11 novembre 2008
Ne doutez pas d’ici là de ma fraternelle et fidèle affection (chroniques algéroises de Nadia Roman #6)
Cafouillage internet. Rien de grave, « tout » est dit.
Je m’en vais, je m’en retourne, je me retourne.
« Au moment de la quitter, je rêve d’une connaissance immédiate et fortuite –entendre plutôt qu’écouter, voir plutôt que regarder-, qui me conduirait dans des parages où la sagesse ressemble à la communion des simples. Oublier, obstinément, pour mieux retrouver le vierge aujourd’hui. » Frédéric Musso rêve en quittant la Chine, extrait de son Pékin en Chine réédité cette année à La table ronde vermillon. Je lui emprunte ce désir fugace de gommer l’étrangèreté et l’oubli paradoxal.
Et c’est à Albert Camus que je donne le mot de la fin, conclusion d’une lettre qu’il adresse de Sao Paulo à René Char (Correspondance 1946-1959, Gallimard). « Mais vous n’avez que faire de mes impressions de voyage. Je rentre à la fin du mois, content de rentrer, impatient de vous revoir… Ne doutez pas d’ici là de ma fraternelle et fidèle affection. »
Je vous embrasse
Nadia
10 novembre 2008
Et nous on refait le monde… (chroniques algéroises de Nadia Roman #5)
[Retour sur le 13e Salon International du Livre d'Alger, par Nadia Roman, chronique 4/7]
Je n’ai pas écouté la radio ni regardé la télé depuis mon arrivée ; dans les journaux algériens je ne lis que le national. J’en saurai assez au retour, le monde continue à tourner de travers je suppose… La fatigue commence à s’accumuler, mais je ne suis pas là pour me reposer, le temps passe et mon retour s’annonce au rythme des départs. Fabienne rentre aujourd’hui ; elle n’aura pas eu la « chance » de voir son guide d’Alger sur le stand d’ESF ni les autres titres d’ailleurs. Jusqu’à l’aéroport d’où elle appelle encore pour savoir, mais je suis obligée de la décevoir. Nous avons établi un code, s’ils sont débloqués, je lui écris « siper » avec l’accent bien sûr ! C’est la traduction que Rania, journaliste à Algérie news propose, quand je lui demande comment exclamer sa joie en arabe !
La soirée chez Sofiane et Selma était très agréable, havre de paix sur les hauteurs d’Alger, des bouquins partout des amis partout, du vin et de la musique cubaine. Et on parle de quoi, de livres évidemment ! Laura, jeune éditrice avec son père Jean Richard (éditions En bas) militants de Lausanne, est ici pour la première fois. On parle aussi emplettes avec Mélanie, journaliste toulousaine qui vit à Alger depuis deux ans, elle travaille à El Watan. Elle aime sa vie ici qu’elle trouve plus riche qu’en France, sur le plan professionnel et des « valeurs » comme elle dit, plus vraies, moins factices que chez nous. Elle dit aussi revenir souvent en France pour le côté futile qui lui manque, la vie algéroise n’a pas le loisir de ce luxe-là. Elle conduit comme un vrai taxi algérois, fonce et freine, lumière au plafonnier et veilleuses aux barrages, à nouveau à fond après la chicane.
08 novembre 2008
Une volonté commune qui avance (chroniques algéroises de Nadia Roman #4)
[Retour sur le 13e Salon International du Livre d'Alger, par Nadia Roman, chronique 4/7]
Même aller acheter le journal (oui je vis à Nice où on dit « le journal » puisqu’il n’y a qu’un quotidien…ce qui ici paraît incroyable), pas de feu, peu de passages cloutés, la trouille ! C’est un peu comme la conduite, bande d’arrêt d’urgence couramment pratiquée, malgré une police omniprésente, mais les embouteillages sont tels. Moi qui pensais avoir du mal pour conduire à Paris, ici je n’y pense même pas, chauffeurs, amis, taxis quel confort !
