22 décembre 2007
Littérature malsaine, vraiment ? (la chronique de Simon Roguet, sur Livres échanges)
J’ai un peu peur…
Quand je sens un air de censure qui traîne par là…
Les éditions Actes Sud et plus particulièrement la collection "D’une seule voix" viennent de se faire réprimander par le ministère de la Justice qui demande aux éditions d'apposer une mention d'un âge minimal de 15 ans sur deux titres parus dans cette collection: Quand les trains passent de Malin Lindroth et et Kaïna-Marseille de Catherine Zambon.
Ce n’est pas la première fois mais cela fait toujours un peu drôle d’apprendre ce genre de nouvelles. Ces deux titres sont des livres que je conseille régulièrement, comme je le fais pour tous les titres que j’ai appréciés, dans ma librairie. Je suis conscient que ce sont deux textes forts et je les conseille aux ados que je connais bien ou en prévenant que ce sont des livres qui ne laisseront pas indifférents. J’avoue, je n’ai jamais demandé l’âge des ados en face de moi, quand j’ai conseillé ces livres. J’avais l’impression que je n’étais pas confronté aux mêmes obligations que les bureaux de tabac ou les bars PMU. Maintenant, je devrais peut être le faire, puisqu’il ne faut pas heurter nos chers petits ados adorés.
Lire la suite sur Livres échanges
Publié dans CHRONIQUES DE SIMON ROGUET, DOSSIER ADOS, LIVRES EN DÉBAT | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
|
Facebook
16 décembre 2007
«Je tenais à dire qu'il faudrait arrêter de prendre les "ados" pour des crétins.»

(Citrouille n°36, novembre 2003)
Quand, rebondissant par son commentaire sur un débat ouvert par Vincent Cuvellier sur notre blog en février 2006, une ado fait (involontairement ?) le lien avec un autre débat initié par Blandine Longre, en mentionnant les mêmes auteurs (Malin Lindroth,Guillaume Guéraud) que ceux cités par l'article du Monde...
«Bonjour,
Je suis ce qu'on peut appeler une ado étant donné que j'ai 15 ans. je tenais à dire, qu'en effet il faudrait arrêter de prendre les "ados" pour des crétins. on est bien capable de faire la part des choses entre la fiction et la réalité.
Pour ma part j'ai vraiment aimé ce livre [Je mourrai pas gibier]. je trouve l'écriture simple, et pourtant, on arrive très bien à se mettre dans la peau du personnage.
c'est, certes, un livre qui laisse mal à l'aise, et pourtant, pas tant que ça ; ce n'est pas le pire. un livre qui m'a vraiment laissé sur le carreau c'est "quand les trains passent" de Malin Lindroth de la collestion "d'une seule voix".
ils font partie de ces livres qui permettent une réflexion, une remise en cause ; ce qui change des romans ados basiques qui virent au cucu d'une amourette impossible, ou de l'elfe en quête de la pierre qui va sauver le monde. et je trouverais dommage que la publication de tels livres soit stoppée.
Publié dans DOSSIER ADOS, LIVRES EN DÉBAT | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
|
Facebook
15 décembre 2007
Famille, je te hais ?

Publié dans DOSSIER ADOS, LIVRES EN DÉBAT, RÉTROVISEUR | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
|
Facebook
14 décembre 2007
"Un livre doit être un danger", disait Cioran... (un article du blog de Blandine Longre)
Les grands médias ont rarement l'occasion de parler de littérature jeunesse, et la plupart n'y connaissent pas grand-chose - mais quand ils le font (à l'occasion du Salon de Montreuil, une fois l'an), on aimerait qu'ils la traitent sur le même plan que les autres littératures... Et non comme une "production" à part. En effet, certains auront peut-être lu un article paru dans Le Monde des livres du vendredi 30 novembre, qui s'intitule "Un âge vraiment pas tendre - Mal-être, suicide, maladie, viol... Pourquoi les livres destinés aux adolescents sont-ils si noirs ?"
Déjà, ces premiers mots en ont fait bondir plus d'un... (éditeurs, auteurs, bien sûr, mais aussi lecteurs), car tout est dit dans le titre : l'idée obsolète, idéal d'un autre temps, qu'il existerait un âge "tendre" ; puis l'énumération de termes qui ressemblent ici à des "gros mots" (auxquels il ne faudrait surtout pas associer l'idée de jeunesse...) et enfin, une question qui aussitôt se fait affirmation... Le ton est donné et l'article va dans le sens d'un "protectionnisme" qui semble faire un retour en force... (pour ne pas parler des velléités de censure de certains), d'autant plus dommageable que la littérature dont il est ici question s'adresse aux adolescents (et non à des "enfants") - une littérature hybride, que les adultes eux-mêmes (quand ils passent outre les préjugés) ont souvent grand plaisir à lire - et que les adolescents, selon leur maturité (qui n'a rien à voir avec l'âge...), peuvent tout lire, on le sait.
Lire la suite sur le blog de Blandine Longre
Publié dans DES LIENS, DOSSIER ADOS, LIVRES EN DÉBAT, SITARTMAG | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
|
Facebook
16 mai 2007
A propos de Babel J, Exprim’, Photoroman, D’une seule voix, Nouvelles, doAdo Noir et doAdo monde
Ça a commencé il y a un an, avec l’arrivée des Babel J. J’étais plutôt sceptique sur l’idée. Pocket avait essayé d’intégrer au fonds jeunesse des titres initialement publiés en secteur adulte, et ça avait donné Pocket jeunes adultes, qui mélangeait sans scrupule Pourquoi j’ai mangé mon père, de Roy Lewis, à la trilogie du Juge d’Egypte, de Christian Jacq. Mais les premiers titres de Babel J ont chassé plutôt loin mes préjugés. A côté de textes que je connaissais (Loin, très loin de tout, d’Ursula K. Le Guin, ou Sous le règne de Bone, de Russel Banks), j’ai découvert des romans qui me seraient sinon sans doute restés inconnus (comme Jeu de massacre, de Henri-Frédéric Blanc) et que je conseille avec plaisir aux adolescents.
Et puis Sarbacane, qui n’éditait jusque là que des albums et quelques documentaires, s’est lancé dans les romans, et ce fut l’une des meilleures nouvelles éditoriales de ces derniers mois. Les trois premiers titres de la collection Exprim’, parus en novembre 2006, ont donné un nouveau souffle à un secteur qui tournait un peu en rond. Si l’on était fâché avec l’étiquette de littérature « pour adolescents », on ne gardait que la littérature. Ces trois premiers titres voulaient imprimer l’idée d’une écriture hybride, inspirée peut-être par la chanson, une écriture poème, qui tour à tour pouvait se lire, se chuchoter, se crier. Dans Adieu la Chair, paru en mars dernier, Julia Kino fait complètement s’effacer le propos devant une écriture somptueuse, qui renvoie indiscutablement à des références musicales telles que Jim Morrison ou Marianne Faithfull. Sur le site dédié à la collection, la toute jeune écrivaine lit des extraits de son texte, et il suffit de quelques phrases pour saisir ce lien incroyable entre la musique et les mots.
Publié dans ARTICLES DIVERS, DERNIERES LECTURES, DOSSIER ADOS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
|
Facebook
22 février 2006
» Attention, le personnage est bien un méchant, tuer c'est mal, ados ne tuez pas !
Une réaction de Vincent Cuvellier à la critique du dernier roman de Guillaume Guéraud par la librairie Comptines
"Bonjour,
ce n'est pas la première fois que j'entends ces arguments concernant un roman pour ados, singulièrement souvent de guillaume guéraud, et parfois d'autres... j'ai envie d'y réagir, et d'une parce que c'est un pote à moi, ce qui me semble une raison suffisante, et de deuze, parce que mes livres à moi sont tout ce qu'il y a de pas violent, à deux doigts du cucul la praline et que je peux donc parler sans intervenir pour ma propre paroisse..
Ces avis (en gros je résume, c'est génant de faire lire à des ados un livre violent voire qui glorifie la violence) me semblent être des avis moraux, et à mon humble avis la morale n'a rien à voir avec la littérature, elle ne peut que nous mener vers plus de politiquement correct... ok, guéraud a une certaine fascination pour la violence, on peut s'identifier et éprouver de la sympathie pour son personnage principal, mais là, on est quand même dans un procédé qui est utilisé dans des centaines de milliers de livres: l'identification au personnage, qu'il soit gentil ou méchant...
Faudrait il mettre un avertissement sur le bouquin, genre: "attention, le personnage est bien un méchant, tuer c'est mal, ados ne tuez pas!"
Et alors que faut il faire de tous ces livres ou films où on éprouve de la sympathie pour le méchant et/ou la violence est esthétisée? adieu scorsese, coppola, léone, et des milliers d'autres...
Ah oui, c'est vrai, ces auteurs ne s'adressaient pas aux ados... aux ados, il leur faut des modèles, c'est qu'ils sont en construction, et risqueraient de prendre la fiction pour la réalité... popopop! et si les ados n'étaient pas débiles mais bien capables de faire la part des choses? et si les livres étaient aussi là pour transgresser des tabous? et si les livres pour ados étaient des livres tout courts, donc sans aucune portée pédagogique ou morale, mais une portée littéraire?
Qu'est ce qu'il faut faire? ne pas éditer les livres de guillaume? qu'il rentre dans le rang? qu'il écrive des trucs inoffensifs?
Ou qu'il essaie à chaque bouquin, avec ses exagérations ou ses maladresses à chercher dans sa voie?
Allez, cherche, guillaume, cherche, oh oui, c'est un bon guillaume, ça!..."
