(LES 25 DERNIERS ARTICLES DANS CETTE RUBRIQUE)

14 mars 2011

La Guerre d’Algérie, vers la fin d’un tabou?

3878282132.jpg

«Il y a beaucoup de manières d’appréhender l’Histoire. Il ne s’agissait pas d’énumérer des événements, mais de mettre en lumière différents parcours d’hommes et de femmes.» C’est ainsi qu’Isabelle Bournier a conçu cet indispensable documentaire, Prix Sorcières 2011

Par Maryline Agra et Élise Pitette, libraires du Cheval Crayon, Caen.

 

Les traumatismes occasionnés par les guerres durant le XXe siècle furent tels que l’idée de créer un lieu de mémoire pour sensibiliser le monde à la Paix prit corps. En 1988, on inaugura à Caen le Mémorial pour la Paix qui se donnait des objectifs pédagogiques de compréhension du XXe siècle et de réflexion sur la fragilité de la paix dans le monde. C’est au cœur de ce Mémorial que travaille Isabelle Bournier en tant que directrice des affaires culturelles et pédagogiques. Ainsi, elle organise des expositions temporaires et permanentes, elle crée une programmation culturelle variée: conférences, projections de films, concerts, etc. L’humain étant au cœur de ses préoccupations, elle organise le concours des lycéens sur les droits de l’Homme, mais aussi le concours international de plaidoiries qui rassemble des avocats du monde entier. Parallèlement à ses engagements professionnels, Isabelle Bournier a le souci de promouvoir la Paix en écrivant pour les jeunes des documentaires ayant trait à des événements historiques qui ont profondément marqué notre époque. Sont déjà parus chez Casterman: Atlas de la Seconde Guerre mondiale, La Grande encyclopédie de la Paix, et  14-18 Des hommes dans la Grande Guerre. Ouverte au partage, Isabelle Bournier a volontiers accepté de nous rencontrer, et c’est tout simplement que nous nous sommes retrouvées autour d’une table,  dans une ambiance chaleureuse et conviviale pour parler de son dernier ouvrage: Des hommes dans la guerre d’Algérie, édité chez Casterman en mars 2010.

MARYLINE AGRA, ÉLISE PITETTE: Pourquoi avoir choisi d’écrire un documentaire sur la guerre d’Algérie à destination des enfants et des adolescents ?

ISABELLE BOURNIER: C’est un conflit dont on ne parle pas assez. Pendant longtemps qualifié «d’événements», il est devenu presque tabou, et…  je ne suis pas tellement pour les tabous! Les enfants connaissent mal la guerre d’Algérie, mais elle suscite chez eux des interrogations auxquelles les familles, voire l’école, ont souvent du mal à répondre. Ce documentaire se veut être un moyen d’appréhender ce conflit de manière apaisée, en mettant l’histoire à plat et en tentant de répondre à ces questions restées en suspend.

Lire la suite

01 mars 2010

Abd el-Kader sage et résistant, roman et documentaire de Guy JIMENES

Abd el-Kader.jpgIllustré par Erwan FAGES
Éd. Oskar jeunesse, coll. Personnages de l'Histoire | sept. 2009 | 46 pp. - 7,95€

À l’occasion d’une visite du château d’Amboise, Lucie, qui est tombée en arrêt devant un portrait d’Abd el-Kader, découvre la vie de ce grand chef de guerre qui s’opposa à la colonisation française de l’Algérie. Lucie et son père font la connaissance d’un historien, descendant d’Abd el-Kader, qui les captive avec son récit de la vie d’engagements et de luttes de son ancêtre.
Ce texte court et d’une grande clarté, livre aux enfants une autre histoire des relations entre la France et l’Algérie. Une histoire qui restitue aux Algériens leur place de sujets actifs contre l’entreprise de colonisation de leur pays et pas seulement celle d’un territoire à prendre. Comme un contrepoint aux tentatives d’instituer un enseignement des «aspects positifs de la colonisation», ce petit livre, très joliment illustré, devrait devenir un indispensable des bibliothèques d’écoles et des CDI des collèges.

Ariane Tapinos

10 février 2010

Tchkikoun 4/4 - chroniques algéroises de Nadia Roman

Alger janvier 2010 043.JPG
Samedi matin, le taxi qui nous monte à Riad el Feth nous initie aux mystères du tarif de la course ! Hier soir, nous sommes revenus à deux voitures, chaque groupe a payé une somme du simple au triple. Il nous fait une côte médiane et nous arrête dans un virage d'où on voit Alger dans sa quasi-totalité, son pourboire à lui ! De ce genre d'anecdote, je ne retiens que son charme et surtout la grande difficulté à trouver du travail. Les chauffeurs sont tous bilingues, et souvent de belle manière, parfois même trilingue anglais ou allemand sans compter le tamazight. Cela titille toujours autant mon envie et mon admiration.
Alger janvier 2010 025.JPG
Je suis attendue ! Les inscriptions sont ouvertes, les parents garderont les plus petits, le groupe est grand mais plus homogène. Une heure d'animation et je vais voir A fleur d'eau qui enchaine sa deuxième représentation. Le spectacle est très intimiste et ne peut pas se faire en surnombre. Il est inspiré de La lanterne magique, composé de plusieurs tableaux, chacun indépendant comme c'est le cas de celui-là (allez sur le lien aussi !!!). Vincent Vergone en est l'auteur et le metteur en scène, les percussions par Muriel Gastebois qui dit aussi les textes de Garcia Llorca en espagnol, le théâtre d'ombre et les textes en français par Mathilde Outters, qui est également marionnettiste. Ce spectacle est proposé pour les enfants de 6 mois à 6 ans, il y a des mamans avec leur bébé et l'attention est maintenue par les jeux d'eau sonores, calebasse et coulis, dans une lumière colorée très focalisée sur les percussions. Une cabane tendue de tissu abrite Mathilde qu'on devine peu à peu, écho tout en ombres aux sons et aux mots. Ce spectacle est prenant, on se retient de bouger de respirer, on guette, tendu et sur le fil, les mots les sons les mouvements. A la fin, comme le dit Vincent avec un bonheur manifeste,  personne ne bouge encore ni ne parle, emporté subtilement. Il relève son petit chapeau, il est enchanté, nous aussi !

