19 décembre 2011
Chroniques indiennes de Sébastien Joanniez #7
Dernière des chroniques indiennes que Sébastien Joanniez a publiées sur le blog de Citrouille.
A SAISIR
Je suis revenu et ils sont tous là
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10 décembre 2011
Chroniques indiennes de Sébastien Joanniez #6
Sébastien Joanniez est actuellement en Inde. Il publie ses chroniques sur le blog de Citrouille
SARTRE EN INDE
Si je suis en Inde comme je suis ailleurs
C’est comme si j’étais
Ailleurs en Inde et le même partout
Un épouvantail agité par d’autres vents
Tour à tour un perroquet
Puis une pie et un vautour
Perchés sur mon épaule
Une lune dans ce sens ou un soleil de minuit
Je parlerais tantôt une langue puis une autre étrangère
J’aurais toujours l’air connu
La rengaine de chez moi
L’épouvantail sans soleil
La poupée sans lune
À la place du coeur un caillou standard
Dans la bouche une haleine française
Je resterais chez moi
Si j’étais ici comme ailleurs
Je n’irais pas en Inde
Je n’irais pas à New Delhi
Je n’irais pas à Jaipur
I would never go to Pushkar
Nor in Varanasi
If I was the same here or there
I would stay home
And die in my bed.
Sébastien Joanniez
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07 décembre 2011
Chroniques indiennes de Sébastien Joanniez #5
Sébastien Joanniez est actuellement en Inde. Il publie ses chroniques sur le blog de Citrouille
ENTRE VARANASI ET JAIPUR
La musique du train de nuit sur ma couchette
le roulis du rail
le néon et les voix chuchotées
le vendeur de chai qui revient
la touriste au-dessus de moi qui vomit
et cet indien qui ronfle
l'ambiance métallique en berceuse
comme lové dans une machine
la toux générale de l'Inde polluée
la souffrance silencieuse de l'Inde surpeuplée
le sourire même de nuit
dans une couverture sale
au milieu d'un train bondé
l'Inde réussit à dormir
avec la touriste malade et le ronfleur
avec le néon dans les yeux
l'Inde se fait à tout
se détache de tout
se déchire par petits bouts
à savourer sur place
au cœur de la misère
bousculé par la foule
plié sur une couchette
l'Inde est à l'instant
ou le meilleur ou le pire
et pour l'instant
j'aime
même la nuit
dans un train qui tangue.
Sébatien Joanniez
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Chroniques indiennes de Sébastien Joanniez #4
Sébastien Joanniez est actuellement en Inde. Il publie ses chroniques sur le blog de Citrouille
VARANASI
Sur une rive du Gange
J'ai vu
Une dizaine de bûchers allumés
Des corps en flammes
Tordus
Calcinés
Le crâne ouvert
Le cerveau bouillonnant
Les membres détachés par le feu
Des restes de colliers de fleurs
Dévorés par les chèvres et les chiens guettant autour
Charognards à l'affût de viande
Des hommes qui remuent les cadavres
Attisent les flammes
Tapent sur les corps pour accélérer la combustion
Des familles serrées contre les défunts
Qui jettent de la graisse qui flambe
Une jeune femme plonge dans le Gange
Puis revient prendre de la cendre
Et la lance dans le fleuve
La fumée vole et couvre les voix
Retombe en poussière sur tout le monde
Et d'autres bûchers sont mis en place
D'autres macchabées arrivent sur des civières
D'autres croque-morts lavent les macchabées dans le Gange
D'autres familles
D'autres cendres
D'autres voix
D'autres morts traînés par d'autres vivants
Qui crient et courent et transpirent
Qui prient et chantent
D'autres
Et encore d'autres à la chaîne
Et moi devant ca
Les yeux écarquillés
Piqués par la fumée
Les épaules tachetées de cendres volatiles
J'ai vu
Mais je ne sais pas ce que j'ai vu
Un rêve ou un cauchemar
La réalité de la mort indienne
Le deuil par le feu
J'ai vu
Et je vais voir
Ce que je vais savoir
De ce que j'ai vu.