Vincent Cuvellier (son blog)
Publié dans DOSSIER ADOS, LIVRES EN DÉBAT | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
|
Facebook
04 novembre 2005
» Janine Teisson : "Il y a une différence entre écrire pour des adultes ou pour des adolescents"

Un texte publié en septembre 2003
Comment parler de la littérature “adolescente”?… D’abord quels adolescents? Je parlerai des douze-quinze ans. Je laisse les seize- trente ans à d’autres. Prenons un adolescent qui ne veut ni n’aime lire. Une sorte d’anorexique de la lecture comme on en connaît tant. Rien ne passe. Ils n’a aucun désir dans ce domaine. Et puis un jour un prof lui donne l’occasion ou le met dans l’obligation de se plonger dans cette étrangeté qu’est la littérature adolescente et parfois le miracle a lieu, j’en suis témoin. L’adolescent lit le livre jusqu’à la dernière page et en éprouve visiblement de la satisfaction. Pourquoi ? Comment ? Certainement parce qu’il y a eu une rencontre, qu’elle soit douce ou violente entre les préoccupations confuses ou précises de l’adolescent, ses interrogations, ses malaises, ses aspirations, ses demandes et une parole qui ouvre ou qui rassure, qui bouscule, qui dit “ tu n’es pas le seul dans ton cas ”, qui entraîne vers le rêve, donne le sentiment qu’il y a bien une vie après l’adolescence et qu’elle vaut d’être vécue. Enfin une parole qui le touche, on ne sait comment.
30 octobre 2005
» Ces romans ados qui dérangent…

Archives - Articles parus en novembre 2003 -
- Ces romans dont on cause…
- Le péril jeune
- Des romans japonais pour les ados
- 16 romans pour ados
- La quatrième voie
- Conduites à risques
La photo de la couverture de ce numéro était signée Magali Schmitzler : voir son site.
Publié dans DOSSIER ADOS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
|
Facebook
30 octobre 2003
» Conduites à risques

Les conduites à risque consistent en l’exposition du jeune à une probabilité non négligeable de se blesser ou de mourir, de léser son avenir personnel, ou de mettre sa santé en péril : toxicomanie, alcoolisme, vitesse sur la route, tentatives de suicide, troubles alimentaires, fugues, défis dangereux, blessures délibérées, etc. Elles altèrent en profondeur ses possibilités d’intégration sociale. Certaines, inscrites dans la durée, s’instaurent en mode de vie, deviennent des addictions, d’autres marquent un passage à l’acte, ou une tentative unique liée aux circonstances. L’insuffisance du goût de vivre ouvre en soi un abîme qui expose au pire. Le jeune est simultanément en quête d’indépendance et de réassurance à l’égard des autres cherchant à la fois leur tutelle et l’autonomie, il expérimente pour le meilleur et pour le pire son statut de sujet, joue avec les interdits sociaux. Face à cet être ambivalent, insaisissable pour les autres mais aussi pour lui-même, les enseignants ou les parents sont souvent en grande difficulté, ne sachant plus à quoi se raccrocher. Or l’instauration de limites symboliques est nécessaire pour que le jeune se situe en tant que partenaire actif au sein du lien social, sache ce qu’il peut attendre des autres et ce que les autres peuvent attendre de lui dans une mutuelle reconnaissance. Une majorité de jeunes connaît finalement cette tranquillité d’exister. Mais une forte minorité témoigne d’un manque à être, d’une souffrance et de la nécessité de s’affronter au monde pour se dépouiller du mal de vivre et poser les limites nécessaires au déploiement de leur existence.
Pour chacun de ces jeunes, les raisons de se mettre en danger ne se comprennent qu’à travers son histoire personnelle et son ambivalence propre dans son rapport au monde. Aucune régularité simple et rassurante ne permet d’un trait de les identifier et aucune recette de les prévenir. Elles ont leur origine dans l’abandon, l’indifférence familiale, le sentiment de ne pas compter, mais aussi à l’inverse dans la surprotection, notamment maternelle. La disqualification de l’autorité paternelle revient couramment. Parfois c’est la violence ou les abus sexuels qui exilent de soi, ou la mésentente du couple parental. C’est toujours le manque d’orientation pour exister, le sentiment d’absence de limite à cause d’interdits parentaux jamais donnés ou insuffisamment étayés. Les conduites à risque ne relèvent pas de la volonté de mourir, ce sont des détours symboliques pour s’assurer de la valeur de son existence. Tentatives d’exister plutôt que de mourir… Rites intimes de fabrication du sens…
Quand le sentiment de soi est encore fragile, le corps devient alors le champ de bataille de l’identité. Il effraie par ses changements. Attache au monde, le corps se mue en objet transitionnel destiné à amortir le désarroi d’être soi. Le jeune le couve et l’écorche, il l’aime et le hait avec une intensité variable liée à son histoire et à la qualité de présence de son entourage. Si les limites manquent, le jeune les cherche à la surface de son corps, il se jette symboliquement (et non moins réellement) contre le monde pour établir sa souveraineté, bâtir une zone propice entre intérieur et extérieur. Les conduites à risque sollicitent symboliquement la mort dans une quête de limites pour exister. La mentalisation est mise en échec et la résolution de la tension implique le passage à l’acte ou les conduites addictives. Il s’agit d’accoucher de soi dans un corps à corps avec le monde. Les personnes affectivement importantes à ses yeux ne le rassurent pas sur la valeur de son existence, il interroge alors une instance métaphysique, mais puissante : s’il échappe à la mort après avoir été un instant à son contact, une réponse lui est donnée sur sa valeur personnelle. L’ordalie est un rite oraculaire. Elle énonce une prédiction sur l’avenir en disant si l’existence mérite qu’on aille à son terme.
En se mettant en danger, le jeune provoque le groupe, il lance un appel et resserre les liens autour de lui par les soins ou l’attention qu’on lui prodigue. Si ceux qui priment à ses yeux restent indifférents, la récidive est brutale ou bien le comportement à risque se transforme en addiction. Au contraire s’ils se mobilisent, témoignent de leur affection, l’échange se recrée sur une base plus propice. Les conduites à risque manifestent la résistance du jeune, elles s’opposent au risque plus incisif de l’effondrement du sens. Malgré les souffrances qu’elles entraînent, elles possèdent un versant positif : elles favorisent la recherche de marques ; elles sont un moyen de maintenir une relation de sens envers le monde ; tentative paradoxale de reprendre le contrôle de son existence. La souffrance est en amont, il s’agit de lui porter un coup d’arrêt, se faire mal pour avoir moins mal. L’épreuve personnelle est un chemin détourné pour retrouver le jeu de vivre…
David Le Breton, professeur de sociologie, à l’université Marc Bloch de Strasbourg.
Publié dans ARTICLES DIVERS, DOSSIER ADOS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
|
Facebook
» 16 Romans pour ados
Brooklyn Babies
Janet McDonald
Romans, Thierry Magnier – 7 €
Raven est une jeune fille noire de seize ans. Elle vit à Brooklyn et se débrouille bien au lycée. Mais lors d’une soirée malheureuse, sa vie va basculer. Elle tombe enceinte et va avoir un fils, Smokey. Son parcours semble tracé… Comme la plupart des filles mères de sa cité, elle va devoir vivre seule, sans mari, avec les allocations comme unique revenu. Mais Raven refuse ce destin. Elle ne veut pas lâcher ses rêves d’université et de travail. Elle ne souhaite pas suivre l’exemple de sa meilleure amie, Aïcha, qui se laisse vivre en attendant l’hypothétique retour du père de son enfant. Elle va se battre! Un texte remarquable, un texte de qualité où l’humour empêche de tomber dans le mélodrame, signé par une auteure américaine qui vit désormais à Paris. Elle nous peint avec style toute l’ambiance du célèbre quartier new-yorkais. Brooklyn est plein de vie, conjuguant les plus grandes misères avec les petits bonheurs du quotidien. Le combat que mène l’héroïne pour s’en sortir est beau et la façon de le mettre en scène parfaitement réussie. Une écriture à découvrir et un personnage à retrouver… vite!
M’Lire
Le grand écart
Alki Zei
Récits, La joie de lire – 12 €
Constantina quitte l’Allemagne, abandonnant Sigrid, sa meilleure amie, et ses parents. Des parents aimants, attentionnés, brillants, mais qui ont décidé de se séparer. Pour laisser les adultes régler leurs problèmes, elle accepte, ou plutôt décide, de vivre une année en Grèce chez sa grand-mère Farmour – Farmour qui n’a jamais montré d’affection pour Constantina, la comparant sans cesse à Vénitia, son autre petite-fille qui « avait toutes les grâces du monde », mais qui est morte à l’âge de dix ans. Et puis Farmour vit dans le souvenir de la guerre, refaisant régulièrement avec les Aspasia, ses trois amies, et Constantina, le chemin de leurs exploits. Sa haine des Allemands n’a pas faibli, ce qui ne facilite pas le dialogue avec Constantina, dont tant de souvenirs sont liés à l’Allemagne. L’adolescente étouffe. Alors un matin qu’elle se réveille seule, un petit mot lui laissant la liberté de la journée, elle exulte et décide d’en profiter. Sa rencontre avec un jeune couple d’Allemands lui fera oublier l’heure, mais sa peur est si visible que pour la calmer, ils lui donnent une petite pastille bleue… Et elle se sent merveilleusement bien. Son mal être l’ayant fait par ailleurs se tourner vers « Lumignon », un jeune garçon, victime lui aussi de l’égoïsme de ses parents et qui oublie dans la drogue leur trahison, elle va alors par la suite retrouver avec lui, mais moyennant finance, l’euphorie que lui procure les petites pilules – et c’est l’engrenage. Constantina n’a que 13 ans. Une information sur la drogue lui a été donnée au collège. On ne lui a cependant pas parlé de ces « petites pastilles bleues » ; aussi ignore-t-elle qu’elle se drogue. C’est avec sensibilité qu’Alki Zei évoque la difficulté de vivre des enfants quand, avec égoïsme, nous nous polarisons vers nos problèmes d’adultes.
L’Oiseau Lire
S’il faut mourir
Junius Edwards.
