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06 février 2010

Le sourire d'Alki Zèi

«Je ne regrette rien... seulement d'avoir perdu tous ces rêves qu'on faisait alors. Les étudiants rêvaient de l'impossible. Transformer l'université, avoir des professeurs moins distants, devenir leurs amis et chercher ensemble le Savoir, le vrai. Nous voulions aussi changer les choses, changer la vie en France et, pourquoi pas, dans le monde entier!»  - Grand-père menteur (à propos de Mai 1968). Alki Zèi n'écrit pas pour raconter sa vie, qui pourtant est un vrai roman; elle écrit pour ses jeunes lecteurs, avec malice et tendresse. Elle écrit pour transmettre. Et qu'est-ce d'autre qu'écrire pour la jeunesse? - Par Ariane Tapinos, librairie Comptines.

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Alki Zèi est une immense auteure, très connue dans son pays, la Grèce, mais aussi traduite dans de nombreux autres. Le plus célèbre de ses livres est aussi le premier qu'elle a publié, en 1963, Le Tigre dans la vitrine, traduit en France dix ans plus tard aux éditions de La Farandole et que les éditions Syros ont eu la très bonne idée de rééditer, cette année, à l'occasion de la parution en français du dernier roman d'Alki Zèi: 9782748507850.jpgGrand-père menteur (à peine deux ans après l'édition grecque, on s'améliore!) C'est aussi à cette occasion que j'ai pu la rencontrer à Paris, dans les bureaux de Syros. Mais Alki Zèi n'est pas seulement une grande dame par la qualité de ses œuvres, elle l'est aussi par la vigueur et la constance de ses engagements. Son histoire a épousé celle de son pays. Engagée dans la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale, elle a quitté la Grèce pour trouver refuge en URSS, à la fin de la guerre civile. De retour chez elle, elle a dû fuir de nouveau lors de la dictature des colonels. Elle a vécu à Paris plusieurs années et s'y trouvait lors des événements de Mai 1968, qu'elle évoque dans son dernier livre, avant de rentrer définitivement en Grèce à la fin des années soixante-dix. Par deux fois, elle a connu l'exil du fait de ses idées. Tous ses livres évoquent, de près ou de loin, l'histoire de son pays et de ses engagements et, aujourd'hui encore dans Grand-père menteur, elle prend une partie de ses compatriotes à rebrousse-poils, et s'affiche pour la défense des immigrés qui vivent en Grèce. Alors c'est peu dire que c'est une rencontre qui marque. À plus de quatre-vingts ans, Alki Zèi est impressionnante d'intelligence, de lucidité et de malice. Elle a un regard bleu perçant, un sourire constant aux lèvres. Elle s'exprime dans un français raffiné, mâtiné d'un accent un peu rugueux et de quelques tournures de phrases venues de sa langue maternelle. Économe de ses mots, surtout pour une méditerranéenne, elle laisse parfois son interlocuteur-interviewer désemparé par ses longs silences... Mais elle s'est prêtée avec générosité au jeu de l'entretien.

ARIANE TAPINOS : Dans la préface de La Guerre de Petros, votre traductrice écrivait, en 1976, que les enfants vont découvrir avec ce livre la terrible occupation de la Grèce, « alors que la dictature des colonels est un fait de l'Histoire actuelle que connaissent, je pense, tous les lecteurs». On se rend compte du décalage... [ndlr - 1967 -1974, suite à un coup d'État, un groupe de militaires, les colonels, gouverne la Grèce.] Est-ce que les les enfants grecs d'aujourd'hui connaissent bien les périodes de l'histoire de la Grèce que vous évoquez dans vos livres?

ALKI ZÈI : Non, pas vraiment. Ils ne les apprennent pas à l'école. C'est surtout pour ça que j'ai écrit La Guerre de Petros. Pendant des années, il était interdit de parler de la Résistance, parce qu'elle était le fait de gens de gauche. Les enfants ne savaient rien. Je voulais qu'ils découvrent cette période très, très importante pour la Grèce, et qu'ils la découvrent à travers les yeux d'un enfant qui aurait vécu la guerre et la Résistance. Ce que j'ai tâché de faire c'est qu'on ne me voit pas derrière l'enfant, derrière ce que je raconte.

