04 septembre 2009
Sandra Poirot-Chérif de A à Z
En février dernier, Sandra Poirot Chérif a accepté de rejoindre notre librairie pour vous dédicacer ses albums, notamment son dernier paru chez Rue du Monde, L'Abécédaire des amoureux. Ce fut une belle rencontre qui méritait d'être partagée. Pour vous présenter Sandra à l'image de son livre, je lui ai proposé de construire ensemble un abécédaire. C'est avec plaisir (plaisir partagé!) qu'elle a accepté de rebondir sur des mots que je lui ai suggérés et de dévoiler un peu de sa vie. À vous de la découvrir... - Claire Bretin

Abécédaire
Ailleurs: Dans presque tous mes bulletins scolaires, c'était écrit «Appliquée mais lente, souvent dans la lune». Et figurez-vous que dernièrement, la maîtresse de ma fille en moyenne section me tend son évaluation de quatre pages (!) et le verdict tombe: «lente, dans la lune»...
Dedans: Pour réussir, il faut que je me laisse aller, pour bien être dans ce que je suis en train de raconter. Soit par les mots, soit par les images. Certains jours, je n'arrive pas, je suis à mille autres endroits. Et avec un peu de recul, si je regarde le travail que j'ai fait ces jours-là, je vois que dans ce dessin, je n'y suis pas, je suis absente... (Heureusement, ça ne m'arrive pas très souvent)
Écriture: Alors l'écriture, c'est mystérieux, c'est rare et ça m'échappe complètement. Des fois, pendant plusieurs jours, je suis agitée, je n'arrive à me concentrer sur rien, ça ne va pas comme je veux, et puis tac, à un moment je m'assois et il y a une histoire qui arrive. Boum, d'un seul coup! Après, souvent j'ai un peu la tremblote jusqu'à ce que je me couche le soir. Alors je mets l'histoire dans un casier en plastique et je la laisse reposer pendant des jours, des mois, des années... puis je la reprends et la retravaille, sereinement cette fois (entre temps, sans que je m'en rende compte des images ont mûri dans un petit coin de ma tête). Certaines histoires restent dans le casier, parce qu'elles ne valent pas le coup. Ou parce que ce n'est pas encore l'heure...
28 juillet 2009
France - Algérie (6) : Guy Jimenez
(Rétroviseur été 2009 - un article paru en mars 2003)
Le «roumi bougnoule»
Guy Jimenes a passé les neufs premières années de sa vie en Algérie. Dans ce texte, il revient sur ses souvenirs et éclaire les lieux cachés de son roman La Protestation.
Je n’en finis pas de revenir à « mon » Algérie.Je n’en finis pas de revenir à “mon” Algérie. Tout m’y ramène. Par exemple le “Corps expéditionnaire français” de la campagne d’Italie, de l’hiver et du printemps 1943-1944, sur lequelle je me documente pour un livre.
Grâce en bonne partie à cette “armée d’Afrique”, les Alliés, parvinrent en vainqueurs à Rome le 5 juin, la veille même du débarquement en Normandie dont la mémoire nous est davantage parvenue.
Ce Corps expéditionnaire français se composait d’environ 60% d’ “Indigènes” (originaires de toutes les colonies françaises), pour 40% d’”Européens”. (Vingt classes d’âge furent mobilisées parmi les “pieds-noirs”, soit 17% de leur population totale ! Il y avait aussi de nombreux Français “évadés” par l’Espagne.)
Nous devons donc en partie notre liberté à des Algériens qui n’avaient envers la France que des devoirs et pas, ou si peu, de droits.
Ainsi, lors d’une des batailles de Cassino, le sergent Ahmed Ben Bella sauva-t-il la vie de son officier supérieur. Il fut décoré pour cela par de Gaulle, à la fin de la guerre. Ben Bella était imprégné de culture française et animé par les idéaux de la Révolution : Liberté, Egalité, Fraternité. On peut imaginer le rôle que cela a pu jouer dans son engagement pour l’Indépendance. Quelques années après la guerre, il entrait dans la clandestinité contre la France, pour la libération de son peuple. Ironie de l’Histoire.