Jeunes Adultes, Pocket – 4,70 €
« En Amérique, personne vous empêche de voter. Personne vous dit comment voter… On a pas besoin d’être né dans le pays pour être citoyen et électeur, et goûter la liberté. Je viens ici, le jour de l’élection, et je vote… Je vote comme j’ai envie… Alors je suis tout à fait sûr d’être américain. » En 1950, Will, jeune noir américain de 21 ans, veut croire en cette Amérique-là, alors que dans un bureau du palais de justice, il assiste à cette déclaration d’un immigrant fraîchement naturalisé. Ce jour-là Will est venu avec l’intention de s’inscrire sur les listes électorales. Écarté du dernier vote pour cause de mobilisation en Corée, il ne veut pas laisser passer cet avis d’inscription adressé à tous les hommes et affiché dans son entreprise (mais était-il un homme aux yeux du directeur de l’usine qui l’a renvoyé le jour même pour avoir osé le penser et s’être absenté?). Aidé par sa mère, très fière de la démarche de son fils, il s’est longuement préparé en « potassant » l’histoire des États-Unis et ses lois. Pourtant, au bout de plusieurs heures d’attente et d’humiliation, Will quittera le bureau sans avoir réussi, la rage au cœur, mais bien décidé à ne pas baisser la tête. Avec ce roman, l’auteur nous fait partager le vécu d’un homme qui a décidé de se battre pour la justice, pour le respect des hommes, pour ces mots inscrits dans la Constitution. Ce récit est une leçon d’histoire sur ce que des hommes comme Will ont dû payer de leur vie pour faire reconnaître les droits de l’Homme. Une postface de l’éditeur apporte un complément d’information sur la lutte des Noirs aux États-Unis. À lire dès 14-15 ans.
La Courte Échelle
Ecoland
Christian Grenier
Métis, Rageot – 8,50 €
Ce livre est l’histoire d’une utopie nommée Ecoland, une ville, un pays, ou une chimère, personne ne le sait vraiment. Une vision futuriste de notre monde, notre vie actuelle transposée dans quelques années, mais pas beaucoup plus. Christian Grenier va nous la faire découvrir par les yeux de Clovisse, jeune fille froide qui doit enquêter sur Ecoland et par ceux de Vitalin, un jeune dessinateur de BD qui cherche une femme qui l’a quitté pour cette destination… Ces deux personnages vont se rencontrer, démêler ensemble illusion et réalité. Ils vont finalement former un couple, à la recherche d’une chimère à travers la France, Vitalin ne sachant plus très bien s’il cherche toujours Yolande son amour perdu, et Clovisse se laissant de plus en plus prendre aux charmes d’Ecoland… Ce qui m’a frappée dans ce livre, c’est la psychologie des personnages. Christian Grenier a su rendre sa fable utopique très réelle, rien qu’en se servant de son couple de Clovis-Vitalin constamment remis en cause. Pas d’évidences: ils vont hésiter, se tromper, ils se sentent seuls même en étant à deux, l’incompréhension règne entre eux… Mais ne vous méprenez pas: l’auteur ne fait pas de son roman une banale histoire d’amour dans le futur. Le livre va beaucoup plus loin que ça. La fin qui reste dans la logique du livre m’a particulièrement plu par sa cohérence avec le reste du récit. Christian Grenier ne dénonce pas de manière simpliste notre société, il fait une critique beaucoup plus subtile, moins tranchée, plus ouverte et son livre semble être une réflexion en mouvement. Mais si je n’ai personnellement ressenti aucune frustration quant au déroulement du livre, les personnages qui restent dans l’expectative pourront agacer certains…
D’après Stéphanie, 18 ans, pour Kraft, soutenue par Librair’île.
Kaena la prophétie
Pierre Bordage
Autres mondes, Mango – 10,50 €
Kaena vit sur Axis, un monde-arbre au bord de l’asphyxie. Il ne donne pratiquement plus de sève et l’avenir des habitants de la Cité du Milieu est fortement compromis. C’est en vain qu’ils implorent l’aide des dieux. Des murmures mystérieux et d’étranges visions hantent Kaena depuis sa plus tendre enfance. Elle est persuadée que c’est un appel à l’aide d’Axis, et son caractère aventureux et rebelle de l’emporter: bravant les interdits de sa cité et l’autorité du grand prêtre Elaïm, elle se lance dans un dangereux périple vers les racines de l’arbre géant. Sur sa route, Kaena va rencontrer une mystérieuse créature, venue d’un autre monde, qui va l’aider dans sa quête. Dans cette aventure ce sont toutes les croyances établies, toute l’histoire de son peuple qui vont être remises en cause par d’étonnantes découvertes qui vont irrémédiablement changer sa vie et celle de son peuple! Le premier roman SF jeunesse de Pierre Bordage est une belle réussite. Il crée pour les lecteurs un univers original et mystérieux avec pour personnage central une jeune fille qui n’a pas froid aux yeux… Aventures et suspens sont au rendez-vous! À partir de 12 ans.
L’Oiseau Lire
Voilà pourquoi les vieillards sourient
Marie-Sophie Vermot
Do A do, Le Rouergue – 8 €
Harold a promis à son grand-père qu’ils passeraient ensemble cette dernière journée à la ferme. Ensuite il s’envolera vers les États-Unis et Gramp emménagera dans sa « résidence pour troisième âge » ; et il y tient, Gramp, à ce terme de « résidence »! Il faut dire qu’il a un sacré caractère, qui ne rend pas la communication facile… Pourtant ce dernier jour laissera entrevoir beaucoup de non-dits, beaucoup de tendresse cachée, mais aussi quelques pans de l’existence de Gramp, son « amitié » pour Joseph, un personnage riche et attachant, la vie d’un village pendant la Deuxième Guerre mondiale… Pour qu’Harold sache vers qui il s’envole, Gramp dévoilera le passé, ce passé qu’Harold voudrait rejeter, oublier… « Des rancunes de vieux »! Un roman fort, une écriture concise, allant à l’essentiel et qui traduit si bien les émotions, les sensations.
L’Oiseau Lire
Salle des pas perdus
Julia Billeti
Médium, Ecole des loisirs – 7,50 €
Depuis trois ans la vieille vit là, entre la salle des pas perdus, les toilettes de la gare de Lyon et l’espace qu’elle s’est attribué comme chambre à coucher derrière les deux piliers. Sa famille? Les paumés, comme elle: Max qui fonctionne au rouge, Elie qui marmonne des incantations en se balançant, Céline qui tend la main pour s’acheter son café et son croissant du matin. Le café, c’est avec Yvonne que la vieille le partage, la dame-pipi des toilettes de la gare, toujours bien arrangée et bien maquillée. Les journées se déroulent suivant leur rituel rassurant: après la toilette la vieille s’appuie sur le caddie de supermarché qui ne la quitte pas et fait la tournée des poubelles. Elle y trouve les trésors jetés par les nantis: sandwiches à peine entamés, bouts de rouge à lèvres, journaux à peine froissés et parfois, quand la chance lui sourit, une « merveille »: manteau, stylo, briquet, un drap déchiré, une pile électrique… Tout cela s’entasse dans son chariot, par dessus sa boîte à sucre-boîte à secrets qui contient quelques souvenirs de sa vie « d’avant ». Ce soir-là, alors que la vieille partage ses provisions avec ses trois amis, elle repère une gamine: « treize, dix-sept ans? on ne sait plus maintenant! », posée sur un banc. Elle n’attend rien, ne voit personne, « au bord du vide, seule ». De toute sa tendresse et sa sollicitude la vieille va entourer, réchauffer apprivoiser l’enfant-femme, sans questions, sans déclarations. Elle lui donne un nom: Salomé. Salomé qui se laisse guider, absente à elle-même sent qu’elle a été ramassée… Elle n’a donc pas fini à la poubelle. Peu à peu Salomé parle: elle n’est rien, n’est personne. Ce qu’elle a appris sur elle, sur sa famille l’a plongée dans le désespoir. De toute sa vigilante patience la vieille entraîne Salomé dans son rituel quotidien rassurant, afin d’amener la jeune fille à poser à nouveau sur le monde un regard curieux, pour qu’elle renoue avec la vie. Mais comment franchir la dernière étape? Pour la vieille faire le geste qui rendra l’enfant à sa vie d’avant, pour Salomé, retourner sur ses pas et affronter la réalité. Dès les premières pages il faut se laisser guider tranquillement dans le monde que l’auteur installe lentement. Pas d’actions spectaculaires. Le récit prend le rythme lent des journées passées dans la répétition des actes dérisoires et indispensables de la vie. La misère a rendu ces hommes et ces femmes fragiles, le malheur peut engloutir l’adolescente perdue. Un geste brusque, une violence subite pourraient faire basculer ces vies vers le drame. De même que le récit accompagne sans heurt les événements, l’auteur plante dans le personnage de la vieille une figure qui prend sa force dans l’usage qu’elle fait de sa faiblesse. La vieille oublie sa fragilité pour mettre toute son attention à sauver l’enfant en danger. Une réalité rarement évoquée dans la littérature de jeunesse qui amène à poser un regard différent sur ceux qu’on croise dans la rue.
France, bibliothécaire, pour l’Oiseau Lire
Les coups durs
Elizabeth Laird
Tribal Flammarion – 8 €
Jake est battu, cassé, détruit par l’homme qui vit avec sa mère et qui n’est pas son père. Alors il se découvre une cachette-refuge qu’il transforme dans son imaginaire en maison magique: maison-île, maison-château, maison-forteresse où personne ne pourra l’atteindre et le faire souffrir. Une maison dans laquelle il fait une place pour son père, persuadé qu’un jour il viendra le chercher. Mais lorsque les coups deviennent trop durs, la mère de Jake ose enfin fuir. Elle se présente à la mère du père de Jake avec qui elle n’a jamais eu de contact depuis la naissance du bébé et la fuite du père. La grand-mère, une femme puissante qui a toujours renié l’enfant, fini par se laisser « attendrir » par la détresse de Jake et sa mère, et la ressemblance de l’enfant avec son propre fils. Elle va se poser en rempart face à la violence de Steve qui vient les harceler chez elle. Et Jake attend… il attend ce père caché au fond de lui, ce père rêvé, héros de son cœur malgré l’abandon. À travers la violence d’un homme et la souffrance qu’il engendre, E. Laird nous parle de deux générations de femmes, qui s’affrontent pour défendre et protéger chacune à sa manière son propre fils.
