06 septembre 2011

DES LIVRES D’ENFANCE ANTIQUES / LA MORT ET LA TRANSFORMATION (par Barbara Canepa)

(complément à une interview à lire ici)

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DES LIVRES D’ENFANCE ANTIQUES

Dans ma famille, depuis des générations, on collectionnait des livres «antiques». Depuis mon plus jeune âge, des livres du XVIIe siècle me tombaient ainsi «facilement» entre les mains. Je les feuilletais comme des trésors précieux, sous l'œil attentif de mon grand-père. Les auteurs de ce siècle, comme d’autres plus anciens ou récents, Dante, Verne, Andersen, Wilde, les frères Grimm ou Calvino étaient alors mon pain quotidien. Mes personnages de fables préférés étaient évidemment les monstres, les personnages imparfaits, les laids, les incompris. Je détestais les bons: toujours des stéréotypes, des racistes, des personnages vides, banals et répétitifs, peu intéressants en somme. Pour moi, le méchant est toujours le héros véritable. Le personnage «bon» est toujours exalté par les défauts du «méchant». La nature, la vraie, est faite de monstres et de métamorphoses: l'être humain n'est-il pas le monstre le plus abouti? Ces livres d’enfance étaient autant d'objets fantastiques écrits en langues impossibles à comprendre pour moi (en latin ou en anglais le plus souvent), mais ces langages ne m'interdisaient pas d'être complètement fascinée. Le livre «antique» est un véritable objet magique que l'on m'a toujours appris à respecter et à conserver. Je pouvais passer des heures à rêver les yeux ouverts à imaginer combien de mains  avaient ouvert puis refermé ces pages. Combien de  générations de personnes différentes avaient rêvé grâce à elles?... Cette magie est unique pour moi, toujours présente lorsque j'ai entre les mains un livre qui a au moins trois cents ans. J'ai toujours su comment feuilleter un livre afin de ne pas l'abîmer et comment les préserver de ces petites bestioles qui les peuplent au fil du temps. J'ai toujours été leur gardienne en fait. Tout ceci n'est jamais mort en moi. Comme n'est jamais morte la petite fille de neuf ans. Je n'ai rien fait d'autre que de continuer ma route sur un autre terrain, ce qui est une chose normale et naturelle pour moi.

Barbara Canepa

LA MORT ET LA TRANSFORMATION
Les thématiques fondamentales de la collection restent celles de la mort et de  la transformation, pouvant être vues comme un voyage intérieur et extérieur. Il s'agit-là des thématiques les plus fortes qui surgissent lorsque nous sommes enfants et auxquelles aucun adulte soit vraiment capable de répondre sans se retrouver dans un profond embarras, en donnant le plus souvent des justifications plutôt ridicules à leurs enfants. Il arrive donc que tout jeunes, nous restions la bouche sèche, pleine d'angoisses insondables, à commencer à peupler nos nuits de cauchemars et à remplir nos chambres de douloureux soupirs et d'ombres dans le noir. Premières nuits blanches, et premières angoisses... Toute cette partie de la vie, personnellement, m'intéresse beaucoup. Elle a formé et modelé l'artiste que je suis aujourd'hui. Si je suis encore curieuse comme je l'étais enfant, je le dois à cette phase de la vie, qui me faisait à la fois peur et qui pourtant m'attirait. Une fois adultes, nous ne sommes rien d'autre que la somme de nos traumatismes infantiles... La mort est un fait important, voire primordial pour un être humain. Un rendez-vous assuré pour chacun d'entre nous. Un sujet universel... Une chose naturelle... Comme l'est la naissance: inéluctable et nécessaire pour la continuation de la vie... Je voulais aborder cette thématique de différentes manières selon différents points de vue. Le premier ouvrage sorti en 2009 c’est BillyBrouillard, de Guillaume Bianco,  qui s’est attaqué de façon didactique et très intelligente à ce sujet. L’album est devenu aujourd'hui l'icône de la collection. Même les enfants peuvent s'amuser en le lisant, tout en se posant de vraies questions sur notre devenir, sur le pourquoi de la mort et le comment des choses... La fragilité de la nature et de nous-mêmes en tant qu’êtres vivants... Et je crois que c'est cela le point fort de son succès, depuis trois tomes déjà. De nombreux instituteurs nous contactent pour nous dire qu'ils travaillent avec enthousiasme sur Billy Brouillard, et que cela permet d'ouvrir un débat sur ces thématiques taboues avec leurs élèves en classe... Guillaume Bianco effectue  régulièrement de nombreuses interventions dans les écoles et  les médiathèques, suscitant l’intérêt, la surprise et la satisfaction (professionnelle et personnelle).Voilà un grand pas en avant pour une maison d'édition comme Soleil et un franc succès personnel en tant qu'éditrice.

Barbara Canepa

 

 

Propos  recueillis par Jean Pichinoty, librairie La Soupe de l’Espace

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