Au cours de l’année scolaire 1962-1963, des petits écoliers dont j’étais acclamaient Ben Bella à son passage sur la route d’Oran à Aïn-Temouchent. Je n’ai sûrement pas salué le premier Président de la République algérienne avec la même ferveur que mes camarades algériens, mais enfin je me trouvais là, et Ben Bella nous plaisait bien, il était souriant, il avait une bonne tête. Une page était tournée. Mon père et ma mère avaient choisi de “rester au pays”. Mon père qui, lui aussi, avait combattu à Cassino.
Cette question de “l’engagement pour la France”, je me la pose également pour mes deux grands-pères qui ont “fait” 14-18. Bien sûr, ils étaient français, ils en avaient depuis peu la nationalité et donc les droits et les devoirs. Cependant, que connaissaient-ils de la France ? Ils n’y avaient jamais mis les pieds. Par leur éducation et dans leur mode de vie (nourriture, langue, coutume), ils étaient espagnols. La génération suivante fut “francisée” par l’école laïque.
27 juillet 2009
France - Algérie (5) : Wahid et Olivier Balez
(Rétroviseur été 2009 - un article paru en mars 2003)
Le métissage, c’est la vie
Pour relier les époques et les personnages de l’album Wahid, Olivier Balez, l’illustrateur, a tracé de la première à la dernière page une ligne d’horizon qui unit, se brise, ou se reforme au fil de l’histoire. Il nous explique comment il a conçu les images de cet album.
« Quand j’ai lu le texte de Wahid la première fois, j’ai tout de suite été emballé par l’histoire d’amour, et par l’idée du métissage qui m’est chère. En revanche, le traitement des relations de l’Algérie et de la France pour un public très jeune m’a tout d’abord un peu dérouté. Mais après relecture, j’ai été vite «convaincu». Je n’avais de la guerre d’Algérie qu’une perception «historique», acquise dans un «cadre pédagogique». Or la force du texte de Wahid est de traduire la relation entre ces deux pays par une émotion qu’il fait naître à travers des mots simples, pesés, réfléchis, qui m’ont semblé justes.
Mon pari a été de garder cette simplicité dans le dessin et la mise en scène. Wahid n’est pas construit sur une narration avec personnage récurrent à chaque page. J’ai donc cherché un élément graphique qui pouvait faire le lien entre les différents personnages comme entre les différentes époques, pour donner un éclairage supplémentaire au texte sans le paraphraser. La ligne horizontale traversant les pages d’un bout à l’autre du livre m’a semblé pouvoir rendre compte de l’enchaînement et de l’unité des différentes étapes de l’histoire. Et puis, selon le contexte, cette ligne d’horizon commune pour les deux pays pouvait se briser et exploser pendant la guerre, puis les brisures se rejoindre pour reformer une ligne unique et vibrante. La scène du baiser est pour moi la clé de voûte de Wahid. Comme au cinéma, l’action monte en intensité jusqu’à ce moment pour éclater en très gros plan. Et après le baiser, la guerre fait place à l’amour…
20 juillet 2009
France - Algérie (1) : Samia Messaoudi
(Rétroviseur été 2009 - un article paru en mars 2003)
Samia Messaoudi a travaillé pour le Salon du livre de jeunesse de Montreuil, l’Institut du Monde Arabe, Beur FM, Ras l’Front… Elle est aussi l’auteure de Paroles kabyles, paru chez Albin Michel jeunesse.

Au nom de la mémoire…
Le 5 octobre 1961, Maurice Papon impose un couvre-feu aux travailleurs algériens. Le 17 octobre, plusieurs centaines de manifestants protestant contre cette mesure disparaissent ou sont jetés dans la Seine, victimes des exactions policières.
