Accueil - 28 juin 2008

Ça s’enseigne, la poésie ?

Témoignage de Béatrice Added, professeur d’IUFM et blogueuse littéraire de Lesilesindigo.hautetfort.com. Un texte écrit à l’invitation d’Annie Falzini, librairie L’Oiseau Lire

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Lorsque Annie m’a proposé d’écrire un article intitulé "enseigner la poésie", j’ai souri. Enseigner la poésie… Comment parlerais-je de quelque chose que je ne pratique pas ?  Je ne sais pas enseigner les voies et les boulevards pour entrer avec certitude dans l’improbable sens unique d’un poème. J’ai cependant accepté de dire ce que je vivais au jour le jour avec mes étudiants, futurs professeurs des écoles. C’est sans doute que je pressentais que je pourrais gratter le mot enseigner, y découvrir un premier sens oublié… Enseigner, il y a quelques douze siècles, signifiait "faire connaître par un signe". Alors, oui, dans ce cas-là, j’enseigne la poésie.

Les mots, les mots
Ne se laissent pas faire
Comme des catafalques

Et toute langue
Est étrangère.

Guillevic (1)

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Accueil - 26 juin 2008

«Les p’tits gros Olga n’aime pas, les grands secs si !»

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Une dame de l'édition jeunesse, Danielle Dastugue, est à l'origine de cette nouvelle collection du Rouergue que dirige Philippe Meyer. Par Madeline Roth, librairie L'Eau Vive

Julie est arrivée à L’Eau Vive un jour d’octobre avec un baladeur. Dedans, deux chansons, La Complainte du progrès, de Boris Vian, et Les goûts d’Olga, de Gérard Morel. Pendant des semaines, on a écouté ça au matin, avant même de recevoir les livres ! Les éditions du Rouergue, en partenariat avec Radio France, avaient confié à Philippe Meyer le soin de faire chanter dans les librairies…   « Une chanson », rappelle l'animateur de radio, «c’est – comme on le dit souvent – une pièce de théâtre qui dure à peine deux ou trois minutes. ». Le format idéal pour un album… D'où le principe de cette nouvelle collection : trente-deux pages laissées à l’imaginaire d’un illustrateur pour livrer à son tour sa propre partition. La prochaine fois je vous le chanterai organise ainsi la rencontre de la musique, de la voix et du pinceau. « C’est Danielle Dastuge qui a en eu l’idée. Elle écoute régulièrement l’émission, et comme elle est active, et inventive, elle a vite entrevu la possibilité et l'intérêt de ces livres-cd.» Pour chaque titre, Philippe Meyer puise dans le répertoire des auteurs compositeurs si divers et féconds, invités permanents de son cabaret radiophonique sur France Inter. «Plusieurs projets sont en cours : Shah Shah Persan de Constantin, La Vieille de Trenet, Oscar et Irma de Christine Sèvres, La Pluie fait des claquettes de Nougaro...».

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Accueil - 25 juin 2008

Des comptines aux opéras (par Michèle Moreau)

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Michèle Moreau évoque son parcours personnel et professionnel, qui l'a conduit des comptines de son enfance aux opéras qu'elle a eu à coeur de raconter à ses filles, des comptines de sa cour d'école à celles qu'elle édite aujourd'hui en albums CD. Un témoignage écrit à l'invitation de la librairie L'Oiseau Lire d'Evreux.

