13 septembre 2010
Est-ce que les filles et les garçons seront égaux un jour?
Lancées en 2004, «Les Petites Conférences» forment à ce jour une collection de vingt-et-un ouvrages qui donne à lire les conférences prononcées par de grands penseurs ou acteurs de notre temps à de jeunes enfants (à partir de 10 ans).
Les auteurs des «Petites Conférences» qui se sont pliés à l’exercice, dans le cadre du Centre dramatique de Montreuil, ont accepté de quitter les hautes sphères de la réflexion et les colloques universitaires, pour s’adresser à des enfants, leur faire partager leur passion et entrevoir leurs savoirs. Leur liste n’a rien à envier aux plus prestigieux cercles intellectuels: Jean-Pierre Vernant, Jean-Luc Nancy, Arlette Farges, Elisabeth de Fontenay, Philippe Lacoue-Labarthe, Jean-Marc Lévy-Leblond, Florence Aubenas, Rony Brauman...
Gilberte Tsaï, directrice du CND de Montreuil et de la collection des Petites Conférences, est la maîtresse d’œuvre de ces rencontres qui sont comme un privilège réciproque pour le ou la conférencier-ière et son auditoire composé d’enfants et de quelques enseignants bien chanceux.
Parmi ces grands noms, elle a choisi quelques femmes remarquables (ce n’est pas encore la parité, mais mieux que bien des conseils scientifiques...) et la dernière Petite Conférence reprend, sous le titre La Différence des sexes (1), une allocution de l’anthropologue Françoise Héritier.
Avec clarté, Françoise Héritier répond à la question qui sous-tend toute réflexion sur les relations entre les sexes: comment de la différence visible des corps est-on passé à la représentation des «genres»? Et encore, comment, de cette différence, est née une hiérarchie qui aboutit à la valorisation d’un genre plutôt qu’un autre, à la domination d’un sexe sur l’autre, en bref, à la domination masculine (2)?
Plus que d’autres sujets abordés jusque là par d’éminents spécialistes, celui des relations entre les filles et les garçons est au plus près des préoccupations des enfants et des adolescents. Ils et elles ont développé, comme nous tou-te-s à ce propos des préjugés, que ceux et celles qui ont eu la chance d’assister à cette conférence ont pu confronter aux explications de la grande anthropologue. Au point, et c’est une première dans les Petites Conférences me semble t-il, qu’on sent une certaine tension entre Françoise Héritier et son auditoire au moment des questions. Une tension, mais aussi un intérêt très vif qui part de l’expérience des enfants et des enseignants et qui amène, notamment, à cette formidable question «Est-ce que les filles et les garçons seront égaux un jour?».
Et Françoise Héritier de répondre «Je pense que oui […] mais, si je peux me permettre, vu l’évolution de la planète, il n’est même pas sûr qu’il y ait encore des humains pour voir l’égalité instaurée». Bref… il y a du pain sur la planche et mieux vaudrait s’y mettre vite!
Ariane Tapinos, librairie Comptines
(1) La Différence des sexes est le titre d’un livre de Geneviève Fraisse, paru en 1996 aux PUF.
(2) Pour ceux qui douteraient encore de l’état de la société occidentale en matière d’(in)égalité hommes / femmes, on ne peut que recommander le très bon film de Patric Jean, La Domination masculine. Titre qui reprend celui du livre de Pierre Bourdieu, paru en 1998, mais qui surtout se réfère aux apports du féminisme sur la question des rapports sociaux de sexes et de genre.
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27 novembre 2009
Heureusement qu’on a Marie Curie...
[Jusqu'au 30 novembre, le blog de Citrouille publie des articles en rapport avec son numéro 54 (couverture : Davide Cali), disponible sur le stand de l'ALSJ du salon de Montreuil (C 02, 1er étage)]
Début de la chronique d'Ariane Tapinos (librairie Comptines).