Et la guerre civile? [ndlr - 1946-1949: La guerre civile oppose les communistes aux nationalistes alliés aux Anglais.]
Je n'en ai parlé que dans La Fiancée d'Achille [ndlr - roman adulte d'Alki Zèi, paru en France aux éditions de La Découverte en 1989 - épuisé]

C'est un sujet que vous ne pouviez aborder que pour des adultes?
Oui. Parce qu'encore aujourd'hui, la guerre civile n'est pas claire, même pour les grands. Chaque personne qui raconte, raconte son histoire et pas comme le ferait un historien... Moi, je ne peux pas obliger les enfants à avoir mon point de vue. Dans mes romans pour eux, on me devine à travers les lignes, on voit de quelque côté je suis, mais je ne veux pas mettre les enfants dans un chemin pré-établi.

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31 janvier 2010

Ailleurs c'est ici

ici.gifDifficile de présenter le dernier recueil de Jean-Pierre Siméon dans l’excellente collection «Poèmes pour grandir». Ses poèmes, il faut les lire, les dire, les crier, les murmurer, les partager, pour essayer de changer, un peu, notre monde. Ils abordent avec révolte mais aussi avec un regard plein de tendresse les maux du monde, la guerre, l’exil, l’immigration, et ceux de notre société, la vieillesse, la maladie, les SDF… On aimerait vous citer tous les poèmes, vous les lire… Impossible ici. Alors, juste quelques vers, enregistrés par les élèves de CM2 de Denis Despérez, à Evreux :

Annie Falzini, L'Oiseau-Lire, Evreux

11 janvier 2010

Un passé simple pour un présent complexe

Où l'on a proposé à un spécialiste des migrations, Yann Moulier-Boutang, une dizaine d'ouvrages jeunesse. Et où l'on fut quelque peu surpris par la lecture qu'il en fit…  Par Ariane Tapinos, librairie Comptines. [Directeur de publication de la revue Multitudes, membre du comité d'orientation de la revue Cosmopolitiques, Yann Moulier-Boutang est professeur de sciences économiques à l'Université de Technologie de Compiègne et International Adjunct Professor au centre Fernand-Braudel de l’université de Binghamton-New York.]

4100483136_1f53262af5.jpgL’objet de cet article était de faire réagir un spécialiste des migrations sur la littérature jeunesse qui aborde ces questions. Nous lui avons donc confié à lire une dizaine d’ouvrages (albums, romans et documentaires) qui abordent ce sujet de manières différentes et dans des contextes (historiques et géographiques) différents eux aussi. Seulement voilà, le choix du dit spécialiste et de ce petit corpus très subjectif a orienté la discussion dans des directions imprévues et inattendues…

C’est Yann Moulier-Boutang qui s’est prêté, avec beaucoup de sérieux et de curiosité, à l’exercice. Professeur de Sciences Économiques à l’Université de Compiègne, Yann Moulier-Boutang est un intellectuel touche-à-tout comme il en existe peu en France. De part sa formation déjà (normalien en philosophie et agrégé en économie), il mélange les disciplines et aborde les sujets (migrations, mondialisation, esclavages, biographies) sous plusieurs angles. De part ses engagements (auprès des Verts), il déborde largement du cadre académique et mêle recherches et interventions dans la vie publique. Chroniqueur sur France Culture, directeur de la revue Multitudes, il travaille aujourd’hui, entre autre, à la rédaction de la seconde partie de sa bibliographie d’Althusser (première partie parue chez Grasset en 1992). Et puis... cette année, il sera grand-père pour la première fois!

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05 novembre 2009

Animatrice de marmothèque

«C'est dommage que cette bibliothèque ne soit pas en centre ville…» Ben non, c'est pas dommage. C'est exprès. Portrait de l'animatrice du lieu, Christine Kékré.