Sébastien Joanniez
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05 décembre 2011
Chroniques indiennes de Sébastien Joanniez #3
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Chroniques indiennes de Sébastien Joanniez #2
Sébastien Joanniez est actuellement en Inde. Il publie ses chroniques sur le blog de Citrouille
AGRA
Levé dans l’aube en transes
de la musique diffusée dehors
et des chants religieux sonores
puis acheté le ticket dans la file d'attente
puis la fouille au corps
mon sac à dos refoulé en consigne
à cause du briquet et des chewing-gums et des livres
et enfin la clef de mon casier dans la poche
je rentre dans le monument
par la grande porte rouge
par laquelle on voit
au fond comme une apparition
comme irréelle posée
entre le ciel et la terre
comme atterrie à peine
surgie du soleil levant
dans son nuage de marbre
la huitième merveille
le tombeau de l amour
le Taj Mahal.
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Chroniques indiennes de Sébastien Joanniez #1
Sébastien Joanniez est actuellement en Inde. Il publie ses chroniques sur le blog de Citrouille
NEW DELHI
Les yeux dans la pollution
toujours voilés gris troubles
happés par les trajectoires des corps
voitures vélos mobylettes animaux
silhouettes dans un champ de vision
à la fatigue toute fiévreuse
j’ai tente de voir toute la journée
d’embrasser un maximum
ce que Delhi offre en couleurs
en bruits et en odeurs
d’épices ou de pisses ou d’échappements
et le brouillard tenace
m’a livre à la foule
quelques choses comme
cette bousculade au pied d’une mosquée
cette main tendue par le jeune Hamid
ce regard d’une vieille femme souriante
ce corps couché comme mort sur le trottoir
ces échafaudages en bambous précaires
ces charrettes à bras dans les klaxons
cet enfant affamé
cette maison aux colonnes sculptées
et ce vacarme
infernal
qui siffle encore
au moment de me coucher
c’est un bonheur bruyant.
Sébastien Joanniez
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11 juillet 2011
Les chroniques de Sébastien Joanniez (dans le rétroviseur de Citrouille, #7, été 2011)
Bali, New-York, Guyane... (pour les retrouver, clic ici) et en bonus estival 2011 : Annemasse (résidence d'auteur dans un collège, clic sur l'image)
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10 janvier 2011
Voeux de Sébatien Joanniez

depuis le temps qu'on souhaite
qu'on appelle de nos voeux quelque chose
qu'on chante ou qu'on danse ou qu'on prie
qu'on s'impatiente à l'affût du petit signe
qu'on se convainc qu'enfin ça peut pas durer
qu'on en arrive à douter même de soi et des autres
dans le blanc des nuits et le creux du coeur
qu'on tremble autant qu'un espoir
nous voilà encore une fois nouveaux
encore une fois jetés dans l'inconnu
dans une année qui commence et tout de suite
là maintenant nous voilà repartis
à l'abordage des jours accélérés
des écoles et du travail et des plannings serrés
à peine serrés dans les bras des amours
à peine embrassés du bout des lèvres
à peine prononcés
nous voilà disparus déjà en retard
alors cette année sans révolution
sans idées larges qui vont changer le monde
je vous souhaite du temps
du temps
qui passe
entre nous
doucement
à s'en trouver longs comme des doigts de dieux
je vous souhaite une année élastique
qui s'étire
sur toutes les plages de vos agendas
sur toutes les joues et les lèvres que vous aimez
et je vous embrasse lentement
mais sûrement
sébastien joanniez
Chroniques de Sébastien Joanniez sur Citrouille : cliquez ici !
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06 septembre 2010
essayages 2010
cet été vous avez essayé le surf et le cerf-volant japonais
le pastis de contrebande et la musique en ligne
et maintenant que la rentrée commence
que les écoles ouvrent la grève générale nous voilà !