Je crois que la musique m’a toujours nourrie. C’est un peu paradoxal de dire cela, car il n’y avait pas de disques à la maison... Je me souviens de l’arrivée du tourne-disque avec le premier 45 tours acheté par mon père : Joan Baez chantant Sacco et Vanzetti ! Je devais avoir 10 ans passés. Un seul instrument, le saxo de mon père, celui dont il jouait jeune homme à la fanfare de Beaufort-en-vallée, était bien caché dans son étui et il ne nous le sortait que pour une démonstration annuelle et exceptionnelle ! Alors, cette musique qui me nourrissait, c’était celle des comptines, des chansons populaires, celle qui passe par les voix. Elles m’ont raconté le monde et se sont inscrites profondément dans ma mémoire, en lien avec ceux et celles qui me les ont chantées. Le répertoire de ma mère n’était pas le même que celui de mon père, de mes grands-mères, de chacun de mes oncles et tantes, lors des fêtes de famille, par exemple. La chanson occupait alors une grande place… Je me souviens aussi, qu’enfant, je m’inventais des mondes autour d’un bout de phrase, sans queue ni tête, que je répétais à l’envie et que je me bricolais ainsi des comptines. J’adorais bien sûr jouer à tous ces jeux chantés qu’on partageait entre filles jusqu’à la fin de l’école primaire. Les histoires qui s’y disent sont fortes de drames, de cocasserie, aussi et les images et rêveries pouvaient se déployer sans jamais me lasser.

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Fragile et déterminé comme le coquelicot

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« Les poètes dessinent des fenêtres sur les murs et nos yeux les ouvrent. Encore faut-il apprendre aux enfants à les regarder…» Rencontre avec Alain Serres, écrivain, poète et éditeur… Par Annie Falzini, librairie L'Oiseau Lire.

 Avant de créer Rue du Monde, Alain Serres avait publié une cinquantaine de livres pour enfants, dont quatre recueils de poèmes aux éditions Cheyne. Un bonheur qu'il savourait, tant cette petite maison est de qualité, notamment en animant des ateliers d’écriture poétique avec des enfants autour de ses textes. Lorsque Rue du Monde est née, il a d’emblée souhaité que la poésie y trouve une place de choix. Ce que nul ne regrettera.

- Pourquoi cette importance aussitôt accordée à la poésie dans votre catalogue ? 

- Le premier livre publié en 1996 était consacré aux droits de l’enfant, en guise de profession de foi. Le second, La cour couleurs, réunissait déjà des poèmes, autour de la différence et la tolérance. Je crois en effet que la poésie est une langue — plus étrange qu’étrangère — qu’il est bon de fréquenter très jeune pour en garder les accents et la musique, toute sa vie, au creux de l’oreille. Certes parce que tirer sa part du grand gâteau culturel fait partie du droit à une alimentation équilibrée pour chaque enfant de la planète ! Mais aussi parce que savoir dialoguer avec un poème aide à vivre, à grandir, à vieillir, à goûter le cinéma, la photographie, la peinture ou une simple promenade, même très loin des livres.

- C’est Jean-Marie Henry qui rassemble le plus souvent les poèmes que vous publiez. Ses choix couvrent aujourd'hui  près de 600 poèmes d'auteurs contemporains ou classiques, du monde entier

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Accueil - 21 mars 2008

L'Idée Bleue (ex Dé Bleu)

[Complément du dossier Musique-Poésie, Citrouille n°49]

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1974. Chaillé-sous-les-Ormeaux, Vendée.

Machine à écrire, duplicateur à encre, sérigraphie. Des opuscules pas chers, format enveloppe. L’aventure éditoriale du Dé bleu commence, proposant des poèmes d’auteurs complètement inconnus alors. (Louis Dubost aime à rappeler qu’il a été, en 1978, le premier éditeur de Charles Juliet).

Parmi les "voix nouvelles" avec lesquelles Louis Dubost constitue son catalogue, Jean-Damien Chéné avait écrit des comptines pour ses enfants. Ce sera Le facteur déménage, premier recueil "pour enfants" né au Dé bleu. Viendra La petite feuille aux yeux bleus de Luce Guilbaud, puis, chaque année un petit livre d’auteurs amis, sur des papiers de couleur…

1994. Chaillé-sous-les-Ormeaux. Vendée.

Unité de format, de prix, de papier, illustrations en quadrichromie : Le Dé bleu crée Le Farfadet bleu, une collection « pour enfants à partir de 5 ans et jusqu’à plus que centenaires » puisque, comme le dit Louis Dubost  « la poésie existe ou n’existe pas. Si elle existe, elle s’adresse à tous : son approche et sa compréhension sont affaire de niveau lexical ».