C'est un jeu auquel on aimerait ne plus pouvoir jouer, et qui pourrait s'appeler «cherche les femmes dans l'Histoire»... Avec un petit «h» à «histoire», pas de grosse difficulté: les héroïnes fleurissent dans la littérature jeunesse. Elles sont délurées, aventurières, pleines de ressources. Quand en revanche, on se penche sur les documentaires jeunesse... ça se gâte. À croire qu'un siècle de féminisme et une avalanche de travaux d'historiennes (et de quelques historiens) sur la place des femmes dans l'Histoire, n'ont pas atteint nombre d'auteurs et éditeurs de documentaires pour les plus jeunes. Que ce soit dans le registre de l'humour ou de la rigueur documentaire, quand l'ouvrage ne leur est pas entièrement consacré, les femmes sont très souvent bien peu nombreuses, voire quasi absentes.
Ainsi, on peut corser le jeu proposé par Thierry Laval dans le volume de la collection «Cherche et trouve» (Éditions du Seuil Jeunesse), collection au demeurant fort sympathique et drôle, consacrée à l'Histoire, en cherchant... les femmes. On peut aussi transformer en jeu la lecture du très beau et édifiant Les Grands personnages de notre Histoire, paru au printemps dernier, chez Bayard. Combien de femmes? Quatre sur les soixante-dix personnages annoncés au sommaire. Dans le détail, et surtout dans la double page des «p'tits plus» (on appréciera...) qui clôt chaque chapitre, on débusque ici et là, quelques représentantes du Beau sexe: quelques lignes sur «Néfértari une fidèle épouse», «Jeanne d'Arc, la pucelle d'Orléans», «Marilyn Monroe une étoile d'Hollywood», un portrait de George Sand...
Alors, heureusement qu'on a Marie Curie! Seule femme au Panthéon*, elle est aussi l'icône féminine (et féministe?) du documentaire jeunesse. [Lire la suite dans le n°54 de Citrouille]
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08 avril 2009
Réel et onirique Japon
Chronique parue dans Citrouille n°51, mailée du Japon l'été dernier, où il était question d'un Ponyo qui sort ce mercredi en France, et de Masako Bando qui, avant de publier son premier roman adulte en 1993, écrivait des livres pour enfants...
Cet été, le Musée National d’Art Moderne de Tokyo (MOT) rendait hommage aux studios Ghibli, au travers d’une exposition rassemblant 1300 dessins de travail tirés des films de Hayao Miyazaki et Isao Takahata. Dans l’exposition, comme dans l’ensemble du MOT, il est interdit de faire des photographies. Mais, pas besoin d’avoir vu La voce de la Luna pour savoir que les Japonais sont d’infatigables photographes amateurs et qu’il est quasiment impossible de leur interdire de dégainer qui un appareil, qui une caméra ou un téléphone. Alors, autour de la boutique de l’expo, qui regorge de gadgets souvenirs inspirés par les personnages des studios Ghibli, plusieurs installations invitent les visiteurs à se prendre en photos (ou à se faire photographier par le personnel du musée dédié à cette activité) : couchés sur Totoro, sortant de sa tanière, ou munis de seaux en plastiques qui abritent Ponyo, la dernière création / créature du génial Miyazaki.
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13 juin 2008
Femme fantasme en pâture (chronique d'Ariane Tapinos)
Une jeune femme se prostitue pour garder l'homme qu'elle "aime" et qui la frappe. Une autre rencontre chaque nuit des hommes contactés sur la toile, pour quelques instants de sexe rapide. Aux passes de l'une – violence et humiliation - succèdent les rendez-vous glauques de l'autre – humiliation et violence. Du sexe. Ou pour être dans le ton : de la baise. 135 pages, et l'une et l'autre se confondent. Marion – la prostituée, le jour – est Eve la sexe addict la nuit. Le ridicule se dissout dans le tragique : Marion/Eve se suicide après avoir massacré son mac/son amour. Et pour "étoffer" un peu "l'histoire", pour lui donner un peu de chair, si j'ose dire, il y a le sous-entendu : Marion / Eve a subit l'inceste. Ni distance, ni empathie dans ce texte. Juste le fantasme cru et âpre comme le frottement incessant et douloureux de ces corps en lutte. Hommes en guerre contre les femmes. Femmes en guerre contre les hommes. Bienvenue dans le merveilleux monde de l'égalité des sexes et du roman pour ados !
