08 juillet 2010

Plant a man ! (par Susie Morgenstern)

UN ARTICLE DE 2000 DANS LE RÉTROVISEUR DE L'ÉTÉ 2010

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J’ai beaucoup ri quand j’ai reçu ce dessin humoristique de ma sœur, un champ avec des hommes qui poussent. « Dope » a une double signification : ça veut dire un imbécile et la drogue. Oui, drogue, on est intoxiquées, on en a besoin, on doit subir leur « imbécillité ». Je suis un tas de contradictions. J’ai promis, juré que j’étais incapable d’écrire un mot sur ces extraterrestres qui partagent nos vies, j’ai crié que trop ignorante de leur psychologie et de leur sexualité, je ne les mettrais jamais en scène dans un roman. Et voilà que j’ai presque terminé mon troisième roman d’affilée dont le héros est un homme. Je ne sais pas pourquoi – est-ce que j’ai subitement envie d’étendre mon humanité aux deux moitiés du genre humain ?

Dans ma famille le message inculqué (et il n’y a pas de meilleure expression que le mot français), c’était qu’ils sont cons. Mais par une série d’heureuses rencontres, je suis devenue une mutante dans mon matriarcat. J’ai commencé à douter du message maternel. Je les ai pris en pitié. J’ai même écrit : « ... je pense qu’il faut aider les hommes maintenant. Les pauvres ! Ils s’ennuient plus dans ce monde que les femmes. Ils ne connaissent pas toujours les plaisirs sensuels des occupations manuelles. Ils ont du mal à se confier, à se régaler à raconter les bêtises de tous les jours, à parler au téléphone pour dire n’importe quoi, à rêver en faisant du lèche-vitrines, et à lire des romans, ce plaisir suprême ! »(La Joie par les livres, été 1993.)

Mes héros fictifs donc sont mes hommes idéaux, des compagnons parfaits et des partenaires fantasmagoriques. J’ai créé mon premier personnage mâle (Ernest dans Lettres d’Amour) quand j’ai perdu l’homme de ma vie. Tant que j’en avais un sur place, je n’avais pas besoin d’en chercher un imaginaire. Depuis, je me suis renseignée : j’ai lu un gros livre sur la sexualité masculine. Brusquement, je m’efforce de comprendre cet autre qui manque. Pendant vingt-huit ans je rouspétais parce que « je faisais TOUT à la maison », les courses, la cuisine, les enfants, bref, toute l’intendance. Mais quand mon mari est mort je ne savais pas rédiger un chèque, changer une ampoule électrique, réparer les appareils ménagers et autres petites pannes qui tuent, m’occuper des insectes et bêtes qui mangent le bois, qui rongent, qui empoisonnent, enlever les mauvaises herbes et soigner les arbres, veiller au bon fonctionnement de tout, gérer les finances. J’ai eu la preuve que ce n’était pas moi qui faisais TOUT.

Deux gendres sont entrés dans ma vie, deux hommes sensibles, raisonnables, affectueux, intelligents. Encore des contre-exemples. TOUS les hommes ne sont pas des imbéciles Maman ! Et puis un petit-fils « mimi à mourir ». Je me suis mise à m’intéresser aux garçons, non pas pour séduire et être séduite, mais pour comprendre et aimer. Je ne sais pas pourquoi Ernest n’a pas de mère, pourquoi William dans Trois jours sans n’a pas de père et Théodore, dans Les Treize Tares de Théodore, pas de mère non plus. Mais je crois que je fais des progrès, que mon écriture commence à englober les deux sexes et qu’un jour j’imaginerai un héros qui a un père et une mère, qui vivra heureux et aura beaucoup d’enfants...

Susie Morgenstern

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