09 novembre 2010
Histoires de mangas
L’anecdote est célèbre : nous sommes en 1982, à la Mecque annuelle de la bande dessinée, le Festival d’Angoulême. Un petit homme, son éternel béret vissé sur la tête, se promène de manière tout à fait incognito dans la foule. Son nom : Osamu Tezuka ; profession : mangaka. Si ce nom ne vous évoque rien, imaginez-vous Marcel Proust se dandinant dans un congrès mondial de littéraires sans provoquer le moindre tressaillement. Parce qu’en effet, personne ne bronche à Angoulême, et pour cause : à l’époque, pas un d’entre eux n’a la moindre idée qu’existe une bande dessinée au Japon, et que, de surcroît, ce dieu vivant du manga, débarqué comme simple touriste, en a dessiné près de 150 000 pages !
Il faudra attendre le début des années 90 pour qu’à l’initiative de l’éditeur Jacques Glénat, survienne enfin France la première tentative importante de diffusion de la bande dessinée japonaise. C’est l’immense Akira de Katsuhiro Otomo qui brisait la glace, rejoignant alors un public d’adolescents friands de science-fiction et carburant à l’adrénaline. Puis viendra peu de temps après l’incontournable, tonitruante et interminable saga Dragon Ball d’Akira Toriyama, visant plus particulièrement la tranche d’âge des écoliers, avec le succès qu’on sait. Car non seulement l’épopée fantastique de Sangoku a rencontré une incroyable popularité, à l’image de celle dont elle avait joui dans son pays d’origine, mais elle a surtout éduqué durablement une génération, jeune et réceptive, aux particularités du manga. Le point de non-retour était franchi. [Lire la suite sur le blogue de la librairie Monet]
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16 juillet 2010
Mangas : Jungle ou nouveaux bonheurs de lecture ?
(un article d'Olivier Anselm et Thomas Savary, Librairie Voyelles - in Citrouille 44 - UN ARTICLE DE 2006 DANS LE RÉTROVISEUR DE L'ÉTÉ 2010)
Faut-il encore, dans un article exposant un très bref aperçu de la grande richesse du manga, commencer en désamorçant plusieurs idées fausses ? Non, les mangas ne véhiculent pas particulièrement violence ou sexualité. Non, les héros de manga n’ont pas tous de grands yeux étoilés. Non, les mangas ne s’adressent pas qu’aux enfants ou aux fans de robots géants. Non, les dessinateurs de manga n’ont pas un trait moins talentueux que ceux de la BD franco-belge… Facile à dire ? Il suffit en fait d’aller à la rencontre du continent manga pour que bien des préjugés s’estompent et que la curiosité naisse. Petit voyage dans cette étonnante contrée où quelques repères, c’est vrai, sont très utiles. Origines et originalité du manga. Le manga a des racines lointaines dans l’art japonais. Cependant, retenons deux moments clés. Le premier, vers 1820, quand HOKUSAI (1760-1849), grand maître de l’estampe et de la caricature, invente le terme «manga» à l’aide de deux mots signifiant à peu près « dessin dérisoire » ou « esquisse rapide » ; cette filiation explique en partie le style adopté par les mangakas (nom donné aux dessinateurs de manga) au siècle suivant. Second moment, après 1945, quand les conditions matérielles obligent les éditeurs à n’employer quasiment que le noir et blanc et du papier bas de gamme ; cela a induit un modèle économique fondé sur des publications dans des magazines présentant des chapitres à suivre, ce qui oblige les auteurs à produire beaucoup et vite, en peaufinant un style ne visant pas le « beau » ou le « réaliste » (à l’inverse de notre BD), mais recherchant l’efficacité et la qualité narrative ainsi que l’expression vivante des mouvements et des émotions.
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11 septembre 2009
Partir et revenir
Peu d'exils dans les mangas japonais ? Pas si sûr, si l'on veut bien entendre par exil celui de jeunes qui fuient leur famille, voire la vie, ou qui passent de la campagne à la ville (et vice versa)
Aïe!… Je suis chargée (ou plutôt je me suis chargée dans un moment d’égarement!) de vous parler de l’exil dans les mangas… Premier constat: trouver un manga qui aborde ce thème tel qu'on le conçoit généralement aujourd'hui dans la réalité (situation de quelqu’un qui est obligé de vivre ailleurs que là où il réside habituellement, du fait d'une expulsion, d'un départ volontaire, etc.) est très difficile. Une mission que je n’ai en tout cas pas réussie à remplir malgré l’aide de mon libraire spécialisé en la matière!