C’est pourquoi vous ne fréquenterez ici que des poètes « inventeurs de langue », -loin de ceux qui fabriquent des textes pour un public ciblé-, des illustrateurs dont l’encre et les couleurs jouent avec les thèmes, ponctuent et répondent aux textes, sans jamais rien imposer.

En 2007 est paru Tu me libellules, une petite anthologie de fragments de textes qui évoquent cet insecte, accompagnés des illustrations toute en finesse d’Olivier Mazoué.

La collection compte aujourd’hui 45 titres auxquels viendra s’ajouter dans l’année Mange-matin de Valérie Rouzeau.

Sans hésiter, laissez aller votre curiosité

Brigitte Prouteau, pour la librairie Voyelle

Accueil - 19 mars 2008

Drôles d'oiseaux (intégralité de l'interview publié en extrait dans Citrouile n°49)

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Photo : Simon Roguet

En 2006, nous avions eu le grand plaisir de découvrir cet étonnant album Drôles d'oiseaux, aux pages pleines de poètes, de poèmes, de mélodies subtiles, de voix claires d’enfants, de dessins colorés. C'est grâce à l’immense talent de Thibault Maillé et de ses petits interprètes que les poèmes s’envolent et deviennent musique. Les textes de Pessoa, Queneau, de Desnos, de leurs consœurs et confrères deviennent chansons, mais sans que jamais la musique ne fasse d’ombre à leurs mots. Il n’y a, dans ces poèmes à chanter, aucun irrespect pour leurs prestigieux créateurs, mais un magnifique hommage : leur poésie ainsi portée semble s’échapper des pages pour rencontrer les auditeurs soudain attentifs. Autre merveilleuse surprise, les 19 poèmes à lire qui complètent subtilement les 17 poèmes à chanter et qui ouvrent le lecteur à des auteurs contemporains souvent absents des publications destinées à la jeunesse.  Ce numéro de Citrouille nous a donné le plaisir de replonger dans ce beau livre, d'en feuilleter à nouveau les pages superbement illustrées par Martin Jarrie et de réécouter la musique de Thibault et ces voix d'enfants qui, se mêlant aux textes donnent à rêver et à penser. A cette occasion, nous avons soumis Alain Boudet et Thibault Maillé aux questions de la néophyte enthousiaste. C'est avec beaucoup de gentillesse et de sérieux qu'ils se sont prêtés tous deux au jeu de l'entretien. 

- La première question qui s'impose est celle de la genèse. D'où vous est venue l'idée d'un tel album ? Aviez-vous travaillé ensemble avant ? C'est la question classique de l'œuf et la poule... 

- Alain Boudet : C'est Michèle Moreau qui a pris contact avec moi. Elle avait entendu parler de mon travail de médiation de la poésie en direction de publics divers, scolaires notamment, par Jean-Pierre Siméon. Par goût (j'écris depuis quarante ans), passion (je n'écris pas tous les jours mais je peux dire qu'il y a peu de jours où je ne lis pas de poésie), fonction (je suis enseignant de lettres de formation, documentaliste depuis 25 ans, coordonnateur académique en poésie, lecture, écriture dans l'académie de Nantes depuis six ans) je m'intéresse à la manière dont les poèmes peuvent rencontrer leurs publics. En 1981, j'ai écrit une œuvre poétique qui a été mise en musique par le compositeur Etienne Daniel. Cette œuvre a fait le tour du monde. C'est là que j'ai commencé à considérer avec intérêt la complémentarité des univers de la poésie et de la musique. J'ai depuis écrit d'autres œuvres du même type. L'idée de travailler avec Thibault Maillé, connaissant sa démarche et le défi que constitue l'accompagnement musical de la poésie, m'a séduit. 