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Les Portes Ferrées. Je connais bien ce quartier. Du moins je l'ai bien connu parce que j'y ai grandi. Ma famille a emménagé là à sa création. Un groupement d'immeubles, plus ou moins grand au bout de Limoges. Un groupe scolaire, un collège, un gymnase et un petit centre commercial avec les commerces de proximité, la boulangerie pour les malabars, la papeterie-presse pour la colle Cléopâtre et les Picsou Magazine... Et la ligne de trolley, pas loin qui nous «descendait en ville». C'était un quartier vivant, multiculturel comme on dit. Nous nous retrouvions en bas de nos immeubles, pour jouer tous ensemble au foot ou à autre chose sur les parkings, entre les voitures. Y'avait des Frédéric, des José, des Rachid, des Cécile. Nos parents n'avaient pas la même couleur de peau, de nos cuisines ne sortaient pas les mêmes odeurs, nos vacances n'étaient pas sur les mêmes plages de la Méditerranée. Mais nous étions tous des Portes Ferrées et nous allions tous à la même école. Depuis, on a ravalé les façades, mais elles en ont à nouveau besoin. On changé le nom de l'école, l'école des Portes Ferrées est devenue l'école Victor Hugo, mais ça n'a pas arrêté l'hémorragie... De l'autre côté de la 2x2 voies, on a construit un supermarché. Le petit centre commercial semble à l'abandon, il n'y reste quasiment plus d'autres commerces qu'un discount. À côté, a ouvert une crèche, et pas loin, au rez-de-chaussée d'un immeuble, la bibliothèque Bébés des Portes Ferrées.

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19 octobre 2009

Expatrié (par Olivier Balez)

Dans l'avion qui le ramenait pour un temps du Chili où il habite maintenant, Olivier Balez a écrit ce texte pour nous expliquer pourquoi il ne se considérait plus comme un exilé.

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photo_olivier_balez_recup_90x172.jpgSur mon blog intitulé Ici et là, que j'ai ouvert peu après mon départ de France, j’avais pensé me décrire comme «illustrateur exilé au Chili»…  Je trouvais amusant de jouer la carte de l’artiste exilé comme avait pu l'être Victor Hugo en son temps (toute proportion gardée évidemment!)
Mais bien qu’habitant dorénavant au Chili, je me suis vite rendu compte que je ne pouvais pas revendiquer ce statut: j’ai fait la différence entre l’expatriation et l’exil en me frottant à ces vies déchirées par le coup d'état du 11 septembre 1973. On dénombre entre 200 000 à 300 000 personnes qui ont dû quitter le Chili, qui ont dû s’enfuir de leur propre pays parce qu’ils se sentaient en danger, parce qu'ils ne pouvaient pas faire autrement, ou parce que le salut était ailleurs.
Mes beaux-parents sont de ceux-là. Ils ont fui la dictature chilienne pour aller vivre au Brésil.
Sept ans ont passé et puis ils sont revenus, comme certains autres Chiliens, après le référendum du «non» dans les années 80.
D’autres Chiliens, plus nombreux peut-être, sont restés la nostalgie au cœur dans leurs pays d’accueil, en France, aux USA, au Canada, etc.
La vie avait décidé pour eux: des enfants étaient nés durant l’exil.
Il avait donc fallu en tenir compte: d’abord  les protéger de la fureur du Chili quand la dictature sévissait encore, ensuite ne pas les arracher aux copains, ou bousculer leurs nouveaux repères une fois le Chili redevenu démocratie.
Ces enfants, aujourd’hui adultes, ont appris à vivre avec la notion  de la famille «éparpillée»: un cousin à Brooklyn, un oncle à Paris et les grands-parents à Valparaiso. La plupart sont heureux de vivre dans le pays qui les a vus grandir et ne semblent pas porter la douleur de leurs parents.
Pour de nombreux Chiliens aujourd’hui, l’exil est une cicatrice qu’on a oubliée, une chose du passé avec laquelle on a appris à vivre…
Une page est tournée…
Dans mon cas, c’est l’amour qui m’a fait voyager et m’installer au Chili.
Une fille est née de cet amour et ses parents sont aujourd’hui libres de vivre à Santiago du Chili ou à Paris…
Certes, nous avons traversé les barrages de nombreuses préfectures avant de gagner la liberté de nous aimer sans frontières.
Mais à aucun moment nous n’avons fui la mort pour un pays inconnu.
À aucun moment je n'ai été Dieu Merci.
Et même si la famille ou les amis nous manquent par moment, nous savons que nous pouvons les rejoindre sans courir aucun danger.
Non vraiment, je ne peux pas m’inventer ce statut d’«illustrateur exilé au Chili».

