06 novembre 2009

Il y a de la dispersion de mots, quelques dissensions aussi (Nadia Roman au SILA 09 - 6)

Où il est question d'Azouz Begag, de Fadela M'rabet, de Tassadit Yacine, des éditions Magela et de granules d'arnica au fond de la salle de l'Aurassi… (Nadia Roman est de retour au Salon du Livre d'Alger… Comme les années passées, elle nous offre ses chroniques, et nous l'en remercions.)

Alger 30 octobre dame de la Casbah et Sofia 09 018.jpg

Bonjour !

La matinée commencée un peu plus tard se passe en partie dans la voiture, ce qui laisse le temps de parler et même de travailler. Je ne dis plus rien de la météo stationnaire, des rues quasi printanières où les rares femmes en collants sont celles qui croient que le temps de Paris est le même partout ! Ici les filles rêvent de bottes et moi je me régale à voir la végétation encore, ou plutôt, à nouveau en fleurs. L'arrivée des premières mandarines et des dattes fraiches trahissent à peine les doutes saisonniers.

Le choix de l'emplacement du Sila écarte toute possibilité de manger des sardines grillées au cumin. À midi c'est chawarma et orange pressée, assis sur les bords des trottoirs où nous nous disputons l'ombre de maigres peupliers. Il y a une dauphine grenat sur le parking officiel ! Elle doit dater de temps immémoriaux, enfin du temps dont on parle un peu mais pas trop, ici comme chez nous. Sur le salon, un livre d'un compagnon d'arme du colonel Hamirouche, écrit par son homonyme qui vit en partie en Californie depuis sa retraite. Il reprend les faits et leur analyse, avec recul, vu de l'intérieur, et un questionnement insistant ; qu'avons-nous fait ? qu'en avons-nous fait ? La présentation qu'Anouar fera demain de son nouveau roman sera aussi l'occasion de reposer avec lui cette question. Il évoque entre autre Mélousa.


7r1enr.jpgDans les nouvelles écrites durant la résidence d'auteurs en juillet, rassemblées dans un ouvrage, Ancrage africain édité par Apic, chaque regard posé renvoie à la situation du pays, ses hommes et ses femmes, leurs difficultés, alors qu'aucun thème n'était imposé. Ceci me rappelle ce que je disais des commentaires du blog d'El Watan sur les atermoiements de l'organisation du Sila, chaque jour prétexte à parler du pays. Et quel besoin de dire, d'évacuer, de s'exprimer pour exprimer en somme.

Aujourd'hui mes lectures sont en fin d'après midi, le temps de laisser la place à des dédicaces sur le stand LLE que j'envahis sinon. Je flâne, fais des photos et vais voir des éditeurs. Il y a déjà beaucoup de monde pour une veille de week end. Il y a peu d'éditeurs européens présents des suisses, les français sont souvent représentés par des libraires d'ici, pas de stand du Bief cette année, pas ESF non plus suite au blocage de leurs livres au précédant Sila et beaucoup d'éditeurs du monde arabe. Le stand du Panaf met toujours l'ambiance ; on y danse maintenant.

Chez Sédia, Azouz Begag vient dédicacer son dernier livre. Je ne suis pas allée à sa rencontre, j'avais encore trop envie de lui parler de nos missives aïssatiennes restées lettres mortes. D'autant que la mienne était composée avec ses mots, les mots d'un de ses albums, Un train pour chez nous, Thierry Magnier en France que Sédia a traduit et édité (et qui est très beau !). Il ne s'est pas manifesté lors des soirées qui rassemblent les auteurs invités, occasion qui aurait été plus favorable pour lui en glisser un mot. Tant pis.

En fin de journée, je me suis posée sur un pouf et j'ai lu à des enfants fatigués par le bruit le monde la chaleur, à ce moment précis où les mots et les images se mêlent au relâchement, où la lecture rejoint le câlin ! Randa en sait quelque chose, elle qui m'a choisi un tas d'albums et a été attentive à chacun, car au 4ème, qui n'était pas un chef d'œuvre d'écriture, j'ai sauté une page, sciemment je l'avoue ( !) et elle m'a fait remarquer que j'avais oublié de la lire ! Et pan sur le bec comme on dirait dans le Canard, tu es là pour lire tu lis !!! Randa a 16 ans, elle est trisomique, bilingue et vive. Elle aime surtout l'ordinateur qui lui permet l'interaction et adore qu'on lui lise des histoires. Nous sommes restées un long moment ensemble, alors que sa mère et ses cousines se baladaient sur le salon. Nous avons été rejointes par des enfants de passage, elle et moi assurions la permanence. Sa sœur me dit qu'elle ne repère pas quand il faut qu'elle parle en français ou en arabe, mais elle est bilingue Randa, son nom signifie fleur de laurier. Je crois comprendre qu'il y a aussi un gros travail à faire pour faire avancer l'éducation spécialisée. Les Cd pour les enfants aveugles, les orthophonistes qui font un gros boulot avec les enfants sourds et pour ceux qui ont d'autres pathologies ; tout ceci me ramène à l'école, je n'en suis pas mécontente, les imperfections sont génératrices de combats, longs difficiles mais pas impossibles.

Je vais m'endormir aussi. Ce soir nous sommes invités, la soirée se continue en mots, ceux d'un auteur oranais dont Kebir sait une nouvelle fois nous donner le goût grâce à sa lecture offerte ; je le prendrais comme coéquipier dans une prochaine aventure ! Sa voix est agréable, sa lecture fluide ; vous ne seriez un peu dans l'enseignement ?!

Fadela M'rabet est là avec ses lunettes de soleil de vue, je la retrouve toujours avec plaisir et estime. Tassadit Yacine à qui je donne enfin des granules d'arnica car elle a mal au genou me dédicace entre poire et fromage (il n'y a pas de fromage) son livre. Elle souhaite, cette grande dame si cultivée, un retour de lecteur, comme on se sent isolé dans ses recherches. Je ne manquerai pas de lui dire, dès que j'aurai lu, autorisation du lecteur ! Les copains du Panaf font table à part, qu'à cela ne tienne, on rapproche les tables. Jorus, conteur congolais, est acquis à la cause du rapprochement. Nous barrons tout le fond de la salle de l'Aurassi, nous parlons fort et en aparté, nous buvons du bon vin rouge, et il y a des fruits qui arrivent en même temps que Marc, éditeur parisien (Magélan) pour son premier séjour ici. Il y a de la dispersion de mots, quelques dissensions aussi. Et des gens d'Alger ou d'Oran, des Kabyles, des Africains et même une cannoise !

On m'a demandé si Roman était un pseudo ; pour écrire en jeunesse, j'aurais du choisir Album !!!

Et à demain pour de nouvelles aventures

Des bises à tous

Nadia

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Commentaires

Oui je suis !
je me rappelle de tous ça, très sympa cette soirée en plus nous on na fini a 4h du matin avec Karim et Samia etc..Pour recommencé, le matin a 7h du matin, pour l'émission "Bonjour Alger" Canal Algérien..
Cordialement
jorus

Ecrit par : jorus | 08 novembre 2009

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