09 juillet 2010
J’élève ma poupée

- Christophe Honoré
- Illustrations Stéphanie Blake
- Neuf, L’École des Loisirs - 8,50 €
J’élève ma poupée est censé répondre à de nombreuses questions comme : Quel nom donner à ta poupée ? Ou : Une poupée doit-elle marcher ? Et encore : Mais que mangent les poupées ?
Par-dessus tout le livre de Christophe Honoré pose des questions : Qu’est-ce-qu’un livre pour enfant ? Comment l’auteur doit-il s’adresser à lui ? Et d’ailleurs doit-il s’adresser à lui seul ?
Ces questions-là, inutile de les chercher au sommaire, elles n’y sont pas… Elles travaillent en filigrane le lecteur adulte qui n’a peut-être jamais aussi bien été mis en scène comme intrus.
Le fait que J’élève ma poupée paraisse dans la collection Neuf de l’École des Loisirs peut être considéré comme un élément de réponse, comme une prise de position provocatrice. Car derrière le pastiche à la Pernoud, l’auteur continue de développer l’originalité de son point de vue sur l’enfant. On imagine très bien ce qu’aurait pu donner cette excellente idée d’exercice de style dans d’autres mains ou chez d’autres éditeurs… Le livre de Christophe Honoré est drôle et plein d’esprit, c’est certain. Les illustrations de Stéphanie Blake ont du chien. Mais J’élève ma poupée n’est en aucun cas, et dans tous les sens du terme, un livre pratique. Il chahute le lecteur avec autorité et exigence sans jamais révéler clairement ses intentions. D’aucuns pourraient trouver la démarche malhonnête. Ce serait à mon sens injuste et surtout ce serait ne pas reconnaître l’éclair du génie (pas seulement culinaire) dans – par exemple – la recette des châtaignes d’automne.
Un livre à lire à voix haute à sa poupée (ou à défaut à son chien en peluche).
Gwendal Oulés, Récréalivres
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Commentaires
Je ne sais pas si j'ai le droit d'apporter mon commentaire sur une discussion où je suis en cause. C'est étrange de lire ainsi plus de dix ans après des réactions à une citation ( tronquée, mais bon c'est le principe des citations) de mes propos. J'ai eu l'occasion, notamment dans un roman adulte, que j'avais avec affectation titré Le livre pour enfants, d'expliquer ce que j'avais en tête lors de cet entretien. Aujourd'hui, j'ai la tentation de m'expliquer encore, bien que je craigne qu'on prenne ça pour de la justification mesquine. Bien que dans un sens, ce dernier livre, J'élève ma poupée, est sans doute une nettement plus précise image de ma réflexion, que ce que je risque de mal dire ici. Pourtant, il y a une chose sur laquelle j'aimerais m'arrêter, c'est la question de l'adresse, question essentielle, j'allais écrire constitutive de la littérature jeunesse. A qui s'adresse-t-on quand on écrit pour la jeunesse ?Et est-ce qu'une littérature adressée peut être désignée comme de la littérature? Dans les écrivains parents d'élèves, ou les écrivains orphelins que je désignais, c'était uniquement de ça dont je parlais. Et quoi qu'on ait voulu me faire dire, je n'ai jamais mis dans cette catégorisation provocatrice et je l'espérais - à tort, ironique, une balance de qualité. Juste émis cette idée que tous les écrivains pour la jeunesse, n'écrivaient justement pas pour des enfants, mais que certains écrivaient avec leurs enfance. Voilà qui est précisé, je ne suis pas contre être à la place de l'accusé lors des procès, mais j'aimerais autant qu'on me donne la possibilité d'avouer.
Et je sens que finalement, on continue de me reprocher quelque chose avec ce J'élève ma poupée, on continue de soupçonner que je n'écris pas pour les enfants. Alors que s'il y a bien un livre qui dans sa forme même, est un livre d'adulte s'adressant à un enfant, c'est ce roman là. Je me suis souvent dit que le narrateur adulte était le grand absent de la littérature jeunesse, comme s'il fallait à tout prix faire croire avec tous ces narrateurs enfants, qu'un livre jeunesse n'était pas une "littérature absolument adulte", du coup, j'ai souvent préféré les écrivains qui ne se cachaient pas à ceux qui jouaient avec trop de conviction le simulacre de l'enfance. Dans ce J'élève ma poupée, je mets un adulte en scène, un adulte qui s'en prend directement et agressivement aux lecteurs, mais je crois que l'humour, "la connaissance effective" des poupées des lecteurs, permettent à ceux-ci de remettre en cause la parole de l'adulte, même si celui-ci est désigné comme l'auteur du livre, donc à priori intouchable. Si ce livre donne l'occasion à ses lecteurs de s'échauffer, de s'indigner et de traiter l'écrivain qui l'a écrit de dernier des crétins, je crois que ça suffira à mon bonheur... Aïe, ce commentaire est beaucoup trop long, et il a la couleur du pensum... désolé... Bon été à vous. Christophe Honoré
Écrit par : Christophe Honoré | 10 juillet 2010
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