13 octobre 2009
Contes de la banlieue lointaine

- Shaun Tan
- Traduction Anne Krief
- Gallimard jeunesse - 18 €
Il existe une banlieue lointaine où les greniers cachent de merveilleux jardins, où l’on va trouver le buffle d’eau pour un renseignement, où les chiens vengent leurs semblables maltraités, où l’on peut croiser un homme revêtu d’un scaphandre au coin de sa rue… Shaun Tan prend la plume et les pinceaux pour nous offrir quinze contes urbains, autant de pépites qui mêlent l’absurde à la nostalgie, la poésie à l’humour. Où se situe la frontière entre souvenir et mythologie enfantine ?
Ces textes célèbrent la magie du quotidien et les souvenirs précieux de l’enfance. Quant aux illustrations, elles sont en symbiose avec le récit. Aussi, dans le conte intitulé Eric, le narrateur évoque l’étudiant étranger venu passer une année chez lui : « J’avais projeté de faire quelques visites avec lui, car j’étais décidé à montrer à notre invité les plus beaux sites de notre ville et ses environs. Je crois qu’Eric a apprécié ces petites promenades, une fois encore je n’en suis absolument pas certain. » Les illustrations confèrent au récit une délicate cocasserie et l’émotion du dénouement. Et dans Notre expédition, le reflet du coucher de soleil final sur la falaise clôt le long débat de deux frères, enfin réconciliés. Partis en expédition à travers la ville, ils cherchaient à découvrir ce qui se cachait au-delà du plan 268 de leur guide. Mais c’est déjà trop de révélations ; là encore, les images sont à savourer. Tout au long de l’album, les illustrations soulignent le côté décalé de cet univers et de son auteur. Shaun Tan joue avec ses couleurs aux pastels, les grisés, le passé et le présent, la diversité des supports, le détournement aussi : le sommaire est une enveloppe timbrée, certains contes s’affichent sur des coupures de journaux, se composent de collages de petits papiers, etc...
Shaun Tan avait placé la barre très haut avec Là où vont nos pères, récompensé à Angoulême en 2008. Cette époustouflante bande dessinée sans texte traitait avec beaucoup de finesse et d’émotion, et par la seule force de ces sépias, de l’exil et du déracinement, puis enfin du bonheur retrouvé. De nouveau, Shaun Tan livre un superbe album à nos âmes d’enfants… ébahies, pour le coup.
Marion Herman, Lucioles
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