23 mai 2010

Un petit bout d’enfer

Un petit bout d’enfer - Rachel Corenblit

  • Rachel Corenblit
  • doAdo, Éditions du Rouergue - 8 €

La Juliette de Rachel Corenblit ne rêve pas d’un Roméo, mais plutôt d’un ogre. Elle va faire l’expérience de l’enfer de la même façon qu’elle réaliserait un fantasme. L’auteur reprend les codes du cinéma d’horreur dans une mise en abîme quasi conceptuelle qui prend pour décor une salle de cinéma. Le procédé, déjà utilisé notamment par Wes Craven dans le deuxième épisode de Scream, déjoue l’attente du lecteur qui voit se creuser un fossé entre les choix de la romancière et l’idée qu’il peut se faire d’un roman de genre. Juliette se voit passer du rôle de spectatrice à celui d’actrice.

Un petit bout d’enfer est aussi la rencontre de deux monstres à des stades différents de leur histoire, comme une sorte de passage de relais. Il y a en effet dans la résolution du roman un déterminisme forcément contestable. Les personnages sont tous des victimes et donc seraient, par voie de conséquence, des bourreaux en puissance. Jules, l’ogre de l’histoire, nous évoque le Martial de Je mourrai pas gibier. Mais le personnage de Guéraud aurait grandi, se serait marié et aurait eu des enfants. Il aurait attendu simplement plus longtemps avant de sombrer dans la folie meurtrière. Le discours de Rachel Corenblit sur la violence est au moins aussi riche et intéressant que celui de son confrère (tous les deux sont édités par les Éditions du Rouergue : est-ce un hasard ?). Elle aborde en outre d’une façon assez courageuse le thème de la fascination adolescente pour le mal. Un petit bout d’enfer comme tout conte (car c’en est évidemment un) a sa lecture psychanalytique mais libre à chacun de l’ignorer : le premier degré est suffisamment perturbant comme ça… Pour lecteurs avertis donc.

Gwendal Oulés, Récréalivres

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