Apparemment, l'exil n’est pas un thème qui intéresse les Japonais. On peut avancer certaines explications géographiques, historiques, politiques et enfin culturelles. Tout d’abord, mis à part un intermède au XVIe siècle (arrivée de commerçants et de missionnaires chrétiens), le Japon est une île fermée à l’Occident jusqu’en 1854. Ce n’est qu’à partir de cette date que les contacts avec celui-ci s’intensifièrent: multiplication des traités commerciaux, début de l’expansionnisme militaire du Japon, émigration de travailleurs japonais vers d’autres pays (États-Unis, Brésil, etc). Ce départ de travailleurs japonais, commencé vers 1870, avait comme principal objectif de soulager les tensions sociales internes dues au manque de terres et à l’endettement des paysans. Le Brésil (à partir de 1910) est le pays qui accueillit le plus de japonais, puis viennent les États-Unis. Néanmoins, aujourd’hui, les Japonais quittent peu leur île et, essentiellement, pour des raisons professionnelles. De plus, actuellement, le Japon n’est pas une terre d’immigration : à peine deux millions d’étrangers (1,6% de la population) sur son sol, arrivés en deux vagues, Coréens et Chinois pendant la période coloniale du pays, puis Asiatiques et Latino-américains à partir des années 1980. Même si le pays se voit contraint de changer sa politique d’immigration à cause d’une grave crise démographique (taux de natalité trop bas, etc.), le peuple japonais, plutôt nationaliste, essaie de préserver son homogénéité ethnique s’assurant que la population reste dominée par les Japonais et que les ressortissants étrangers représentent un pourcentage minimum de la population.
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27 mai 2009
La concordance des cœurs (Continent Manga d'Olivier Anselm)
Même en faisant preuve de pédagogie et de patience, il est bien difficile de mettre les gens d’accord au sujet des mangas. Entre ceux qui en sont devenus des mordus passionnés et enthousiastes et ceux qui n’y voient que dessins médiocres et histoires futiles, cette chronique représente bien peu de choses, de même que les efforts sans cesse répétés des libraires, bibliothécaires et autres passeurs qui tentent de partager leurs coups de cœur pour ce genre littéraire exotique et controversé sans se départir d’un indispensable esprit critique. Parce que, évidemment, en ce qui concerne les mangas comme pour toute autre littérature, il y a le bon et le moins bon ; l’essentiel étant de faire une distinction éclairée, vous, lecteurs, devez pouvoir compter sur ces passeurs en qui vous avez confiance pour vous faire connaître de nouveaux bonheurs de lecture, des bonheurs qui peuvent aussi naître de surprises, de détours par des sentiers dans lesquels vous ne vous seriez de vous-même jamais aventurés… C’est à une surprise de cette nature que je vous invite en vous faisant partager un grand coup de cœur pour une histoire, Evil Heart, qui s’adresse à vraiment tous les lecteurs, jeunes ou adultes (à partir de 9-10 ans, disons, selon le degré de maturité), mais qui ne s’offre pas facilement pourtant. Elle comporte en effets certains de ces fameux ingrédients - comme le réalisme des aspects parfois tragiques ou brutaux de l’existence - qui souvent, et à tort, inquiètent et rebutent bien des parents, bibliothécaires, enseignants ou autres prescripteurs de livres soumis à une irrépressible répulsion (c’est humain) à imaginer que les enfants puissent être concernés, comme s'ils n’avaient pas eux aussi d’existentielles interrogations sur la vie sous toutes ses formes.