Pour Citrouille - Olivier Balez, 31 mars 2009, en plein ciel, entre Chili et France

12 octobre 2009

La Saga des Mendelson, Le Temps des miracles et Grand-père menteur : extraits

Mis en parallèle, voici trois extraits de romans dont il est question dans les pages précédentes: La Saga des Mendelson, Le Temps des miracles et Grand-père menteur - Extraits choisis et présentés par Corinne Chiaradia, librairie Comptines, dans le cadre du dossier EXILS du n°54 de Citrouille.

Les extraits qui suivent nous parlent de départs, de trajets vers l’exil, et de la manière dont ces bouleversements, décidés par les adultes, sont présentés aux enfants et accueillis par eux: avec réticence et incrédulité pour les enfants Mendelson, qui pourtant grâce à cela ont échappé aux pogrom d’Odessa en 1905 (Les Exilés); avec une confiance illimitée en Gloria qui guide et protège par ses actes et ses mots le petit Koumaïl (Le Temps de miracles); quant au jeune Antonis, s’il est plein de curiosité pour les récits d’exil politique de son grand-père et son séjour parisien en plein mai 68, il s’interroge sur les zones d’ombres de cette histoire – et le silence de son père qui, lui, l’a vécue enfant (Grand-père menteur). C.C.

282792154.gif Les Exilés (pages 96-97)

«Combien de temps êtes-vous restés [à Debrecen]?

Quinze jours. Ni mon frère ni moi ne voulions continuer notre route. Nous étions bien, à Debrecen. Tadeush s’occupait de nous. Mais mon père nous a expliqué que c’était impossible. Nous étions attendus à Vienne, des gens nous attendaient là-bas.

Je n’ai pas osé protester. David, si. Le ton est monté entre mon père et lui. Il n’avait que dix ans, et mon père voyait d’un très mauvais œil l’émergence de sa vocation artistique. De toute façon, a-t-il conclu tandis que nous remontions dans notre carriole au côté de notre mère indifférente, il était trop tôt pour discuter de ces choses, beaucoup trop tôt. 

Vous êtes donc partis pour Budapest.

Où nous avons habité jusqu’à la mi-décembre à cause de ma mère, oui. C’était une ville merveilleuse: nous habitions un appartement sur les bords du Danube, que nous laissait l’ami d’un ami d’un ami parti en Angleterre pour affaires. Ma mère était soignée à l’hôpital juif. Ils lui faisaient des tisanes, elle passait son temps à dormir. Je me souviens de nos visites, du visage grave de mon père, des pluies verglaçantes sur les trottoirs du centre-ville.

Mon frère avait été inscrit dans une école pour garçons; nous ne savions pas combien de temps nous serions amenés à nous attarder.

Finalement, les médecins de ma mère ont déclaré à mon père qu’elle était «stabilisée». Ils ne parvenaient pas à s’expliquer les causes de ses fièvres nocturnes mais, en tout état de cause, ils ne pensaient pas que rester dans une ville froide et pluvieuse l’aiderait à se remettre. Ce que nous avions omis de préciser, c’est que nous partions pour une autre ville froide et pluvieuse.

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06 octobre 2009

Jusqu’à quand reste-t-on un étranger ? (par Eglal Errera)