Récréalivres
Les larmes de l’assassin
Anne-Laure Bondoux
Millézime, Bayard – 10,90 €
Au bout du monde, dans un endroit totalement isolé, vit la famille de Paolo. Le jour où il se retrouve seul avec Angel, l’assassin de ses parents, leur vie peut et va alors commencer. Ces deux êtres qui ont toujours manqué cruellement d’amour vont tout apprendre l’un avec l’autre, l’un grâce à l’autre. Lorsqu’intervient Luis, un homme riche et cultivé, à nouveau il y a profusion d’émotions nouvelles pour les deux héros. En effet, de ce roman intemporel éclate une quantité de sentiments: l’envie, la jalousie, la confiance, la trahison, la tendresse… et bien sûr l’amour. « Comme il est difficile de vivre, se disait Paolo. Et comme tout est compliqué, tordu, torturé, comme les arbres secs et morts de la pampa. » Cette histoire est une quête, une recherche d’identité où chaque personnage rencontré a tellement à donner, à partager.
La Luciole
Sobibor
Jean Molla,
Scripto, Gallimard – 9 €
Sobibor… après avoir lu ce livre, si vous l’ignoriez comme malheureusement beaucoup de jeunes et d’adultes, vous découvrirez ce qu’était ce camp, même si les Allemands ont tout rasé et planté des pins pour qu’on ne retrouve rien. Vous le découvrirez avec Emma, une adolescente mal dans sa peau, anorexique, qui accompagne sa grand-mère en fin de vie. Une nuit celle-ci prononce des mots étranges, et le matin, refuse de s’expliquer, inquiète de savoir ce qu’elle a dit exactement. Alors Emma cherchera seule ce qu’est Sobibor. Puis Mamouchka meurt. En rangeant ses affaires sa petite-fille trouve un journal qui mettra fin à ses interrogations mais la plongera dans l’horreur. C’est le journal de Jacques Desroches, un Français engagé en 1942 auprès des Allemands dans la LVF (légion des volontaires français contre le bolchevisme). Il sera chargé de collecter pour Himmler les chiffres des juifs « traités » à Sobibor. Ce Jacques, c’est celui dont sa grand-mère a prononcé le nom, c’est celui qu’elle a aimé… Mais Emma n’est qu’au début de ses découvertes. Lorsqu’elle comprendra qui est cet homme, elle n’aura qu’un désir, mettre fin à sa vie. Son séjour à l’hôpital lui permettra de prendre du recul, d’accepter de briser le silence malgré les conséquences. Pour que l’on n’oublie pas. Car ce n’est pas simplement ce qui s’est passé qui est horrible, c’est le silence après, l’absence de remords, l’horreur que l’on lègue inévitablement à ses petits-enfants et qui peuvent pousser une adolescente à se détruire. Jean Molla nous donne un récit très fort, très émouvant. Le personnage d’Emma, par sa reconstruction, apporte l’humanité nécessaire à ce roman dont on ne peut se passer.
L’Oiseau Lire
Le prince des voleurs
C. Funke, trad. M.-C. Auger-Gougeat
Hachette jeunesse – 12 €
C’est clair, l’auteure aime et connaît Venise: les mystères et les beautés de la ville imprègnent tout le roman. De délicates illustrations à la plume introduisent chaque chapitre, mettant en lumière les multiples visages de la « Ville de la lune », bien au-delà des clichés. Dans les ruelles de cette Venise hivernale et glacée se cache une bande d’enfants délurés, plus ou moins abandonnés, fugueurs ou marginaux, tous très attachants. Fuyant l’autorité des adultes ils survivent de rapines et n’obéissent qu’à leur chef, le jeune, beau et ténébreux Scipio, prince des voleurs. C’est une vie dure mais follement exaltante, propre à faire rêver tout lecteur (même moi adulte!). Hélas, voici qu’intervient Victor Getz, détective privé de son état, lui-même ancien fugueur, cocasse et irrésistible misanthrope amoureux des tortues domestiques et nostalgique de son enfance ; il va traquer et menacer la fragile et illusoire liberté de la petite bande, mais ce sera pour le bien de tous finalement. La morale de l’histoire, c’est qu’un jour ou l’autre il faut bien accepter de devenir adulte, pour le meilleur et pour le pire… Mais avant d’arriver à cette très sage conclusion, le lecteur aura eu le bonheur de beaucoup délirer, rire, pleurer et trembler en vivant intensément les aventures les plus extravagantes, émouvantes, palpitantes qui soient.
Comptines
Les yeux de Moktar
Michel Le Bourhis
Les uns les autres, Syros jeunesse – 7,50 €
C’est en refermant le livre que l’on comprend le pourquoi du titre et de la couverture. Car on aura fait alors un long et douloureux chemin dans les yeux de ce grand-père algérien qui a perdu la vue mais pas la mémoire. Cette mémoire essentielle qu’il se doit de transmettre aux autres, aux enfants, à ceux qui lui survivront. Ce texte, c’est la parole retrouvée autour du drame du 17 octobre 1961, le jour de la manifestation durant laquelle des policiers frappèrent et tuèrent un nombre jamais reconnu de « Français d’Algérie » qui défilaient pacifiquement en réponse au couvre-feu raciste imposé par Maurice Papon. Moktar est marqué au fer rouge par cette année qui, pour beaucoup, restera celle du premier homme dans l’espace et de la construction du mur de Berlin, mais qui pour lui sera surtout celle de la perte d’une femme et de la répression sanglante de cette manifestation. Il faudra quelques pages douloureuses pour que le secret puisse être entendu par un jeune adolescent, Adrien – le temps pour lui de comprendre les douleurs d’un monde qui « était devenu fou », le temps de tomber amoureux de Souad… Michel Le Bourhis a signé un texte très fort, qui parle pudiquement des douleurs d’Adrien et de Moktar reliés par la révélation de ces crimes, mais aussi par la douleur commune des séparations – la perte de son père pour l’un, celle d’une femme pour l’autre. C’est un très beau récit qui contribue à briser la loi du silence qui s’est imposée dès le lendemain de cette nuit d’octobre (quand la littérature jeunesse s’empare d’une réalité absente des livres d’histoire, c’est plus qu’encourageant…), mais un récit qui dit aussi comment l’on peut grandir, vieillir et aimer en choisissant de laisser libres de courir la mémoire, les tristesses et le partage.
L’Eau Vive
La fontaine aux vestales
J.-F. Nahmias
Titus Flaminius, Albin Michel – 14 €
Un privé au temps des Romains: ce premier tome (passionnant) inaugure une série de polars historiques. Titus Flaminius est un jeune avocat désœuvré, riche et frivole. Sa mère vient d’être mystérieusement assassinée, et il décide alors de démasquer et punir le coupable. Cela se passe en 59 av. J.-C. dans une Rome grouillante de vie et d’intrigues politiques et amoureuses. Sur les pas de Titus, fils de grande famille patricienne, nous croisons des célébrités: César, Brutus, Cicéron, Lucullus… Au fil de l’enquête, nous entrons dans les luxueuses villas aux immenses jardins des beaux quartiers, nous explorons les bouges des banlieues surpeuplées comme Subure, nous découvrons les zones hantées où les pauvres sont enterrés dans les fosses communes ; et la pire laideur n’est pas où Titus le croyait dans son insouciance et sa naïveté. Nous assistons aux fêtes innombrables, souvent sanglantes, aux représentations sportives ou théâtrales. Cependant l’assassin frappe à plusieurs reprises, et le mystère s’épaissit lorsque Licinia, très belle vestale sensible au charme de Titus, est impliquée. Aimer une vestale est un crime puni d’une mort atroce: notre héros résistera-t-il? À la fin de l’enquête labyrinthique (vous ne saurez vraiment tout que dans les dernières lignes), Titus décidera de changer de vie. Il se consacrera aux pauvres, comme enquêteur. Excellente nouvelle pour les amateurs de bons romans policiers et pour les amoureux de l’antiquité romaine, ici remarquablement mise en scène, familière et vivante.
Comptines
Contes de la cave
E. et B. de Saint Chamas, F. Roca
Seuil jeunesse, 14,95 €
Un célèbre chirurgien découvre dans la cave de son nouvel hôtel particulier parisien un manuscrit surprenant d'un certain Aristide Fandor. L'homme raconte sa traque d'inédits d'auteurs célèbres, nous dévoile quatre contes écrits soi-disant par les frères Grimm, Marcel Aymé, Baum et Théophile Gautier et nous révèle le nom de celui qui se cache derrière ces histoires en miroir (une rencontre, une énigme à résoudre, un choix d'objets magiques). Le médecin aurait dû se méfier… L'emboîtement des contes dans un récit circonstancié impose une lecture linéaire de ce livre et justifie que l'on classe ce bel ouvrage illustré par François Roca et écrit dans une très belle langue plutôt dans les romans. Voilà de l'imaginaire de haute volée qui ouvrira aux collégiens d'autres horizons que ceux donnés par les séries ou les récits fantastiques formatés!
Véronique-Marie Lombard, Livralire.
Je veux devenir moine zen!
K. Miura, trad. E. Suetsugu
Philippe Picquier – 14 €
Pratiquer le zazen (méditation assise), pendant deux heures chaque dimanche, c’est déjà quelque chose, mais décider de devenir moine zen est carrément une autre paire de manches! C’est pourtant le désir que finira par exprimer Ryota, ce petit garçon de huit ans, joueur, rêveur, un peu brouillon, fan de rock et de séries télévisées, alors qu’il découvre, semaine après semaine, la vie du monastère en accompagnant son père à sa séance de méditation dominicale dans le beau temple de Zenkaiji. L’auteur ne nous dit pas grand-chose du cheminement intérieur qui va conduire l’enfant, puis l’adolescent à franchir les obstacles et à persister dans ce désir jusqu’à l’âge requis pour devenir bonze. C’est le regard et le parcours émotionnel de Monsieur Kimura, son narrateur de père, que nous suivons pas à pas, dans un récit souvent drôle, parfois poignant. Tout d’abord sidéré, il refuse ensuite de croire la chose possible: comment son turbulent petit garçon s’accommoderait-il de la règle monastique durement édictée par la sévère et imprévisible révérende? Et comment un père aimant pourrait-il accepter que son fils soit privé des mille plaisirs de ce bas monde? Peu à peu pourtant l’idée fait son chemin: imaginer Ryota en moine accompli et vénéré remplit l’heureux papa de fierté anticipée. Aussi quelle déception quand Ryoka, qui accumule les mauvaises notes au collège, et finalement déstabilisé par les inquiétudes du père annonce un jour: « Je ne serai pas moine zen »… Qu’à cela ne tienne, l’abbesse reprend les choses en mains, et désormais le destin de Ryoka va s’accomplir inexorablement, tandis que ses parents renouent avec l’angoisse. Le roman donne un étonnant et très vivant aperçu des rapports parents/ enfants, hommes/femmes dans le Japon d’aujourd’hui. La plongée dans l’univers monastique zen est une découverte pleine d’étrangeté, un voyage dans un autre monde: on comprend les réticences des parents! Le lecteur adolescent sourira devant les efforts méritoires de Monsieur Kimura pour rester cohérent, juste (et zen!) face aux décisions surprenantes de son garnement de fils. Mais il sera sans doute touché par la sincérité de ce même père qui, avec maladresse et courage, essaie obstinément de comprendre…
Comptines.
