10 novembre 2009

On lit à ma place ! (Nadia Roman au SILA 09 - 8/9)

Nadia Roman est de retour au Salon du Livre d'Alger… Comme les années passées, elle nous offre ses chroniques, et nous l'en remercions.

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Bonjour - Il va me falloir commencer à penser comment rentrer tant de gros livres dans une si petite valise ! Boucle d'or a trouvé une solution, moi aussi, j'ai acheté un sac de voyage ! Dès lors je me sens l'esprit tranquille et ne pense plus au retour... ne pas gâcher le temps, il y a encore une conférence à laquelle je veux assister sur la Palestine, des lectures aussi et si possible parler quelques minutes avec l'attaché culturel, histoire de lui rendre compte de mon séjour, c'est la moindre des choses, on dira bilan et perspectives !

La matinée est consacrée  à l'Imagier, travail sur les images qui sont scannées ici et seront photocomposées à Nice, une vrai coproduction. La moitié des originaux est arrivée et quelques pages de gauche, la page qui portera les mots. L'illustratrice vit en Belgique, nous travaillons par mail. Il faut donc tout noter et se mettre d'accord, mais sans trop de problème. La difficulté est la longueur de la réalisation qui nous demande parfois de nous y remettre, en ayant bien sûr déjà un peu la tête ailleurs, côté mots. Mais j'ai mes tableaux en ordre, on y revient, tout va bien. Le bureau de Lazhari est une petite maison à part dans le jardin, au calme, trois murs remplis par sa bibliothèque, qu'il connaît même en y tournant le dos. Les ouvrages arabes et français, son premier livre, livre de poche acheté à Laghouat, des bouquins d'art de politique poésie, romans un peu moins peut-être. Quelques tableaux, originaux de peintres et amis dont Areski Larbi bien sûr. Je n'ai pas vu sa Cuillère, la vraie, celle qui est l'héroïne de la nouvelle titre de son petit « passe poche » (nom de la collection) que j'aime tant ; il faudra que je revienne. Je ne me souviens plus du titre de son premier bouquin de poche, je l'ai pourtant vu, il faudra que je revienne !


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Le bureau de Lazhari

Je me rends compte en vous écrivant que j'oublie de noter les noms des intervenants aux conférences, que je ne garde que ce que j'entends souvent, que je ne suis pas pro du tout (c'est le cas d'ailleurs). Mais, comme pour les photos que je ne fais pas parfois, par souci de garder les images dans ma tête, ou dans mon cœur (comme la veille au couscous), je vais écouter ce qui m'intéresse et je vous en parle ensuite comme on le fait au retour avec des copains qui viennent aux nouvelles. Cela me fait penser à cette manière qu'ont certains de voyager, et qui me fait sourire, tout filmer, voir les paysages dans l'œilleton et ... découvrir le pays en rentrant sur sa télé !!! On comparait cela une fois avec Frédéric Musso à la lecture avec ou sans crayon.

La conférence sur la Palestine aujourd'hui, petit rappel du passé pour Jérusalem dont le statut tricommunauté n'est plus appliqué sans souci de la loi, et le témoignage d'une journaliste italienne vivant à Jérusalem, traduit par un journaliste palestinien. Et la couleur des cartes de séjours, celle qui donne droit au travail celle qui ne donne droit à rien, comment exister ? L'évocation de solutions possibles, l'arrivée d'Obama et ses propositions de retour aux frontières de 75 (je me trompe peut-être dans les dates aussi !) une façon de dire la difficulté de vivre des palestiniens et des solutions qui sont réalisables pour que la cohabitation existe enfin. Le désir des politiques est bien sûr la condition incontournable. Comment les palestiniens vont pouvoir se refédérer autour d'un projet imparfait certainement mais... comment les israéliens vont pouvoir accepter le retour aux anciennes frontières sans avoir la sensation de perte. On sent bien que là, comme ce fut le cas en Algérie, le partage de la terre, la cohabitation, la douleur et la violence qu'elle engendre de toutes parts, nous rend spectateur impuissant ; les témoignages sont importants, de toutes parts, entendre et ne pas oublier.

