31 mai 2010
Le Garçon bientôt oublié

- Jean-Noël Sciarini
- Médium, L’École des Loisirs - 10 €
« Bien sûr, Toni sait qu’il est un garçon. Hier encore, cela ne voulait pas dire grand-chose. Il était Toni, avec des parents et des amis. Un point c’est tout. Aujourd’hui, dans le miroir, il voit un étranger. Son corps a choisi un camp. Pas son esprit. Alors, penché au neuvième étage de sa chambre, il rêve de se laisser tomber dans le lac Léman. Toni ne s’appartient plus, et il en crève. Pour ne pas devenir totalement dingue, Toni doit découvrir qui il est. Cela veut dire mener une enquête sur sa vie, et le monde qui l’entoure. Obtenir toutes les réponses du monde et un seul indice : trouver l’amour, c’est se trouver soi. Et, comme cadeau d’anniversaire de ses seize ans, une mission : trouver la chanson qui changera sa vie. Toni cherche, abandonne. Jusqu’au jour où il entend cette voix. La Voix. Et rien ne sera jamais plus comme avant. »
Au départ une ambition : traiter du sujet de la transsexualité dans un roman ado. Au départ aussi une belle idée : dire l’influence immense de la musique pendant l’adolescence et aborder le mythe de la chanson qui change le cours de notre vie.
Jean-Noël Sciarini choisit de prendre son sujet – éminemment casse-gueule – de biais avec une certaine élégance en évitant notamment tout voyeurisme ou toute provocation, à l’image de la couverture parfaite de Rascal.
Le résultat est en demi-teintes.
La première partie est la moins convaincante. Elle pâtit de l’indéfinition de Toni, le narrateur du roman. Sa prise de conscience semble trop théorique et la clef de la superbe chanson Antony and the Johnsons nous paraît insuffisante pour accéder au nouvel univers que Toni s’apprête à découvrir.
Cela passe parfois, qui plus est, par une forme de réalisme poétique un peu crispante. La rencontre avec Rose la prostituée (au grand cœur il va sans dire) est à ce titre dure à avaler.
Pourtant, Jean-Noël Sciarini finit par nous avoir au KO en nous amenant sans reculer là où la volonté de Toni l’a porté non sans difficultés. Il lui restera beaucoup de chemin à faire mais l’auteur nous laissera là, au moment où son personnage a choisi.
Le Garçon bientôt oublié (quel beau titre !) peut quelquefois agacer dans ses excès sentimentalistes mais il force le respect.
Rappelons enfin que la parution du roman de Sciarini a lieu dans un contexte particulier, celui de la dépsychiatrisation du transsexualisme.
Gwendal Oulès, Récréalivres
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Commentaires
Moi j'ai énormément aimé ce livre.
"au départ une ambition : traiter du sujet de la transsexualité (...)" : je ne crois pas que ce soit une ambition, ni un sujet (en même temps, je ne suis pas l'auteure du livre, mais ça me gêne).
Quant au "réalisme poétique" et aux "excès sentimentalistes", euh, je ne sais pas quoi dire. pour moi c'est un roman, très bien écrit, avec un personnage hyper sensible, et donc une fragilité, une poésie, une sensibilité oui, extrêmes, mais moi je trouve ça très juste.
Écrit par : madeline | 01 juin 2010
Eh bien alors on est 2 !
Pour en avoir parlé plusieurs fois avec Jean-Noël, je m'en voudrais de ne pas replacer les choses dans leur contexte (même si je n'en suis pas non plus l'auteur, et que je n'expose ici qu'un avis de libraire). Je trouve bien dommage de résumer ainsi le roman de Jean-Noël, et de le mettre dans une bonne vieille case (et croyez-moi, je m'y connais avec le classement thématique de bon nombre de nos albums).
Ce livre là n'a pas l'ambition d'être réduit à cette case là. La transexualité est quelque chose d'infiniment personnel, ce n'est pas un phénomène sociétal ou collectif, et encore moins quelque chose d'aussi clinique. C'est d'abord à mon sens un sentiment très troublant qu'il faut réussir à comprendre ; et pour cela il faut faire preuve d'une vraie empathie, de se mettre au niveau de celui qui le vit, et ce n'est vraiment pas chose aisée.
J'ai souvent été interpelé par les "excès de sentimentalisme", et je me suis demandé, profondément, pourquoi j'étais parfois aussi gêné. Et c'est dans l'analyse de cette "gêne", en toute honnêteté, que j'ai réussit à trouver les clés pour comprendre ce si beau et si touchant personnage qu'est Toni. Quand je dis comprendre, cela n'a rien de glorieux, je pense que c'est juste y être sensible...
Écrit par : Jean | 02 juin 2010
La transsexualité peut à mon sens être apprécié (sans gêne) comme un sujet. Je peux dire par exemple de la même manière que Tiresia de Bertrand Bonello est un film ambitieux (et magnifique) qui a pour sujet la transsexualité. Que ce sujet ou ce thème soit abordé dans un roman à destination des adolescents me paraît ambitieux sinon courageux au regard du reste de la production éditoriale. Le roman de Jean Noël Sciarini est à mon sens infiniment plus risqué et intéressant que beaucoup d'autres lus ces dernières années.
Pour ce qui est du style, je n'ai pas à débattre : c'est une question de goûts.
Au demeurant je suis ravi que ma critique ai provoqué des réactions aussi sensibles. Je pense que Le garçon vite oublié le mérite...
Écrit par : Gwendal | 02 juin 2010
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