03 mai 2010
A propos de «Quelles couleurs!» : un texte de Régis Lejonc
Feuilleter le livre des couleurs de Régis Lejonc, c’est entamer un voyage en images en passant de surprise en surprise à travers petits objets, histoires drôles, souvenirs d’école et de vacances, affiches de cinéma, vraies et fausses publicités, comptines et jeux d’enfants…
En suivant le fil rouge des couleurs de cet inventaire graphique à la Pérec, poétique et plein d’humour, fourmillant de libres associations d’idées, de dessins et de photos, on est invités à jouer avec les correspondances entre images et textes courts.
Cet imagier pour tous les âges pourra susciter des vocations. De futurs poètes pourront ainsi apprendre leurs premières rimes sur les nuanciers: du rose Nacarat au rose Incarnat, à ne pas confondre avec le rose Carnation; du vert Smaragdin au vert Poireau Prasin, en passant par le vert Mousse et le Lichen. Ces mêmes nuanciers, où chaque ton de couleur est comme une bobine de fil qui se déroule en image, inspirera peut être de futurs couturiers, poussés au défi de réaliser la véritable robe à petits pois mais en la teignant de tissu rose Cuisse de nymphe… Des peintres, bien sûr, essaieront d’inventer de nouveaux bleus, plus transparents que l’Aigue-marine et plus exotiques que le Mers du sud … Des naturalistes voyageurs voudront voir de leurs propres yeux le gris du Gabon et vérifier que la reinette n’est vraiment pas une petite reine.
Enfin, tout un chacun se rêvera collectionneur de petits riens, chasseur de trésors de tiroir tels ceux que Régis Lejonc a du amasser durant des années, avant de devenir pour ce livre le magicien des couleurs. Un imagier inventif et lumineux, un vrai coup de cœur. Laurence Tutello, librairie Le Chat Pitre - (Voir le site consacré à l'album ici)
Régis Lejonc :
«Quelles couleurs! est né de l'envie de partager avec petits et grands mon goût des couleurs et plus particulièrement leurs évocations subjectives.
Tout est parti à l'origine d'un constat à propos de mon travail d'illustrateur. Je me suis rendu compte, il y a environ cinq ans, que j'étais davantage un illustrateur "narrateur" qu'un illustrateur "décorateur". Rien de grave à cela!
Puis je me suis aperçu que j'avais naturellement fait le deuil de mon dessin, faute de réelle virtuosité, au profit des couleurs; que je travaillais mieux avec instinct qu'avec réflexion et que finalement, je me reposais beaucoup plus sur l'atmosphère de mes images que sur leur qualité proprement graphique.
Je savais déjà que le sujet m'imposait naturellement un ton, un style ou parfois même une technique, et que j'étais capable de varier assez radicalement mon style d'un livre à l'autre.
Bref, j'aime tous les genres graphiques, du dessin kawaï japonais à l'illustration anglaise classique, de l'image graphique et numérique à la peinture, de l'imagerie populaire mexicaine aux boites d'allumettes indiennes, de l'hyper-réalisme à l'abstraction...
Serge Bloch m'avait dit à mes débuts, alors que je démarchais pour du boulot chez Bayard Presse, qu'il préférait de loin quelqu'un qui sait faire une chose très bien à quelqu'un qui sait faire plein de choses moyennement... Force m'a été de constater, livre après livre, que je fais, par tempérament, définitivement partie de la seconde catégorie.
Ce vaste constat n'avait rien de douloureux et s'est même avéré plutôt apaisant.
De là, je me suis questionné sur mon rapport aux couleurs, d'autant plus qu'on me demandait souvent ma couleur préférée lors de rencontres scolaires, et qu'à chaque fois, je ne savais pas quoi répondre sinon que je préfère les associations de couleurs aux couleurs simples...
Je me suis alors mis en tête de monter un projet d'imagier sur le thème des couleurs à proprement parler, je l'ai nommé "De toutes les couleurs". J'ai réalisé que j'ai toujours aimé le nom des couleurs, véritable poésie à eux-seuls. Toutes les couleurs seraient alors nommées.
J'ai vite découvert qu'il existait déjà pas mal de livres sur le sujet, souvent à destination des plus petits. Certains m'ont plu, d'autres me sont tombés des mains. Aucun ne répondait à ce que j'avais envie de faire.
Très vite, j'ai parlé de cette envie à Valérie Cussaguet des éditions Thierry Magnier, parce qu'on se connaît bien, et qu'il m'a paru évident qu'elle serait l'éditrice idéale. Elle a tout de suite adhéré au projet. Elle devait m'apprendre plus tard que mon titre était déjà pris... On a pas mal galéré à chercher et surtout a trouver un nouveau titre au projet pour finalement l'appeler "Quelles couleurs!".
En parallèle à des travaux en cours, comme une récréation, je me suis lancé au hasard sur le chapitre du ROSE pour commencer.