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Accueil - 18 mars 2008

Complément du dossier Musique du n°49

82417873.jpgEn complément numéro 49 de Citrouille :

- La conférence de Jean-Pierre Siméon citée dans l'édito du dossier :simeon.pdf

- La bibliographie Musique préparée par Thomas Savary (librairie Voyelles) et Nathalie Ventax (librairie Comptines) - On trouvera pour chaque titre entre parenthèses l’indication soit du ou des instruments principaux, soit de la formation instrumentale, soit d’autres précisions. :musique.pdf

Accueil - 13 mars 2008

« Laissons pousser les oreilles ! » - entretien avec Bernard Lubat

[ Un entretien mené à la Maison de la Mémoire en Marche par Ariane Tapinos & Corinne Chiaradia (librairie Comptines), dans le cadre du dossier MUSIQUE ET POÉSIE, du n°49 ]

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Photo : uzest.org 

Malpoly-instrumentiste (piano, batterie, accordéon, vibraphone, casseroles…), musicien blanc pas clair, à soixante ans et des poussières, Bernard Lubat est l’un des jazzmen français les plus conséquents et le seul ou peu s’en faut, à scatter en jazzcon (il pratique le néologisme musical et poétique comme d’autres respirent). D’Uzeste (1945) à… Uzeste (aujourd’hui et demain), difficile de résumer en quelques lignes son parcours musical et poïélitique.  À cinq ans, il joue dans l’orchestre de bal de son père, un autodidacte qui veut pour son fils une formation "savante ". Au conservatoire, donc (Bordeaux puis Paris, Premier prix de percussion en 1963). Mais c’est le batteur noir américain Kenny Clarke qui l’initie au jazz au Blue Note à Paris, et lui apprend aussi à ne pas avoir honte de ses racines gasconnes et rurales. Engagé à dix-neuf ans dans l’orchestre de Jef Gilson, il enregistre avec le groupe mythique des Double six, rencontre Portal, Texier, Chautemps, Jenny-Clark, Drouet et le free jazz. Parallèlement, il s’implique dans la création contemporaine, joue Varèse, Bartok, Xenakis, participe à la création de Chemin2  de Luciano Berio à la Scala de Milan et à l’enregistrement de Laborintus. Batteur hors pair (avec Stan Getz et Nougaro), il a aussi été longtemps un "requin de studio" enregistrant tout et n’importe quoi. Activité hautement lucrative mais qui confine à l’overdose standardisée. En 1975, il crée la compagnie Lubat et inaugure toutes provocations dehors le théâtre Mouffetard en un « désordre volontariste indescriptible », cassant les esthétiques musicales, perceuses et marteaux sur scène : de son propre aveu il était « exécrable… mais après quelques années j’ai réalisé que je ne devais pas être poseur de bombes mais plutôt résolument poseur de problèmes ». Il invente en 1978 le festival d’Uzeste musical et balance le free jazz à la campagne… « Synthèse vivante de Lacan et Coluche » (dixit Francis Marmande), musicien à plein et à contretemps, Lubat est tombé tout petit dans le chaudron du rondeau et du jazz et n’a cessé depuis de pratiquer la mixité sur scène (blanc-noir, jeunes-vieux, traditionnel-contemporain, rythmique-atonal et tutti quanti). Il nous semblait un bon interlocuteur pour parler de transmission et de pratique musicale pour ou avec des enfants, lui qui les fait monter sur scène régulièrement et affirme sans rire dans ses spectacles : « Moi aussi, quand je serai grand, je serai un enfant ». Pour commencer, nous lui montrons quelques exemplaires de Citrouille. Il remarque celui sur le sport…

Bernard Lubat : C’est magnifique ça… Petit, j’étais fou de foot, j’ai beaucoup plus travaillé le foot que la musique !

Corinne Chiaradia : Alors mon fils deviendra peut-être musicien ?

BL : Ça a un rapport, c’est le jeu, le jeu avec un objet qu’on envoie et qu’on reçoit et que l’on manipule. Là c’est une balle, la musique c’est du son, on reçoit, on envoie, on manipule …

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Accueil - 01 mars 2008

Drôle d'oiseaux, par l'oeil de Simon