30 novembre 2010
Réveiller les mentalités : une interview de Réséda Ponga

L'Océanie a son stand au salon de Montreuil (stand E40, 1er étage). On y découvrira notamment la littérature jeunesse de Nouvelle Calédonie grâce à la participation de la Maison de la Nouvelle Calédonie de Paris. Le carton d'invitation des co-organisateurs reproduit une illustration de Laurence Lagabrielle pour l'album Mèyènô, éd. Grain de sable. En 2005, Patrice favaro avait rencontré pour nous l'auteure de cet album, Réséda Ponga. Nous republions cette interview ci-dessous... et vous invitons, si vous en avez la possibilité, à assisté au spectacle de contes de la compagnie calédonienne, Les Enfants Migrateurs, le mercredi 1er décembre à 15h30 (voir ici)
Réveiller les mentalités (première publication : 2005)
«Je revendique le droit de ne pas priver ma fille de cette richesse que m’ont transmise mon père et ma mère et ma famille, et tout mon clan.» (Réséda Ponga)
Mèyènô est le deuxième album co-édité par l’Agence de Développement de la Culture Kanak/centre culturel Tjibaou et les éditions Grain de sable. L’album est accompagné d’un CD bilingue français et ajié, l’une des langues kanak. Les deux auteurs, Réséda Ponga et Laurence Lagabrielle ont bénéficié de formations au centre culturel Tjibaou: l’une en écriture de contes avec Patrice Favaro, et l’autre à l’illustration avec Katy Couprie. (Mèyènô , conte kanak en français / a’jië,
de Réséda Ponga et Laurence Lagabrielle, éd.
Grain de sable / Centre culturel Tjibaou)
Quel est le parcours qui vous a amenée à écrire le texte de l’album Mèyènô?
En 2003 j’étais stagiaire enseignante et j’ai participé à un atelier d’écriture au centre culturel Tjibaou. C’est à ce moment-là que j’ai écrit une partie de l’histoire. Le centre culturel Tjibaou et Grain de sable ont décidé d’éditer des albums de jeunesse bilingues, Mèyènô a été choisi pour être leur deuxième titre publié. J’ai d’abord travaillé le texte et ensuite Laurence Lagabrielle l’a illustré mais il a fallu encore que je revienne quelques fois sur le texte. Les éditeurs ont été des conseillers pour moi dans cette expérience, ils m’ont vraiment mise à l’aise et m’ont beaucoup aidée. Le centre culturel Tjibaou a été comme un tuteur.
Dans votre texte, c’est une vielle femme qui introduit l’histoire de Mèyènô. Elle va la raconter à sa petite-fille, Nôe. Est-ce une façon pour vous de rattacher votre écriture à la tradition orale?
C’est surtout pour mettre en avant le respect qui doit être instauré par les vieux et vécu par les jeunes. Nôe sait ce qu’elle doit faire, elle se tait et écoute attentivement. Pour pouvoir aller plus loin, il faut d’abord s’asseoir et ouvrir les oreilles de son être le plus profond.
Dans la tradition kanak, le conte tient une place toute particulière, puisque la culture kanak s’est manifestée longtemps de façon uniquement orale. Qu’a représenté pour vous le fait d’écrire un conte?
Il est nécessaire de mettre notre pensée à l’écrit sinon les autres risquent de mal l’interpréter. Avec le conte nous avons la possibilité de faire passer un savoir tout en faisant plaisir aux enfants et en laissant nos lecteurs libres d’interpréter tout en gardant le sens initial.
Mèyènô signifie celui qui cherche l’histoire ou la parole. N’est-ce pas aussi dans une certaine mesure le défi de tout Kanak aujourd’hui: réhabiliter son histoire et faire entendre sa parole?
Je parlerai surtout de la reconnaissance des langues kanak en tant que langues d’enseignement au même titre que le français, comme cela a été dit dans les accords de Nouméa. Nous nous posons beaucoup de questions, nous avons les réponses mais pour prendre des initiatives c’est autre chose. Les Kanak sont balancés de gauche à droite, et, pour finir, beaucoup ont dû abandonner leur langue et prennent position contre l’enseignement des langues maternelles, et quelque part, inconsciemment, contre leur propre culture. Aujourd’hui, parmi les Kanak, il faut réveiller les mentalités.