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29 janvier 2008
Des filles et des garçons… (Chronique d'Ariane Tapinos)
Chaque fois que j'ouvre des cartons de nouveautés, c'est un peu Noël. Je fouille, je farfouille et presque toujours, au milieu des livres anodins, oserais-je dire inutiles, je tombe sur une merveille ou deux. Et, parfois, c'est plus rare, je tombe sur un livre vraiment agaçant. Celui dont je vais parler, je l'ai repéré tout de suite. Ce n'est pas que je sois une grande fan de la collection de Catherine Dolto, Mine de rien, aux éditions Giboulées Gallimard Jeunesse, mais j'avoue que le relookage de ces petits albums carrés est assez réussi, et que surtout, le titre de celui-ci a tout de suite suscité mon intérêt : Filles et garçons. Pas mécontente de voir que, pour une fois, les filles précédaient les garçons, j'étais surtout heureuse de trouver du grain à moudre sur un sujet qui me tient à cœur et qui en plus préoccupe beaucoup petit-e-s et grand-e-s.
C'est dès la première phrase, que je suis devenue soupçonneuse : « les filles et les garçons ne sont pas faits pareils parce que les filles peuvent devenir des mamans et les garçons des papas ». Louable tentative pour inscrire la différence des sexes dans le biologique et non dans le culturel, mais réduction immédiate du champ des possibles : tu seras une maman ma fille, tu seras un papa mon fils ! On m'objectera qu'il est écrit « peuvent » et non « doivent », mais cela résume assez bien toute l'hypocrisie de ce petit livre qui sous des dehors niais et politiquement très corrects, véhicule une idéologie franchement conservatrice pour ne pas dire réactionnaire.
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21 janvier 2008
Sport, sexe et genre
Les romans pour ados de Joyce Carol Oates ne sont pas des "romans à thème". Il ne nous viendrait pas par exemple à l'idée de les étiqueter "romans de sport". Et pourtant, dans chacun de ses trois ouvrages destinés aux adolescents, le sport est présent, au centre (Sexy) ou à la périphérie (Nulle et Grande Gueule et Zarbie les yeux verts) de l'histoire. Cette particularité pourrait n'être que le reflet de la réalité sociale américaine et de la place très importante qu'occupe la pratique sportive dans le cursus scolaire. Mais J.C. Oates n'écrit pas de formidables documentaires sur son pays; toute son œuvre témoigne de ses convictions. Alors quand on y regarde de plus près, la présence du sport dans ces romans fait vite sens : J.C. Oates fait du sport le lieu de la construction de l'identité de genre.
Comme le dit très justement la philosophe Geneviève Fraisse : « le sport est un lieu où se joue la représentation des identités sexuelles »*. A ce titre, c'est le lieu des désirs mais aussi de la violence. « Les pratiques sportives restent des territoires fortement sexués et stéréotypés où se reproduisent mais aussi se transgressent les modèles dominants de la virilité et de la féminité »*. Le corps s'expose dans le sport, et par là donne à voir, matérialise, ce passage entre l'enfance et l'âge adulte, cet âge du choix. On ne naît pas homme ou femme : on le devient ! Les adolescents sportifs de J.C. Oates sont dans ce devenir, dans un lieu où se mêlent les corps - et il n'est, dès lors, pas étonnant que les filles du révérend d'extrême droite, dans Nulle et Grande Gueule, « ne pratiquaient ni sports ni activités parce que leurs parents ne souhaitaient pas qu'elles se "mêlent" à nous ».