Lire la suite

08 février 2010

Il pleut, malich ! (Tchkikoun 3/4 - chroniques algéroises de Nadia Roman)

Alger janvier 2010 009.JPG
Il pleut, malich (= pas grave !). Les inscriptions aux ateliers explosent, de 15 enfants on en est à la 40aine, mais comment dire non quand les parents sont venus si nombreux avec des enfants si demandeurs. Alors, on dit oui !

Chaque troupe anime également un atelier ; percussions, expression théâtrale, marionnettes, magie. Ils sont comme moi à « bloc de clients » ! Dès qu'il est possible de rester dans la salle de spectacle, les représentations sont doublées. Zafira et Erell apprécient que les intervenants s'adaptent avec autant de souplesse. L'ambiance est ainsi, tout le monde y met du sien et c'est un vrai plaisir de largement déborder les cadres du programme.

Pour ma part,  les retrouvailles avec des enfants déjà rencontrés à l'école ou sur le Sila me font bien sûr chaud au cœur. Ils me présentent leurs parents, ils leur montrent les livres qu'ils connaissent. Ce que je veux dire ici, c'est que l'idée toute simple de faire fréquenter les albums, les toucher, les lire, se les faire lire est en train de faire son chemin concrètement. Ce ne sont donc pas les idées les plus sophistiquées qui sont les plus efficaces ; encore faut-il trouver les relais qui permettent de mettre ce travail en œuvre. C'est la confiance en une parole, oserais-je dire un credo, sans que ce mot ne soit teinté d'une quelconque idée... enfin moi je pense à un credo laïque ! pédagogique et littéraire. C'est ce que m'offrent les interlocuteurs culturels qui m'ont suivie depuis le début, dubitatifs au départ et de plus en plus convaincus avec le temps qui passe. Ici, je vois le chemin parcouru parce que je suis partie de rien d'existant ; je pense qu'en France, malgré la multiplicité des offres, lieux, supports, il n'est pas garanti que ce travail ne serait pas à reprendre, représenter de façon aussi simple. Revenir au seul plaisir du livre pour ce qu'il offre d'évasion, sans en détourner la fonction à des fins efficaces, qui au bout du compte risquent de ne pas/plus l'être. Je parle là en tant qu'institutrice bien sûr. Ce questionnement ne m'est pas propre heureusement, je le rappelle parce qu'il n'est pas rien à mon sens et qu'ici une fois de plus, je suis en position de mesurer l'impact des albums sur l'acte de lire.

Lire la suite

05 février 2010

Tchkikoun (2/4 - chroniques algéroises de Nadia Roman)

Alger janvier 2010 003.JPG
Il fait beau avec du vent, nuit rapide et peu reposante. Ce soir j'aurai une chambre plus grande et plus au calme. Aux éditions Alpha le staff au complet, Brahim le patron que je revois toujours avec grand plaisir, un patron si rare,  Asia et Samira, les éditrices collaboratrices de Laz et Amine Essighir (ça veut dire le petit, c'est super dur à prononcer et il est très grand !) qui a réalisé un reportage sur la guerre d'Algérie que j'attends de visionner avec impatience. Revue de presse pendant que Laz travaille et puis les mots de l'Imagier qui n'en finissent pas de voyager, mais cette fois d'un ordi à l'autre, d'un ordre de priorité à l'autre, d'Algérie vers la France et la Belgique où Marie Mahler les illustre. On est en retard, très, pour finir enfin et le sortir à la rentrée, Sila ici Montreuil là bas ? Je suis navrée de tout ce temps, dont une partie n'était peut-être pas utile, du temps perdu en somme, mais de le répéter ne fait pas avancer plus vite, alors je m'applique à les ordonner, les organiser pour que la suite soit facilitée.

Lire la suite

03 février 2010

Tchkikoun (1/4 - chroniques algéroises de Nadia Roman)

Alger janvier 2010 051.JPG

Bonjour ! Oui, je suis de retour, de retour en Algérie, pour le festival Tchkikoun, ce qui signifie la récré. Il s'agit d'un festival artistique et culturel à l'initiative de l'école Artissimo d'Alger soutenue par les services culturels de l'ambassade de France. Un tel festival est une première ici !

Capture d’écran 2010-02-03 à 09.22.44.jpgAu programme (Tchkikoun.pdf), des spectacles, des ateliers de pratique artistique et un atelier de découverte et lecture d'albums jeunesse que je vais animer durant ces trois jours.

J'ai apporté 22 kilo de livres, tous choisis par moi, donc bien subjectivement... mais avec quelques soucis de transmission aussi. Les enfants seront accueillis par groupe d'âge, petits 3-6 ans, grands 7-12 ans. Je pense aux deux, beaucoup d'albums, un peu de documentation, quelques livres d'art, de la poésie.

Il fait très froid chez nous même à Nice, la lecture de la météo me donne encore plus envie de partir, on annonce 20° en journée à Alger, un peu de soleil, et une petite journée de libre avant de commencer les animations ; je pars le sourire aux lèvres, mais qui en douterait !

Comme je deviens raisonnable, je sais bien que je ne vais pas avoir le temps de voir tout le monde, de faire de grandes balades ; le choix est fait, le jardin d'essai du Hamma qui a réouvert il y a quelques mois déjà mais que je ne connais pas encore. Les services de l'ambassade accueillent les invités à l'aéroport, je rencontre à la douane un ancien journaliste spécialiste du moyen orient, Pierre Dévoluy, avec qui nous faisons route commune, après avoir retrouvé mon éditeur et néanmoins ami Lazhari Labter. Comment dire ; ça fait plaisir d'être attendue tout simplement !

L'hôtel se trouve en centre ville, rue Didouch Mourad, pas de vue sur la mer ni de calme. C'est la rue principale d'Alger, ex rue Michelet, aux fastes haussmanniens un peu ternis, toujours aussi commerçante. Je pense aux autres qui arriveront demain et qui ne connaissent pas Alger. La vue imprenable dans les appartements d'en face donne plutôt envie de tirer les rideaux, dommage... je pose mes tonnes de bagages, enfin on me les monte dans la chambre heureusement et je file au CCF (le havre de paix !) dire bonjour à Liza (responsable du bureau du livre) qui pour une fois n'y est pour rien dans ma venue, puisque les activités de l'ambassade et du CCF sont distinctes. On peut même boire le thé dehors sans avoir froid, je suis sur un petit nuage, un grand bonheur d'être « là » de retrouver les amis, de vérifier les nouveautés, de dire bonjour comme si c'était une habitude quasi quotidienne... je tente de vous dire que je suis vraiment très contente de me retrouver à Alger, avec un projet assez semblable mais un peu différent, qui me rend vraiment autonome, comme une grande en somme !

