23 juin 2010
Les Chroniques de l’Imaginarium Geographica : L’Archipel des rêves

- James A. Owen
- Bayard Jeunesse - 14,90 €
« 1917. C’est la guerre. Par une nuit pluvieuse, trois jeunes gens, Charles, Jack et John, sont convoqués par la police londonienne, suite à un crime inexplicable : on a tenté de dérober à la victime, un vieil érudit avec qui ils étaient en relation, l’Imaginarium Geographica. John apprend par un curieux bonhomme, Bert, qu’il est désormais le Conservateur de cet atlas des Terres mythiques et légendaires, ce qui n’est pas sans danger… Poursuivis par de terrifiantes créatures, mi-hommes mi-bêtes, les quatre compagnons prennent la fuite à bord du Dragon Indigo, dont la fille de Bert est le capitaine. Ils font voile vers l’Archipel des Rêves, le royaume de l’imaginaire, désormais en péril : un sinistre personnage, le roi Hiver, conquiert peu à peu les îles qui le composent, les effaçant une à une de l’atlas. Seul le Conservateur peut lui faire obstacle en asseyant sur le trône un descendant du roi Arthur… »
Une remarque d’abord sur la préface du roman consacrée aux remerciements. Il y a ici de quoi briser pas mal d’illusions sur ce qui préside à l’écriture d’un roman ado. En deux pages : une certaine idée de l’édition jeunesse américaine et plus généralement de la culture de l’entertainment. De quoi aussi décourager certains lecteurs.
Le premier chapitre de l’Archipel des rêves ne dément pas du tout l’idée d’un livre fabriqué. Drôle, très enlevé, bien dialogué : tout cela est indéniablement bien fichu. Justement nous semble dire James A. Owen. Et il faut effectivement pas mal d’autodérision et de malice pour décrire, Bert, un des personnages ainsi :
« Imaginez qu’on ait découpé les images d’un livre de contes illustré pour en recoller ensuite les fragments au hasard et vous aurez une idée de son apparence ».
Tout le roman est là : un autoportrait de l’auteur (des auteurs) et une annonce du projet artistique. Un projet qui rappelle beaucoup celui d’Alberto Manguel et son Dictionnaire des lieux imaginaires paru aux éditions Actes Sud. Évidemment le côté théorique très «docteur Frankenstein» de la démarche a ses limites comme d’ailleurs pour la plupart des romans comptant trop exclusivement sur les plaisirs de l’intertextualité. En effet, L’Archipel des rêves tourne assez régulièrement au catalogue un peu trop bavard et le lecteur risque de trouver parfois le temps un peu long. Mais comme la ballade en bateau est agréable et que les paysages sont beaux, rien n’empêche l’indulgence d’autant qu’il est toujours possible d’apprécier au passage quelques clin d’œil de ce genre :
« Je vous trouve bien assoiffé de sang, Charles ! s’étonna John.
Je suis éditeur, lui rappela ce dernier. Je prends ce genre de décision en permanence. »
Gwendal Oulés, Récréalivres
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