Toujours pas le bout du nez d’un livre débloqué mais des rayons qui se vident. Paperasses et transitaires aux prix variables, on est aidé par les jeunes sur le stand qui sont tous issus ou en cours d’école de commerce, ouf ! Sérieux et gentils, respectueux des vieux, ils m’appellent Tata ce qui est drôle et chaleureux, je leur donne du « attention à maman Nadia » mais attention à quoi ?! On parle religion avec Mehdi, musique avec Ramzi, livres avec Lydia et Khalida, entre les mille et uns coups de téléphone qu’ils passent et reçoivent. Ici pas un mais au moins deux portables grands comme des calculatrices des années 70 plein de touches et d’options.
06 novembre 2008
Attendre le printemps pour revenir ! (chroniques algéroises de Nadia Roman #7)
[En direct du 13e Salon International du Livre d'Alger, par Nadia Roman - Chronique 7 / 7] - Nadia Roman vous propose d'écouter Petit Bambino par Lili Boniche en lisant sa dernière chonique algéroise 2008 :
Dernier jour à Alger, toujours ce pincement. Il fait très beau, la journée sera longue.
Les éditeurs de l’Alliance des Editeurs Indépendants sont venus en nombre, une vingtaine, d’Europe et d’Afrique. Guinée, Cameroun, Madagascar, Tunisie, Maroc, Canada, Suisse, Belgique, France, Algérie enfin. C’est la première fois qu’ils sont ici. On trouve sur leur stand peu éloigné du notre tout ce qu’on peut éditer, de la politique à la jeunesse, en passant par les sciences humaines, l’économie… Rencontres autour du livre, des professionnels, visite d’une imprimerie ancienne et toujours en activité, l’Imprimerie Mauguin à Blida (où Le réveil est imprimé) qui est également le siège des éditions du Tell. Nous préparons avec eux une table ronde sur la littérature jeunesse à laquelle je ne participerai pas (hélas) ce sera demain et je serai exactement dans l’avion. Mais je seconde « mon » éditeur pour cette réunion de travail qui se passe sous la khaïma berbère qui trône sur l’esplanade du palais des expositions. A noter que les mandarines sont déjà mûres ici et les dattes…
30 octobre 2008
La hauteur de l'auteur (chroniques algéroises de Nadia Roman #1)
[En direct du 13e Salon International du Livre d'Alger… par Nadia Roman - Chronique 1 / 7]
Et bien oui j’y suis encore, Alger à nouveau, de retour… au choix. Arrivée hier un peu lentement, de Nice à Paris et Paris Alger, pourquoi faire simple !
Détail futile, mais même si on « fait dans les livres » ceci n’empêche pas ; la météo annonçait du mauvais temps et il fait une chaleur de folie. Zut je n’ai pris que des trucs trop chauds à me mettre !
Le salon est bouclé depuis le matin car le Président vient l’inaugurer à 14 heures. J’y vais plus tard, après l’hôtel, le Safir ex Aletti, un mythe colonial qui a gardé son architecture gigantesque et sobre, face à la mer, tout en intérieurs, on visait alors le tourisme d’hiver.
Je me partage entre le stand des Editeurs Sans Frontières et LL (Lazhari Labter Editions) pour les signatures du Réveil si l’imprimeur le livre en temps comme prévu. On attend mercredi.
L’ambiance est à la lassitude, déjà. Des problèmes matériels, des bouquins retenus, - "censure" est lâché. Ça commence bien. Les raisons invoquées ne sont pas évidentes, les pourparlers sont optimistes, on installe et on s’en va. Demain c’est l’ouverture au public. Soirée dehors, on peut encore manger sur les terrasses. « Eté algérien », j’m'adapte et j'adopte !