Lire la suite

11 novembre 2009

Je me battrai avec du sable et de l’eau (Nadia Roman au SILA 09 -9/9)

Au moment où un sms lui apprend que son album illustré par Jean-Pierre Blanpain paraîtra bientôt, Nadia Roman rentre du Salon International du Livre d'Alger. Nous la remercions pour ses chroniques et lui disons à l'année prochaine, puisqu'elle y reviendra...

Alger 2 et 3 novembre 09 004.jpg

Bonjour,

Suite et fin de mon séjour à Alger, très algérois, même pas un petit raid à Tipaza, comme quoi au plus on a du temps au moins on en prend. Mais tout ceci me va fort bien.

Ce matin j’ai rendez-vous pour une interview avec Canal Algérie International en compagnie d’un représentant des éditions Dalimen. On parle jeunesse, évolution et avenir du livre pour enfant, aide aux éditeurs, et aussi de ce qu’on met dans un livre… enfin des choses qui me font parler de projection, d’identification et pas obligatoirement d’un « message » éducatif ! Je pense à « il faut désobéir » de Didier Daenincks et Pef chez Rue du monde, mais je ne l’évoque pas, allons-y mollo ! Après cette heure d’échange, je fais un tour sur le stand du Petit lecteur pour retrouver Rachid et acheter des contes du Maghreb et un spécial ogres et ogresses. En attendant que les livres arrivent, rupture de stocks, Jorus conteur qui a fait plusieurs animations à Oran, devant la passivité dans les allées, se met à faire la harangue en ventant un album sur Oran. Les gens s’arrêtent, s’attroupent, et il démarre les échanges. Il a une technique super, écoutant l’un parlant à l’autre, nous on se marre à le voir si plein d’énergie. Il reste finalement des gens intéressés par les activités du Petit lecteur, avec qui il continue plus sérieusement, même si avant il était sérieux aussi !

Lire la suite

10 novembre 2009

On lit à ma place ! (Nadia Roman au SILA 09 - 8/9)

Nadia Roman est de retour au Salon du Livre d'Alger… Comme les années passées, elle nous offre ses chroniques, et nous l'en remercions.

Alger le 1er Novembre 09 (19).jpg

Bonjour - Il va me falloir commencer à penser comment rentrer tant de gros livres dans une si petite valise ! Boucle d'or a trouvé une solution, moi aussi, j'ai acheté un sac de voyage ! Dès lors je me sens l'esprit tranquille et ne pense plus au retour... ne pas gâcher le temps, il y a encore une conférence à laquelle je veux assister sur la Palestine, des lectures aussi et si possible parler quelques minutes avec l'attaché culturel, histoire de lui rendre compte de mon séjour, c'est la moindre des choses, on dira bilan et perspectives !

La matinée est consacrée  à l'Imagier, travail sur les images qui sont scannées ici et seront photocomposées à Nice, une vrai coproduction. La moitié des originaux est arrivée et quelques pages de gauche, la page qui portera les mots. L'illustratrice vit en Belgique, nous travaillons par mail. Il faut donc tout noter et se mettre d'accord, mais sans trop de problème. La difficulté est la longueur de la réalisation qui nous demande parfois de nous y remettre, en ayant bien sûr déjà un peu la tête ailleurs, côté mots. Mais j'ai mes tableaux en ordre, on y revient, tout va bien. Le bureau de Lazhari est une petite maison à part dans le jardin, au calme, trois murs remplis par sa bibliothèque, qu'il connaît même en y tournant le dos. Les ouvrages arabes et français, son premier livre, livre de poche acheté à Laghouat, des bouquins d'art de politique poésie, romans un peu moins peut-être. Quelques tableaux, originaux de peintres et amis dont Areski Larbi bien sûr. Je n'ai pas vu sa Cuillère, la vraie, celle qui est l'héroïne de la nouvelle titre de son petit « passe poche » (nom de la collection) que j'aime tant ; il faudra que je revienne. Je ne me souviens plus du titre de son premier bouquin de poche, je l'ai pourtant vu, il faudra que je revienne !

Lire la suite

08 novembre 2009

Tout cela sera balayé comme les boules d'asparagus devant le Bagdad café (Nadia Roman au SILA 09 - 7)

Nadia Roman est de retour au Salon du Livre d'Alger… Comme les années passées, elle nous offre ses chroniques, et nous l'en remercions.

Alger 31 octobre 09 019 (12).jpgBonjour,

Deux conférences aujourd'hui que je ne veux pas louper ; les auteurs en résidence en juillet et Anouar qui présente son roman, Le rapt. Je ne l'ai pas fini, un livre ni pour le soir ni pour le matin et je lis soir et matin... enfin un livre qu'on ne devrait pas avoir à écrire surtout, pas tant pour le lecteur que pour la véracité du fond. Cet auteur a à la fois le choix le plus noir et le verbe parfois si léger qu'on alterne à sa lecture, l'apnée et l'oxygène. En somme, un livre de plus qu'il écrit au péril de sa vie et de celle des lecteurs. Et il pèse lourd, ce qui fait que les séquelles peuvent également se traduire en lombalgies. Je ris pour faire genre -moi j'y arrive- mais pas tout le temps et dans longtemps encore, des images vives remonteront.

Je n'ai pas encore dit qu'Anouar Benmalek fait parti de mon tiercé d'écrivains à moi (aux côtés de Frédéric Musso, pied noir pas diaphane, encore et toujours grain de sable vif et à vif) (oui c'est un duo, mais je ne vais pas faire non plus le podium olympique même si le salon est situé sur un stade olympique, lui !) simplement son maniement de la langue me va, ses sujets malgré tout (je voudrais bien sûr qu'il n'en ait pas l'occasion) aussi. Il parle souvent de l'enfance, s'en étonne mais le constate. Sa nouvelle L'enfant du ksar* reste pour moi la plus belle lecture sur la perte d'innocence, la bascule discrète et inexorable qu'un enfant connaît certes, mais pas toujours dans de telles conditions, narrée avec une telle intensité.

