23 mars 2010

Itw de Jonathan Stroud

CÉLINE DEZET, LAURENCE TUTELLO: Il y avait déjà longtemps qu'on n'avait rien eu de nouveau de vous sur nos étagères... Qu'avez-vous donc fait pendant ce temps?!

JONATHAN STROUD: J'ai beaucoup travaillé ces dernières années sur ce nouveau roman, Les Héros de la vallée. Après avoir fini la trilogie de Bartimeus, j'étais très fatigué [en français dans le texte] et je n'ai rien fait pendant un an environ, je n'ai rien écrit. Puis je me suis mis à ce Stroud - copie.jpgnouveau livre. Ça m'a pris longtemps pour comprendre comment il fonctionnerait: je voulais écrire quelque chose quasiment à l'opposé de Bartimeus. Bien que différent, l'environnement de l'histoire reste familier. Des montagnes, des histoires de monstres... On a tous déjà lu ça... Mais je crois qu'au final, les lecteurs seront surpris. C'est en tout cas l'objectif que j'avais en tête. On verra bien! En tout cas je suis heureux que Les Héros de la vallée sorte en France, et d'y venir faire sa promotion après les États-Unis, l'Angleterre et l'Allemagne.

Vous adressez-vous spécifiquement à un jeune public quand vous écrivez? Malgré la présence de notes de bas de page, d'ironie fine et de second degré, j'ai été surprise par la jeunesse de certains  des lecteurs de Bartimeus...

J'écris pour les jeunes... et j'ai envie que les adultes, eux aussi, lisent mes livres. C'est ce qui s'est finalement passé  pour Bartimeus... J'ai rencontré des lecteurs de huit ans -c'est vraiment très jeune!- et d'autres de soixante ans! Mais surtout beaucoup d'adolescents et de jeunes adultes. Les Héros de la vallée est plus simple que le précédent. Pas de notes de bas de page! Mais il est plus calme aussi, moins débridé. Et son thème est plus sombre. Il me semble requérir une certaine maturité... Je crois qu'il s'adresse à mes lecteurs les plus âgés. Mon éditrice en France, Shaïne Cassim, pense au contraire qu'il est pour un public plus jeune! Nous ne sommes pas d'accord sur ce point... Les lecteurs trancheront!

Y aura-t-il une suite à ce nouveau roman?

Non, c'est un «one shot» comme on dit. Je ne veux pas être réduit à un auteur de trilogies ou de gros livres fantastiques. Je veux aussi écrire des romans ordinaires, plus simples -même si, comme celui-ci je pense, ils doivent se révéler moins commerciaux.

Y a-t-il des livres de votre enfance qui vous ont influencé?

Enfant, je préférais les livres avec de la magie et de l'aventure. Je n'ai jamais aimé les histoires réalistes, sur les relations personnelles, les parents... Ça m'a toujours semblé ennuyeux. J'aimais Tolkien, CS Lewis et son Narnia, les contes populaires et les contes de fées, les frères Grimm, les sagas avec des héros. Peut-être parce que, lorsque j'avais sept ans, j'ai été très malade. J'avais attrapé une pneumonie et j'ai été hospitalisé longtemps. Je pouvais juste m'assoir et je lisais, lisais... Je m'imaginais dans de grandes aventures; et je crois que je le fais toujours, bien que je ne lise plus autant de fantasy maintenant. Ça ne m'intéresse plus...

Et lisez-vous encore des livres jeunesse aujourd'hui?

Parfois. J'ai lu et vraiment apprécié L'Étrange vie de Nobody Owens de Neil Gaiman. Je devrais en lire davantage, je sais que je devrais lire davantage... Mais bon, je lis principalement des livres pour adultes. J'ai récemment relu Sherlock Holmes que j'avais adoré enfant. Je relis d'ailleurs en ce moment des romans policiers, pour voir si je les aime toujours. Peut-être qu'un jour j'écrirai un roman policier.