Pendant ce temps, il s'en passe sur mon stand, on lit à ma place, super ! J'avais dit lors de la matinée avec les élèves des Glycines, donnez leur des livres... et voila que la même chose se produit avec les visiteurs du salon, je ne pouvais pas rêver mieux ! La petite table remplie de livres attire les familles et c'est tant mieux. Voila une maman qui s'installe et lit à sa fille, vraiment quel plaisir. Je ne veux pas faire l'article, mais ici le relâchement est rarement à l'ordre du jour, les attitudes sont contenues, chaleureuses mais réservées. Quand les mamans s'autorisent d'investir les lieux, j'ai l'impression qu'il se passe quelque chose qui avance, que leur attitude dénote une nouvelle relation aux livres et aux enfants.

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Comme le travail se fait sans moi ( !) je prends le temps de rencontrer l'attaché culturel et lui aussi (il prend le temps). Il est passé plusieurs fois sur le salon, nous avons assisté aux mêmes conférences, là ce sont quelques minutes sur mon séjour. Je dis que du projet de départ les choses ne se sont pas passées comme je le pensais ; il me semblait que les rendez-vous adultes seraient faciles à mettre en place et que pour la jeunesse... j'étais incertaine. Et voila que c'est l'inverse qui se passe (moi j'aime bien être étonnée). Les auteurs adultes sont d'abord contents de quitter le salon au bout de trois heures de fournaise, et dans l'organisation de leur venue est prévu un bus qui les transporte. Il y a un peu de la colo là dedans (on va dire du centre aéré pour ne pas utiliser une réduction de mot douteuse !), tout le monde au rendez-vous à telle heure. Donc l'idée de lire pour les grands est très vite abandonnée. Ce n'est pas un souci du tout, l'autre versant étant bien en route, les enfants, pas en masse non plus, mais ça commence à fonctionner. Je suis certainement idéaliste (une jeune française installée depuis peu en Algérie me le dira plus tard, pas comme les français qui se déplacent à l'étranger -je le prends comme un compliment-) mais j'ai souci de l'invitation que je me dois d'honorer en somme, même si je suis mise à l'aise par Vincent Garrigues quand il me dit, -vous faites votre boulot et nous le notre-. Ben oui il a raison ! Nous échangeons sur un projet d'animation qu'une association met en place pour Janvier, Artissimo, qui organise des activités artistiques pour les enfants à Alger, leur petit festival est soutenu par le Ccf.

Je m'étonne de l'existence du Petit lecteur d'Oran depuis 18 ans et de la non « contamination » de cette association aux autres villes du pays. Mais bon, si ça commence à Alger c'est bien.

Il est facile d'échanger avec lui, direct, clair et un fond d'accent du midi qui me met à l'aise !

Je sens que nous nous prenons au sérieux mutuellement, et sur des données parfois ténues, subtiles, ressenties et pas toujours flagrantes ou éclatantes, comme c'est la cas de la lente (mais tenace) avancée de mon projet, c'est un (ré)confort certain !

Ce qui veut dire que je serai peut-être quelques jours en janvier à Alger, pour lire, faire lire et écrire des enfants. Que dire de plus, je reviendrai !!!

Demain on va tout faire à 100 à l'heure parce que ce sera le dernier jour. J'écrirai la fin à Nice. Ce sera un moyen de continuer et achever en douceur le voyage. Il y aura samedi 7 novembre, comme chaque 1er samedi du mois, la sortie des Lettres françaises, et là un spécial Kateb Yacine, dossier dirigé par Yahia Belaskri qui m'a demandé une participation écrite, en deux mots (oui c'est rare chez moi !) difficile et honneur.

J'espère que les jeunes iront vers la lecture de Kateb Yacine, son écriture exceptionnelle, sa vision claire lucide violente, son courage de dire et sa simplicité. Je vous parle d'un temps... où écrire ... il fallait du courage et pas que la télé pour bestselleriser. Oui oui, cela existe encore aujourd'hui !

Allez, sur cette note optimiste, je vais manger du poisson à l'Arc en ciel, un restaurant tout près de la place Abdel Kader, où le patron connaît Nice, tchatche assurée !

Et des bises

Nadia

 

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