Lire la suite

06 novembre 2009

Il y a de la dispersion de mots, quelques dissensions aussi (Nadia Roman au SILA 09 - 6)

Où il est question d'Azouz Begag, de Fadela M'rabet, de Tassadit Yacine, des éditions Magela et de granules d'arnica au fond de la salle de l'Aurassi… (Nadia Roman est de retour au Salon du Livre d'Alger… Comme les années passées, elle nous offre ses chroniques, et nous l'en remercions.)

Alger 30 octobre dame de la Casbah et Sofia 09 018.jpg

Bonjour !

La matinée commencée un peu plus tard se passe en partie dans la voiture, ce qui laisse le temps de parler et même de travailler. Je ne dis plus rien de la météo stationnaire, des rues quasi printanières où les rares femmes en collants sont celles qui croient que le temps de Paris est le même partout ! Ici les filles rêvent de bottes et moi je me régale à voir la végétation encore, ou plutôt, à nouveau en fleurs. L'arrivée des premières mandarines et des dattes fraiches trahissent à peine les doutes saisonniers.

Le choix de l'emplacement du Sila écarte toute possibilité de manger des sardines grillées au cumin. À midi c'est chawarma et orange pressée, assis sur les bords des trottoirs où nous nous disputons l'ombre de maigres peupliers. Il y a une dauphine grenat sur le parking officiel ! Elle doit dater de temps immémoriaux, enfin du temps dont on parle un peu mais pas trop, ici comme chez nous. Sur le salon, un livre d'un compagnon d'arme du colonel Hamirouche, écrit par son homonyme qui vit en partie en Californie depuis sa retraite. Il reprend les faits et leur analyse, avec recul, vu de l'intérieur, et un questionnement insistant ; qu'avons-nous fait ? qu'en avons-nous fait ? La présentation qu'Anouar fera demain de son nouveau roman sera aussi l'occasion de reposer avec lui cette question. Il évoque entre autre Mélousa.

Lire la suite

04 novembre 2009

Et oui, je reviendrai encore et encore (Nadia Roman au SILA 09 - 5)

Nadia Roman est de retour au Salon du Livre d'Alger… Comme les années passées, elle nous offre ses chroniques, et nous l'en remercions.

ninisse_la_petite_berbere.jpgBonjour !

Temps légèrement voilé, rush avant le long week end de fête nationale, 1er Novembre ; ceux qui avaient 20 ans en ont 75.

Je pars tôt, rendez-vous 10h sur le salon avec des élèves des Glycines. Presque tout est installé  quand ils arrivent en rang, en uniforme avec casquette, filles et garçons issus des 3 CM1, une maitresse, un accompagnateur et un bouquet de roses rose digne d'une mariée, quelle belle attention. Il décore notre stand maintenant. Certains me reconnaissent de l'an dernier, ils ont aussi vu des photos (pas moi !) et lu Le réveil dans leur bibliothèque à l'école. On a fait un petit coin pour eux, tapis et pouf, j'envahis un peu le stand, mais personne ne s'en plaint.

Et puis quoi, il y a des livres, il y a des enfants, ils se mettent à les feuilleter, se parler, s'échanger et je les regarde en pensant « ben voila, c'est pas plus compliqué, donnez leur des livres et ils liront... ». Ils sont une quinzaine, chacun fait son choix ; là je dois dire que le ministère ne va pas être content ; tous les enfants prennent les livres en français alors que j'avais bien fait attention de les choisir dans les deux versions autant que possible. Ils lisent le français plus volontiers, la maîtresse le confirme. Et pourtant, ça ce n'est pas elle qui me le dit, les consignes vont, même pour les écoles bilingues sous contrat, vers un renforcement de l'arabe. Ils ont tous un cahier et notent les mots qu'ils ne connaissent pas ; oui il doit y avoir un long travail enseignant derrière tout ça. Ils demandent aussi le sens des mots, occasion de faire une leçon de vocabulaire sur la famille du mot, sa racine. Je les laisse lire un bon moment, histoire de ne pas donner et couper au milieu de l'histoire et pendant ce temps on parle pédagogie avec la maîtresse qui fait pas mal de travail sur l'écrit. Il y a un livre en version Tamazirt qu'une petite fille me dit apprendre un peu à la maison. Il s'agit de Ninisse la petite berbère de Fatima Kerrouche (Hibr Editions), qui vit à Montpellier et travaille à l'accompagnement de la culture berbère. Je comptais en lire une histoire, mais ils ont choisi autre chose.

Alger 29 octobre 09 011.jpg

Lire la suite

31 octobre 2009

En début d’après midi, une réception sur le stand Alpha pour fêter la sortie du premier livre CD audio en Algérie (Nadia Roman au SILA 09 - 4)

Nadia Roman est de retour au Salon du Livre d'Alger… Comme les années passées, elle nous offre ses chroniques, et nous l'en remercions.

boumehdi.jpg

Bonjour !
Il pleut sous la tente et pourtant pas d’orage à l’horizon mais un ciel bleu d’azur, le matin gris puis rose sur la mer. Mon réveil sans pile marche du tonnerre et sans orage je vous assure !
Les livres gondolent c’est vrai, on protège au mieux. Mais tout va bien, les toilettes sont raccordées !!!

logo1.gifJe ne fais pas trop de tourisme, je crois que la circulation est de pire en pire et le trajet pour monter au 5 juillet est interminable. Heureusement, on dit des bêtises dans la voiture avec Amine et Meriem qui s’occupent du stand LLE. On parle aussi souvent de Katek Yacine qui marque la nouvelle génération par le réalisme de son propos de son regard et la beauté de son écriture. Enfin la nouvelle génération qui lit… Il habitait dans un centre de repos et de vacances pour les ouvriers algériens, du temps où on pensait social, transformé en logements tout court depuis, sans compensation ; c’était du temps où les ouvriers étaient ouvriers et où ils prenaient des vacances… pas besoin de traverser la Mer pour ça, en effet. Mais je passe tous les jours devant ce lieu et j’ai une sorte de frisson à penser qu’il faisait là son tour de vélo quotidien, qu’il ne voulait pas plus grand ni mieux, qu’il regardait le monde de là et qu’il l’appréhendait de quelle manière et de le dire aussi et de l’écrire. Le personnage de Lakhdar dans Nedjma me poursuit, la vertu de l’écrivain, distraire les paysans quelques instants de leur tâche…

Lire la suite

30 octobre 2009

Kébir nous a fait la lecture à haute voix, entre chorba et vin rouge (Nadia Roman au SILA 09 - 3)

Nadia Roman est de retour au Salon du Livre d'Alger… Comme les années passées, elle nous offre ses chroniques, et nous l'en remercions.

