19 octobre 2009

Expatrié (par Olivier Balez)

Dans l'avion qui le ramenait pour un temps du Chili où il habite maintenant, Olivier Balez a écrit ce texte pour nous expliquer pourquoi il ne se considérait plus comme un exilé.

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photo_olivier_balez_recup_90x172.jpgSur mon blog intitulé Ici et là, que j'ai ouvert peu après mon départ de France, j’avais pensé me décrire comme «illustrateur exilé au Chili»…  Je trouvais amusant de jouer la carte de l’artiste exilé comme avait pu l'être Victor Hugo en son temps (toute proportion gardée évidemment!)
Mais bien qu’habitant dorénavant au Chili, je me suis vite rendu compte que je ne pouvais pas revendiquer ce statut: j’ai fait la différence entre l’expatriation et l’exil en me frottant à ces vies déchirées par le coup d'état du 11 septembre 1973. On dénombre entre 200 000 à 300 000 personnes qui ont dû quitter le Chili, qui ont dû s’enfuir de leur propre pays parce qu’ils se sentaient en danger, parce qu'ils ne pouvaient pas faire autrement, ou parce que le salut était ailleurs.
Mes beaux-parents sont de ceux-là. Ils ont fui la dictature chilienne pour aller vivre au Brésil.
Sept ans ont passé et puis ils sont revenus, comme certains autres Chiliens, après le référendum du «non» dans les années 80.
D’autres Chiliens, plus nombreux peut-être, sont restés la nostalgie au cœur dans leurs pays d’accueil, en France, aux USA, au Canada, etc.
La vie avait décidé pour eux: des enfants étaient nés durant l’exil.
Il avait donc fallu en tenir compte: d’abord  les protéger de la fureur du Chili quand la dictature sévissait encore, ensuite ne pas les arracher aux copains, ou bousculer leurs nouveaux repères une fois le Chili redevenu démocratie.
Ces enfants, aujourd’hui adultes, ont appris à vivre avec la notion  de la famille «éparpillée»: un cousin à Brooklyn, un oncle à Paris et les grands-parents à Valparaiso. La plupart sont heureux de vivre dans le pays qui les a vus grandir et ne semblent pas porter la douleur de leurs parents.
Pour de nombreux Chiliens aujourd’hui, l’exil est une cicatrice qu’on a oubliée, une chose du passé avec laquelle on a appris à vivre…
Une page est tournée…
Dans mon cas, c’est l’amour qui m’a fait voyager et m’installer au Chili.
Une fille est née de cet amour et ses parents sont aujourd’hui libres de vivre à Santiago du Chili ou à Paris…
Certes, nous avons traversé les barrages de nombreuses préfectures avant de gagner la liberté de nous aimer sans frontières.
Mais à aucun moment nous n’avons fui la mort pour un pays inconnu.
À aucun moment je n'ai été Dieu Merci.
Et même si la famille ou les amis nous manquent par moment, nous savons que nous pouvons les rejoindre sans courir aucun danger.
Non vraiment, je ne peux pas m’inventer ce statut d’«illustrateur exilé au Chili».

Pour Citrouille - Olivier Balez, 31 mars 2009, en plein ciel, entre Chili et France

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