11 juin 2008
A bientôt, Alger… (Chroniques algéroises de Nadia Roman, 6/6)

Alpha Laz au travail sous le regard bienveillant de M'Dib mercredi 4 juin 2008
Jeudi 5 juin : notre second rendez-vous avec des enseignants. L’école des Glycines à Bouzaréah (le baiser de l’air) sur les hauteurs d’Alger, quartier résidentiel. L’école a aussi collège et lycée dans une autre villa. La directrice qui nous accueille très chaleureusement, nous a prévu une séance de travail avec les enseignantes de maternelle. C’est jeudi = notre samedi, une garderie est assurée mais pas d’enseignement.
Ici deux enseignantes par niveau MS et GS, une franco une arabophone, une directrice de la maternelle qui est diplômée d’art et design. Nous nous installons dans une salle de classe aux murs décorés de productions d’enfants et abécédaire en cours. Elles sont 4 au départ et nous rejoindront ensuite 2 autres enseignantes et l’inspectrice, qui enseigne la linguistique à l’université d’Alger. Notre projet l’intéresse car elle a fait une thèse sur le bilinguisme avec un chercheur français Philippe Blanchet universitaire en sociolinguistique à Rennes II, qui a lui-même travaillé, travaille, avec Henriette Walter.
Je suis une fois de plus « surprise », est-ce le mot ?!, de rencontrer ici, à Alger, les personnes qui m’ont fait tant défaut en France… Le vrai mot est -j’en suis « heureuse »- !
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10 juin 2008
Je reviendrai ! (Chroniques algéroises de Nadia Roman, 5/6)

(Sur un stand du Salon du Livre Jeunesse d'Alger)
Je le remarque et le dis, mais je n’ai qu’un mot à la bouche : « je reviendrai ».
Après la matinée bureau, une visite aux éditions Sédia sur la belle colline d’Hydra, où il y a équipe féminine super. J’ai vu la maquette de deux albums du Ricochet dont j’ai fait la transaction de droits durant le SILJA.
Je disais qu’avant-hier j’étais à Bordj el Kiffan, cet après midi il y a eu un plastiquage.
Nous, nous étions à la bibliothèque nationale pour l’inauguration du SILJA. La séance de travail Imagier n’était pas très longue. On l’a faite sur la terrasse de la BN qui jouxte le jardin d’essai, pas encore rouvert hélas.
Les éditeurs présents étaient étonnés. Pas de ministre qui se déplace pour un salon national à la capitale. Beaucoup d’import, beaucoup de didactique, de Disney, Barbie, et même Martine en arabe. La création nationale subventionnée est assez triste. Il y a des contes de tradition orale retranscrits et quelques créations. Les éditeurs indépendants en sont réduits pour l’instant à l’achat de droits, pour aller vite et faire de la qualité moins onéreuse. Ils sont bien d’accord qu’il y a de quoi faire de beaux et bons albums ici, mais c’est l’argent qui manque. Ils sont souvent sur plusieurs domaines à la fois, la jeunesse n’étant pas ce qu’il y a de plus lucratif, pas encore !
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09 juin 2008
J’ai appris plein de choses, revisité certaines… (Chroniques algéroises de Nadia Roman, 4/6)

(Fadela M'Rabet Alger mardi 3 juin 2008)
Mardi 3 juin : C’était le jour libre pour le tourisme. Lazhari n’est pas là aujourd’hui. Mon programme, Mama que je n’ai toujours pas visité et Bardo l’après midi.
Le Mama est grand blanc et gratuit. La salle inférieure est réservée aux expos temporaires. Un peintre calligraphe qui travaille sur plexi. Il faut que je note son nom car je n’arrive pas à le mémoriser. J’ai aimé, mélange de matières de caractères, de grands formats noir et couleurs vives ; d’aucun dirait un peu déco, oui certainement.