Le 17 octobre 1961, à Paris, des Algériennes et des Algériens manifestent en famille, dignement et pacifiquement, contre le couvre-feu qui leur est imposé par Maurice Papon, préfet de police de Paris. Endimanchés, ils ont quitté Nanterre, Gennevilliers, Levallois-Perret, et d’autres villes de la banlieue pour les grands boulevards parisiens. C’est au rythme des you-yous des femmes qu’ils sont entrés dans la capitale. Maintenant silencieux, sous la pluie et dans le froid, ils marchent la tête haute. La consigne du FLN était stricte : il ne fallait pas entrer en conflit avec les forces de l’ordre ; aucune arme n’était autorisée. Le cortège quitte l’Opéra. Face aux manifestants, la police est importante, brutale. Obéissant aux ordres du préfet, elle charge. Tous les coups sont permis. Sauvagement battus, des Algériens seront arrêtés et parqués au stade de Coubertin, palais des sports de la Porte de Versailles. D’autres, blessés à la tête, sont laissés sur les trottoirs, ou jetés dans la Seine. Ceux qui échappent à cette violence repartiront en banlieue et feront le triste compte des absents. Près de 12 000 Algériens ont été arrêtés ce jour-là. Des centaines ont disparu ou disparaîtront dans les jours qui suivirent.
02 juillet 2009
Manifeste pour la réhabilitation du Père Fouettard (Dominique Maes)
(Rétroviseur été 2009 - un article publié en 2004)
Il est temps d'en finir avec le Père Noël.
C'est une ordure, nous le savons.
Valet du grand capital, représentant servile d'une boisson gazeuse imposée par la puissance économique américaine, serviteur des marchands de jouets qui infligent aux enfants un univers de pacotilles réducteur d'imaginaire, esclave boursouflé de la grosse bouffe aux saveurs douteuses de fonds de terroirs réactionnaires, complice de l'appauvrissement des terres sacrifiées à la culture des sapins de Noël… l'immonde imposteur ne peut plus nous séduire par sa perverse bonhomie de commerçant avide.
D'ailleurs, regardez le, pathétique parasite, s'accrocher à nos balcons et fenêtres pour envahir nos doux logis.
C'est un rat !
Abattez le !
Pas question pour autant de le remplacer par ce vieux Saint Nicolas, tellement religieux que nous ne pouvons douter du refoulement de ses pulsions, endiguées par deux mille ans d'histoire, qui provoquera tôt ou tard, si ce n'est déjà fait, l'horreur absolue.
Méfions nous de cet amateur de petits enfants, patron hypocrite de la confrérie des bouchers charcutiers.
Je ne vois plus guère que le Père Fouettard pour assouvir le besoin d'un personnage folklorique qui fête la vie, le temps qui passe, la froideur de l'hiver et les promesses de renouveau.
D'accord, il est un peu noir.
Mais reconnaissons son élégance sarcastique et sa capacité à chatouiller nos vieilles racines racistes accrochées au passé colonial.
Libéré de sa soumission à l'abbé cacochyme crossé et mitré, vous allez découvrir toute la richesse de sa personnalité.
C'est à coups de fouet qu'il va se rendre utile.
Et il y a du boulot en perspective pour un homme tel que lui.
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02 mai 2009
Catharina Valckx pour Chat Perché (Le Puy en Velay)
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18 avril 2009
Lecture du week-end : La nouvelle aventure du Cercle des 4
[Entre deux petits séminaires d'écriture, Vincent Cuvellier (merci à lui) nous signale la mise en ligne, depuis quelques semaines et par un-e mystérieux-se auteur-e (descendant d'Énid ?), des aventures tant attendues du Cercle des 4. Ne laissez toutefois pas les enfants par trop trainer entre les lignes ou sur les chemins de travers du site ici référencé, car sous la robe austère de Vincent, comme prévenait déjà Pierre…]

Parés pour l’aventure !
-Jacques !
-C’est à Jacques !
-C’est pour Jacques ! Jacques ! Jacques !
Les voix portaient loin sur la falaise. Les vagues, la mer, Jacques, devaient entendre.
-Jaaaaaacques !
Thérèse criait le plus fort. Elle ouvrait la bouche en O, et, avec ses mains, faisait porte-voix. C’est que plus que tout autre, elle craignait que Jacques soit mort. Ou pire. Que Jacques ne l’aime plus. Peut être a-t-il dérobé une de ces barques qui s’agitent dans le petit port, et sans se retourner, est-il parti vers l’horizon, sans un regret, sans un remord. Thérèse s’en voulait. D’ailleurs elle se rongeait les ongles, signe chez elle d’une intense émotion.