LeRapt.jpgIl fait chaud, beau, et autres constats quotidiens auxquels on ne s’habitue pourtant pas. Mon nouveau réveil, écolo en diable, consiste à ne pas fermer le rideau afin que le soleil entre direct sur mon lit, pile poil à 7 heures moins le quart. Et pourquoi si tôt ? me demanderez-vous ! Parce que je suis à Alger et que j’aurai bien le temps de dormir à Nice ! 

Hier journée inauguration du salon, c'est-à-dire la moitié de la ville bloquée, déjà qu’en temps normal c’est pas fluide fluide… service de sécurité renforcé à bloc, difficultés à entrer sous le chapiteau, badge spécial puis pas badge, enfin on entre, deux par stand. Le président arrive vers 14h, visite trois stands et repart. Il est entouré de nombreuses personnalités de ses ministères. Un quart d’heure. Le communiqué de presse fait écho des satisfactions de l’organisation. 345 exposants, 145 nationaux, de beaux stands bien décorés (les livres sont sortis des cartons de cigarettes maintenant et certains éditeurs font des stands « comme à la maison »). quelques petits bémols omis… une telle condensation se fait sous la tente que les montants ruissellent et les livres… gondolent et parfois se mouillent carrément, comme après la pluie. Pas assez de ventilation, on promet de mettre des souffleries chaudes la nuit pour assécher l’air. Dans le cadre des inconvénients, quand autant de monde est réuni dans un lieu, ce n’est pas très glamour, mais le problème des wc devient non négligeable. La veille, deux sortes d’algéco étaient en place mais « pas tiyaux » j’avais compris sans traduction ! Ce matin nous sommes entrés derrière un camion de goudron, il venait boucher la tranchée, ouf des tuyaux ! et à 17h les portes toujours closes… bon, c’est prosaïque mais il a fallu sortir loin du stade pour trouver un restau, face à la fac de lettre de Bouzaréa ; le baiser de l’air, oui quel beau nom somme toute. J’ai acheté une carte de téléphone avec photocopie du passeport et tutti quanti. Rassurée de me savoir autorisée à la garder et la réactiver, les coordonnées sont enregistrées, au moins c’est clair.

Lire la suite

28 octobre 2009

Ici le smic n’a pas bougé, 15000 dinars un peu moins de 150€, les prix ont augmenté, les livres ont de plus belles couleurs (Nadia Roman au SILA 09 - 2)

Nadia Roman est de retour au Salon du Livre d'Alger… Comme les années passées, elle nous offre ses chroniques, et nous l'en remercions.

couv_10744.jpgLundi 26 octobre 2009.

Ce matin, réveil avec le lever du soleil sur la baie, y'a pire, après, il faut le dire, un repas du soir exceptionnel ; des champignons nommés « cèdres » car ils poussent dessous vers Blida, excellents et très parfumés et un loup, pas de la forêt mais de la mer !

Ce matin donc, la tournée des fournisseurs, imprimeur et publicitaire, avant de rejoindre le salon, situé cette année à la sortie d’El Biar, sur le site olympique du 5 Juillet. Il faut plus de temps pour le faire que pour le dire. La circulation à Alger c’est toujours un poème, dont mon ami Yahia Belaskri* a le secret de la narration !

Pour le SILA cette année, Le livre roi avec une affiche Harry Potterienne, un chapiteau loué en Allemagne, tous les exposants sous le même toit, toujours un peu loin du centre ville, bus avec un changement et le dernier arrêt pas tout près, grand parking certes et des préparatifs houleux dont on peut lire les avancées sur le site d’El Watan début octobre (et, si je peux me permettre un conseil, prendre le temps de lire les commentaires des lecteurs, vraiment très intéressants, pas uniquement sur le Sila, mais sur ce que ces démêlés provoquent comme réactions, élargissent le débat finalement).

Lire la suite

27 octobre 2009

Chui snob !!! (Nadia Roman au SILA 09 - 1)

Nadia Roman est de retour au pays Salon du Livre d'Alger… Comme les années passées, elle nous offre ses chroniques, et nous l'en remercions. Où il est question de H1N1 en image, de Jean-Pierre Blanpain son prochain illustrateur, de brochettes avec son ami l'éditeur Lazhari Labter, d' Ernest Pignon-Ernest qui fait réapparaître Maurice Audin, d'un hommage à Boris Vian (déserteur ?), et d'un François qui connaît Citrouille…
Capture d’écran 2009-10-27 à 05.14.35.jpg
(photo extraite du site http://www.pignon-ernest.com)

À l’aéroport d’Alger, je croyais qu’en plus de la douane papiers, il y avait un détecteur image, car franchie la susdite douane, on passe devant une caméra - dont l’image reproduite sur un écran plat immense est certes colorée saturée, mais j’y ai affiché mon plus beau sourire… Et j’ai appris ensuite qu’il s’agissait d’une caméra infra rouge qui sert à détecter les fébriles, donc les potentiellement H1N1 qui arrivent !!! Oui je mets 3 points d’exclamation, pas que j’en sois rapiat d’ordinaire ! (encore un !) mais peut-être que tout le monde sauf moi connaît cette pratique ? Elle vient des Etats-Unis comme le matériel et je n’y suis jamais allée et donc pas non plus depuis la grippe, enfin La grippe (il en faudrait encore un là de…ça !). J’avais un rhume, ça m’a laissé passer, ouf.

Lire la suite

29 juillet 2009

France - Algérie (7) : Habib

(Rétroviseur été 2009 - un article paru en mars 2003)

habib.jpegHabib – un des grands-pères de Wahid – avait dix ans lorsqu’il a commencé à ramasser des légumes près d’Oran, en 1944. Dans le n°15 de Citrouille, sa fille Assia l’avait interviewé à l’occasion de leur lecture partagée de Nona des sables (Françoise Kerisel, 1996, Ipomée-Albin Michel).

De la madrassa au gourbi
Nona des sables : à l’aide de photographies et de cartes postales qu’elle a exhumées de vieilles boîtes, une collégienne interroge son arrière-grand-mère, dont elle craint que la bouche ne s’ensable, sur ses racines algériennes. Assia (27 ans à l’époque de cet interview) a eu envie de lire cet album à son père, Habib, né en 1934 à Saint-Cloud, en Algérie française. Assia connaissait peu de choses de l’enfance de son père, sinon qu’il avait commencé à travailler très jeune.

