08 décembre 2009

Sylvaners (de Jennifer Dalrymple - extrait n°2)

En écho au sommet de Copenhague (histoire de leur envoyer des ondes positives), voici sur trois jours trois extraits du dernier ouvrage de Jennifer Dalrymple, Sylvaners (éd. Patte d'Ourse)

3271480.jpg?383Partie I - Ch5

Sur la neige il n'y avait aucune empreinte de pas, hormis celles qu'elle et ses parents venaient d'y imprimer.

Zoya frémit. Elle douta. Etait-ce son esprit qui lui jouait des tours. Cette chose qui parfois l'envahissait. Avait-elle tout imaginé...?

Elle se sentit défaillir, mais une main la retint juste à temps.

- Ça va ma chérie ? Lui demanda Kelya. Sa mère la regardait, inquiète. Elle n'avait pas oublié la raison pour laquelle ils avaient fui, laissant tout derrière eux, risquant leurs vies.

- Encore un de ces ...cauchemars ?

Zoya secoua la tête et rassura sa mère. - c'est le froid, ne t'inquiètes pas.

- Et maintenant ? Soupira Anton, où aller ? Ces gens nous ont sauvé la vie, mais ils nous ont laissés sans aucune indication pour rejoindre le village de Gardel...

Comme une réponse, un cri perçant s'éleva dans le ciel.

Zoya leva son visage, la silhouette d'un faucon se découpait dans le soleil.

Elle sourit.

- Fawyden, murmura-t-elle, toi là, toujours...

Le faucon plongea vers le sol et glissa entre les arbres.

- C'est par là ! dit Zoya, le faucon nous montre le chemin.

Anton fronça les sourcils et gronda.

- Quelle est cette ânerie ? Comment un oiseau peut-il...


- Papa, fais moi confiance, le conjura Zoya. Il est avec les gens qui nous ont sauvés... tu vois, ils ne nous ont pas laissés tomber.

Anton grommela, il ne pouvait concevoir qu'une bête désire aider des humains.

- C'est notre seule chance de trouver le chemin... dit Kelya.

Zoya s'élança en direction de l'oiseau. Il volait bas, s'arrêtant fréquemment sur une branche pour donner le temps aux trois humains d'avancer dans la neige.

Anton suivait sa fille et son épouse, évitant de regarder le faucon. Ça ne pouvait être possible. Et pourtant la bestiole semblait les attendre. Il secoua la tête. Il était clair que cet oiseau allait où bon lui semblait et que ces deux femmes sans jugeote le suivaient. Tout ceci était absolument ridicule !

Au loin ils entendirent le cognement d'une hache.

- Ça vient de là ! s'écria Anton en tendant son doigt en direction du bruit.

Le rapace n'allait pas dans cette direction.

- Il faut suivre le faucon, insista Zoya.

Anton s'immobilisa, refusant de faire un pas de plus. Sa fille et son épouse eurent beau le prier, le presser, il refusait de suivre ce guide sorti d'une histoire à dormir debout.

Depuis une branche, le faucon observait cette querelle entre humains. Il sauta à terre et s'avança jusqu'aux pieds d'Anton. Face à lui, menaçant, il déploya largement ses ailes. Anton recula, que lui voulait cet oiseau ?

Zoya ne put s'empêcher de rire ce qui irrita plus encore son père. Mais lorsqu'Anton croisa le regard cerclé de jaune, il comprit que l'animal tentait bel et bien de lui faire passer un message.

Anton ravala sa salive, et se résigna.

Le Faucon reprit sa course.

Ils marchèrent encore un long moment dans la forêt, suivant un chemin que seul l'oiseau semblait connaître.

Soudain, une maison se dressa entre les arbres. Une maison de bois aux volets clos.

- On y est !  s'écria Zoya.

- C'est extraordinaire ! S'émut Kelya.

- C'est bien vrai, s'étonna Anton. Regardez ! Sur la porte il y a un ours jaune peint. Nous y sommes !

Zoya sourit à Fawyden, la main posée à plat sur sa poitrine.

- Merci... Meedhu, murmura-t-elle.

Ils entendirent alors le bruit d'un moteur, une voiture arrivait à grande vitesse malgré la neige.

Anton se précipita pour ouvrir la porte mais le véhicule aux roues bardées de chaînes atteignait la maison.

- Sauve-toi Zoya ! cria sa mère.

Zoya resta figée, ne comprenant pas ce qui arrivait. Elle jeta un regard bref au faucon qui volait sur place, en alerte.

Trois portières s'ouvrirent, trois hommes en noir sortirent. L'un d'eux était le fils Brodsky, prêt à tout pour son avancement

- Sauve-toi, la conjura Kelya en repoussant Zoya vers la forêt.

- Anton et Kelya Kim-li ! Aboya Brodsky. Vous êtes en état d'arrestation.

Comme Anton s'interposa, un des policiers le frappa  au visage.

- Papa ! cria Zoya.

- La petite Zoya ! Sourit Brodsky, nous allons te ramener à Kadrapolis, tu auras une belle chambre dans l'hôpital de tes parents !

- Espèce de salopard ! Hurla Kelya.

A son tour elle reçut un coup. Le troisième policier tenta de s'emparer de Zoya, mais elle glissa entre ses mains et courut vers les arbres. Le policier se lança à sa poursuite et se jeta sur elle, l'écrasant au sol.

Le Faucon battit des ailes, affolé par cette violence. Mais lorsqu'il vit l'homme s'en prendre à Zoya, il poussa un cri strident et s'abattit sur lui. Ses serres s'enfoncèrent dans le crâne, son bec lacéra les joues. Le policier hurla, se redressa pour se libérer de l'oiseau forcené.

Anton et Kelya furent menottés, jetés au sol. Les policiers coururent prêter main forte à leur collègue.

Le faucon n'abandonnait pas, il glissait entre leurs mains, déchirait leurs doigts. Surgie de nulle part une dame-blanche se jeta à son tour sur les hommes, l'œil noir, le bec tranchant.

'Jour et Nuit' harcelèrent les policiers.


Zoya se redressa, ses jambes flageolaient. Elle sentit une main saisir la sienne, elle sentit la chaleur du Gweimodhro parcourir ses veines, et son autre main fut agrippée aussi. La chaleur l'envahit totalement, Dhel et Ranna se tenaient à ses côtés et l'attirèrent au loin.


- ZOYA !

Kelya avait crié. Lorsque sa fille avait disparu sous ses yeux elle avait sentit son sang se glacer.

Le faucon et la dame-blanche abandonnèrent les hommes aux habits lacérés, interdits, choqués par cette attaque inexplicable.

- Où est la fille ? Brailla Brodsky.

Ils ne savaient pas. Personne ne savait, pas même Anton et Kelya, effondrés.

Elle était pourtant là, à dix mètres d'eux, rendue invisible par l'enchantement des Sylvaners.

Elle vit les policiers pousser ses parents à l'intérieur de la voiture.

Elle voulait les appeler, crier leurs noms, les libérer eux aussi, mais les Sylvaners l'en empêchèrent.

Il y a d'autres chemins.

Pour le moment elle devait penser à elle.

 

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