-Salut les filles !
Jacques venait d’apparaitre, au bout du chemin, fidèle à lui-même, les cheveux blonds au vent, un sourire éclatant, superbe de virilité malgré ses dix ans.
-Jacques ! s’exclama Dominique, d’un air de reproche.
-Et bien, Jacques, où étais tu passé, demanda Thierry. Et je te signale au passage que je ne suis pas une fille.
Seule Thérèse ne disait rien. Elle boudait, et sa moue la rendait plus jolie encore. Car Thérèse était jolie. De longs cheveux blonds, un visage fin et halé par de longues vacances dans la maison de l’oncle Kervadec. Bien plus jolie que ce garçon manqué de Dominique. Car Dominique était une fille. Des cheveux coupés au carré, bruns comme des ailes de corbeau, un visage rond et halé également, mais par de longues échappées dans le petit bois derrière le petit pavillon de ses parents.
-Tu nous as fait une sacrée trouille, continua Dominique. Surtout avec toutes les histoires qui se passent dans la région.
Jacques n’avait encore rien dit. Ses yeux brillaient et ses lèvres renfermaient encore un mystérieux secret. Il s’approcha nonchalamment de Thérèse et lui demanda :
-Et bien, Thérèse, tu t’es fait du souci pour moi ?
Thérèse détourna la tête. Ça non, jamais elle ne montrerait son inquiétude.
-Absolument pas, je regardais la mer. J’ai le droit de regarder la mer, tout de même !
Lire la suite ici (le chapitre 1 est en bas de la page, c'est n'importe quoi la navigation sur le site des 4 !)
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15 février 2009
La lettre n° 5 de Dominique Maes
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14 janvier 2009
Il y a deux coeurs en moi (un texte de Nathalie Novi, in Envols d'Enfances)
Serrées dans la R16 familiale, je regarde défiler l'ombre des platanes qui soulèvent le bitume et bouleversent mon coeur.
Nous déjeunons chez tante Annie ce dimanche.
C'est un rituel depuis notre retour de Constantine.
Le déjeuner s'étire jusqu'au centre de l'après-midi. Il y a les enfants, petits et grands, une tripotée de soeurs, un frère, des cousins, qui plaisantent, rient, inventent des histoires... et le carré d'adultes, qui argumente, se souvient, rit aussi, parle haut parfois, quand il s'agit de politique.
Seule maman semble silencieuse.
Je suis un peu pareille, un peu comme Elle.
Je me sens d'ici et de nulle part à la fois, trop grande, trop petite, décalée, à côté, pas dedans, telle Alice hors de son pays.
Je porte ma robe chasuble Carabi, rouge cramoisi, avec sa montre à gousset intégrée qui me rend si fière, un chemisier blanc immaculé et ce petit gilet vermillon, fraîchement tricoté par maman, entre deux cours, entre deux mots-croisés.
Rouge, c'est la couleur que Mary, ma soeur, mon inséparable, m'a choisie, le jour où elle n'a plus voulu que l'on nous prenne pour les jumelles que nous ne sommes pas. Elle, sa couleur, c'est le bleu, pour aller avec ses yeux.
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30 décembre 2008
Voeux MMIX de Sara
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26 décembre 2008
Voeux du FROP (Front Révolutionnaire des Ours Polaires)... et de Dominique Maes
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25 décembre 2008
EÉNNA ENNOB… de Marie Mélisou
l'année nous arrivait à peine à la taille
elle nous allait bientôt...