a702.jpgLors d’une rencontre avec une classe de CM2 à la médiathèque d’Evreux, nous avons parlé de l’exil et nous avons évoqué les sensations, émotions, pensées, rêveries que ce mot ne manque pas de rappeler. Il était surtout question de départ, d’arrachement, de séparation, de mémoire plutôt que de l’intégration au nouveau lieu de vie. La plupart des enfants étaient nés de parents qui en avaient fait l’expérience, certains l’avaient eux-mêmes traversé. Ce fut une rencontre lumineuse, à l’instar des grands moments d’écriture, quand les mots s’incarnent avec force et transparence et rendent palpable le souvenir des choses que l’on croyait perdues.
La rencontre touchait à sa fin quand Myriam a demandé:
— Jusqu’à quand reste-t-on un étranger?
Ma réponse a jailli :
— Toujours!
Les enfants étaient déboussolés –déçus peut-être– je l’étais aussi. Ma réponse était imparfaite et par conséquent fausse et discutable.
Alors, nous en avons discuté et nous avons fait le tri entre les inévitables douloureuses nostalgies et les énergies étonnantes que l’exil fait naître chez l’immigré. Vite, car le temps nous manquait, nous avons reconnu les bienfaits de la nouveauté, de la curiosité, du désir et de la détermination qu’il faut pour se joindre à ceux dont nous demeurons, tout compte fait, différents. Nous avons clairement posé que personne, jamais, ne recommence sa vie à zéro et qu’il n’est ni possible ni bénéfique de tenter d’oublier cet autre lieu que nous avons dû quitter et qui nous habite toujours. Enfin, nous avons affirmé que le lieu de nos origines n’empêche en rien de nous sentir partie prenante de notre terre d’accueil, d’y vivre et d’y planter nos racines.

Eglal Errera

30 septembre 2009

La Saga Mendelson (itw de Fabrice Colin)

Fabrice Colin nous éclaire sur ce qui l’a poussé à entreprendre ce périple dans le siècle sur les traces d’une famille d’exilés juifs.

1608453237.JPGCORINNE CHIARADIA. La construction de votre roman –émaillé d’entretiens, d’allers-retours temporels, de documents réels ou reconstruits –est une très belle manière de rendre compte de ce voyage chaotique. C’est également plutôt audacieux pour un livre « jeunesse » où l’on a plus souvent l’habitude de la linéarité narrative et d’un point de vue unique. Cette audace stylistique s’exerce en plus dans une aire très vaste – de la Russie à Hollywood, en passant par les Carpates et l’Autriche-Hongrie – et sur près d’un siècle…  Une sacrée gageure, non ? (et une sacrée preuve de confiance en la curiosité des lecteurs…)

fabricecolin 2007.gifFABRICE COLIN. Ma trilogie est née d’une ambition un peu folle: faire découvrir au lecteur la face cachée du XXe siècle – les catastrophes moins connues, les guerres dont personne ne parle, les génies cachés du monde. À l’origine, elle devait comporter dix tomes, un par décennie, mais j’ai dû vite me rendre à l’évidence: le projet était trop difficile à vendre sous cette forme. Nous avons donc décidé, avec le Seuil, de le ramener à trois volumes. Pas question en revanche de transiger sur la forme: dès le début, j’avais en tête une chronique familiale, narrée et orchestrée par un observateur extérieur, a priori neutre. La famille Mendelson est le prisme par lequel le lecteur découvre le monde. La plupart de ses membres n’ont rien de remarquable, à ceci près qu’ils se trouvent souvent au bon endroit au bon moment (ou au mauvais, si vous préférez). Au départ, je les voyais comme de simples témoins. Par la suite, je me suis attaché à eux, j’ai aimé leurs faiblesses et c’est leur vie qui m’a intéressé. À présent, ils ne sont plus seulement des rapporteurs mais des victimes ou des héros – des exilés, des insoumis, des fidèles. Je ne parie pas spécialement sur l’intelligence des lecteurs. Je parie sur leur amour des histoires. J’écris ce que j’ai envie d’écrire et j’invite les gens à me suivre. La forme n’est pas un obstacle. Si le paysage est beau, si la compagnie est enrichissante, si on vous confie des secrets, vous oubliez vite les difficultés de la marche. Tout roman est un exercice d’hypnose. Le lecteur doit laisser ses doutes au vestiaire.

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11 septembre 2009

Partir et revenir

Peu d'exils dans les mangas japonais ? Pas si sûr, si l'on veut bien entendre par exil celui de jeunes qui fuient leur famille, voire la vie, ou qui passent de la campagne à la ville (et vice versa)

dispersion_2ed_01.jpgAïe!… Je suis chargée (ou plutôt je me suis chargée dans un moment d’égarement!) de vous parler de l’exil dans les mangas… Premier constat: trouver un manga qui aborde ce thème tel qu'on le conçoit généralement aujourd'hui dans la réalité (situation de quelqu’un qui est obligé de vivre ailleurs que là où il réside habituellement, du fait d'une expulsion, d'un départ volontaire, etc.) est très difficile. Une mission que je n’ai en tout cas pas réussie à remplir malgré l’aide de mon libraire spécialisé en la matière!

