15 octobre 2009
Lire aux tout-petits, c’est découvrir, pleurer, rire et rêver avec eux
(Un article publié en mai 2002) Il y a ces moments forts, vécus avec mes enfants. Des moments drôles, tendres, passionnants, de lectures au corps à corps, à l'heure du coucher, mais aussi au parc, à la bibliothèque, dans le sable, ou sous un arbre dans la chaleur de l'été... Ces moments de surprise et jubilation, qui se répètent autant de fois que je leur relis le livre... Ces moments où l'histoire les émeut, et où ils me dévisagent pour rencontrer chez moi le miroir de cette émotion...
Mais lire à 25 enfants de 2, 3 ou 4 ans, c'est un peu différent ! Assis sur un tapis ou un podium, il leur faut d'abord faire silence (et ensuite, au cours de la lecture : laisser ou ne pas laisser leurs mots se dire spontanément ? Je ressens toujours leur frustration, et la mienne, à différer leurs réactions à la fin de l'histoire - sinon, c'est vite la cacophonie...). Voilà. Les oreilles et les yeux sont grand ouverts (vive les livres aux grandes images !). Alors je lis... et c'est toujours le même moment privilégié.
Je leur lis des poèmes, en fin d'après-midi, à la lueur d'une bougie. Des poèmes pas forcément "pour eux", qu'ils ne "comprennent" probablement pas toujours, mais dont ils perçoivent la musique des mots, la magie... Je leur lis des livres drôles, qui les font, avec Le Monstre Poilu, se traiter "d'espèce de cucurbitacée", ou crier moult "poil au nez" et "poil aux fesses" ! Je lis aussi des albums tristes. Que de questions après la lecture de Flon-Flon et Musette...
Je me souviens aussi d'un jour où ils étaient particulièrement "insupportables". Très en colère j'ai choisi de leur lire Ça va pas. La colère de l'héroïne devait s'entendre très fort dans ma voix... Je les ai vus étonnés de cette explosion. Quant à moi, cela m'a fait un bien fou de pouvoir dire, avec la petite fille de l'histoire, ce que j'avais ressenti... et que j'étais devenue, comme elle à la dernière page, calme et souriante...
Merci à tous ces livres que j'adresse souvent, dans ma tête, à un enfant particulier - à celui-là, Okilélé, rejeté par toute sa famille, à celui-ci Léo, qui ne sait rien faire. Merci à tous ces livres grâce auxquels on découvre avec étonnement les autres enfants du monde, à ces livres qui nous parlent de la vie, qui nous invitent à l'aventure et au rêve. Merci à tous ces livres qui m'offrent le plaisir sans cesse renouvelé de voir les enfants replonger avec délice dans leurs pages, seul ou à plusieurs, assis ou à plat ventre...
Joëlle Guérin, professeur des écoles
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