06 octobre 2009
Jusqu’à quand reste-t-on un étranger ? (par Eglal Errera)
Lors d’une rencontre avec une classe de CM2 à la médiathèque d’Evreux, nous avons parlé de l’exil et nous avons évoqué les sensations, émotions, pensées, rêveries que ce mot ne manque pas de rappeler. Il était surtout question de départ, d’arrachement, de séparation, de mémoire plutôt que de l’intégration au nouveau lieu de vie. La plupart des enfants étaient nés de parents qui en avaient fait l’expérience, certains l’avaient eux-mêmes traversé. Ce fut une rencontre lumineuse, à l’instar des grands moments d’écriture, quand les mots s’incarnent avec force et transparence et rendent palpable le souvenir des choses que l’on croyait perdues.
La rencontre touchait à sa fin quand Myriam a demandé:
— Jusqu’à quand reste-t-on un étranger?
Ma réponse a jailli :
— Toujours!
Les enfants étaient déboussolés –déçus peut-être– je l’étais aussi. Ma réponse était imparfaite et par conséquent fausse et discutable.
Alors, nous en avons discuté et nous avons fait le tri entre les inévitables douloureuses nostalgies et les énergies étonnantes que l’exil fait naître chez l’immigré. Vite, car le temps nous manquait, nous avons reconnu les bienfaits de la nouveauté, de la curiosité, du désir et de la détermination qu’il faut pour se joindre à ceux dont nous demeurons, tout compte fait, différents. Nous avons clairement posé que personne, jamais, ne recommence sa vie à zéro et qu’il n’est ni possible ni bénéfique de tenter d’oublier cet autre lieu que nous avons dû quitter et qui nous habite toujours. Enfin, nous avons affirmé que le lieu de nos origines n’empêche en rien de nous sentir partie prenante de notre terre d’accueil, d’y vivre et d’y planter nos racines.
Eglal Errera
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Commentaires
il faut toujours des moments comme ça avec les enfants!
Ecrit par : nonolerobot | 06 octobre 2009
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