Apparemment, l'exil n’est pas un thème qui intéresse les Japonais. On peut avancer certaines explications géographiques, historiques, politiques et enfin culturelles. Tout d’abord, mis à part un intermède au XVIe siècle (arrivée de commerçants et de missionnaires chrétiens), le Japon est une île fermée à l’Occident jusqu’en 1854. Ce n’est qu’à partir de cette date que les contacts avec celui-ci s’intensifièrent: multiplication des traités commerciaux, début de l’expansionnisme militaire du Japon, émigration de travailleurs japonais vers d’autres pays (États-Unis, Brésil, etc). Ce départ de travailleurs japonais, commencé vers 1870, avait comme principal objectif de soulager les tensions sociales internes dues au manque de terres et à l’endettement des paysans. Le Brésil (à partir de 1910) est le pays qui accueillit le plus de japonais, puis viennent les États-Unis. Néanmoins, aujourd’hui, les Japonais quittent peu leur île et, essentiellement, pour des raisons professionnelles. De plus, actuellement, le Japon n’est pas une terre d’immigration : à peine deux millions d’étrangers (1,6% de la population) sur son sol, arrivés en deux vagues, Coréens et Chinois pendant la période coloniale du pays, puis Asiatiques et Latino-américains à partir des années 1980. Même si le pays se voit contraint de changer sa politique d’immigration à cause d’une grave crise démographique (taux de natalité trop bas, etc.), le peuple japonais, plutôt nationaliste, essaie de préserver son homogénéité ethnique s’assurant que la population reste dominée par les Japonais et que les ressortissants étrangers représentent un pourcentage minimum de la population.

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09 septembre 2009

Le voyage a été long - extrait

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Cliquez sur le texte pour l'agrandir - Extrait paru dans Citrouille 54 - Voir la présentation de l'ouvrage ici.

LE VOYAGE A ÉTÉ LONG

Image 2.jpgDes témoignages de jeunes émigrés des cinq continents, écrits dans une classe de la section Français Langue Seconde du collège Jean Moulin de Poitiers (Éditions Flblb, 12 €) À lire. À faire lire.
Quatre-vingt-sept pages pour témoigner de l’expression de trente-neuf adolescents émigrés non francophones, originaires de dix-huit pays. Ils étaient élèves depuis moins de trois ans dans la section Français Langue Seconde du collège Jean Moulin de Poitiers. Ils venaient d'Afrique, d'Amérique latine, d'Asie, d'Europe orientale, de la Communauté Européenne parfois aussi… Ils étaient enfants de migrants volontaires, d'exilés politiques ou d'émigrants économiques. Certains de leurs témoignages, qui racontent la peur, la mort, la fuite, sont poignants; d'autres textes disent davantage un quotidien pas forcément dramatique - et c'est heureux, sans cela le livre serait insupportable. Des silences se cachent aussi derrière certains mots. Peut-être jusqu'à une prochaine parole qui les en libérera…«J’ai laissé tous mes souvenirs là-bas, tous mes beaux souvenirs et mes mauvais souvenirs». Un monde, une enfance, dont la perte douloureuse est signifiée par l'évocation d'un simple détail - et finalement très peu de choses de ce qu’est leur vie dans le pays de l'exil. Textes courts, une à deux pages, dont l’écriture a été accompagnée par la professeure Christine Maury et qui sont illustrés de dessins en noir et blanc créés par les jeunes lors d’ateliers encadrés par Grégory Jarry et Thomas Dupuis, éditeurs chez Flblb - maison dont on ne peut que louer cette initiative, loin de toute mièvrerie ou manichéisme. Cinq ans après la rédaction de ces témoignages, la situation mondiale conduit à nos portes de plus en plus d’enfants perdus et celles-ci s'ouvrent de moins en moins. On ne peut donc que conseiller fortement à ceux qui refusent les jugements à l'emporte-pièce et les rejets qui condamnent, de se plonger dans ces témoignages. Et de les faire circuler.

