08 septembre 2010
Écrire un roman historique, c’est jouer à l’équilibriste (par Brigitte Coppin)
Après avoir publié de nombreux documentaires sur le Moyen Age, Brigitte Coppin a voulu, avec Le Château des Poulfenc, l'investir dans une fiction. Elle nous explique pourquoi. Un texte écrit pour la librairie Poco à Poco-Tonnet Jeunesse, Pau.
Au début du premier tome [Le Château des Poulfenc, tome 1: Les Morsures de la nuit], il y a Thomas, treize ans à peine, pensionnaire à vie, sans vacances ni week-end. Autrement dit, Thomas de Poulfenc, second fils de chevalier, élevé au monastère depuis l’âge de sept ans sans avoir jamais revu ses parents. Cela se passe vers 1160, et l’on ne serait là que dans une fidèle évocation du passé s’il n’y avait ce chien, qui déchire et dévore, dans les cauchemars répétés de Thomas…
Après avoir écrit tant de documentaires sur le Moyen Age depuis une vingtaine d’années, je souhaitais y poser enfin une fiction. L’image de ce fils cadet s’était glissée dans ma tête – ou plutôt dans cet espace particulier chez un auteur qui va du front au cœur. Je cherchais le moment favorable… La mort a cogné tout près de moi, puis il y a eu un déménagement vers le sud et, tout naturellement, le scénario s’est développé. Thomas de Poulfenc va donc quitter le cocon du monastère, être confronté à la vie extérieure, à la peur, au danger, et peu à peu trouver sa place face à un frère aîné disparu.
Je me suis installée au «château des Poulfenc» pendant l’été 2007; je le quitterai en février 2010. Un séjour d’écriture exigeant, passionnant et tempétueux. Le nom même de ce château imaginaire qui abrite ma plume s’appuie sur une ambiance précise. Ceux qui voudraient remonter à la source pourront se pencher sur un beau tableau de Pissarro intitulé Le Moulin de Poulfenc. C’est sur cette langue de terre bretonne entre l’Aven et le Belon que s’enracinent jusqu’à présent la plupart de mes élans d’écriture…
S’engager dans un roman historique, c’est jouer à l’équilibriste, s’aventurer sur une corde fragile entre le lecteur d’aujourd’hui, sa psychologie et ses attentes, et un temps passé que j’appelle volontiers le «vivant d’avant», que je n’ai pas le droit de trahir parce qu’il a réellement existé. L’historienne en moi a soif d’authenticité, la romancière veut construire une aventure palpitante, enfin l’écrivaine tournée vers la jeunesse essaie de glisser à son lecteur, à sa lectrice quelques clés de vie qu’elle a expérimentées elle-même: réussir à se débrouiller seul, inventer des solutions, choisir le courage et la droiture… C’est le chemin que suit Thomas de Poulfenc.
Théâtre de rivalités et petits sévices quotidiens, la cour d’un château médiéval n’est pas très éloignée de la cour de récréation, ni de celle des cités encadrées par les hauts murs des immeubles. Comme le jeune adolescent d’aujourd’hui, Thomas se protège de la peur en tissant un réseau d’amitié: Lucas, le lanceur de couteau à la fidélité droite comme une lame; Alix, une petite danseuse au corps sauvage; Renaud, le casse-cou; le sergent Morvan, rude mais bienveillant, dans un monde où les adultes sont parfois lâches et imprévisibles.
Sans aide des dieux ni pouvoir magique, Thomas est-il un héros? Dans les premiers temps, l’épée est trop lourde pour ses épaules de moinillon, et le monde bien plus complexe que la vie réglée du monastère. Mais il tient bon, en vrai champion de la résistance.
Ce garçon de treize puis quatorze ans m’émeut énormément, ceux qui l’entourent aussi.
Tous ensemble, depuis plus de deux ans, ils m’accompagnent, m’envahissent, m’enrichissent.
Et quelle bouffée de bonheur lorsque les lecteurs, dans leurs messages, me font partager leur émotion de les avoir rencontrés ainsi que leur hâte de les retrouver!
Brigitte Coppin
* Le Château des Poulfenc, tome 1: Les Morsures de la nuit 2008, tome 2: L’Heure de la revanche, 2009.tome 3 : La mort du diable, 2010







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