04 novembre 2009
Et oui, je reviendrai encore et encore (Nadia Roman au SILA 09 - 5)
Nadia Roman est de retour au Salon du Livre d'Alger… Comme les années passées, elle nous offre ses chroniques, et nous l'en remercions.
Bonjour !
Temps légèrement voilé, rush avant le long week end de fête nationale, 1er Novembre ; ceux qui avaient 20 ans en ont 75.
Je pars tôt, rendez-vous 10h sur le salon avec des élèves des Glycines. Presque tout est installé quand ils arrivent en rang, en uniforme avec casquette, filles et garçons issus des 3 CM1, une maitresse, un accompagnateur et un bouquet de roses rose digne d'une mariée, quelle belle attention. Il décore notre stand maintenant. Certains me reconnaissent de l'an dernier, ils ont aussi vu des photos (pas moi !) et lu Le réveil dans leur bibliothèque à l'école. On a fait un petit coin pour eux, tapis et pouf, j'envahis un peu le stand, mais personne ne s'en plaint.
Et puis quoi, il y a des livres, il y a des enfants, ils se mettent à les feuilleter, se parler, s'échanger et je les regarde en pensant « ben voila, c'est pas plus compliqué, donnez leur des livres et ils liront... ». Ils sont une quinzaine, chacun fait son choix ; là je dois dire que le ministère ne va pas être content ; tous les enfants prennent les livres en français alors que j'avais bien fait attention de les choisir dans les deux versions autant que possible. Ils lisent le français plus volontiers, la maîtresse le confirme. Et pourtant, ça ce n'est pas elle qui me le dit, les consignes vont, même pour les écoles bilingues sous contrat, vers un renforcement de l'arabe. Ils ont tous un cahier et notent les mots qu'ils ne connaissent pas ; oui il doit y avoir un long travail enseignant derrière tout ça. Ils demandent aussi le sens des mots, occasion de faire une leçon de vocabulaire sur la famille du mot, sa racine. Je les laisse lire un bon moment, histoire de ne pas donner et couper au milieu de l'histoire et pendant ce temps on parle pédagogie avec la maîtresse qui fait pas mal de travail sur l'écrit. Il y a un livre en version Tamazirt qu'une petite fille me dit apprendre un peu à la maison. Il s'agit de Ninisse la petite berbère de Fatima Kerrouche (Hibr Editions), qui vit à Montpellier et travaille à l'accompagnement de la culture berbère. Je comptais en lire une histoire, mais ils ont choisi autre chose.


Je commence la lecture par un court texte, L'arbre aux pièces d'argent, extrait de La cuillère et autres petits riens chez LLE, que Lazhari a écrit (c'est un petit livre particulier et universel). Souvenirs d'enfance à Laghouat, enfance pauvre, école coranique puis école française, et la découverte des « Journous » les illustrés et de leur prix... ce qui le fait rêver à un arbre qui donnerait des pièces d'argent pour pouvoir en acheter. Le sujet me paraît tout à fait bienvenu. Tout ceci finit tout de même par faire un éditeur ! Les rêves sont tenaces !!! Un court échange, mais je vois bien qu'il y a déjà un best seller dans leurs mains, qu'ils s'organisent pour se le passer, attendent leur tour, donc je le lis à tout la monde cette Mademoiselle Zazie qui a trop d'amoureux. Durant la lecture que je mime, poing sur la hanche !, un petit garçon devant moi qui vient de le lire, connaît déjà les chutes et dit avec moi, j'adore ! Rien à dire, le silence attentif sent son vécu ! Je finis, car il faut bien finir, ce qui ne faisait plaisir à personne, par C'est moi la plus verte, (j'ai pas choisi) et Salem dont je me souvenais de l'humour, reconnaît tout de suite les entrées intertextuelles les plus classiques. L'idée de faire un album avec liens classiques et albums du pays m'a déjà été soufflée. A suivre... la petite troupe s'en va, je me rends compte que du monde a assisté aux lectures dans l'allée et pas que des enfants ! Je vois que les BD sont toujours aussi attirantes pour les garçons et qu'ils connaissent tous l'OM !