que houellebecq et nothomb ont re-pondu l'oeuf ou la poule
vous voici prêts à essayer les essayages
ce lieu d'aventure où les auteurs prennent la parole
et lisent un texte inachevé
une écriture en cours fragile et fraîche
à partager entre tout le monde
avec ou sans la carte bleue d'identité
c'est gratuit et sans frontières
alors n'hésitez plus
venez en ardèche du 10 au 12 septembre
vous pourrez même ré-essayer votre cerf-volant
à bientôt
sébastien Joanniez
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15 mars 2010
Bali 6/? (chroniques de Sébastien Joanniez)
TOUT A DECLARER (MÊME L’INCONNU)
Demain c’est fini
les vacances et la chaleur
l’aventure de Bali toute entière
les Balinaises et les Balinais
leurs sourires et leurs paysages
leurs coqs et leurs bateaux de pêche
leurs plages et leurs temples par milliers millénaires
les bakso les nasi campur les mie goreng
les restaurants roulants au bord de la rue
les vieux volcans et les pluies diluviennes
demain c’est l’avion du soir depuis Kuta
et vingt heures dedans jusqu’à la France
jusqu’à la fin de l’hiver
et les chaussettes et les blousons
la grise mine de l’indifférence
le train à grande vitesse
les élections régionales
je voudrais m’abstenir encore
rester ici à ne pas savoir
à contempler encore le ciel et la terre
à marcher au ralenti dans les sentiers boueux
à m’asseoir sur un banc à côté d’une vieille femme
sans rien dire ou si peu
avec la langue des mains se faire des signes
et repartir au hasard
je voudrais partager encore
avec ma famille les découvertes d’un autre monde
la joie des vagues qui déferlent sur nos têtes
les cabanes qu’on fabrique sur la plage avec ce qu’on trouve
les châteaux de sable et les grands mots tracés avec un bâton
les rencontres partout fulgurantes et fortes
les moments difficiles perdus dans les impasses
et le plaisir de se chercher un chemin ensemble
je voudrais continuer à vivre l’inconnu
comme on jette un doigt sur une carte
et tout faire pour ne jamais arriver là
mais ailleurs toujours ailleurs
là où c’est inattendu inespéré
où je dois changer pour comprendre
où sont peu à peu mes amis et ma famille
là où c’est finalement ma maison
c’est ce voyage que je voudrais encore
et je sais qu’une fois revenus
le voyage va s’évader dans le train-train
dans la gangue des choses qui se répètent
inlassables inexorables
et il faudra lutter pour avoir droit au mystère
à l’imprudence
dans un monde plein d’assurances et de verrous
alors jusqu’à demain je vais voyager à Bali
en prendre encore jusqu’au cœur
des surprises.
Sébastien Joanniez
Kuta (Bali) – mars 2010
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10 mars 2010
Bali 5/? (chroniques de Sébastien Joanniez)
BERCEUSE
Je fais le tour de l’île d’est en ouest
à rebours dans un vieux 4x4 local blanc
toute ma famille bringuebalée dedans
une carte posée sur le tableau de bord
des fruits prennent le chaud dans le vide-poches
des livres pour enfants s’écornent à l’arrière
une cage à oiseaux prend toute une place
et ça cahote à chaque nid de poule
entre deux camions surchargés et une motorbike folle
une charrette à bras et un chien errant
de chaque côté des cocotiers ou des rizières
tout est vert et sent l’encens
ou bien bleu et c’est le ciel
ou bien pluie et mes essuie-glaces grincent
je me sens comme dans un jeu électronique de mon époque
à petite vitesse je slalome
entre les obstacles mouvants sur ma route
et je joue à aller plus loin
aujourd’hui
après la côte nord à Amed et Pemuteran
j’arrive à l’ouest à Pulukan
où les vagues font surfer la planète
et ça jase dans toutes les langues à la piscine de l’hôtel
et ça nettoie les planches sous la douche
moi j’apprends à nager à ma fille aînée
je joue au lion dans l’eau avec ma petite
on savoure en famille les bienfaits du bain
après les heures de voiture dans la chaleur moite
puis on s’en va voir le coucher du soleil
et la marée basse nous fait des rochers ronds
qui rosissent à vue d’œil
comme des ventres timides
puis on entre dans un warung makan
le restaurant typiquement musulman balinais
pour manger des plats étranges et épicés
avec du riz et du tofu et du poulet hallal
pendant que mes filles jouent avec les enfants de la famille
j’écoute l’histoire du patron
qui me raconte ses études à Java
et c’est là qu’il a rencontré sa femme
enceinte et voilée et souriante à côté de lui
et on revient à l’hôtel
fatigués
derniers passages à la douche et aux toilettes
anti-moustiques et rituels du coucher
et maintenant face à la mer qui gronde
j’écris comme un message lancé au sommeil
j’écris pour laisser une trace d’aujourd’hui
avant de plonger dans un demain
au volant d’un 4x4 local blanc
toute ma famille bringuebalée dedans.
