16 décembre 2009

Pourquoi j'aime l'album de Maurice Sendak : Max et les Maximonstres

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Le film inspiré par l'album Max et les Maximonstres sortant sur les écrans ce mois de décembre, n'hésitez pas : lisez et relisez à vos enfants le magistral album de Maurice Sendak, édité aux Etats Unis en 1963. Publié pour la première fois en France par Robert Delpire en 1965, l'album déclencha les foudres des rares critiques s'intéressant à l'édition pour la jeunesse, avant que d'être publié en 1967 à l'Ecole des loisirs où il trouva la consécration que l'on sait. L'esprit de 1968 commençait à souffler sur la création et sur la critique, autorisant la prise en compte de l'inconscient dans les albums pour enfants.

J'ai découvert Max et les Maximonstres il y a presque 30 ans, alors que j'étais bibliothécaire et jeune maman d'un petit garçon terrible à qui je l'ai lu souvent. C'était la première fois que je voyais un enfant porter un  costume de loup et cet enfant du livre ainsi vêtu me fascina d'emblée, car beau et terrible à la fois, comme un jeune animal sauvage.

En lisant cet album à mon fils comme à d'autres jeunes enfants j'ai souvent constaté que l'enfant à qui on lit Max et les Maximonstres pour la première fois ne manifeste pas d'enthousiasme, ne dit rien et reste songeur.

Plus tard il demandera qu'on lui relise cet album qui le trouble, et moi après toutes ces années je reste face à Max comme ces enfants, songeuse.

On ne peut revenir autrement me semble-t-il de ce voyage Where the wild things are, de cette plongée au cœur de notre intériorité.

[…]

Chaque fois que je lis Max et les Maximonstres c'est comme si tout recommençait.

C'est comme dans une  histoire d'amour. Je l'aime, mais je ne sais pas pourquoi. Peut-être aussi que je l'aime parce qu'il me résiste....

Claude André

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Commentaires

Extrait consacré à ce sujet dans la Littérature de voyage pour la jeunesse que je viens de publier chez Thierry Magnier.

"La pensée médiévale perçoit le monde de manière concentrique à partir d’une Jérusalem qui est l’épicentre de l’univers chrétien. Dès qu’on s’éloigne de l’axe qui relie la terre au ciel et que représente Jérusalem, les hommes qu’on rencontre en ce voyage s’apparentent de plus en plus à l’animal et tendent à la sauvagerie ; qu’on aille plus loin encore, et s’ouvrent des territoires peuplés d’humanités monstrueuses. Lorsque Maurice Sendak écrit et illustre Where the Wild Things Are (en français : Max et les Maximonstres), c’est cet antique schéma qu’il utilise avec humour en faisant du foyer familial de son jeune héros une véritable Terre Sainte. Max est un enfant qui, le soir venu, enfile un pyjama à oreilles de loup et se met à avoir un comportement de « sauvage » : il pourchasse le chien de la maison avec une fourchette. À sa mère qui le traite de « monstre », il répond : « je vais te manger ! » Puni, Max est envoyé au lit sans dîner. Il n’éprouve pas la moindre culpabilité, et à peine pénètre-t-il dans sa chambre qu’elle se transforme en jungle. Max embarque alors pour un voyage qui va le conduire jusqu’à l’île des Wild Things, des monstres horribles qui seront néanmoins soumis par le terrible regard de l’enfant. Devenu le roi de ces créatures, Max va passer quelque temps en leur joyeuse compagnie avant de s’en retourner dans sa chambre d’enfant où l’attend un dîner chaud. C’est bien à un « voyage sur les marges du monde » que nous invite Maurice Sendak, car en transgressant les règles — on ne poursuit pas son chien avec une fourchette —, Max redevient un « sauvage » et retourne à l’animalité. La sentence est immédiate : il est banni du monde « civilisé » que représente la douce sécurité de la maisonnée et la perspective d’un repas chaud. Les aliments cuits s’opposent ici, on le comprend, au coup de fourchette qu’entend donner Max à son chien pour le manger tout cru. Dès lors, toujours vêtu de son costume mi-homme mi-animal, il entre de plein pied dans la jungle de son inconscient et d’une mémoire ancestrale. Lorsque le voyage fait faire un pas de plus à Max — la destination est là aussi celle d’une île —, il franchit une nouvelle frontière du monde, et sa vraie nature s’y révèle : c’est celle d’un monstre. Les Choses Sauvages ne s’y trompent pas et reconnaissent en Max l’un des leurs, allant même jusqu’à le faire roi. Ce n’est qu’en tournant définitivement le dos à ce processus qui l’a conduit de l’animalité à la sauvagerie, puis de la sauvagerie à la monstruosité, que Max pourra retrouver le monde civilisé et avoir accès à ce qui en représente la quintessence autant que la signature : le dîner tout chaud.
La persistance de cette vision médiévale de l’altérité, qui se manifeste dans les rêves et les cauchemars que l’auteur prête à Max, nous rappelle également le parallèle si souvent tracé entre l’état d’enfance et la nature sauvage de l’homme. Combien de fois n’a-t-on pas lu ou entendu cette comparaison signifiante et terrible qui fait du très jeune enfant « un petit animal » ou « un petit sauvageon » qu’il convient d’éduquer ? L’idéologie coloniale a usé de ce même ressort à l’égard des sociétés n’appartenant pas au premier cercle. En mettant en avant la vision de peuples demeurés en état d’enfance, elle justifiait sa prétendue mission éducatrice. Les peuples qui lui paraissaient plus étrangers encore se trouvaient catégorisés d’une autre manière, ils ne relevaient plus de l’enfance mais de la sauvagerie voire de l’animalité."

Écrit par : Patrice Favaro | 16 décembre 2009

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