12 novembre 2009

Liber 2009 - Madrid

De retour de Liber 2009, Elena Quintana nous a confié ses impressions. Nous la remercions.

Capture d’écran 2009-11-12 à 19.24.17.jpgLa foire du livre de Madrid s'est achevée vendredi 9 octobre, sous le signe de la baisse du volume des affaires et les interrogations sur les évolutions futures des professions du livre avec l'avènement de la digitalisation et le développement des réseaux sociaux sur internet.

Une assistance en hausse aux évènements, rencontres et tables rondes au programme de la manifestation, malgré une impression de couloirs presque vides du pavillon 12 du parc des expositions Juan Carlos I de Madrid, lieu de l'exposition.

Sur le chemin de la foire je prends le métro et suis agréablement surprise de constater que, sous terre, les madrilènes lisent : le journal, un roman sur papier, un mystère sur e-book (eh oui : encore une conséquence de l'uniformisation de ce support qui nous attire mais nous dérange: JE NE PEUX PAS IDENTIFIER CE QUE LIT MON VOISIN ! J'enrage...)

Mon regard s'arrête sur une page plastifiée et collée sur l'une des parois de la rame, un recto format A4 reproduisant un extrait d'une œuvre de Mariano José de Larra, écrivain représentatif du romantisme littéraire du XIXème espagnol. En pied de page, une sentence : « ça y est, tu as fait le plus dur : te lancer dans la lecture. Tu n'as plus qu'à continuer ». Toute invitation à la lecture est louable. L'initiative vient de la Municipalité de Madrid, associée à Metro de Madrid.


Je quitte ma rame et me trouve, encore sur le quai, face à une espèce de caisson sous-marin: c'est un bibliometro : extension des bibliothèques publiques de Madrid ouverte cinq jours sur sept et mettant à disposition du public le prêt  gratuit de livres. On décompte douze bibliometros dans le réseau et on salue l'initiative : Si l'usager ne vient pas à vous, c'est à vous d'aller à sa rencontre.

Et c'est aussi le mot d'ordre des bibliothécaires jeunesse. Lors d'une table ronde intitulée « Bibliothèques, internet et public de 0 à 18 ans », il a été question de clubs du livre virtuels, de blogs de poésie très visités, de maisons d'éditions  qui ont créé leur profil sur Facebook et passent des booktrailers sur Youtube pour la promotion de leurs publications. Ainsi Diego Moreno, de Nordica Libros qui compte sur plus de 1200 « amis », lecteurs fidèles ou de passage qui interagissent activement en partageant avis et commentaires sur le réseau. Il a fait part de son expérience et des enseignements sur le profil de ses lecteurs à partir des 25 000 visites des films animés de 14 de ses publications sur Youtube. Il dit commencer à travailler avec le livre électronique. Pour tous, son arrivée est imminente, ce sera le cadeau par excellence pour Noël prochain. Quel est le futur du livre papier ? La menace d'un avenir incertain plane mais de nombreux professionnels ont un discours optimiste. Il faut maîtriser les nouvelles technologies, jusqu'à la banalisation de leur usage, et ceci passe par la formation accélérée de tous les médiateurs du livre.

Dans le domaine des livres illustrés les changements seront déterminants dans un avenir moins immédiat, mais les éditeurs comptent sur l'originalité et les capacités créatrices des artistes pour inventer de nouvelles techniques qui s'adapteront aux nouveaux supports. Nouveaux défis, nouvelles stimulations créatrices.

Les bibliothèques, espaces publics créateurs de liens sociaux auront-elles tendance à disparaître avec la diminution de l'offre de supports papiers ? Oui selon les uns, car nous évoluons dans une société individualiste qui ne requiert plus de déplacements pour rester en contact avec l'extérieur au moment même ou les réseaux sur le net sont en pleine expansion. Non, d'après les autres, qui évoquent la création et l'ouverture récente de grandes bibliothèques et de médiathèques proposant toutes sortes de services, constituant des espaces sociaux essentiels et qui répondent à une demande réelle de la part des usagers.

Une autre table ronde a été organisée sur le thème des librairies jeunesse indépendantes et les sections jeunesse des librairies générales,  leur raison d'exister, leurs objectifs, leurs difficultés et incertitudes liées aux bouleversements du marché. Les organisateurs réunissaient des éditeurs, des libraires jeunesse, des chercheurs de la Fundacion Sanchez Ruiperez, des bibliothécaires, et des universitaires. Juan Mata, écrivain et professeur de sciences de l'éducation de l'université de Grenade distingue l'enfant lecteur de l'enfant client, habitué des librairies et pour qui le plaisir de la lecture s'accompagne de celui de la découverte, de la décision de son choix, et enfin de l'appropriation de l'objet livre. Marta Anson, propriétaire de la librairie 'La Mar de Letras' à Madrid, est convaincue de la nécessité de l'existence de ces librairies spécialisées, le libraire ayant la fonction essentielle de passeur d'information dans le foisonnement de l'offre  auprès de sa clientèle, de conseil et de sélection des ouvrages le plus adaptés à son jeune public lecteur, définissant ainsi très clairement leur valeur ajoutée.

Un avenir incertain et des questions à tous les stades de la chaîne du livre ; mais toujours des nouveaux ouvrages chez petits et grands éditeurs : A souligner le catalogue original des éditions Funambulista, les magnifiques albums illustrés de la maison d'édition « Los libros del zorro rojo », les titres prometteurs de jeunes auteurs publiés chez Anaya, qui démontrent, s'il est nécessaire, le dynamisme de l'édition jeunesse espagnole, au delà des sempiternelles et multiformes versions de Don Quichotte.

Elena Quintana

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