Sébastien Joanniez
Pulukan (Bali) – mars 2010
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02 mars 2010
Bali 4/? (chroniques de Sébastien Joanniez)
INSTANT DES COQS
Rien lu depuis des semaines
à peine un morceau de journal en balinais
même pas sorti du sac mes livres
toujours enterrés sous les vêtements d’hiver
les vacances
les vacances enfin
sans une pensée pour la littérature
parce que le temps se promène
de l’aube à la nuit
rempli d’images et de sons
d’odeurs et de goûts
de matières qui touchent
et qui n’ont pas de mots
pas de signes
des choses qui s’impriment en mémoire
à feuilleter par les mains ou la bouche
et comment dire
et pourquoi dire
ce qui se passe ici
pour moi
c’est du charabia dans les émotions
un mille-feuilles intense
à savourer sans questions
j’écris torse nu à la terrasse du Teman-Teman Café
dix mètres devant moi la Mer de Bali s’étale
des bateaux de pêcheurs ancrés sur la plage
des coqs chantent dans les fermes autour
un homme coupe la hache un tronc d’arbre
une femme dépose des offrandes devant sa maison
voilà l’infime instant écrit
et rien ne dit l’horizon
ni la première sueur du jour
ou le brouhaha des milliers de coqs
ou la grimace de l’homme qui tranche
voilà donc
quelques choses offertes
à l’indicible
et maintenant
je retourne à la vie.
Sébastien Joanniez
Amed (Bali) – février 2010
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20 février 2010
Bali 3/? (chroniques de Sébastien Joanniez)
SELAMAT DATANG *
Presqu’à regret
tellement la vie coulait facile
sans voitures et sans bruit
à cheval sur un scooter
les deux pieds dans le sable et la nature
dans le sourire de tout le monde
j’ai quitté Lembongan en bateau
par-dessus le corail et les thons qui sautent en l’air
par-dessous le ciel
traversé le bras d’Océan Indien
sur un bateau de pêcheur coiffé d’un casque en paille
d’une micro-île à la Grande Bali
comme on rejoindrait le continent
arrivé sur le sable noir
et filé en taxi collectif jusqu’à Ubud
en plein cœur de Bali
là où se massent touristes et peintres
temples et singes et éléphants
motos et voitures et camions
la ville alors
reprend sa course
et je remarque comme
mes jambes ont ralenti
pris le rythme balinais
et ma peau aussi
brune maintenant
et le soleil ne me brûle plus
et même les moustiques ne me trouvent plus de goût
me voici plongé donc
dans le voyage
au fond des choses nouvelles
et pourtant
j’ai déjà mes habitudes
par exemple j’aime
le café d’ici long et corsé plein de marc et de sucre
l’anglais aux R qui roulent et aux syllabes qui traînent
l’accueil fait aux enfants comme à des dieux de petite taille
la musique partout de tous les coins du monde
les cérémonies perpétuelles et les offrandes qui brassent l’encens d’ivresse
la pluie qui descend en trombe et laisse des rivières sur le bitume
il y en a des nouveautés qui marquent
d’un point chaque journée
et chaque journée
c’est un nouveau point marqué
au front d’une rencontre.
Sébastien Joanniez
Ubud (Bali) – février 2010
* BIENVENUE
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16 février 2010
Bali 2/? (chroniques de Sébastien Joanniez)
Maintenant une île minuscule
Lembongan
et le monde enfin
prend un visage
de marchande de fruits
ici pas de voiture
rien que motos scooters ou vélos
les routes ont l’air de tourner toujours
autour du temple à l’arbre éléphantesque
et les gens d’ici tournent avec
comme aimantés aux feuilles divines
l’océan tout autour
tourne aussi
et chaque route se jette dedans
à la fin
labyrinthe où se perdre est un plaisir d’enfant
qui trouve des amis n’importe où
et le jeu c’est quelque chose qui traîne
du sable dans une main pour y faire un château
ce n’est pas nouveau la vie à Lembongan
c’est simple
il y a des algues de toutes les couleurs
qu’on cultive et qu’on sèche et qu’on envoie
dans les pays où l’ice cream et le gloss coulent à flots
il y a des bungalows en bambou typique
pour les touristes abreuvés de cartes postales
et qui en veulent du cocotier bien planté
il y a ce monde qui fonctionne
du petit commerce et des artisans
tous sourires et surtout
côte à côte
voilà le temps qui passe
à cheval sur une moto
la main ouverte sur un fruit
tendu par la marchande
qui m’apprend à sourire
pour rien.