Assia : Tu n’as pas de photos de toi lorsque tu étais enfant. Pourquoi ?
Habib : Parce que j’habitais un douar (quartier pauvre), où personne n’avait d’appareil. De toute façon, personne ne cherchait à se faire photographier…

Parmi les enfants dont on voit les photos dans le livre, est-ce qu’il y en a un à qui tu ressemblais ?
Oui, celui qui a une chéchia (coiffe). On nous rasait la tête à cause de la bougarhra (sorte de gale), et on nous mettait du mercurochrome. Alors on cachait ça avec la chéchia.

C’était fréquent chez les enfants du douar, la bougarhra ?

Oui, à cause de la malnutrition, de la fatigue et du manque d’hygiène. Quand je rentrais du travail, j’étais trop fatigué pour me laver. Je ne pensais qu’à me coucher, parce que je devais me lever à l’aube.

Lire la suite

28 juillet 2009

France - Algérie (6) : Guy Jimenez

(Rétroviseur été 2009 - un article paru en mars 2003)

guy.jpegLe «roumi bougnoule»

Guy Jimenes a passé les neufs premières années de sa vie en Algérie. Dans ce texte, il revient sur ses souvenirs et éclaire les lieux cachés de son roman La Protestation.

Je n’en finis pas de revenir à « mon » Algérie.Je n’en finis pas de revenir à “mon” Algérie. Tout m’y ramène. Par exemple le “Corps expéditionnaire français” de la campagne d’Italie, de l’hiver et du printemps 1943-1944, sur lequelle je me documente pour un livre.
Grâce en bonne partie à cette “armée d’Afrique”, les Alliés, parvinrent en vainqueurs à Rome le 5 juin, la veille même du débarquement en Normandie dont la mémoire nous est davantage parvenue.
Ce Corps expéditionnaire français se composait d’environ 60% d’ “Indigènes” (originaires de toutes les colonies françaises), pour 40% d’”Européens”. (Vingt classes d’âge furent mobilisées parmi les “pieds-noirs”, soit 17% de leur population totale ! Il y avait aussi de nombreux Français “évadés” par l’Espagne.)
Nous devons donc en partie notre liberté à des Algériens qui n’avaient envers la France que des devoirs et pas, ou si peu, de droits.
Ainsi, lors d’une des batailles de Cassino, le sergent Ahmed Ben Bella sauva-t-il la vie de son officier supérieur. Il fut décoré pour cela par de Gaulle, à la fin de la guerre. Ben Bella était imprégné de culture française et animé par les idéaux de la Révolution : Liberté, Egalité, Fraternité. On peut imaginer le rôle que cela a pu jouer dans son engagement pour l’Indépendance. Quelques années après la guerre, il entrait dans la clandestinité contre la France, pour la libération de son peuple. Ironie de l’Histoire.
Au cours de l’année scolaire 1962-1963, des petits écoliers dont j’étais acclamaient Ben Bella à son passage sur la route d’Oran à Aïn-Temouchent. Je n’ai sûrement pas salué le premier Président de la République algérienne avec la même ferveur que mes camarades algériens, mais enfin je me trouvais là, et Ben Bella nous plaisait bien, il était souriant, il avait une bonne tête. Une page était tournée. Mon père et ma mère avaient choisi de “rester au pays”. Mon père qui, lui aussi, avait combattu à Cassino.
Cette question de “l’engagement pour la France”, je me la pose également pour mes deux grands-pères qui ont “fait” 14-18. Bien sûr, ils étaient français, ils en avaient depuis peu la nationalité et donc les droits et les devoirs. Cependant, que connaissaient-ils de la France ? Ils n’y avaient jamais mis les pieds. Par leur éducation et dans leur mode de vie (nourriture, langue, coutume), ils étaient espagnols. La génération suivante fut “francisée” par l’école laïque.

Lire la suite

27 juillet 2009

France - Algérie (5) : Wahid et Olivier Balez

(Rétroviseur été 2009 - un article paru en mars 2003)

couvewahid-1.jpegLe métissage, c’est la vie

Pour relier les époques et les personnages de l’album Wahid, Olivier Balez, l’illustrateur, a tracé de la première à la dernière page une ligne d’horizon qui unit, se brise, ou se reforme au fil de l’histoire. Il nous explique comment il a conçu les images de cet album.

« Quand j’ai lu le texte de Wahid la première fois, j’ai tout de suite été emballé par l’histoire d’amour, et par l’idée du métissage qui m’est chère. En revanche, le traitement des relations de l’Algérie et de la France pour un public très jeune m’a tout d’abord un peu dérouté. Mais après relecture, j’ai été vite «convaincu». Je n’avais de la guerre d’Algérie qu’une perception «historique», acquise dans un «cadre pédagogique». Or la force du texte de Wahid est de traduire la relation entre ces deux pays par une émotion qu’il fait naître à travers des mots simples, pesés, réfléchis, qui m’ont semblé justes.

Mon pari a été de garder cette simplicité dans le dessin et la mise en scène. Wahid n’est pas construit sur une narration avec personnage récurrent à chaque page. J’ai donc cherché un élément graphique qui pouvait faire le lien entre les différents personnages comme entre les différentes époques, pour donner un éclairage supplémentaire au texte sans le paraphraser. La ligne horizontale traversant les pages d’un bout à l’autre du livre m’a semblé pouvoir rendre compte de l’enchaînement et de l’unité des différentes étapes de l’histoire. Et puis, selon le contexte, cette ligne d’horizon commune pour les deux pays pouvait se briser et exploser pendant la guerre, puis les brisures se rejoindre pour reformer une ligne unique et vibrante. La scène du baiser est pour moi la clé de voûte de Wahid. Comme au cinéma, l’action monte en intensité jusqu’à ce moment pour éclater en très gros plan. Et après le baiser, la guerre fait place à l’amour…

Lire la suite

23 juillet 2009

France - Algérie (4) : Jean-Claude Ponsgen

(Rétroviseur été 2009 - un article paru en mars 2003)

cahier2.jpegAujourd'hui libraire, Jean-Claude Ponsgen, qui a rencontré l’auteur d’Oran 62, la rupture, fut appelé en Algérie, de 1959 à 1961. Il nous fait part de sa réflexion.