la voici pourtant à quitter
on rit presque de la nouvelle
tu verras vous verrez
elle durera durera
en liberté en beauté en patience
émaillée de quelques défauts aussi
puisque vraie
demain
ce qu'on fait longtemps longtemps
les gens avant
vous souhaiter un joyeux Noël
et un bon bout d'an
Marie
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24 décembre 2008
Joyeux noël de la part de Bruce Roberts... et du blog de Citrouille ! ;-)
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22 décembre 2008
Voeux d'Hélène Desputeaux et de Michel Aubin
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15 décembre 2008
Premiers voeux 2009 : Montse Gibert, Julien Nantiec
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04 décembre 2008
Le piano rouge, croquis de Barroux (voir Citrouille 51, p. 26)
26 novembre 2008
Dans le carnet de croquis de Nathalie Novi

Dans le carnet d'esquisses de Frédéric Stehr

(photo : Simon Roguet)
Voir page 20 du n°51 de Citrouille
24 novembre 2008
Être une zoreille (par Florence Hinckel )
[La guerre des vanilles de Florence Hinckel a été choisi en seconde position pour le prix du livre jeunesse de Nouvelle-Calédonie, sélection 2008, Livre mon ami, derrière Les fées du Camping de Susie Morgenstern. Susie n'ayant pas pu répondre à l'invitation des jeunes lecteurs, c'est Florence qui est allée les rencontrer du 20 au 31 octobre 2008. Nous la remercions d'avoir accepté de nous confier le témoignage ci-dessous pour publication. D'autres récits et photos sur son blog.]
"Une rencontre, c'est le rendez-vous secret de deux hasards" écrit Jo Hoestlandt dans l'album jeunesse À pas de louve.
Une rencontre, c'est d'abord un événement. Le philosophe Gilles Deleuze, dont les concepts ne sont pas du tout incompatibles avec les avis d'auteurs jeunesse, a beaucoup parlé de cela.
Selon lui, la meilleure manière de le considérer, c'est de "remonter l’événement, s’installer en lui comme dans un devenir, rajeunir et vieillir en lui tout à la fois, passer par toutes ses composantes ou singularités. "
Il écrivait encore : « Faire d'un événement, si petit soit-il, la chose la plus délicate du monde, le contraire de faire un drame, ou de faire une histoire. »
Un écrivain est tout à fait capable de faire une histoire à partir de ces choses délicates dont il ne faut pas faire d'histoires : là se situent les miracles et les bons livres.
Gilles Deleuze n'aimait pas voyager. Il préférait les voyages immobiles. Chacun peut comprendre cela, a fortiori s'il est philosophe ou romancier ou rêveur.
20 novembre 2008
Contes par-ci, contes par là
[RÉTROVISEUR MARS 2005]
« En tant que passeur de paroles, le conteur se doit de faire sien un récit, Cela signifie-t-il pour autant que l’on puisse en oublier que ce récit n’est pas nôtre ? » Une interrogation de l’écrivain et conteur québécois Jacques Pasquet.
Boudé pendant longtemps comme littérature marginale ou, tout simplement relégué dans la section des lectures enfantines, le conte a cheminé, lentement mais sûrement vers une reconnaissance qui en a fait un objet de recherches et de réflexion. Il a quitté les archives de l’anthropologie ou du folklore pour gagner ses lettres de noblesse dans le domaine littéraire. Les deux dernières décennies ont vu se multiplier les ouvrages érudits et les colloques autour du conte. Dans le même temps, on a vu se multiplier les lieux de production du conte comme art de l’oralité. Festivals, soirées de contes et autres activités mettant en lumière la richesse et la diversité des paroles conteuses se sont envolés à travers la francophonie comme autant de trucs du pissenlit balayés par un vent de renouveau. Conteuses et conteurs de tout acabit rivalisent de créativité, d’ingéniosité et de talent pour que vivent ces innombrables récits qui font rêver et voyager. Pour que les oreilles et tous les sens soient sollicités et se laissent emporter. Le conte comme objet de production littéraire a suivi. On publie des contes, beaucoup de contes. On édite, on réédite. Albums et compilations s’alignent généreusement sur les tablettes des librairies. En tant qu’écrivain et conteur, je ne peux que me réjouir d’une telle effervescence autour d’un univers qui me passionne depuis quelques décennies. Mais, au-delà de cette satisfaction, certains constats m’amènent à une réflexion qui me semble nécessaire. Je voudrais, ici, en poser les jalons en souhaitant qu’ils suscitent des réactions.



















