30 octobre 2009

Kébir nous a fait la lecture à haute voix, entre chorba et vin rouge (Nadia Roman au SILA 09 - 3)

Nadia Roman est de retour au Salon du Livre d'Alger… Comme les années passées, elle nous offre ses chroniques, et nous l'en remercions.

LeRapt.jpgIl fait chaud, beau, et autres constats quotidiens auxquels on ne s’habitue pourtant pas. Mon nouveau réveil, écolo en diable, consiste à ne pas fermer le rideau afin que le soleil entre direct sur mon lit, pile poil à 7 heures moins le quart. Et pourquoi si tôt ? me demanderez-vous ! Parce que je suis à Alger et que j’aurai bien le temps de dormir à Nice ! 

Hier journée inauguration du salon, c'est-à-dire la moitié de la ville bloquée, déjà qu’en temps normal c’est pas fluide fluide… service de sécurité renforcé à bloc, difficultés à entrer sous le chapiteau, badge spécial puis pas badge, enfin on entre, deux par stand. Le président arrive vers 14h, visite trois stands et repart. Il est entouré de nombreuses personnalités de ses ministères. Un quart d’heure. Le communiqué de presse fait écho des satisfactions de l’organisation. 345 exposants, 145 nationaux, de beaux stands bien décorés (les livres sont sortis des cartons de cigarettes maintenant et certains éditeurs font des stands « comme à la maison »). quelques petits bémols omis… une telle condensation se fait sous la tente que les montants ruissellent et les livres… gondolent et parfois se mouillent carrément, comme après la pluie. Pas assez de ventilation, on promet de mettre des souffleries chaudes la nuit pour assécher l’air. Dans le cadre des inconvénients, quand autant de monde est réuni dans un lieu, ce n’est pas très glamour, mais le problème des wc devient non négligeable. La veille, deux sortes d’algéco étaient en place mais « pas tiyaux » j’avais compris sans traduction ! Ce matin nous sommes entrés derrière un camion de goudron, il venait boucher la tranchée, ouf des tuyaux ! et à 17h les portes toujours closes… bon, c’est prosaïque mais il a fallu sortir loin du stade pour trouver un restau, face à la fac de lettre de Bouzaréa ; le baiser de l’air, oui quel beau nom somme toute. J’ai acheté une carte de téléphone avec photocopie du passeport et tutti quanti. Rassurée de me savoir autorisée à la garder et la réactiver, les coordonnées sont enregistrées, au moins c’est clair.


Retour au Sila après quelques temps en voiture, mais c’est l’occasion d’écouter les infos et de savoir que tout le monde est content, vente de droits et aide à l’édition sont les maîtres mots. 

Le soir apéro sur la terrasse de l’Aurassi qui surplombe la ville et offre un paysage sur la ville mangifique. Je n’ai toujours pas pu faire mon marché aux livres, mais les amis venus de France sont là ; Yahia Belaskri et Kébir Ammi, Tassadit Yacine quelle femme, quelle culture ; elle signifie simplement chaque mot, éclaire le sens des noms des surnoms, parle de Kateb Yacine et de Mammeri, c’est un enchantement pour moi, mais je crois que je ne suis pas vraiment la seule. Lazhari chez Alpha l’édite dans un livre dédié à Jean Hammerouche qui sort après demain. Et Samia et Kamir Chikh, éditeurs Apic, qui sortent Le bus dans la ville de Yahia et l’édition des nouvelles écrites durant la résidence d’auteurs du Panaf, salon panafricain en juillet, auxquels participaient entre autres, Yahia, Kébir, Anouar Benmalek et Alain Manbancou. Je vais tenter une fois encore de joindre de photos, réduites, pour qu’elles passent. On a parlé jusqu’à tard, de la langue berbère, de Kateb Yacine, Kébir nous a fait la lecture à haute voix entre chorba et vin rouge. Je ne suis pas à l’école malgré ce que j’apprends, je prends ; chacun a sa voix, ses mots. Maintenant je sais que « laz » veut dire « faim »!

Demain ce sera le vrai début, et je commence à compter les jours qui passent avec un pincement…

Un lecteur pointu en la personne de Fabrice Vigne, qui sait lui qu’une femme écrit d’une main et allaite de l’autre ( !), me signale quelques dérives orthographiques ; quel lecteur, je l’en remercie et m’en excuse. Hélas, toujours aucune excuse due au bilinguisme… dommage !!!

Il me semble que la rue me tente moins ; est-ce la pression affectueuse des amis qui prennent soin de la française ou l’ambiance pas détendue ? J’ai acheté des cigarettes devant la grande poste. Le vendeur à l’étalage était sympathique, je lui ai demandé combien coûte une cigarette à l’unité, parce que ça se pratique beaucoup ici ; 7 dinars. Vous voila informés !

Je fais celle qui s’habitue, qui a des habitudes, mais je ne m’habitue à rien. Je continue à aller les yeux les oreilles les pores tous azimuts ouverts.

Ça démarre vraiment demain. A demain !

Nadia

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