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26 janvier 2009
Le manga se met au noir
D’habitude, c’est Olivier Anselm de la librairie Voyelles qui s’occupe avec brio de cette chronique manga. Grande fan du genre, j’ai accepté le temps d’un numéro de Citrouille de m’essayer à l’exercice… Bref, je suis restée quelques jours devant ma feuille blanche à me demander comment traiter le sujet, à essayer de répertorier les mangas policiers qui existent, de définir ce qu'ils ont en commun et de différents… Au bout de quelques jours, un cri jaillissait de mes entrailles : « Olivier revient ! ». Mais bon, perdu dans le brouhaha de salons, Olivier ne pouvait pas m'entendre… Je devais continuer seule… Alors : oui, il existe des mangas policiers, même si ce n’est pas, en la matière, le genre le plus représenté. Quand on observe les sorties du mois, les mangas policiers se comptent sur les doigts d’une main, voire d’un doigt; les scénarios qui tournent autour des combats ou de la comédie sentimentale sont plus populaires, l’identification au héros y étant peut-être plus aisée. De plus, il faut rappeler que le nombre de volumes parus chaque mois est énorme et que la concurrence est dure entre les éditeurs qui préfèrent miser sur des valeurs sûres.
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22 septembre 2008
Y’a du manga dans l’air… (Continent Manga n°6, par Olivier Anselm)
Musique de jeunes, adulation pour de jeunes idoles adolescentes, mode vestimentaire branchée, objets "fashion", produits dérivés du monde des mangas et mangas eux-mêmes : tout cela, c’est la J-Pop !
Les mangas sont dans l’air du temps… Ce genre particulier de la littérature, s’il est encore relativement exotique pour beaucoup d’Occidentaux, suscite non seulement de plus en plus d’engouement chez les jeunes lecteurs, mais aussi une curiosité et un intérêt croissant chez ces passeurs professionnels que sont les bibliothécaires, parfois également organisateurs de salons et autres fêtes du livre. Aux côtés des temps forts propres à ce genre (Japan Expo, par exemple) et des stands qui lui sont consacrés dans la plupart des festivals de BD, on commence à le voir invité lors des manifestations culturelles dédiées à la littérature de jeunesse. Les conceptions relatives aux mangas semblent même évoluer rapidement, à en juger par les projets que je vois fleurir pour l’année 2008 à l’initiative de bibliothèques publiques - avec à la clé le souhait d’un conseil pertinent et éclairé de la part de leur libraire…. Cela est très heureux et ne répond pas seulement à un simple phénomène de mode ou au seul désir de suivre mécaniquement les demandes pressantes des (jeunes) lecteurs. Ainsi, depuis 2006, trois bibliothèques municipales vendéennes nous ont demandé de contribuer à une meilleure connaissance des mangas (origines, caractéristiques, diversité, intérêts éducatifs ou culturels…) par le biais de conférences au profit d’un public de particuliers ou de professionnels.
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07 septembre 2007
Les Japonais aiment le sport… dans les mangas !
La plupart des mangas à thème sportif se servent en réalité du sport comme d’un prétexte révélant puissamment d’autres dimensions fondamentales, psychologiques ou sociologiques… Quatrième article de Continent manga, la rubrique d’Olivier Anselm (librairie Voyelles, aux Sables d’Olonne) - (Un article du dossier DU SPORT ET DES LIVRES, Citrouille n°47)
Un paradoxe, tout d'abord. Si sport et manga forment un tandem particulièrement efficace ayant donné naissance à de nombreuses séries célèbres, qui ont marqué les lecteurs hier et continuent à les passionner aujourd’hui, on constate cependant que les Japonais sont eux-mêmes peu pratiquants. Pour des raisons qui tiennent à leur histoire (isolement relatif par rapport au reste du monde à l’époque où se sont développés certains grands sports), à des contraintes d’espace (peu de place au cœur des villes pour de grandes infrastructures sportives) ou morphologiques, ou encore parce que la pratique de la plupart des sports coûte réellement cher là-bas, les Japonais ne sont véritablement amateurs de sport que lors du spectacle des rencontres ou… dans les mangas ! Au risque de bousculer quelques clichés, il faut donc se déprendre de l’idée que beaucoup de Japonais seraient adeptes du judo ou d’autres arts martiaux ; seul le kendo (escrime japonaise, pratiquée avec des sabres de bois) bénéficie d’une certaine popularité. Le sumo galvanise l’enthousiasme des foules et les sumotoris sont adulés tels des dieux, mais étant donné le physique qu’il est nécessaire d’acquérir pour atteindre un niveau honorable, ils sont peu nombreux… Le football est très médiatisé ces dernières années, et ce phénomène a connu des sommets lors de la Coupe du Monde de 2002 ; pourtant, le nombre de terrains au Japon est très faible et vous verrez rarement de jeunes japonais taper dans un ballon pour s’amuser entre eux […] Lire l'article : mangasport.pdf