Militaire et instituteur

Travailler à ce dossier de Citrouille a réveillé l’ALGÉRIE en moi. Celle où, militaire et instituteur, j’ai débarqué un jour de 1959. Dès le premier instant j’ai aimé ce soleil, ces paysages, cette végétation, ces gens. Dès le premier instant, je me suis senti en communion avec ce pays. Picard, où je me rendis, était un petit coin de paradis, à l’écart du tumulte. L’harmonie y régnait. Dans cette Algérie-là, j’ai pu faire ce que je voulais : scolariser les enfants arabes. Je voulais aider à préparer l’avenir de l’Algérie autonome ou indépendante. Rendre libre en attisant le feu de la connaissance : c’était dans la logique de mon métier d’enseignant.

Mais me pencher ainsi sur mes souvenirs, sur notre mémoire, a surtout réveillé l’autre ALGÉRIE.
L’Algérie de la douleur, de la souffrance, de la honte, des massacres (1) – ceux d’hier et ceux d’aujourd’hui. Est-ce la France, «mère des arts, des lettres et des lois…» (2) qui a amené ce foyer qui alimente la haine depuis 1830 dans ce pays ?
L’Algérie des villages détruits et des gens assassinés par les uns au nom de «l’ordre» républicain, et par les autres au nom de la liberté et de l’indépendance – celle des terroristes de tous bords.
L’Algérie de la ségrégation, des ghettos et du mépris raciste qui pollue encore notre pays.
L’Algérie du «ratage» de la République qui y a apporté sa culture pour quelques privilégiés, mais surtout ses canons et jamais ses valeurs universelles de liberté-égalité-fraternité pour tous. Ceux qui ont tenté de le faire ont été persécutés et abattus (3). L’Algérie du naufrage qui a ramené sur nos rivages froids et si peu hospitaliers, 800 000 pieds-noirs et 43 000 harkis, trompés, déboussolés, qui eurent à prendre racines souvent dans un terreau hostile.

Lire la suite

22 juillet 2009

France - Algérie (3) : Pierre Davy

(Rétroviseur été 2009 - un article paru en mars 2003)

davylea.jpegPierre Davy, l’auteur d’Oran 62, la rupture était sous-lieutenant appelé en Algérie de 1961 à 1962. Mais il était alors peut-être, nous dit-il, plus immature que son héros de douze ans…

Le petit Francaoui

-Comment vous est échu le soin d’écrire ce livre sur l’Algérie dans cette nouvelle collection ?
-Lorsque la collection «les romans de la mémoire» a été créée chez Nathan, je venais d’achever un livre pour leur collection «contes et récits». On m’a présenté à la personne en charge du projet, au secrétariat d’État aux Anciens combattants. Il m’a défini le cadre d’écriture en me laissant l’initiative du sujet.

-Et vous avez souhaité l’écrire…
-Il m’est apparu que la guerre d’Algérie correspondait exactement aux orientations de la collection dans la mesure où, à son sujet, les mémoires sont encore «actives». Elles dépassent le cadre du souvenir puisque ses échos impressionnent encore notre présent. J’étais concerné par cette guerre à la fois comme acteur direct et comme témoin. En 1961-62, j’étais sous-lieutenant appelé à Oran.

À l’époque vous aviez onze ans de plus que Christophe, le héros de douze ans…
-Malgré cette différence d’âge, je n’ai guère eu de difficultés à transférer mes impressions d’alors sur la perception d’un jeune adolescent : pour la plupart, nous n’avions pas la maturité nécessaire pour surmonter la complexité de la situation et l’intensité des faits. Finalement, j’ai même fait de Christophe quelqu’un de plus «éclairé» sans doute que je ne l’étais… Ce constat, il faut l’avouer, m’est encore assez pénible…

-L’organisation de votre récit vous permet d’aborder tous les aspects et tous les sujets qui pèsent douloureusement sur les mémoires de tous les protagonistes. J’ai beaucoup apprécié cette particularité de votre fiction. J’aimerais revenir sur quelques-uns de ces sujets, et avoir votre point de vue d’alors ou d’aujourd’hui. Les silences de la colonisation, tout d’abord…

Lire la suite

21 juillet 2009

France - Algérie (2) : Dakia

(Rétroviseur été 2009 - un article paru en mars 2003)

dakia_cv.jpegFille d’Alger à jamais - Neuf ans après la tenue du journal qui donna naissance à son livre, Dakia a bien voulu nous accorder cette interview. Elle poursuit actuellement ses études en Europe.

-Ton livre Dakia, fille d’Alger, s’appuie sur le journal d’une fille de 14 ans prise dans la tourmente des événements d’Algérie en 1994. Ta décision de rédiger un journal date-t-elle de cette époque ?

-J’ai toujours baigné dans une ambiance d’écriture, toujours écrit. Ma mère garde les petits mots que je lui destinais… Je n’ai pas commencé mon journal avec la situation tragique que connaît l’Algérie. Il était déjà un(e) ami(e) qui m’aidait à garder ma mémoire, mes souvenirs. Mais durant la période où le terrorisme a été le plus terrible, le plus cruel, il est devenu un véritable confident. J’avais besoin de transcrire quelque part la situation quasi irréelle que nous vivions. Mes parents, à cette époque, étaient très impliqués et je ne voulais pas ajouter mes peurs et mes craintes à leur angoisse. Ceux qui prêchent la bonne parole et la non-violence ont du mal à se faire entendre ; l’Histoire nous l’enseigne malheureusement…

-Le journal commence avec le ramadhan – un moment symbolique et très fort. Dans tes descriptions, on perçoit le désir de faire connaître, hors de tes frontières d’alors, une culture et une tradition. As-tu l’impression que beaucoup de livres, après le tien, ont tenté de témoigner de cette culture auprès des jeunes Européens ?

Lire la suite

20 juillet 2009

France - Algérie (1) : Samia Messaoudi

(Rétroviseur été 2009 - un article paru en mars 2003)

Samia Messaoudi a travaillé pour le Salon du livre de jeunesse de Montreuil, l’Institut du Monde Arabe, Beur FM, Ras l’Front… Elle est aussi l’auteure de Paroles kabyles, paru chez Albin Michel jeunesse.