Les baisers des autres
Carine Tardieu
Livre DVD, Ciné-romans,
Actes Sud Junior – 8 €
Une écriture taillée au couteau. Un texte direct qui rappelle davantage le punch du boxeur que les senteurs d’une belle prairie. Le ton surprend d’abord par sa nudité, à fleur de peau, comme son personnage. Ensuite, l’émotion arrive, avec l’histoire de cette jeune fille de 15 ans, mal dans sa peau, à la fois râleuse et attachante. Une ado pleine d’envies et de vie qui (se) cherche… Une histoire pas forcément exceptionnelle, une histoire de vie tout simplement. Ce récit, c’est aussi un formidable hommage à une mère qui disparaît, cette mère à qui on aurait voulu dire tant de choses mais à qui on n’a rien dit. Le portrait de l’héroïne est peint sans manichéisme, sans clichés. Pas complètement noire, plus tout à fait blanche… Une ado qui aurait pu être nous… Tout dans ce court et remarquable texte de Carine Tardieu nous rappelle la force du court métrage qu’elle avait réalisé quelque temps auparavant. Celui-ci avait unanimement conquis par sa force et son émotion. La voix de Romane Bohringer, admirable dans sa lecture désabusée, délicatement posée sur des images que l’on dirait volées au quotidien de cette famille. Dans le cadre de cette nouvelle collection, les éditions Actes Sud ont eu la très bonne idée de nous proposer ces deux créations qui s’entremêlent, se questionnent et se complètent… Une initiative qui nous vaut de beaux moments d’émotions.
M’Lire
Publié dans DOSSIER ADOS | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
|
Facebook
» Romans japonais
Voici une sélection de romans japonais lisibles par les adolescents. Cette sélection a été établie à partir de leur catalogue par les éditions Picquier, dans la cadre d'un partenariat avec le Salon de Montreuil.
LIKEZAWA Natsuki
TIO DU PACIFIQUE
Traduit du japonais par Corinne Quentin
208 pages / 17,50 e / ISBN: 87730-553-8
Tio a une douzaine d’années et vit dans une île qui " a la forme d’une papaye coupée en deux dans le sens de la longueur ". Entre la plage et la barrière de corail, le volcan et la jungle, il nous parle de l’importance de certaines rencontres, de trésors cachés et de légendes: des dieux qui appellent auprès d’eux les enfants trop parfaits pour rester sur terre, du couple de touristes qui ne voulait plus partir, de l’arbre qui soutenait le ciel ou de Mamie Kamaï qui avait prédit la chute de l’homme attiré vers la terre...
Miura Kiyohiro
JE VEUX DEVENIR MOINE ZEN!
Roman traduit du japonais par Elisabeth Suetsugu
120 pages / 14 e / ISBN: 87730-594-5
Comment réagir lorsque votre fils âgé de huit ans vous annonce sa décision de devenir moine?
Ryôta est un enfant ordinaire: dissipé en classe, turbulent à la maison, il se gave de séries télévisées et de hamburgers. Pourtant il laissera derrière lui sa maison, sa famille et jusqu’à son propre nom pour accomplir sa vocation. Un court roman, plein de vie et de drôlerie, sur la réalité du zen et les chocs qu’il provoque dans le quotidien d’une famille moderne.SI LE
SÔSEKI
PETITS CONTES DE PRINTEMPS
Traduits du japonais par Elisabeth Suetsugu
N°198 / 140 pages / 5,50 e / ISBN: 87730-643-7
Sôseki, que l’on compare volontiers en Occident à Proust ou à Virginia Woolf, écrivit pour un journal le feuilleton de ses Petits contes de printemps au printemps 1909. Ces fragments de journal intime ont chacun une tonalité très différente, tantôt intime et familière, tantôt d’une drôlerie délicate, étrange, ou encore empreinte de nostalgie. Ils donnent à voir le temps qui passe, la douceur d’un soir de neige ou la beauté des flammes. Une façon de lire l’impermanence des choses.
ASADA Jirô
LE CHEMINOT
Récits traduits du japonais par Yukiko et Didier Chiche-Triller
N°193 - 132 pages / 5,50 e / ISBN: 87730-628-3
Sur une petite ligne de chemin de fer sur le point d’être désaffectée, quelque part en Hokkaidô, un vieux chef de gare… Alors que les souvenirs se pressent en cette nuit de réveillon, une tempête de neige fait surgir du passé le fantôme de sa petite fille, Yukiko, morte en bas âge, en même temps que tout ce qui était resté enfoui au fond de lui pendant un demi-siècle. D’un récit à l’autre, voici le quotidien transfiguré par la grâce d’une rencontre. Comme si notre monde matérialiste et désabusé pouvait être aussi fertile en miracles que celui de jadis.
HIGUCHI Ichiyô
QUI EST LE PLUS GRAND?
Roman traduit du japonais par André Geymond - Illustré
N° 47 / 120 pages / 5,50 e / ISBN: 87730-265-2
Qui est le plus grand?, appelé à devenir un classique de la littérature japonaise, est une des œuvres les plus attachantes de l’auteur (1872-1896), morte à vingt-quatre ans, qui traversa l’ère Meiji à la manière d’une étoile filante. Les personnages principaux sont des enfants qui font l’apprentissage de la vie dans le Yoshiwara, le quartier des plaisirs d’Edo (Tôkyô).
`
INOUE Yasushi
LA FAVORITE
Le roman de Yang Kouei-fei
Roman traduit du japonais par Corinne Atlan
N° 15 / 256 pages / 8 e / ISBN: 87730-197-4
L’histoire des tragiques amours de l’empereur Siuan-tsong (empereur des T’ang au VIIIe siècle) et de Yang Kouei-fei est aussi célèbre en Chine que celle de Tristan et Yseult en Occident.
INOUE Yasushi
LOU-LAN
Récits traduits du japonais par Jean-Christian Bouvier et Didier Chiche
N° 29 / 152 pages / 6,50 e / ISBN: 87730-222-9
C’est aux confins du monde qu’Inoue nous convie une fois de plus: en Asie centrale, en Chine, au Japon, sur les traces de nomades anonymes, d’archéologues, vers des villes abandonnées, des tombeaux oubliés.
INOUE Yasushi
LE LOUP BLEU
Le roman de Gengis Khan
Traduit du japonais par Dominique Palmé et Kyoko Sato
N° 1 / 280 pages / 7,50 e / ISBN: 87730-171-0
" (...) J’ai eu envie d’écrire la vie de Gengis Khan car si j’étais capable, jusqu’à un certain degré, de la comprendre, il y avait pourtant un point que je ne parvenais pas à élucider: qu’y avait-il à la source de son désir de conquête? C’est ce mystère qui m’a attiré. "
Inoue Yasushi
NUAGES GARANCE
Récits traduits du japonais par Aude Fieschi
N° 165 / 200 pages / 6 e / ISBN: 87730-560-0
Les enfants dont nous parle Inoue jouent, sautent, rient, font des pâtés de sable, pleurent comme il est normal de le faire à leur âge. Mais lorsqu’ils sont de gré ou de force plongés dans le monde des adultes, la candeur et la naïveté qu’on associe à l’enfance se muent en une intuition aiguë et en une intelligence des situations les plus complexes. Ils n’hésitent pas alors à perturber le jeu des adultes et peuvent aussi connaître les tourments de la jalousie et les humiliations, en même temps que de grands émois.
INOUE Yasushi
ASUNARO
Roman traduit du japonais par Geneviève Momber-Sieffert
N° 96 / 192 pages / 7 e / ISBN: 87730-392-6
S’inspirant de sa propre expérience et par tableaux successifs, Inoue accompagne le jeune Ayuta aux prises avec les incertitudes de la jeunesse, les troubles de l’amour et plus tard, devenu journaliste, avec la désillusion qu’engendre la guerre. Dans ce monde où il faut vivre et s’affirmer, les femmes, obstinément belles et libres, vont encourager ses élans de jeune homme et transformer peu à peu son regard sur son propre devenir.
MATSUMOTO Seichô
TOKYO EXPRESS
Roman policier traduit du japonaispar Rose-Marie Makino-Fayolle
Collection Unesco d’Œuvres Représentatives
N° 10 / 192 pages / 7 e / ISBN: 87730-188-5
Le plus célèbre des romans policiers japonais écrit par l’un des maîtres du genre, véritable légende vivante. " Le chef-d’œuvre de Matsumoto " (Libération).
MURAKAMI Ryû
KYOKO
Roman traduit du japonais par Corinne Atlan
N° 141 / 232 pages / 7 e / ISBN: 87730-505-8
Dans ce roman, Murakami a voulu écrire, selon ses propres termes, un " roman sans drogue, sans violence et sans sexe, sur la renaissance et l’espoir ".
Kyoko a 21 ans. Elle est venue à New York à la recherche d’un souvenir d’enfance. Dans cette histoire d’un voyage à travers les Etats-Unis, l’auteur donne tour à tour la parole aux différents personnages qu’elle croise. Obstinée et ingénue, animée d’un surprenant enthousiasme pour la vie, Kyoko les entraîne malgré eux dans son sillage
NISHIMURA Kyôtarô
LES GRANDS DéTECTIVES N’ONT PAS FROID AUX YEUX
Roman policier traduit du japonais par Jean-Christian Bouvier
N° 69 / 248 pages / 8,50 e / ISBN: 87730-326-8
Que diable Maigret, Ellery Queen et Hercule Poirot sont-ils allés faire à Tôkyô? En les invitant, M. Sato a son idée: se faire voler deux millions de dollars, sous leurs yeux. Quel plaisir d’offrir à ses détectives favoris le luxe d’une enquête sur le vif... Bien entendu, un vieux détective japonais est de la partie: Kogoro Akechi, le héros d’Edogawa Ranpo.