J'ai noté tout ce que la couleur rose pouvait m'évoquer et je me suis mis à illustrer chaque idée de manière instinctive, aussi bien sur la question graphique, technique que narrative.
J'ai composé des pages puis les ai confrontées en vis-à-vis, comme dans le livre.
J'ai ensuite fait le chapitre GRIS de la même manière, des premières ouvertures de chapitre, une première couverture...
J'avais d'emblée décidé de ne rien m'interdire, de la photo au croquis, de l'illustration au pastel à l'image informatique... Cette envie a participé par la suite à la conception de la collection l'ABéCédaire aux éditions l'Édune.
Même si j'avais renoncé à faire un livre documentaire sur la couleur, faute de connaissances personnelles et de pertinence, puis tout aussi vite renoncé à être exhaustif sur le sujet, j'ai tout de même commencé à mesurer l'importance de ce projet en terme de quantité de travail… après avoir défini 12 chapitres qui me semblaient avoir du sens, 12 familles de couleurs alors que traditionnellement dans les traités "sérieux" sur la couleur, on en compte 9 !
J'ai présenté ce projet au Centre National du Livre (une première pour moi), et j'ai bénéficié, à ma grande joie, d'une bourse importante qui m'a permis de lâcher alors définitivement la commande publicitaire au profit de l'édition jeunesse.
Trois années sont passées sans que le projet n'avance concrètement. J'ai travaillé sur d'autres choses sous l'impulsion de divers auteurs et éditeurs et je me suis lancé dans la direction de la collection l'ABéCédaire... Cette expérience a été très importante et influente sur ma façon de reprendre le projet des couleurs par la suite.
Pendant tout ce temps, le projet des couleurs ne m'a pas quitté, il a lentement mûri dans ma tête. On l'a évoqué à plusieurs reprise avec la maison Magnier, puis chacun passait à autre chose.
Valérie Cussaguet m'a cependant un jour mis au pied du mur et on a programmé le livre, fixé une échéance de remise du travail à fin juin pour une parution en octobre 2009. Bref, on a signé un contrat d'édition.
J'ai programmé le livre dans mon agenda de travail, puis environ 3 mois avant l'échéance, je me suis plongé exclusivement et totalement sur le projet, nuits et jours. J'ai travaillé en avancée automatique, sans chemin de fer, sans même savoir exactement combien de pages il me faudrait pour raconter tout ce qui me venait à l'esprit. J'ai suivi mon instinct, une certaine évidence s'est mise en place pour moi, je me suis vraiment fait confiance en m'appuyant sur mes goûts de lecteurs d'images, sur mon savoir faire, sur des images que j'avais déjà inventé avant, sur tous les genres que j'aime aborder, sur mes influences d'enfance et d'autres plus adultes, sur des lieux que j'aime et que j'ai photographié, les objets de chez moi, mon environnement immédiat, sur mes blagues à 3 balles et sur mes jeux de mots vaseux (qui sont mon quotidien à l'atelier que je partage joyeusement avec Olivier Latyk et Richard Guérineau).
J'ai ainsi fait le livre qui me ressemble le plus à ce jour, dans un sentiment d'urgence et de plaisir mélangés.
Arrivé vers la moitié de l'album, j'ai commencé à voir qu'il me faudrait pas loin de 400 pages pour faire le tour du sujet. Le BLANC, le VERT, le ROUGE ou le NOIR pouvaient faire des livres à eux seuls! Évidemment, un gros imagier en couleur de 400 pages n'est pas du tout réaliste commercialement parlant, il aurait coûté trop cher à fabriquer et donc trop cher à la vente. J'ai proposé à mon éditrice de faire plusieurs volumes, ce qu'elle a catégoriquement refusé, avec une absolue certitude qui m'a finalement convaincu. Alors il m'a fallu faire le deuil d'un grand nombre d'idées et de sujets pour m'arrêter à 210 pages. C'est peut-être dommage, en tous cas, c'est comme ça.
J'ai tout de même été vite rassuré par les retours enthousiastes des personnes de chez Thierry Magnier, l'accueil des commerciaux et l'engouement sincère que le projet semble susciter. Ces réactions m'ont permis de ne pas trop gamberger de travers.
Les éditions Thierry Magnier croient énormément à ce livre et mettent en place une promotion comme je n'en ai jamais connu à ce jour : exposition pour les libraires, mini site dédié, création d'affiche, décoration du stand pour le prochain salon de Montreuil... C'est très réconfortant pour un auteur de se sentir porté de la sorte.
Je croise désormais les doigts pour que ce livre soit à la hauteur et rencontre son public...»
Régis Lejonc
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Commentaires
je viens de "feuilleter" la présentation de ce livre, merveilleux, de ce pas je cours en acheter un pour la bibliothèque et vais conseiller à nos lecteurs de l'acheter pour leur enfant, quelque soit son âge, car il doit convenir aux 7mois à 77 ans...
je vous contacte pour l'expo..
bonne continuation et bon succès à cet ouvrage
Écrit par : bibliothèque Attin | 29 juin 2010
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