Sébastien Joanniez
Lembongan (Indonésie) - février 2010
* DE RIEN
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11 février 2010
Bali 1/? (chroniques de Sébastien Joanniez)
Voyagé long
vingt heures au moins
de Paris-France à Doha-Qatar
et de Doha à Singapour
et de Singapour à Denpasar-Bali
comme on traverse le monde
en pleine nuit comme en plein jour
les horloges détraquées de tous les aéroports aux embarquements
ouvrent les yeux rouges qui cherche un repère
et la langue pâteuse qui cherche son anglais
dans la file des arabes et asiatiques
européens et américains
des africains en partance
en arrivée
en retard
après tout
me voilà posé à Kuta
dans la jungle des touristes
au milieu du surf et des boutiques
en bord de plage et dans la ville
me voilà commencer l’atterrissage
par le plus faux des décors
la plus fabriquée des illusions
peinte en enseignes de grandes marques
étourdie par les occidentales musiques
et la foire aux massages d’Orient
aux artisanats d’import-export
aux fêtes d’après-plage
qui laissent la ville
épuisée
le matin
lent
comme
un
dimanche
puis au réveil
c’est la cohue des taxis
des klaxons en série
des motos folles entre les voitures
et le commerce reprend son train-train
me voilà en famille
à tenter de comprendre quelque chose
dans le flot des balinais qui parlent anglais
et la marée des surfeurs qui baragouinent balinais
je pousse mes poussettes
je visite les rues encombrées
dans la pluie ou le soleil d’aplomb
je m’adapte
et je pars à l’aventure
pour l’instant
je découvre.
Sébastien Joanniez
Kuta (Bali) – février 2010
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03 février 2009
HYPNOSE DU DERNIER MOMENT
[Sébastien Joanniez est à New-York, pour assiter à la représentation de sa pièce It's Me Down There (lire ici). Après ses chroniques guyanaises et son carnet de voyage en Amérique du sud, voici donc ses chroniques new-yorkaises… Cliquez sur les photos pour les agrandir]
La nuit gronde
c'est comme une rumeur de foule
ou la voix d'un dieu souterrain
ou l'océan tout proche qui déferle
la nuit
c'est comme le jour de cette ville sans nuit
comme si rien n'arrêtait le temps ici
une perpétuelle paupière ouverte
aux vents du monde entier présent
depuis les africains les latinos les chinois
jusqu'aux européens comme moi qui n'en dorment pas
tellement tout vibre toujours
j'ai vu les peintures des maîtres de tous les siècles
entendu les langues de tout le monde
et mon texte joué en anglais par un acteur noir
juste avant un texte hollandais jouée par une américaine rousse
et senti les cuisines de partout les épices
et mangé indien ukrainien américain français italien
dans les lieux où se mélangent ceux qui ne font que passer
d'un job à l'autre
ou d'un pays natal à la terre d'accueil
et ceux qui ont toujours été là
ce sont les écureuils de Central Park
grouillant sous les gratte-ciels
dans ce parc interminable en plein coeur de la ville
où la vie soudain peut atterrir sur un banc rêvé
Central Park
où se garent nos corps en mal de nature
au creux d'un arbre
sur le fil d'un patin à glace
au bout d'un lac gelé vierge
sillonné juste par les pattes des chats
oui
je suis arrivé ici
bien arrivé
fasciné
fatigué
conquis
et je repars demain
plein les yeux de cette ville incroyable
où le monde tient en équilibre
une pomme dans la main du monde
à croquer.
Sébastien Joanniez - 2 février 2009
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31 janvier 2009
ICI L'ESPOIR
[Sébastien Joanniez est à New-York, pour assiter à la représentation de sa pièce It's Me Down There (lire ici). Après ses chroniques guyanaises et son carnet de voyage en Amérique du sud, voici donc ses chroniques new-yorkaises… Cliquez sur les photos pour les agrandir]
l'espoir a l'air d'un noir
avec des racines plantées ailleurs
et des idées pensées partout
élu le noir
à la majorité criante
et sans appel plébiscité
tellement il fallait souffler
des années sombres d'avant
on l'a porté jusqu'au trône
et on lui a demandé de changer quelque chose
changer tout presque
et voilà
le noir président
alors maintenant c'est tout qu'on lui demande
à commencer par maintenant
tout de suite là
qu'est-ce qu'il fait pour ?
est-ce qu'il a pensé à ?
il se tourne les pouces ou quoi ?
ici l'espoir impatient tape du pied
c'est que la vie est dure
et le monde a la gueule des lundis matins
à se demander pourquoi
et comment le travail a fini par nous achever
à peine commencée la semaine ?
on a beau lire les nouvelles du front d'Irak
beau savoir la Palestine
beau connaître l'horoscope et le programme télé
même l'icône blonde nous distrait pas de la question
ressassée à même l'assiette
retournée dans le fond du coeur
alors
président
c'est quand que ça change tout ?