Ils partent faire le tour du salon, je pars à Blida, Imprimerie Mauguin pour récupérer des livres et en ce qui me concerne, rencontrer Chantal Lefèvre et visiter son imprimerie mythique. La Mitidja, ancien jardin potager d'Alger, encore cultivée, beaucoup d'arbres fruitiers mais aussi zone industrielle et militaire, nationale à 3 voix jusqu'à Tamanraset.
Blida est une ville qui grandit bien sûr, s'étend, et dont le centre rend encore le passé colonial, architecture, petites maisons fleuries, pas vu de roses malgré son surnom, ville des roses. La place centrale et le kiosque à musique, on y voit bien les soirées fraiches, l'anisette et les flonflons. Le climat semble peu insouciant, la beauté désuète et les petits drapeaux n'annoncent pas le bal. L'imprimerie est sur la place, grande bâtisse surmontée de la maison familiale. Accueil amical, Chantal Lefèvre dirige l'imprimerie et la maison d'édition (le Tell) toute seule et n'a jamais quitté les lieux, même aux pires moments. Elles nous accueille, jeans et chemise à carreaux, coupe au carré et grand sourire, embrasse Lazhari et m'accueille chaleureusement. Elle nous confie à Monsieur Zane, le correcteur maison, qui y a fait toute sa carrière, et qui a connu toutes les machines qu'il va me présenter, que je peux toucher ! Je suis curieuse, je me régale à vrai dire. De la composition à la main, lettre à lettre, galet, marbre, en passant par la sténotypie, clavier qui envoie la lettre sous forme de moule en cuivre dans lequel coule le plomb fondu, assemblage de la ligne et retour de la lettre par un ingénieux système dentelé propre à chaque lettre, aux machines informatiques d'aujourd'hui. Il m'offre une barrette de plomb de l'adresse de l'imprimerie... un cadeau d'alchimiste... et que c'est beau, chaque petit ou grand meuble, à casse, à composition, les colleuses, les arrondisseuses d'angle (oui oui ! il existe une machine qui arrondi les angles ... des cahiers !, cousus collés, pour recevoir une reliure tissus) et les bouquins pas encore découpés qui rappellent les anciens vendus ainsi. C'est un superbe voyage dans le temps, un regard sur l'évolution, la durée de réalisation si différente ; mais, alors que nous étions au pliage, Mr Zane dit à Lazhari que dans son livre, malgré la justification informatique, une erreur de blanc s'est glissée ; il relit page à page, c'est magnifique. Nous retrouvons Chantal pour un moment ; elle me dit que Le réveil, imprimé chez elle, a mis de la couleur à tous les sens du terme dans l'atelier. J'en ai aux joues aussi. Rendez-vous lundi sur le salon, nous nous embrassons et retour infernal (c'est la première fois que les embouteillages me sont si pesants) sur le salon.
Ce soir les organisateurs distribuent du plastique au kilomètre pour couvrir les livres. Pendant que nous emballons, la lecture ça nous emballe ! on entend des bruissements sous tout le chapiteau et Lazhari, à l'initiative du livre sur CD nous dit, « le livre parle entendez-le » !!!
Je n'ai pas le temps de beaucoup balader ni assister aux conférences. Les invités du Panaf ont fait de la musique sur leur stand, personne ne dansait la béguine (hélas) mais c'était super d'entendre de la musique festive ici.
Je me questionne toujours sur ce ressenti lié au malaise parfois, pas de photos, pas de cigarette, attention à ci ou à ça, attendre d'être dedans... je pense à ce que me disait une jeune fille algéroise, on nous impose quelques centimètre de tissu en plus chaque année, exit le débardeur cet été. Je sais bien que la résistance est difficile et qu'elle a lieu infimement au quotidien, parfois je ne la vois pas certainement.
Surtout ne pas admettre, faire avec parce qu'il n'y a pas le choix, mais toujours s'en insurger, ne pas l'admettre.
Et oui, je reviendrai encore et encore, on ne change pas une équipe qui joue !
Une aussi belle journée à vous que celle qui m'attend,
Nadia
Publié dans CHRONIQUES ALGÉROISES DE NADIA ROMAN, DOSSIER FRANCE-ALGERIE | Lien permanent | Commentaires (0) |
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