Bonne idée!

Mes premiers livres étaient des livres d'énigmes. J'adore les énigmes. Finalement écrire un livre comme Les Héros de la vallée, c'est un peu comme écrire une énigme. Vous suivez un labyrinthe... très excitant et intéressant à construire!

 

Justement, comment procédez-vous pour écrire vos livres?

Toujours de la même façon: je commence et j'attends de voir ce qui se passe. Parfois ça vient très vite et facilement. Parfois, comme pour Les Héros de la vallée, c'est plus compliqué. Là,  j'ai fabriqué lentement de petites pièces que j'ai assemblées petit à petit, comme pour un puzzle. Puis j'ai rédigé mon plan pour m'aider à aller jusqu'à la fin. Et j'ai pris une autre route! C'est comme les cartes routières: je les aime bien mais je ne les suis pas toujours.

Pour revenir à la trilogie de Bartimeus, j'ai une question de la part de mes neveux qui l'ont adoré,  mais qui ont été totalement dévastés par la mort d'un des personnages principaux. J'ai d'ailleurs ici la facture des honoraires du psy pour vous... Ils voulaient savoir s'ils auraient la chance de rencontrer à nouveau Bartimeus.

Oui, je le crois... Quand j'en ai eu fini avec la trilogie de Bartimeus, je me suis dit: «plus jamais ça!». Pendant quatre années, j'ai vécu dans ce monde, écrivant d'arrache-pied. J'avais vraiment besoin de faire une pause. Mais maintenant...

De tous les autres livres que vous avez écrits et qui ne sont pas traduits, pour lequel aimeriez-vous particulièrement qu'il le soit?

Je pense qu'ils devraient être TOUS traduits! Vous devriez en toucher un mot à mes éditeurs! Maintenant, il faut que mes lecteurs français soient prévenus: les romans que j'ai écrits avant Bartimeus ne sont pas très drôles. Avec Bartimeus, j'ai réalisé que je pouvais être en même temps drôle et sérieux. Pour moi, ça a été une révélation. Finalement, avant je n'étais pas très sûr de mon écriture. Mais ce sont tout de même de bonnes aventures!

 

Vos héros sont tous courageux. Leur prêtez-vous des qualités que vous souhaiteriez avoir... ou que vous avez!?

Ils sont ce que j'aimerais être... et que je ne  suis pas si facilement! Quoique... Quand ma mère a lu L'Amulette de Samarcande, elle m'a dit que quand j'avais douze ans, j'étais comme Nathaniel, le jeune magicien. Mais ce n'est pas un compliment parce qu'il est coincé, avide et fier! Je ne m'étais pas aperçu que j'avais ainsi projeté l'adolescent que j'étais dans ce personnage!  Bartimeus, lui, est ce que j'aimerais être: sa capacité à plaisanter, à être malpoli et sarcastique, c'est quelque chose que j'aimerais avoir.

Toutes les choses interdites que vous souhaiteriez faire...

... il les fait toutes! Et c'est pour cela que tout le monde aime Bartimeus! Il peut faire toutes ces bêtises et ensuite se changer en oiseau et s'envoler.

Mais il est également terriblement misanthrope. Il nous méprise...

Oui... Mais il peut aussi éprouver de l'affection; il a des sympathies. Finalement, on sent que c'est quelqu'un de gentil et que tout le reste n'est que de la bravade. Même chose pour Halli, le héros de mon dernier roman. Au début, il n'est pas très attirant. C'est une «grande gueule» parce qu'il a toute cette énergie en lui, il est frustré... Il y a l'histoire de sa famille, la façon dont il se comporte avec sa mère et son père, leurs disputes.

Malgré votre désintérêt pour les romans réalistes, ce roman est finalement plus intimiste que le précédent?

Oui... C'est un roman épique et intimiste...


Propos recueillis et traduits par Céline Dezet, librairie Le Dragon Savant, et Laurence Tutello, librairie Le Chat Pitre

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