Sébastien Joanniez - 30 janvier 2009
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29 janvier 2009
ON A SUPERMARCHE SUR LA LUNE (chroniques new-yorkaises de Sébastien Joanniez)
[Sébastien Joanniez est à New-York, pour assiter à la représentation de sa pièce It's Me Down There (lire ici). Après ses chroniques guyanaises et son carnet de voyage en Amérique du sud, voici donc ses chroniques new-yorkaises… Cliquez sur les photos pour les agrandir]
il y a une fenêtre dans mon toit
et la pluie claque dessus
tout new york part en l'air
et moi dessous
dans mon hôtel à Time Square
je pars où ?
si je compte mes pas vers le west ou vers l'east
ça fait des avenues que je cherche un autre sens
mais ici tout est à vendre au coin des rues
tout
à manger boire bien sûr
mais aussi tout en soldes comme
chaussures vêtements appareils numériques ou manuellement sex toys
des magasins à perte de vue
d'étages en étages et de blocks en blocks
comme des cubes entassés comme des légos qu'on
empile au pied des immeubles et qu'on
aligne jusqu'aux fleuves jusqu'aux océans
des milliers de millions de magasins immobiles
et moi dessous
juste une fenêtre pour être dans mon toit
je cherche quelque chose d'autre
qu'un snack ou qu'un coffee qu'un sandwich qu'un soft drink qu'un ice tea
non merci vraiment
pas de shirt ni shoes ni jean on sale à low price
thank you
mais un vrai
un franc
un massif sourire du coeur vous avez ?
une poignée de main bénévole c'est possible ?
de l'humanité en stock ?
fait des kilomètres depuis mon arrivée ici
mais pas encore trouvé la denrée précieuse
alors pour l'instant j'écris
et je regarde par ma fenêtre dans le toit
j'attends dans la pluie les mouvements d'immeubles.
Sébastien Joanniez - 28 janvier 2009
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27 octobre 2008
PLUS TARD (chroniques guyanaises de Sébastien Joanniez #5)
[En résidence à Cayenne à l'invitation de l'Alliance française, Sébastien Joanniez publie son carnet de voyage sur le bog de Citrouille.]
Quelques jours après
niché dans ma maison
près de ma famille qui s'est endormie
je reviens à la Guyane
pour y remercier tout le monde là-bas
d'une pensée du soir
et je garde du voyage le goût
des fruits de toutes les couleurs
les avocats les mangues les ananas
des visages de toutes les peaux
les noirs marrons les saramakas les créoles
des voix de tous les accents
du fleuve ou de Cayenne ou du Brésil
et cet enfant qui m'a dit
votre roman il se passe ici chez moi
et c'était sûr dans sa tête
j'avais écrit cette histoire juste pour lui
et cet autre qui m'a parlé de la guerre dans son pays
et ceux-ci qui ont écrit sous mes yeux
se sont amusés à écrire
comme une bonne surprise de la vie dure
et celle-là qui m'a donné une plume d'ibis
rouge porte-bonheur
nombreux les souvenirs innombrables
et pas encore souvenus tellement présents
je vais prendre encore un temps fou
pour me souvenir
alors en attendant
je travaille et je continue la route
je joue et je suis
un peu le même un peu différent
et je vous salue.
Sébastien Joanniez - vendredi 24 octobre
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19 octobre 2008
ITINERAIRE (chroniques guyanaises de Sébastien Joanniez #4)
[En résidence à Cayenne à l'invitation de l'Alliance française, Sébastien Joanniez publie son carnet de voyage sur le bog de Citrouille.]
J'ai suivi le chemin mais lequel ?
et si j'étais parti ailleurs
est-ce que je serais revenu aussi ?
de toutes les voies possibles j'ai choisi celle-là
Guyane
ou c'est elle qui m'a choisi ?
demain je rentre en avion chez moi
alors ma dernière nuit ici la voilà
en rangements de valises et préparatifs
l'esprit déjà un peu envolé
et le corps encore engourdi des tropiques
comme tiraillé dans l'espace
au milieu des routes
je mets les futurs d'un côté les souvenirs de l'autre
les vêtements d'été sous les vêtements d'hiver
je me change de saison
comme une peau qui glisse
jusqu'à demain.