Gégène, librairie L'Herbe Rouge

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07 septembre 2009

Extraits de Le Temps des miracles, lus par Anne-Laure Bondoux

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1er extrait



2ème extrait

Sons extraits du site du Temps des Miracles, enregistrés dans le cadre d'une émission de RTL qu'on peut écouter en intégralité ici (bas de la page). Lire l'itw d'AL Bondoux ici.

Les voyages d'Anne-Laure Bondoux

page1_1.pngIl y a des auteurs dont on attend leur prochain livre; Anne-Laure Bondoux en fait partie. À réception des épreuves du roman Le Temps des miracles, en décembre dernier, je savais qu'un bon moment de lecture s'annonçait. Et me voilà dans l'aventure, dès les premières pages, avec Koumail et Gloria; je ne suis pas en train de lire pour le travail, je suis dans l'intimité des personnages principaux du roman, un enfant et une femme, exilés parcourant des kilomètres en quête d'une terre refuge. Espoir, courage, imagination, solidarité entre les peuples: d'une envergure humaniste, ce récit me fait l'effet d'une barre vitaminée! À la lecture du Temps des miracles, quelque chose s'ouvre en nous. Et rencontrer Anne-Laure Bondoux a été aussi simple que son écriture est fluide…

NATHALIE MAINGUY. Anne-Laure, quelle est l'origine du roman Le Temps des miracles, cette histoire d'enfant du Caucase?
ANNE-LAURE BONDOUX. Comme très souvent l'origine est multiple… et un peu dans le brouillard de mes souvenirs. Pour certains romans, il y a un déclic; là ce fut plutôt une lente maturation… Depuis fort longtemps j'avais dans mon ordinateur un bout de texte provisoirement intitulé «Le bon côté des choses»; je voulais raconter une histoire avec des personnages à qui il arriverait un tas de tuiles mais qui en verraient toujours le côté positif… Je n'ai pas été plus loin dans ce projet, mais il n'est cependant pas étranger au Temps des miracles, notamment en ce qui concerne le personnage de Gloria, cette femme dont je voulais justement qu'elle montre en permanence le bon côté des choses à l'enfant avec qui elle voyage. Si vous me demandez maintenant d'où vient cette idée d'un bon côté des choses… Je ne sais plus! Mais c'est une façon de voir la vie que j'essaie d'adopter moi aussi. Je ne suis pas très éloignée de Gloria. J'adhère complètement à beaucoup de ses points de vues et de ses attitudes, que je fais miennes aussi, à mon échelle, et même si je ne suis pas confrontée aux mêmes circonstances. Ça fait partie de ma personnalité, mais c'est également un crédo. Dans les moments où ça va moins bien, je n'oublie pas que la moindre expérience, qu'elle soit douloureuse ou pas, va enrichir ma perception de la vie et que j'en tirerai un bénéfice pour mon écriture. Même les plus douloureuses sont un merveilleux matériau pour l'écrivain! Elles me permettent d'expérimenter une sensation que je pourrais essayer de traduire en mots, tout en distinguant la vraie vie de la vie fictive. À terme, cela fera peut être écho chez un lecteur, cela viendra peut-être l'éclairer sur lui-même… Sinon, et de manière beaucoup plus consciente, ça faisait longtemps que je cherchais à travailler avec le même élan que celui d'un poème de Blaise Cendrars, La Prose du transsibérien et de la petite Jeanne de France; c'est un poème qui m'accompagne depuis mon adolescence. Mes parents sont des dévoreurs de poésie et très régulièrement -mon père surtout- ils sortaient un recueil et nous en faisait la lecture. Adolescente, ça me barbait plus qu'autre chose! Mais il y a des poèmes qui ont été lus et relus et qui, du coup, m'appartiennent maintenant; j'en ai fait mon propre miel. La Prose du transsibérien et de la petite Jeanne de France , je voulais depuis longtemps m'en servir comme tremplin. J'avais d'abord pensé à une histoire qui aurait repris la vie de Blaise Cendrars, remplie d'évènements et nimbée de mystères. Une histoire que je n'ai pas écrite, mais dont le projet n'est pas non plus étranger au Temps des miracles. Voici une autre source que je peux identifier parmi d'autres! Un livre arrive par des biais très divers et quand il est prêt on ne sait plus trop d'où ça vient…

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