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03 avril 2007
Continent manga, n°3 : Osamu Tezuka
Olivier Anselm (librairie Voyelles) présente Osamu Tezuka, un «manga no kamisama» (dieu des mangas) hors norme et attachant, à l'oeuvre profondément humaniste et qui mérite amplement d’être découverte ou mieux connue. (Un article paru dans le n°46 de Citrouille)
Quelques repères biographiques. Tezuka, né en 1928 dans une ville provinciale de la région d’Osaka, a connu dans son enfance l’atmosphère de totalitarisme et de militarisme qui s’était appesanti sur le Japon. Embrigadé "de force" à la fin de la Seconde Guerre Mondiale dans une usine d’armement, il vit aussi les ravages des bombardements, des incendies et des privations ; il en garda au cœur un humanisme farouche, ennemi des violences guerrières comme de tous les manichéismes. Cependant, ses jeunes années au sein d’une famille aimante, libérale et aisée lui donnèrent aussi le goût de la nature (petit entomologiste passionné, il dessina des cahiers entiers remplis d’insectes), du théâtre traditionnel (no et kabuki) mais aussi du cinéma et de la bande dessinée, notamment d’origine américaine, dont il admirait l’énergie et la vitalité des mouvements. Sa carrière et son succès furent à la fois précoces et phénoménaux.
Lire la suite : manga46.pdf
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13 février 2007
J’aime les mangas PARCE QUE !

(Rayon manga, librairie Voyelles)
Il faut savoir que le manga est au Japon ce que la bande dessinée est à la Belgique. On peut trouver beaucoup d’auteurs (mangaka) et donc beaucoup de styles différents, et le manga couvre large : amour, science-fiction, policier… On peut trouver de tout à des petits prix, selon le titre et l’éditeur. Le manga est en lui-même plus avantageux pour le lecteur que la BD : moins coûteux, plus de pages à lire… Comme dans la BD, on trouve des grands noms, signe en général de bons titres (je dis bien en général car même les plus grands peuvent décevoir) : CLAMP, un groupe composé de quatre femmes très sadiques mais très talentueuses et par lequel il faut obligatoirement passer si on veut lire du bon manga: Tokyo Babylon, RG Veda, X… publiés aux éditions Tonkam et aux éditions Pika ; Tsukasa HOJO, auteur de City Hunter (Nicky Larson pour les amateurs de la série)", Cat’s eyes et récemment de Family Compo, publié aux éditions Tonkam ; Yoshihiro TOGASHI, auteur d’Hunter X Hunter et surtout de YuYu Hakusho, spécialiste des mangas d’aventure et de baston, il est publié par les éditions Kana. Après un certain temps d’adaptation, j’ai pu sélectionner les titres qui m’attiraient le plus et rejeter ceux qui au premier abord m’avaient semblé intéressants mais qui ne valaient pas la peine que je débourse tous les mois (ou tous les deux mois) pour eux. J’ai quelques petits préférés : Rookies de Morita (éditions Tonkam), Maison Ikkoku (ou Juliette je t'aime) de Takahashi (éditions Tonkam) et Hunter X Hunter de Togashi (éditions Kana).
Je ne préfère pas les mangas aux autres lectures, il ne faut pas croire que je ne lis que ça. Je vénère plusieurs auteurs de BD (Sokal par exemple) et auteurs de roman (Amélie Nothomb ou encore Moka).Les mangas complètent ma culture littéraire, et m’apportent un peu de détente dans ce monde de stress. Pour répondre directement à la question : j’aime donc les mangas PARCE QUE !
Audrey, 17 ans.
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05 janvier 2007
Manga : petit lexique de base
Continent manga n°2 (in Citrouille n°45) : chronique d’Olivier Anselm (librairie Voyelles). «Si nous sommes loin d’être des spécialistes, nous avons cependant très à cœur de partager notre goût pour cette forme de littérature tellement dépaysante» : manga2.pdf
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