Au nom de la mémoire…

Le 5 octobre 1961, Maurice Papon impose un couvre-feu aux travailleurs algériens. Le 17 octobre, plusieurs centaines de manifestants protestant contre cette mesure disparaissent ou sont jetés dans la Seine, victimes des exactions policières.

Le 17 octobre 1961, à Paris, des Algériennes et des Algériens manifestent en famille, dignement et pacifiquement, contre le couvre-feu qui leur est imposé par Maurice Papon, préfet de police de Paris. Endimanchés, ils ont quitté Nanterre, Gennevilliers, Levallois-Perret, et d’autres villes de la banlieue pour les grands boulevards parisiens. C’est au rythme des you-yous des femmes qu’ils sont entrés dans la capitale. Maintenant silencieux, sous la pluie et dans le froid, ils marchent la tête haute. La consigne du FLN était stricte : il ne fallait pas entrer en conflit avec les forces de l’ordre ; aucune arme n’était autorisée. Le cortège quitte l’Opéra. Face aux manifestants, la police est importante, brutale. Obéissant aux ordres du préfet, elle charge. Tous les coups sont permis. Sauvagement battus, des Algériens seront arrêtés et parqués au stade de Coubertin, palais des sports de la Porte de Versailles. D’autres, blessés à la tête, sont laissés sur les trottoirs, ou jetés dans la Seine. Ceux qui échappent à cette violence repartiront en banlieue et feront le triste compte des absents. Près de 12 000 Algériens ont été arrêtés ce jour-là. Des centaines ont disparu ou disparaîtront dans les jours qui suivirent.

Lire la suite

11 novembre 2008

Ne doutez pas d’ici là de ma fraternelle et fidèle affection (chroniques algéroises de Nadia Roman #6)

1 j'y reviendrai !.jpgCafouillage internet. Rien de grave, « tout » est dit.
Je m’en vais, je m’en retourne, je me retourne.
« Au moment de la quitter, je rêve d’une connaissance immédiate et fortuite –entendre plutôt qu’écouter, voir plutôt que regarder-, qui me conduirait dans des parages où la sagesse ressemble à la communion des simples. Oublier, obstinément, pour mieux retrouver le vierge aujourd’hui. » Frédéric Musso rêve en quittant la Chine, extrait de son Pékin en Chine réédité cette année à La table ronde vermillon. Je lui emprunte ce désir fugace de gommer l’étrangèreté et l’oubli paradoxal.
Et c’est à Albert Camus que je donne le mot de la fin, conclusion d’une lettre qu’il adresse de Sao Paulo à René Char (Correspondance 1946-1959, Gallimard). « Mais vous n’avez que faire de mes impressions de voyage. Je rentre à la fin du mois, content de rentrer, impatient de vous revoir… Ne doutez pas d’ici là de ma fraternelle et fidèle affection. »

Je vous embrasse

Nadia

Lire la suite

10 novembre 2008

Et nous on refait le monde… (chroniques algéroises de Nadia Roman #5)

[Retour sur le 13e Salon International du Livre d'Alger, par Nadia Roman, chronique 4/7]

avoir la cote! Alger samedi 31 oct 2008 166 (14).jpgJe n’ai pas écouté la radio ni regardé la télé depuis mon arrivée ; dans les journaux algériens je ne lis que le national. J’en saurai assez au retour, le monde continue à tourner de travers je suppose… La fatigue commence à s’accumuler, mais je ne suis pas là pour me reposer, le temps passe et mon retour s’annonce au rythme des départs. Fabienne rentre aujourd’hui ; elle n’aura pas eu la « chance » de voir son guide d’Alger sur le stand d’ESF ni les autres titres d’ailleurs. Jusqu’à l’aéroport d’où elle appelle encore pour savoir, mais je suis obligée de la décevoir. Nous avons établi un code, s’ils sont débloqués, je lui écris « siper » avec l’accent bien sûr ! C’est la traduction que Rania, journaliste à Algérie news propose, quand je lui demande comment exclamer sa joie en arabe !
La soirée chez Sofiane et Selma était très agréable, havre de paix sur les hauteurs d’Alger, des bouquins partout des amis partout, du vin et de la musique cubaine. Et on parle de quoi, de livres évidemment ! Laura, jeune éditrice avec son père Jean Richard (éditions En bas) militants de Lausanne, est ici pour la première fois. On parle aussi emplettes avec Mélanie, journaliste toulousaine qui vit à Alger depuis deux ans, elle travaille à El Watan. Elle aime sa vie ici qu’elle trouve plus riche qu’en France, sur le plan professionnel et des « valeurs » comme elle dit, plus vraies, moins factices que chez nous. Elle dit aussi revenir souvent en France pour le côté futile qui lui manque, la vie algéroise n’a pas le loisir de ce luxe-là. Elle conduit comme un vrai taxi algérois, fonce et freine, lumière au plafonnier et veilleuses aux barrages, à nouveau à fond après la chicane.

Lire la suite

08 novembre 2008

Une volonté commune qui avance (chroniques algéroises de Nadia Roman #4)

[Retour sur le 13e Salon International du Livre d'Alger, par Nadia Roman, chronique 4/7]

Alger jeudi 30 oct 2008 (67).jpgMême aller acheter le journal (oui je vis à Nice où on dit « le journal » puisqu’il n’y a qu’un quotidien…ce qui ici paraît incroyable), pas de feu, peu de passages cloutés, la trouille ! C’est un peu comme la conduite, bande d’arrêt d’urgence couramment pratiquée, malgré une police omniprésente, mais les embouteillages sont tels. Moi qui pensais avoir du mal pour conduire à Paris, ici je n’y pense même pas, chauffeurs, amis, taxis quel confort !
Toujours pas le bout du nez d’un livre débloqué mais des rayons qui se vident. Paperasses et transitaires aux prix variables, on est aidé par les jeunes sur le stand qui sont tous issus ou en cours d’école de commerce, ouf ! Sérieux et gentils, respectueux des vieux, ils m’appellent Tata ce qui est drôle et chaleureux, je leur donne du « attention à maman Nadia » mais attention à quoi ?! On parle religion avec Mehdi, musique avec Ramzi, livres avec Lydia et Khalida, entre les mille et uns coups de téléphone qu’ils passent et reçoivent. Ici pas un mais au moins deux portables grands comme des calculatrices des années 70 plein de touches et d’options.

Lire la suite

CLIQUEZ ICI POUR LA LISTE DE TOUS LES ARTICLES DE CETTE RUBRIQUE !