souvent ponctuelle (naissance, jalousie, séparation, mort…) et l’approchent de façon plus didactique que philosophique, mais plutôt repérer dans les albums essentiels ceux qui abordent de manière existentielle les grands moments de notre existence et les inquiétudes qu’ils génèrent. Car si chaque histoire de vie est différente et unique, chaque humain, petit ou grand, est confronté tour à tour à des interrogations qui peuvent se partager. Le bébé déjà cherche à comprendre cet univers dans lequel sa mise au monde l’a projeté et l’enfant, dès qu’il sait parler, questionne son entourage, ou l’informe avec le plus grand sérieux de ses questionnements permanents.
Toutes et tous nous avons en mémoire ces réflexions étonnantes que les enfants émettent et qui nous éblouissent par leur inventivité et la force de leur intuition. On peut nourrir cette intelligence et cette sensibilité grâce à des albums qui questionnent plus qu’ils ne répondent et qui stimulent la curiosité des enfants : philosopher c’est avant tout se poser des questions. Le détour par la fiction peut faire sens, pourvu que l’anecdote ne masque pas le propos ou au contraire, que le propos n’étouffe pas dans l’œuf la force du récit. La sélection qui suit comporte des titres devenus des classiques, connus de tous, mais si riches de sens qu’il est possible de les regarder autrement. Je me souviens que c’est grâce à une enseignante de maternelle que j’ai découvert la dimension métaphysique de Jojo la mâche, qui m’avait échappée jusque-là : la disparition de cette vache (sa mort ?) la fait devenir autre chose, ailleurs. Cet ailleurs est inaccessible mais on peut l’apercevoir là-haut dans le ciel si lointain, tout au fond du cœur… D’autres titres, moins connus, restent à découvrir, que cette liste en soit l’occasion. Enfin quelques titres très récents m’ont paru devoir être signalés car ils ouvrent le regard sur l’impalpable qui nous habite à chaque instant, tout ce frémissement d’idées, de sensations, d’intuitions, que les enfants ressentent, qui les questionne et que les livres peuvent nourrir.
Claude André, L'Autre Rive
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06 janvier 2006
» Nous naissons tous philosophes, mais nous l’avons oublié.

(Un texte de Martine Laffon - Article paru dans le dossier «Philosophie» du n°42 de Citrouille)
Sans doute, le Norvégien Jostein Gaarder, en écrivant son roman sur l’histoire des idées, Le monde de Sophie, ne se doutait-il pas qu’il déclencherait en quelques années autant de passions philosophiques et l’explosion d’un nombre impressionnant de livres sur le sujet. La philo est partout, au goûter, à l’école, en album, en bd, en anti et pro manuel, en petit et en grand, en gros, en gras… Et les questions, les pourquoi, les comment, s’empilent les uns au-dessus des autres avec humour, sérieux et pédagogie, à la manière d’un sandwich américain appétissant ou franchement indigeste. La vie, les sentiments, la guerre, la violence, la planète, la solitude, le bonheur, la vérité, l’égalité, autant de sujets mis à la question pour des lecteurs allant des bébés les plus avertis aux adolescents soucieux de prendre quelques longueurs d’avance pour affronter le lycée.
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05 janvier 2006
» J’ai en quelque sorte bénéficié de la chance d’être un ignorant…

(Un texte de Michel Piquemal - Article paru dans le dossier «Philosophie» du n°42 de Citrouille)
Il faudrait être aveugle pour ne pas le voir : il y a une mode « philo » dans la littérature jeunesse. Ce qui porte ce label semble se vendre plutôt bien, d’où la volonté de nombreux éditeurs de s’engager sur ce créneau porteur… Pareille attitude n’est pas nouvelle. Nous en avons l’habitude, et je ne suis pas vraiment étonné du « tout et n’importe quoi » que l’on trouve estampillé sous cette étiquette philosophante. Pour séparer le bon grain de l’ivraie, je fais confiance aux libraires et au public… Ce qui me paraît plus intéressant, c’est d’essayer de comprendre pourquoi. Pourquoi soudain un tel engouement ? Car, s’il y a beaucoup de « surfing sur la vague », il faut tout de même admettre que vague il y a, et tenter de percevoir d’où elle vient. Pourquoi ce début de vingt et unième siècle fait-il la part belle à la philo ?
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