24 novembre 2008
Être une zoreille (par Florence Hinckel )
[La guerre des vanilles de Florence Hinckel a été choisi en seconde position pour le prix du livre jeunesse de Nouvelle-Calédonie, sélection 2008, Livre mon ami, derrière Les fées du Camping de Susie Morgenstern. Susie n'ayant pas pu répondre à l'invitation des jeunes lecteurs, c'est Florence qui est allée les rencontrer du 20 au 31 octobre 2008. Nous la remercions d'avoir accepté de nous confier le témoignage ci-dessous pour publication. D'autres récits et photos sur son blog.]
"Une rencontre, c'est le rendez-vous secret de deux hasards" écrit Jo Hoestlandt dans l'album jeunesse À pas de louve.
Une rencontre, c'est d'abord un événement. Le philosophe Gilles Deleuze, dont les concepts ne sont pas du tout incompatibles avec les avis d'auteurs jeunesse, a beaucoup parlé de cela.
Selon lui, la meilleure manière de le considérer, c'est de "remonter l’événement, s’installer en lui comme dans un devenir, rajeunir et vieillir en lui tout à la fois, passer par toutes ses composantes ou singularités. "
Il écrivait encore : « Faire d'un événement, si petit soit-il, la chose la plus délicate du monde, le contraire de faire un drame, ou de faire une histoire. »
Un écrivain est tout à fait capable de faire une histoire à partir de ces choses délicates dont il ne faut pas faire d'histoires : là se situent les miracles et les bons livres.
Gilles Deleuze n'aimait pas voyager. Il préférait les voyages immobiles. Chacun peut comprendre cela, a fortiori s'il est philosophe ou romancier ou rêveur.
20 septembre 2008
Lectures vagabondes
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27 juillet 2007
Littératures d’émergence et mondialisation
[Chaque jour de juillet, le blog de Citrouille remonte une archive du fin fond de ses entrailles. Ci-dessous, des extraits initialement mis en ligne en avril 2004]
Littératures d’émergence et mondialisation sous la direction de Sonia Faessel et Michel Pérez, ouvrage bilingue anglais-français, Édition IN PRESS - La notion de littérature d’émergence s’est constituée il y a une trentaine d’années à propos des littératures du Tiers-Monde. Ces littératures se sont imposées dans une distanciation par rapport aux littératures européennes : celles des anciennes puissances colonisatrices, perspective aujourd’hui datée. Cet ouvrage, actes du colloque Convention littératures du Pacifique Sud (Nouméa, 19-24 octobre 03) présente une série d’analyses de la littérature émergente de la zone Pacifique Sud (Fidji, Nouvelle-Zélande, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Australie, Tahiti et Nouvelle-Calédonie). Il étudie le rapport de cette littérature [y compris sa composante «jeunesse» avec une contribution de Jean Perrot - ndlr] avec ses antécédents littéraires ou avec d’autres littératures, la manière dont une culture évalue ses propres pratiques littéraires, entretient et transforme les mémoires culturelles dans le cadre nouveau de la mondialisation. Les questions soulevées sont nombreuses: quel est le contenu de la littérature d’émergence ? Quels sont ses apports ? Quel est son rapport avec l’identité culturelle ? Son rayonnement peut-il dépasser le plan local ? Ce livre aborde ces problèmes à travers diverses approches théoriques ainsi que du point de vue comparatiste et réunit des chercheurs venus de plusieurs continents. Ci-dessous, un extraits de deux des contributions proposées par cet ouvrage.
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22 novembre 2005
» Terres et racines (article paru dans le n°41 de Citrouille, juin 2005)