Sébastien Joanniez - 19 octobre 2008
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15 octobre 2008
QU'EST CE QU' ? (chroniques guyanaises de Sébastien Joanniez #3)
[En résidence à Cayenne à l'invitation de l'Alliance française, Sébastien Joanniez publie son carnet de voyage sur le bog de Citrouille.]
Je finis encore là le jour
quand la nuit est déjà tombée
après le travail et le dernier repas du soir
me voici dans mon intérieur
fatigué
j'ai croisé des élèves de sixième de troisième de terminale
des en réinsertion et des qui se déscolarisent
des élèves qui seront professeurs plus tard
des professeurs et des proviseurs
des documentalistes et des libraires des bibliothécaires
j'ai raconté ma vie mon oeuvre et mes manières
de vivre et d'oeuvrer de manoeuvrer
j'ai tout dit cent fois dit
mille même
dans des lieux climatisés ou ventilés juste
des salles de classes ou des cinémas des théâtres des CDI
qu'est-ce que j'ai oublié ?
de tous les endroits tous les visages
de toutes les questions toutes les remarques
est-ce que j'ai oublié quelque chose ? ou quelqu'un ?
dans ma chambre d'hôtel ici je me demande
pourquoi j'ai l'impression là d'avoir oublié quelque chose
ou quelqu'un
comme en chemin mes bras qui tombent
ou ma tête qui roule par terre ?
ma femme qui manque ici ?
mes enfants ?
mon paysage ?
qui ?
quoi ?
pourquoi ce vide maintenant dans mes bras dans ma tête ?
des questions encore toujours pour combien de temps encore des questions ?
comment répondre à toutes les questions qui tombent de ma tête de mes bras ?
il faudrait une nouvelle lune
un ciel noir de réponses obscures
enfin
de l'obscur
du mystère
de l'irrésolu
je vais me coucher maintenant
chercher mes bras ma tête
rêver."
Sébastien Joanniez - mardi 14 octobre 2008
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13 octobre 2008
Comme un bagne en Eden (Chroniques guyanaises de Sébatien Joanniez #2)
[En résidence à Cayenne à l'invitation de l'Alliance française, Sébastien Joanniez publie son carnet de voyage sur le bog de Citrouille.]
EPITAPHE AU VISITEUR DU BAGNE
"Ici reposent ton âme
et ta mémoire au fond
bien au fond de sable fin fond
sous les palmiers ta honte à l'ombre
des cadavres"
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11 octobre 2008
Frais de transport (chroniques guyanaises de Sébastien Joanniez #1)
[En résidence à Cayenne à l'invitation de l'Alliance française, Sébastien Joanniez publie son carnet de voyage sur le bog de Citrouille.]
Dans la voiture ça flotte à la vitre l'air d'ici chaud et celle qui conduit c'est Marjorie [directrice de l'Alliance française, ndlr]
Casa [assistante de Marjorie, ndlr] sur la banquette arrière écoute sa musique au casque
comme Marjorie et moi on écoute la musique de vieux du rock
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08 octobre 2008
Chroniques guyanaises (Sébastien Joanniez)
Sébastien Joanniez (cliquez sur l'image ci-contre pour lire son texte J'ai pas la morale paru dans le n°50 de Citrouille) a répondu à l'invitation de l'Alliance française de Guyane. Nous publierons sur ce blog les chroniques qu'il nous enverra à cette occasion. Extrait de Blada.com : «Dans le cadre de la résidence de Sébastien Joanniez, auteur, comédien, A la rencontre de la jeunesse guyanaise dans toute sa diversité.
- Maison de quartier Les Florilèges, les 9, 13, 15 et 16 octobre : dans le cadre du projet « Mémoires de quartier de la ville de Cayenne » et du chantier d’insertion mis en place par l’APROSEP :visite guidée des différents quartiers de Cayenne par les jeunes et le photographe Jean Louis Saïz, afin de faire découvrir à l’auteur ce qui fait la diversité et la richesse de cette ville, travail d’écriture à partir des prises de vues faites par les jeunes, travail d’écriture, échange autour de la question de la mémoire et de l’identité, travail d’expression orale autour de leurs propres écrits en vue d’une lecture publique, restitution de leur propre production lors du salon littéraire» [Lire la suite]
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