POÈMES DE TOUS LES JOURS
Anthologie proposée et commentée par Ôoka Makoto
traduite du japonais par Yves-Marie Allioux
N° 34 / 232 pages / 7,50 e / ISBN: 87730-237-7
Voici cent poèmes qu’Ôoka Makoto, lui-même poète, critique et essayiste, a choisis pour nous. Art de
l’ellipse et de la suggestion: tous les amoureux de " silence " trouveront dans ce livre une réponse à leurs questions sur le sens et l’avenir de la poésie.
IBUSE Masuji
LA SALAMANDRE
Récits traduits du japonais par Martine Jullien
N° 121 / 240 pages / 7,50 e / ISBN: 87730-452-3
Ibuse Masuji, né en 1898, est une des figures les plus populaires des lettres japonaises. Animaux, petites gens de province, villageois, sont les acteurs de ces instants de vie qu’il dépeint avec un sens aigu de l’observation et – sous une apparente légèreté – avec un humour délicat et un regard chargé de tendresse. C’est La Salamandre – que les enfants japonais lisent dans leurs livres d’école – qui le rendit célèbre avant que ses meilleurs récits ne lui attachent l’admiration et la sympathie du grand public.
KOMATSU Sakyo
LA SUBMERSION DU JAPON
Roman - Edition adaptée et traduite par M. et Mme Shibata Masumi
N° 128 / 256 pages / 8 e / ISBN: 87730-471-X
Le premier grand cataclysme s’abattit sur la région d’Osaka à 5 heures 11, le 30 avril. A 8 heures 03, la chaîne de montagnes Togakure explosa. Les regards du monde entier étaient fixés sur " la mort du dragon ". Des dizaines d’avions appartenant à des télévisions de toutes les nationalité volaient au-dessus de l’archipel du Japon qui crachait du feu et des flammes.
Un best-seller pour ce livre d’" anticipation " qui pourrait devenir réalité.
KOIKE Mariko
LE CHAT DANS LE CERCUEIL
Roman policier traduit du japonais par Karine Chesneau
N° 184 / 208 pages / 6,50 e / ISBN: 87730-605-4
Si Momoko n’ouvre son cœur qu’à sa chatte Lala, son père n’a d’yeux que pour la belle et pulpeuse Chinatsu, au grand dam de la jeune fille au pair: trois habitants d’une même maison dans le Japon d’après-guerre vivent dans un calme apparent, ignorants d’une vérité cachée qui les pousse inexorablement vers la tragédie.
Quand la neige recouvrira de silence le jardin et le champ de blé alentour, les non-dits réveilleront ce petit démon intérieur qui appelle au meurtre.
MIYAMOTO Teru
LES GENS DE LA RUE DES REVES
Roman traduit du japonais par Philippe Deniau
N° 120 / 272 pages / 8,50 e / ISBN: 87730-448-5
En allant à la recherche des Gens de la rue des Rêves, il faut se rappeler que l’auteur est profondément attaché à Ôsaka, la grouillante et bruyante ville où, quelque part dans le quartier sud, parmi le peuple des petits commerçants, il a planté le décor de ce roman. Miyamoto Teru prête son regard à un apprenti poète célibataire et démarcheur de son état qui, au fil de ses interventions dans les soubresauts tragicomiques de l’existence de ses voisins, nous invite à découvrir avec lui leur humanité attachante.
MIYAMOTO Teru
LA RIVIÈRE AUX LUCIOLES
Récits traduits du japonais par Philippe Deniau
N° 112 / 208 pages / 7,50 e / ISBN: 87730-429-9
Pays de l’enfance, de jeux et d’amitiés, pays de rêves et de correspondances secrètes. Pays de neige et d’eau, paysages d’ombre et de lumière, rencontres longuement rêvées par des enfants: celle d’une carpe sous le soleil de plein été ou de lucioles venues par myriades s’accoupler pour une nuit au bord d’un torrent perdu.
NOSAKA Akiyuki
LA TOMBE DES LUCIOLES
Récits traduits par Patrick De Vos et Anne Gossot Collection Unesco d’Œuvres Représentatives
N° 27 /144 pages / 6 e / ISBN: 87730-220-2
La Tombe des lucioles, visionnaire et poignant: l’histoire d’un frère et d’une sœur qui s’aiment et vagabondent dans l’enfer des incendies tandis que la guerre fait rage et que la faim tue. Nosaka, c’est encore l’écriture luxuriante d’un des meilleurs écrivains de sa génération, à l’égal d’Ôe Kenzaburô, Abe Kôbô et Mishima Yukio.
SAGA Junichi
MÉMOIRES DE PAILLE ET DE SOIE
Illustré
Traduit de l’anglais par Geneviève Navarre
N° 41 / 400 pages / 9 e / ISBN: 87730-253-9
A partir des enregistrements patiemment recueillis pendant dix-sept ans au cours de ses tournées, l’auteur recrée pour nous la vie intime et quotidienne d’une petite ville japonaise d’avant-guerre. Chroniques pleines de truculence et d’humilité, de simplicité et de chaleur qui nous font peu à peu comprendre les mécanismes profonds qui rythment cette vie japonaise chargée de traditions et de culture.
TOULA-BREYSSE Jean-Luc
BOUDDHA, BOUDDHISME
N° 110 / 128 pages / 5,50 e / ISBN: 87730-423-X
Ce petit livre répond de façon claire, brève et précise à un grand nombre d’interrogations que nous nous posons. Le bouddhisme est-il une religion? Qui était le Bouddha? Quel est le contenu de son enseignement? Il propose, en même temps que de faire comprendre le rayonnement de son message, d’accompagner la lecture par des extraits de textes, des illustrations, des citations. Un guide pratique et un glossaire indiquent enfin à ceux qui le désirent comment aller sur les traces du Bouddha.
YAMADA Eimi
LA CHRYSALIDE BRISEE
Traduit du japonais par Jean-Christian Bouvier
N° 38 / 96 pages / 5 e / ISBN: 87730-246-6
Histoire de deux filles que l’enfance à réuni et que l’adolescence séparera. Histoires de rêveries et d’amitiés amoureuses, de jeux interdits, de jalousies, de disputes autour d’un premier amour et de jardins secrets encore bruissant de maladresses enfantines. Quand se déploient déjà les tempêtes, les joies violentes et les chagrins ravageurs du monde des adultes.
Publié dans DOSSIER ADOS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
|
Facebook
» Le péril jeune
Des adultes ou des ados, qui la littérature de jeunesse met-elle le plus en péril?
Nous avons demandé à Annie Rolland, psychothérapeute, de bien vouloir réfléchir au rapport adolescent-livre-adulte
Quand les adultes lisent les romans destinés aux adolescents, le vent de la polémique se met à souffler. Cette polémique procède du souci paradoxal de protéger les enfants des mots alors qu’ils sont si souvent aliénés au pouvoir de l’image. Mon propos est de tenter d’éclairer les raisons pour lesquelles la voix de la censure s’élève quand il s’agit de savoir ce que les adolescents peuvent lire ou pas, sous-entendu sans danger. Ce débat suppose une « fragilité » de l’adolescent admise par tous. Quel souci de l’ordre – et quel ordre? – nous dicte de censurer, voire de lui interdire, la lecture de tel roman?
À l’adolescence, le réel fait irruption avec une violence cataclysmique. Dans l’avant-propos à son dernier roman, La Vie en Rose, Gudule nous indique que pour « s’évader de cet étouffant cocon, Rose n’a d’autres choix que de plonger dans ses rêves. Et quand la réalité la rejoint, la bouscule, la violente, elle y répond en indécrottable rêveuse. » L’heure a sonné de l’affrontement inévitable pour qui ne peut plus recourir au fantasme. Les adolescents voient leur corps se transformer, connaissent la pulsion sexuelle qu’ils savent désormais nommer mais qu’ils ne peuvent refouler. Ils connaissent le vertige existentiel sous des formes multiples ; leur identité c’est le masculin et le féminin chevillés à la mort, à l’amour. Aucun adolescent ne passe le cap de l’adolescence sans avoir des idées de mort puisqu’il faut qu’il meure à l’enfance, « à un mode de relations d’enfance » (F. Dolto). Il a besoin alors d’être aidé à « hystériser ce fantasme » de suicide en s’appuyant sur des représentations qui sont dans le social. D’où la nécessité d’en parler avec un adulte qui n’a pas peur d’aborder le sujet de la mort.
La littérature pour adolescents d’aujourd’hui fournit ce support fantasmatique et l’écrivain est un adulte qui ne craint pas d’aborder le sujet. Il n’est pas utile que ce soient les parents, ils sont souvent trop inquiets et communiquent leur angoisse à leurs enfants… Les parents qui se sentent en échec de communication avec leur enfant grandissant doivent passer le relais à d’autres adultes. L’écrivain de jeunesse est un adulte qui a en quelque sorte qualité d’interlocuteur dans les domaines essentiels où se jouent les conflits psychiques internes les plus déterminants. C’est pourquoi l’on ne doit pas s’étonner de trouver dans cette littérature la dimension tragique de l’existence humaine exprimée sous son aspect le plus mortifère. L’acte sexuel lui-même est une mort. Car c’est mourir à sa propre enfance que faire l’amour la première fois ; dans le roman L’amour en chaussettes, Gudule transcende le tragique par l’humour sans oublier que ce qui se joue là est crucial. Faire l’amour pour la première fois c’est renoncer définitivement à ses parents comme seuls objets d’amour. C’est une mort suivie d’une re-naissance. De la même façon qu’il est dangereux d’administrer des calmants à des enfants agités et anxieux, les adolescents n’ont pas besoin d’une littérature « sédative »: ils ont besoin de paroles authentiques car ils sont à la recherche de leur propre vérité.