Après la répression de l’insurrection algérienne de 1871, de nombreux Kabyles furent déportés en Nouvelle-Calédonie, où ils rejoignirent les Communards auxquels on avait réservé le même sort. Leur douloureux destin de bagnards ne les empêcha cependant pas, pour la plupart des uns comme des autres, de participer aux côtés de leurs geoliers à la répression d’une autre insurrection, celle des Kanak en 1878… C’est pourquoi est d’autant plus forte la portée du texte de Taiëb Aïfa, l’ancien maire de Bourail, ville où l’on retrouve beaucoup de descendants de ces résistants exilés. Ce texte est lisible dans son intégralité dans Kabyles du Pacifique, qui raconte l’histoire de ces algériens déportés (de Mehdi Lallaoui, éd. Au Nom de la Mémoire, www.aunomdelamémoire.fr). En voici un extrait :
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30 août 2005
» Prix Livre mon ami 2005

La lauréate 2005 du prix de littérature jeunesse "Livre, mon ami" est : Marie Ange Guillaume pour son ouvrage "Sacré Raoul". Voici le classement général:
1- Sacré Raoul - MA Guillaume
2- Demain, la révolution - V Zenatti
3- Le garçon qui voulait courir vite - P Bottero
4- Coup de foudre - L Gillot
5- Opération Mamouth - M Lamigeon
6- La ballade de Cornebique - JC Moulevat
7- Urgence- C Grenier
8 - Les Chasse-Marée - A Grousset
9 - Le roi fait sa valise- C Oster
10- l'Esprit des glaces - JF Chabas
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08 juillet 2005
» Nouvelle-Calédonie

Nouvelle-Calédonie, 2003. Dans une interview qu’il nous accordait, Denis Pourawa nous expliquait : «Pour beaucoup de Kanak aujourd’hui encore, le livre, c’est la Bible. C’était le seul livre auquel avaient accès les enfants dans les tribus. Dans mon cas, enfant, je voyais la Bible partout, et il n’y avait pas d’autre bouquin ! […] À un moment donné, tout ça a provoqué chez moi un rejet du livre. Le livre était quelque chose venu pour nous perdre !». Denis Pourawa nous expliquait cela au moment même où paraissait son premier album pour enfants, Téa Kanaké, l’homme aux cinq vies. C’est qu’entre la naissance de Denis Pourawa et celle de son livre se sont écoulés du temps, des actions, des événements, des prises de conscience, d’autres actions, du travail de terrain. Celui d’institutions, de bibliothèques, d’associations, de militants, de politiques, de créateurs, de médiateurs… Dans les tribus kanak, des bébés découvrent ainsi aujourd’hui des livres patiemment traduits pour eux; dans les écoles, du sud au nord du Territoire, et depuis plusieurs années, de nombreux enfants rencontrent les livres et leurs auteurs; plus récemment, des adultes ont pu se sensibiliser et se former à l’écriture et à l’illustration; et des livres jeunesse paraissent maintenant, qui véhiculent une culture kanak qui ne se transmettait autrefois qu’oralement. À travers des témoignages des acteurs de cette évolution, à travers des regards portés par ceux qu’on a invités à la rencontrer ou y participer d’une manière ou d’une autre, nous vous proposons de vous ouvrir à une littérature jeunesse émergente. Elle balbutie. Elle oblige à ce que chacun s’interroge – notamment pour qu’elle ne devienne pas perverse évangélisation culturelle… Mais elle est surtout porteuse d’espoir. Pour les enfants de là-bas, mais pas seulement : en rejoignant les littératures existantes, sur place mais aussi ici et ailleurs, elle nous interroge sur nos propres mots, sur propres pensées, nos propres cultures, nos propres aliénations et libertés. Elle est donc aussi porteuse d’espoir pour nous tous. - TL - (Illustration : visuel Livre Mon Ami 2005, Yvette Bouquet)

Voici les liens des articles se rapportant au dossier Nouvelle-Calédonie qui se trouvait sur l'ancien site :
(30/06/05) - L'avenir est ouvert, par Jean Perrot
(02/07/05) - L'album est une passerelle, interview de Liliane Tauru
(05/07/05) - Le poids des mots, par Patrice Favaro
(06/07/05) - Bébékili, par Juliette Maes
(12/07/05) - Flammes d'écriture : Réséda Ponga et Jocelyne Maléta Houmbouy
(16/07/05) - Littératures d'émergence et mondialisation : extraits
(20/07/05) - Livre Mon Ami : Isabelle Revol et Claire Mazard
(25/07/05) - La marque de l'histoire, par Didier Daeninckx (lien) - Une grande partie de cet article a été reprise dans le n°41 de Citrouille, sous le titre La République avait perdu la tête. Merci à Didier Daeninckx pour son autorisation.
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