La coursive du dessus s’atteint pas la rue de côté. L’expo permanente est dédiée à l’indépendance de l’Algérie, vue en majorité par des peintres, dessinateurs, sculpteurs français. Plus récemment algériens. Il y a beaucoup d’œuvres, des vitrines aussi, des livres, des journaux, des vidéos. Malgré tout, la connaissance de cette guerre, la distance esthétique… le moral s’en prend un sacré coup. On finit par Ernest Pignon Ernest, Maurice Audin sur les murs d’Alger, vraiment magnifique à l’œil et au symbole. Je découvre Jean de Maisonseul, dont Camus disait qu’il avait « su soulever les oripeaux de l’orientalisme ». Crayon, traces floutées, en 1960, Clémence ma fille qui est aux beaux arts, va en être toute remuée. Partiale, je ne cite pas tout bien sûr.
Je sors émue, vais vers la mer. Il fait très chaud, ça sent bon la viande et les oignons grillés.
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08 juin 2008
Alger : c’est encore mieux qu’en rêve (Chroniques algéroises de Nadia Roman, 3/6)

La directrice nous reçoit dans son bureau. Elle nous explique qu’elle était professeur de sciences naturelles, enseignées encore longtemps en français comme beaucoup de disciplines scientifiques, qu’elle est plus francophone qu’arabophone et qu’à la suite de fonctions administratives, elle s’est rendue compte à quel point la langue de la maison et celle de l’école étaient éloignées, et que le seul moyen de compenser était d’aller à la maternelle plus tôt. (J’espère que ce constat sera encore le même chez nous …). Alors elle ouvre une école privée maternelle Moyenne Section et Grande Section, puis va continuer à agrandir avec les élèves qui grandissent. Aujourd’hui, l’école a 700 élèves de la MS à la Terminale ; l’enseignement est totalement bilingue dès la MS et suit les programmes officiels en langue arabe. Les élèves sont une quinzaine en maternelle et une douzaine dès le collège. L’enseignement élémentaire est identique au notre dans son contenu.
Les enseignants nous attendent dans la bibliothèque. Elles sont 5, une directrice de la maternelle également conseillère pédagogique, deux institutrices de maternelle et deux du primaire, dont une a la charge de la remise à niveau des élèves qui arrivent en cours de cursus et qui on besoin d’aide dans une des deux langues.
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03 juin 2008
On dirait la rue de Bièvre (Chroniques algéroises de Nadia Roman, 2/6)

Ce soir pas d’info sur le salon de la BD, l’émission est reportée à la semaine prochaine, mais je ne serai plus là pour la raconter ! Aujourd’hui il a fait moche, un peu de pluie, lourd et frais aussi, bon ce n’est pas le printemps comme on en rêve. Moins de regret de s’enfermer dans un bureau pour bosser. Les gens qui travaillent aux éditions Alpha avec Lazhari sont très accueillants, chaleureux, tous curieux de nos avancées, de nos attentes. C’est vraiment agréable et j’ose le dire, assez exceptionnel pour moi !
Ce matin rendez-vous au CCF avec Liza qui travaille au bureau du livre. Elle a été un très précieux allié dans notre demande de résidence d’auteur, car elle trouve, depuis son arrivée sur ce poste, notre projet intéressant. Elle parle de mon enthousiasme, mais elle n’est pas en reste !
Nous avons pu lui raconter par le menu et répondre à ses questions. C’est encourageant quand les gens se posent des questions sur notre projet. Long entretien agréable. Demain soir, nous ferons moins conventionnel autour d’une table, mais je suis sûre qu’on parlera encore boulot…
Le CCF est installé dans une ancienne caserne, une rue derrière le front de mer, en plein centre d’Alger, trois bâtiments avec un jardin central. La rue est barrée depuis quelques temps par vigilance. On dirait la rue de Bièvre. Après la fouille, on arrive dans un patio, expo dans le jardin, une colonne Morris qui annonce les artistes. Le programme multi culturel est riche et vraiment intéressant. Dans le quartier qui est assez dégradé alentours, c’est un ilot assez rare. La plupart des consulats étrangers sont sur les hauteurs, vers Hydra, là où on trouve les belles demeures coloniales.
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