Il peut paraître choquant d’affirmer que la mort et le meurtre occupent une place importante dans le processus d’adolescence, le plus souvent sous des formes latentes, déguisées. Mais il serait dangereux de l’occulter: grandir c’est prendre la place de ses parents, grandir est un acte agressif contenu dans un fantasme inconscient de meurtre. Le monde fantasmatique inconscient de l’adolescence contient « la mort de quelqu’un » (Winnicott). C’est pourquoi cette littérature spécifique qu’est la fiction pour adolescents ressemble au miroir morcelé de nos fantasmes mortifères et réactualise une angoisse oubliée à jamais innommable. On peut procéder à plusieurs niveaux de lecture de la polémique autour de la littérature pour adolescents mais il semble qu’en termes de conflit, ce ne soit pas réductible à la dangerosité supposée de la thématique et à l’influence morbide qu’elle pourrait avoir sur les jeunes lecteurs.
Les adultes (parents, enseignants, documentalistes, bibliothécaires, libraires, éditeurs…) se placent d’emblée en position de juges, de critiques, voire de censeurs, bien qu’il ne s’agisse pas ici de critique littéraire. Le style narratif de certains romans produit le même effet qu’entrer de plain-pied dans le journal intime d’un(e) adolescent(e). Le pulsionnel nous saute au visage et la violence du propos nous cloue sur place. Nous ne parlons pas ici du style mais du contenu. Les parents sont souvent les mêmes que dans les contes: d’horribles marâtres et des tyrans paranoïaques (qui s’ignorent, cela va de soi!). Mais il manque la dimension imaginaire qui permet de prendre quelque nécessaire et salutaire distance avec des personnages trop vils pour être faux… De là naît le malaise, comment ne pas s’identifier et à qui s’identifier sans dégât. Car s’exposer à être le témoin de sa propre mise à mort n’est pas sans risque. « Que vous ayez besoin d’eux, que vous les aimiez et qu’ils vous aiment n’y change rien. Si vous ne correspondez pas à leur idée, dehors! Vous êtes une traînée, vous êtes une minable, vous ne valez rien. Dehors! Dehors! » (Lady, ma vie de chienne)
Une lecture sereine n’est possible que pour l’adulte qui a conservé une relation de qualité avec l’adolescent qu’il a été. Je ne veux pas dire que l’adulte doit être nostalgique de son enfance, mais qu’il doit être en « bons termes » avec cet hybride démoniaque qu’il fut jadis et qu’il le considère avec tendresse. Seul un regard indulgent et lucide sur sa propre adolescence autorise à pénétrer sans trop de heurts le champ miné de l’adolescence d’autrui: celle de l’écrivain, celle de nos enfants. La dangerosité supposée de la littérature pour adolescents révèle combien il est difficile pour les adultes d’accepter qu’un enfant peut mourir, ou pire, vouloir mourir, par la maladie, la drogue et le suicide, parce qu’il est abusé ou maltraité ; qu’un enfant peut vouloir partir, en fuguant, parce qu’il fuit la violence familiale ; qu’il peut devenir fou parce que la réalité est intolérable. « À la maison, l’enfer. Au lycée, l’enfer. Dehors, l’enfer. » (Mal à ma mère). Toutes ces « catastrophes » peuvent surgir à n’importe quel moment mais le risque s’exacerbe en grandissant. La peur qui nous happe en lisant les fictions qui relatent ces histoires nous montre qu’au fond nous n’avons pas oublié qu’il y a quelques années nous avons fréquenté les mêmes abîmes, de près ou de loin… La littérature révèle donc, mais ne provoque pas. C’est en ce sens que l’adolescent n’est pas « fragile » ; est fragile seulement la relation naissante qu’il tente d’établir avec le monde en ayant dans les mains de nouvelles cartes dont il doit apprendre à se servir.
Mon point de vue est celui d’une psychothérapeute et à ce titre je ne peux omettre de rappeler l’enjeu parfois vital que sous-tend la mise en mots des conflits psychiques. Les ouvrages de fiction auxquels je me réfère ici sont autant de tentatives de mise en sens d’expériences réelles douloureuses. Tous les thèmes abordés confrontent les adultes à un sentiment d’impuissance. Mais ces romans génèrent un effet cathartique chez l’adolescent confronté à l’insoutenable réalité psychique de ses pulsions, c’est-à-dire qu’ils ont un effet « libérateur ». Lire une histoire, s’identifier au héros même quand il est en souffrance ne signifie pas que l’adolescent va reproduire les mêmes actes. L’acte de lire introduit la possibilité de sublimer sa propre souffrance, comme si le héros endossait momentanément la problématique du lecteur. L’angle de lecture de l’adolescent et de l’adulte n’est certes pas le même! La mise en mots du drame adolescent contient potentiellement une mise en sens de conflits psychiques qui n’ont pas pu être pensés. Aucun roman ne contient de solution en soi mais on y lit à chaque fois une tentative d’élaboration personnelle, singulière, un cheminement original vers une construction de soi, un combat contre la pulsion de mort, contre le néant. « Aller jusqu’au bout de l’histoire. Chaque fois, je me dis que peut-être, au bout, lorsque tout aura été raconté, mâché et remâché, ravalé, ainsi qu’on ravale ses larmes, alors il se passera quelque chose » (Olivier Adam). À défaut d’un happy end espéré, attendu (fantasmé?) on y trouve une forme de compromis entre le désir et les contraintes de la réalité, en somme, ce que la vie réserve à la plupart d’entre nous…
Annie Rolland (psychothérapeute)
Suite à une erreur technique, ce condensé de l'article d'Annie Rolland n'a pas été relu par son auteure. Nous nous en excusons et conformément à notre engagement, nous avons mis en ligne en décembre 2003 l'intégralité de son article
Publié dans DOSSIER ADOS | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
|
Facebook
» Ces romans dont on cause
Les romans pour adolescents, plus que tout autre, sont souvent l’occasion de lectures et d’opinions contradictoires et enflammées chez les adultes. Qu’elles puissent s’exprimer et se confronter est un des précieux atouts des comités de sélection « multi-partenaires » organisés par de nombreuses librairies Sorcières. Pour introduire ce dossier, nous avons proposé une rencontre de ce type à cinq lecteurs, côtoyant ou non des adolescents: une infirmière de collège, Agnès Feutry ; une éducatrice spécialisée en milieu carcéral, Evelyne Roger ; une bibliothécaire, Catherine Ridé ; deux étudiantes en lettres, Adeline Quéru et Marine Dormion ; et un libraire, Jean-Claude Ponsgen. Objet de l’échange: quatre romans, On ira voir la mer d’O. Adam, Mal à ma mère de C. Vidal, Connexions dangereuses de Sarah. K., Lady, ma vie de chienne de M. Burgess.
Citrouille: Commençons, si vous le voulez bien, par On ira voir la mer. Qui tente un résumé?
Adeline: Je me lance… Dès le départ, un mystère entoure une absence d’Olivier, un lycéen qui nous raconte sa vie. Le prénom de Lorette surgit plusieurs fois dans son discours. Ces allusions sont le point de départ de fréquents retours en arrière, quand Lorette et lui étaient aussi inséparables que des jumeaux. Ils crevaient des pneus, cassaient des vitrines… Mal de vivre, cigarettes, alcool, joints, fugues étaient alors le quotidien de ces jeunes paumés. Puis après la disparition de son amie d’infortune, Olivier se retrouva en foyer… Ce roman semble vouloir être un constat libre de tout jugement sur les jeunes, sur l’incompréhension des adultes à leur égard ; il évoque la solitude, l’amitié, l’amour, l’alcool, la mort mais, à mon sens, sans suffisamment de réflexion sur ces thèmes. Il y a bien la conclusion en forme de relatif happy end, où Olivier apprend à vivre avec son chagrin… Mais ce livre fait partie de ceux dont je ne sais pas quoi penser quand ils sont refermés. Je ne peux pas dire si je l’ai aimé ou non…
Evelyne: J’ai trouvé pour ma part cette histoire très sensible. Bien écrite, d’un style agréable, facile à lire, elle devrait plaire aux ados. D’autant plus que les personnages principaux sont très attachants. Lorette correspond bien aux adolescentes autodestructrices – sauf qu’il est très rare qu’une fille dans son cas n’ait pas d’amies – contrairement à un garçon. Bien que crédible, le récit est d’ailleurs truffé de petites invraisemblances de cet ordre: il est très difficile (même pour un adulte!) de crever un pneu au cutter… L’invitation à fumer du shit comporte le plus souvent un cérémonial ici absent… Olivier n’est pas franchement en danger dans sa famille, dans la réalité, on ne l’aurait donc sans doute pas aussi immédiatement placé en foyer… Ces petites invraisemblances sauteront sûrement à l’œil des lecteurs qui retrouveront leurs vies dans celles des personnages.
Jean-Claude: Eh bien moi, et c’est rare, ma réponse à ce livre est: non! Je ne le mettrais pas en rayon jeunesse. C’est, me semble-t-il, un livre pour adultes, un roman « dans l’air du temps », sans grand intérêt, sauf à sérieusement l’accompagner! Je ne parviens pas à saisir l’intention de l’auteur. L’aspect destructeur et nihiliste oblitère tout autre sens possible de son texte. Son souci principal paraît être de vouloir à tout prix mettre en lumière le fossé entre le monde adulte et les jeunes, comme s’il voulait simplement vérifier ce verset des proverbes: « Les parents ont mangé des raisins verts et les dents des enfants en sont agacées. »
Catherine: Cela fait quelque temps maintenant que des romans abordent le jeu des influences et la manipulation psychologique, consciente ou inconsciente (Mon amitié avec Tulipe, À la Brocante du cœur…). Les fins sont souvent dramatiques et personne n’en sort indemne. Ce thème semble particulièrement difficile à traiter pour les auteurs, comme il semble difficilement leur permettre, du moins actuellement, des ouvertures positives… Personnellement, ce roman m’a intéressée par sa construction, les sujets de la gémellité, de la confusion des identités… C’est vrai que la place et le rôle des adultes manquent un peu de consistance. On sent les deux héros isolés dans un océan d’indifférence ou d’incompréhension, les adultes apparaissant toujours comme « décalés », absents ou censeurs. C’est dommage, car un personnage adulte plus ouvert aurait pu donner quelques clés aux lecteurs ados qui risquent d’être troublés par les problématiques abordées.
