19 juillet 2010

Le Tueur à la cravate

Le Tueur à la cravate - Marie-Aude Murail

  • Marie-Aude Murail
  • Médium, L’École des Loisirs - 11,50 €

« Grâce à quelques clics et une adresse mail bidon, Ruth Cassel a pu s’inscrire sur le site perdu-de-vue.com et y déposer une vieille photo de classe en noir et blanc trouvée dans les affaires de son père. La manip n’a qu’un seul but : l’aider à différencier les deux blondes aux yeux noisette sur la photo, Marie-Ève et Ève-Marie, respectivement la mère de Ruth et sa sœur jumelle, décédées à vingt ans d’intervalle. Très vite, comme s’ils avaient attendu ce signal, des anciens de la terminale S3 se manifestent. L’ex-beau gosse de la classe, une prof de philo à la retraite, une copine des jumelles et, en prime, un grand-père dont Ruth ne soupçonnait pas l’existence, s’empressent de répondre. Tout pourrait s’arrêter là… Mais la photo de classe a réveillé de terribles souvenirs. Les e-mails évoquent un meurtre commis l’année de la terminale, celui d’Ève-Marie. Ils parlent d’un étrangleur récidiviste, le tueur à la cravate. Bien plus effrayant, ils mettent en cause l’une des personnes que Ruth aime le plus au monde, son propre père, Martin Cassel… »

Le Tueur à la cravate se termine par un sourire. Celui d’un père qui finirait par accepter de vivre mais aussi d’un personnage qui commencerait à exister vraiment.

Marie-Aude Murail est une grande dame de la littérature jeunesse et la façon dont L’École des Loisirs a choisi de présenter son texte à ses lecteurs a de quoi interroger.

Il est sûr qu’à l’issue de son thriller, beaucoup de ses admirateurs (dont je fais partie) feront la moue. Le savoir-faire est là : cette capacité à capter l’air du temps au travers de scènes bien croquées et de formules bien senties. Ce n’est pas tant l’intrigue relativement téléphonée que peut justifier le lectorat Medium qui pose problème, mais c’est un peu comme si le cœur n’y était pas. Les personnages ont parfois l’air clonés sur des modèles éprouvés (Bethsabée en particulier) et le coup du papa ténébreux ne fonctionne pas vraiment (un souvenir ému pour le Marc Doinel de Papa et maman sont dans un bateau).

Alors, évidemment, comme Mme Murail est loin d’être manchote son thriller est tout de même d’une lecture agréable. Le Tueur à la cravate pourrait après tout se contenter d’être un roman à moitié raté. Ça ne nous empêcherait pas d’attendre avec impatience le prochain.

Son annexe invite à une relecture attentive.

Ce journal de bord intitulé Comment naît un roman (ou pas) est un document passionnant qui donne à voir le processus de création littéraire dans ce qu’il y a de plus trivial et d’émouvant. Le choix d’adjoindre ce journal est en lui-même assez curieux car il n’est pas certain qu’il intéressera le même lectorat que le roman. Dans cette posture littéraire très proche de l’autoportrait, certains retrouveront peut-être l’auteur de Miss Charity qui s’adressait à toutes les générations de lecteurs. Marie-Aude Murail ne raconte pas seulement comment le roman se construit, elle raconte aussi ce qu’il aurait pu être (étonnantes réflexions de la journée du mardi 10 février) et l’impressionnant travail de documentation dont il se nourrit (découverte candide d’Internet ; lectures très détachées des romans de Mary Higgins Clark et celles hilarantes de la Bible protestante).

Marie-Aude Murail raconte peut-être aussi sa difficulté à créer un personnage de père au moment ou le sien risque de la quitter. En plaçant cette relation en regard de son roman, Le Tueur à la cravate se révèle être finalement (jusque dans ses défauts) un très beau roman mélancolique sur la figure paternelle.

Gwendal Oulés, Récréalivres

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