16 octobre 2009

Répandre la flamme

«Sommes-nous capables aujourd’hui, par l’écriture, de partager nos connaissances? Je dirais oui» - Jocelyne Maléta Houmbouy, auteure de L’enfant Kaori (L’enfant Kaori / Wanakat Kaori, conte kanak en français / ïaaï, Jocelyne Maléta Hombouy, Isabelle Goulou, Grain de sable / Centre culturel Tjibaou) - Un article paru en 2005.

La lecture et le livre: il y a cinq ans, quand j’ai commencé à travailler en bibliothèque, on parlait surtout de la difficulté d’apprendre le français, du problème de la lecture et, en général, de l’échec scolaire chez nos enfants issus de tradition orale, locuteurs du iaaï et du faga-ouvéa (deux langues vernaculaires d’Ouvéa). Devant ce constat, avec les moyens dont je disposais, j’ai alors créé une sorte de «passerelle» pour permettre une rencontre entre l’enfant et le livre; c’est-à-dire qu’au sein de la bibliothèque, j’animais des lectures, je partageais avec l’enfant ce qu’il avait ressenti en écoutant l’histoire, puis je l’invitais à lire à son tour, pour qu’il se sente libre de poursuivre et de découvrir par lui-même. L’objectif est que l’enfant prenne plaisir à lire avec un instrument capable d’éveiller ses sens, et qu’à la longue il accepte le livre, à l’exemple d’autres objets du quotidien, comme un élément s’intégrant dans la case et participant à son épanouissement.


L’écriture comme un moyen de conservation de notre patrimoine culturel: voici un autre objectif dont j’ai fait mon cheval de bataille. À travers de mini ateliers comme la création de poèmes, de contes, de textes libres, j’initie les enfants et les adolescents à l’écriture. Cette collaboration avec moi leur permet de découvrir 
la richesse de la langue française 
et de comprendre que cette richesse existe aussi dans nos propres langues. Parvenue à ce stade, il m’est paru indispensable de montrer le chemin, en me mettant à écrire moi-même. J’ai utilisé pour cela les techniques apprises lors de stages d’écriture et d’illustration où j’ai cherché à acquérir les bases d’un outil indispensable, non seulement pour mon métier de bibliothécaire au service d’un public, mais également en faveur de la conservation de notre patrimoine culturel kanak qui englobe la tradition, les langues, les contes… et notre histoire. Car en réalité, d’auteurs originaires d’Ouvéa, je n’en connais que quelques-uns; des bouquins écrits par des d’auteurs originaires d’Ouvéa il y en a peu. Alors je me suis posé la question: «Sommes-nous capables aujourd’hui, par l’écriture, de partager nos connaissances?» Je dirais oui, et c’est ce que j’ai essayé de faire avec l’album l’Enfant Kaori. Mais il faut le temps et de la volonté pour répandre la flamme.

Jocelyne Maléta Houmbouy, UVA, le 3 mai 2005

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