Accueil - 29 janvier 2008
Des filles et des garçons… (Chronique d'Ariane Tapinos)
Chaque fois que j'ouvre des cartons de nouveautés, c'est un peu Noël. Je fouille, je farfouille et presque toujours, au milieu des livres anodins, oserais-je dire inutiles, je tombe sur une merveille ou deux. Et, parfois, c'est plus rare, je tombe sur un livre vraiment agaçant. Celui dont je vais parler, je l'ai repéré tout de suite. Ce n'est pas que je sois une grande fan de la collection de Catherine Dolto, Mine de rien, aux éditions Giboulées Gallimard Jeunesse, mais j'avoue que le relookage de ces petits albums carrés est assez réussi, et que surtout, le titre de celui-ci a tout de suite suscité mon intérêt : Filles et garçons. Pas mécontente de voir que, pour une fois, les filles précédaient les garçons, j'étais surtout heureuse de trouver du grain à moudre sur un sujet qui me tient à cœur et qui en plus préoccupe beaucoup petit-e-s et grand-e-s.
C'est dès la première phrase, que je suis devenue soupçonneuse : « les filles et les garçons ne sont pas faits pareils parce que les filles peuvent devenir des mamans et les garçons des papas ». Louable tentative pour inscrire la différence des sexes dans le biologique et non dans le culturel, mais réduction immédiate du champ des possibles : tu seras une maman ma fille, tu seras un papa mon fils ! On m'objectera qu'il est écrit « peuvent » et non « doivent », mais cela résume assez bien toute l'hypocrisie de ce petit livre qui sous des dehors niais et politiquement très corrects, véhicule une idéologie franchement conservatrice pour ne pas dire réactionnaire.
07:05 Publié dans CHRONIQUES D'ARIANE TAPINOS | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
Accueil - 21 janvier 2008
Sport, sexe et genre
Les romans pour ados de Joyce Carol Oates ne sont pas des "romans à thème". Il ne nous viendrait pas par exemple à l'idée de les étiqueter "romans de sport". Et pourtant, dans chacun de ses trois ouvrages destinés aux adolescents, le sport est présent, au centre (Sexy) ou à la périphérie (Nulle et Grande Gueule et Zarbie les yeux verts) de l'histoire. Cette particularité pourrait n'être que le reflet de la réalité sociale américaine et de la place très importante qu'occupe la pratique sportive dans le cursus scolaire. Mais J.C. Oates n'écrit pas de formidables documentaires sur son pays; toute son œuvre témoigne de ses convictions. Alors quand on y regarde de plus près, la présence du sport dans ces romans fait vite sens : J.C. Oates fait du sport le lieu de la construction de l'identité de genre.
Comme le dit très justement la philosophe Geneviève Fraisse : « le sport est un lieu où se joue la représentation des identités sexuelles »*. A ce titre, c'est le lieu des désirs mais aussi de la violence. « Les pratiques sportives restent des territoires fortement sexués et stéréotypés où se reproduisent mais aussi se transgressent les modèles dominants de la virilité et de la féminité »*. Le corps s'expose dans le sport, et par là donne à voir, matérialise, ce passage entre l'enfance et l'âge adulte, cet âge du choix. On ne naît pas homme ou femme : on le devient ! Les adolescents sportifs de J.C. Oates sont dans ce devenir, dans un lieu où se mêlent les corps - et il n'est, dès lors, pas étonnant que les filles du révérend d'extrême droite, dans Nulle et Grande Gueule, « ne pratiquaient ni sports ni activités parce que leurs parents ne souhaitaient pas qu'elles se "mêlent" à nous ».
02:35 Publié dans CHRONIQUES D'ARIANE TAPINOS, DOSSIER DU SPORTS DANS LES LIVRES | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Oates, sport, adolescence, sexualité, identité







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