Enchaînons avec Mal à ma mère… Une mère pas vraiment très positive!…
Catherine: J’y vais pour le résumé… Mélie souffre du manque d’amour de sa mère, de ses humiliations, du refus de voir et de comprendre des autres, de l’incompréhension générale. Elle ne veut pas devenir femme, elle voudrait ne plus vivre, rien ne peut apaiser son mal croissant. Alors, elle se met à jouer à la maman avec son ours en peluche, elle refait le chemin, les berceuses, les griffes, les coups, les déchirements, les blessures… Elle déchiquète son ours, enfouit les morceaux dans sa bouche, les fait disparaître jusqu’à s’étouffer, l’ingurgite comme sa mère voudrait la faire disparaître, ne l’avoir jamais eue. Enfin elle expulse le corps, mort. Elle est vivante à nouveau, prête pour une thérapie dont sa mère sera exclue.
Quelle violence!… Mais peut-être salvatrice?…
Catherine: C’est un roman terriblement dur, dont le symbolisme est exclu. Tout est dit, avec évidence, cruauté, souffrance. Les phrases courtes, hachées, rythment la douleur de Mélie, comme un cœur qui bat trop fort, une veine qui tressaille et harcèle la tempe. On est oppressé par ce mal d’amour si contre-nature, si destructeur. Seuls les rituels de Mélie apporteront une résistance à ce qui devient de la haine, seule la mort de son ours, substitut transitionnel de la mère, pourra lui permettre de revivre.
Osons poser la question qui fâche certains: un roman pour ados?
Catherine: Les adolescents qui resteront seuls face à ce livre découvriront seuls qu’une mère peut ne pas avoir désiré un enfant – et cette vérité peut être difficile à admettre… Le roman ne fait pas état de l’histoire de la mère, de ce qui a pu justifier son comportement et ses sentiments à l’égard de sa fille unique. Comme il reste difficile de comprendre le comportement du reste de la famille qui ne veut rien savoir des raisons de la souffrance de Mélie. On devine des secrets de famille, du non-dit… dont le roman devient paradoxalement complice! Mais s’il peut être oppressant de découvrir (ou de se voir confirmer) qu’on peut se retrouver seul face à un tel mal d’être, il est rassurant au final de suivre Mélie qui trouve en elle les forces de vie qui l’aideront à continuer son chemin. L’intervention de la psychothérapeute ouvre par ailleurs une voie vers l’apaisement. Un roman pour ados? Je suis personnellement pour ne plus considérer qu’UNE littérature, où chacun pourrait venir chercher une résonance, dans des lectures multiples et, si on le souhaite, partagées.
Je savais que cette question de « oui ou non pour les ados » pouvait fâcher…
Agnès: En ce qui me concerne, je trouve qu’elle se pose! Après les premières pages, je me suis dit: «Tiens, c’est une bonne idée de faire s’exprimer un enfant sur ce qu’il ressent de sa mère au comportement psychiatrique ; mais dommage que l’auteur s’emmêle les pinceaux entre des expressions enfantines et son analyse d’adulte qui interfère sans cesse.» Puis au milieu du livre, j’ai pensé que l’auteur décrivait en fait une situation presque clinique de mère hystérique qui provoque des troubles obsessionnels du comportement chez sa fille. Enfin en renfermant Mal à ma mère, j’ai conclu que l’écriture de ce livre avait dû être une thérapie pour l’auteur… Et je me suis demandé dans quelle mesure des ados pouvaient s’y retrouver… C’est du pur ressenti, sans ouverture, sans échappée ; on est juste soulagé de voir la psychothérapeute rembarrer la mère à la dernière page… Ce n’est pas un roman.
Clara Vidal, que nous avons interrogée à ce sujet, nous a dit ceci: «Mon roman décrit la relation traumatisante que j’ai eue avec ma mère. Le climat d’insécurité et de peur créé par l’adulte m’a amenée à m’inventer un univers protecteur composé de rituels de plus en plus contraignants, les troubles obsessionnels compulsifs. À l’époque où à la détresse et la souffrance morale s’ajoutait un sentiment de solitude et d’isolement, j’aurais aimé lire un tel témoignage qui m’aurait aidée à mettre un nom sur mon malaise et savoir que je pouvais guérir.» Espérons que le témoignage qu’elle aurait aimé lire est aussi celui que d’autres attendent… Et Connexions dangereuses? Vous voulez bien le résumer, Marine?
Marine: Virginie, 12 ans, instaure un jeu cruel entre elle et son petit ami Bastien. Elle lui apprend que, dorénavant, ils n’auront plus d’échanges qu’électroniques, et ce jusqu’à ce que Bastien ait relevé son défi: sortir avec la nouvelle du collège, Delphine, cette pimbêche tout droit débarquée de son établissement pour Blancs d’Afrique du Sud. Pour le moment, cette Delphine est encore engoncée dans son chemisier blanc et sa jupe plissée mais sa transformation en bimbo ne saura tarder… Bien sûr, Bastien, très amoureux, ne comprend rien au manège de Virginie qui en rajoute en lui parlant longuement de son nouveau prof de français. Piqué au vif et désireux de satisfaire sa belle, Bastien joue le jeu et va même plus loin: non seulement il va souffler Delphine à son ennemi juré, mais il va aussi draguer la fille la plus moche, la plus nulle, la plus coincée du collège!
Ça rappelle vaguement quelque chose…
Marine: Oui! Et au début on se dit: «Elle est gonflée», avant de vite comprendre qu’il s’agit d’un pastiche. Et somme toute, l’exercice est plutôt réussi: la psychologie des personnages est bien campée, leur langage sonne juste. Cette version contemporaine des Liaisons dangereuses est d’une lecture réellement plaisante et pourquoi pas une invitation à lire Laclos
Agnès: C’est vrai, le style est plutôt agréable, le découpage des chapitres en mails bien utilisé. Cela ne suffit pourtant pas pour faire un bon roman! Pas de réel sentiment, aucune idée conductrice forte, aucun rêve ni ouverture proposés, des clichés en pagaille, une bonne dose de démagogie, beaucoup de leçons de morale et de prévention, comme pour inciter les adultes à faire passer ce livre auprès des jeunes! D’ailleurs on a l’impression que l’auteur a pensé avant tout aux messages qu’elle voulait transmettre plutôt que de se laisser porter par son histoire! Et puis excusez-moi, mais le pastiche des Liaisons dangereuses est plutôt lourd…
Un réquisitoire sévère!
Jean-Claude: Que je ne partage pas… Voilà un bon roman, à la forme intéressante, effectivement agréable à lire, dans un crescendo dramatique bien construit. Une histoire forte, dure, des personnages solides et crédibles. J’entends bien les objections qu’on peut faire à ce livre, mais je le proposerais tout de même et volontiers à des jeunes de 16-18 ans, susceptibles de s’engager à partir de ce récit dans la voie d’une littérature du plaisir et du bonheur.
Quelqu’un a dit «plaisir»? Il est donc temps de parler de Lady, ma vie de chienne
Marine: Une lecture passionnante que l’on fait d’une traite!
Bon, alors, le résumé est pour vous…
Marine: Avec… plaisir. Sandra est une ado dévergondée, qui enchaîne les relations sexuelles parce que, elle n’a pas peur de le dire, elle aime ça. Plus largement, elle aime jouir des plaisirs de la vie et, au début du roman, elle traverse une phase d’excès où elle abuse de l’alcool, des drogues, du sexe. En somme, c’est une épicurienne qui n’a pas peur des mots et qui n’a pas froid aux yeux. Et, dans son corps de chien, dans lequel un clochard la précipite, sa nature ne change pas. D’ailleurs, on n’imagine pas Sandra dans un autre animal qu’une chienne…
J’imagine, moi, la réaction de certains lecteurs de Citrouille qui vous liront!
Marine: Qu’ils ne se méprennent pas! Lady, ma vie de chienne n’aurait pas d’intérêt s’il s’agissait simplement d’une comédie de mœurs. Mais nous avons affaire à une allégorie qui permet à l’auteur de dénoncer le carcan de la moralité et la prison des obligations quotidiennes. Il loue une vie heureuse où l’on ne se préoccupe que d’assouvir ses instincts et de satisfaire des plaisirs les plus simples et élémentaires… C’est ce qui lui a valu tant de critiques en Angleterre. Mais ce n’est pas un mode d’emploi à suivre à la lettre! C’est une œuvre de fiction, une ode à la liberté non dénuée d’humour…
Quelqu’un a fait une autre lecture de ce roman sulfureux?
Evelyne: Le sujet est intéressant mais donne cependant une impression de faux. Le thème est mal exploité et le texte beaucoup trop long, répétitif. Le personnage principal est peu crédible. Dans la réalité, une fille « allumeuse » à la Melvin Burgess n’agit jamais seule… Mais plutôt à deux ou trois! Et je me demande ce que serait l’impact de ce récit chez un jeune « asocial » qui préfère effectivement vivre avec son chien, empêtré qu’il est dans ses difficultés de communication… La morale de l’histoire de Burgess nous dit qu’il vaut mieux vivre comme un animal que comme un homme. Chez Burgess, il ne semble y avoir rien à attendre de la famille ou de la société… Je ne trouve pas cela vraiment constructif, et ça laisse pour le moins une impression de malaise, non?
Jean-Claude: Ce récit terrasse effectivement nos schémas d’éducateurs, nous qui souhaitons voir les jeunes prendre la vie à pleins poumons, marcher debout… Or Burgess nous conte par le menu l’histoire de Sandra qui choisit de vivre à quatre pattes! Quel symbole intolérable, difficilement supportable… et c’est tant mieux! C’est une sorte de parabole à l’occasion de laquelle Melvin s’est un peu laissé aller à délirer… Une parabole qui nous amène à parler, à réfléchir à propos de la lecture de l’autre… N’est-ce pas essentiel? On ne peut pas en dire autant de tous les romans qui nous viennent d’Angleterre, si vous voyez à qui je fais allusion…
Publié dans DOSSIER ADOS, LIVRES EN DÉBAT | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
|
Facebook







