18 septembre 2009

Après des rencontres comme celle-là, on sait pourquoi on écrit (par Cécile Roumiguière)

page33_1.jpgIl est des instants rares, des perles qu’on aime garder au creux de la mémoire…
Matin froid, la banlieue d’Évreux. Pablo de la Courneuve va à la rencontre de ses lecteurs dans le cadre du Prix des Dévoreurs.
Depuis quelques jours, je trace les paysages normands d’est en ouest, du sud au nord, avec une bibliothécaire, un inspecteur d’académie… Je découvre le département et tout ce qui s’y fait autour du livre et des enfants: un grand bravo à tous ceux qui animent cette flamme essentielle.Ce matin, la classe de Mme Laroche m'attend dans la bibliothèque du quartier de la Madeleine. Une ondée sauvage nous a cueillis à l'arrivée, on est tous mouillés à cœur. Assis sur des cubes, le jeu des questions-réponses commence, dense, vivant.
Petit à petit, les visages se font plus sérieux, impliqués :
«Pourquoi il y a de la violence dans le pays de Pablo? Si les gens ne sont pas d’accord, il suffit de tracer une ligne entre eux, et comme ça ils ne se battront plus.
— Si une ligne ne suffit pas, peut-être qu’on peut les obliger à parler ensemble, et à s’entendre?
— Pourquoi les gens d'autres pays sont traités comme des personnes inférieures alors que la différence est si petite?
— Et pourquoi on ne pourrait pas accueillir tous ceux qui veulent venir vivre ici?
— Si tous les Colombiens arrivent en même temps, peut-être qu'il n'y aura pas assez de maisons pour eux.
— Alors on leur construira des petits immeubles, des carrés où ils s'installeront par pays. Comme ça, ils retrouveront comme une famille.
— Oui, et les enfants, on les connaîtra à l'école, ils seront comme nous…»

Oui, grâce à vous, ces migrants seraient si simplement «comme nous»…
Merci à vous, les élèves de l’école Michelet. Après des rencontres comme celle-là, on sait pourquoi on écrit.

Cécile Roumiguière
http://www.cecileroumiguiere.com/


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Pablo de la Courneuve
Cécile Roumiguière
Seuil Jeunesse, 7,50€

«De» peut marquer l’origine.

Pablo vient de Colombie. Là-bas, la peau sentait le soleil et non pas le beignet inachevé.  Là-bas, on pouvait marcher dans des rues qui embaument l'ananas et la mangue. Là-bas, il a fallu marcher une nuit, dans le silence pour ne pas réveiller les bottes jaunes et s'exiler, sans papiers, la famille au grand complet, d'abuelita à la petite Rose, jusqu'à un HLM de la Courneuve.

«De» peut marquer aussi la cause.

Pablo est blanc de peur à l'idée de devoir récupérer une poupée chez la Goule, sorcière aux ongles bien sûr longs. Sauf qu'une fois cet exploit accompli, de la cause on passe à l'appartenance.

La Goule devient la confidente de Pablo. Confident aussi, Georges, percuté à un carrefour, cycliste adjoint au maire et sans doute membre de RESF. Et Marisol qui échangerait bien un sol contre un e, Marie, confidente et hermana prête, d'un coup de crayon pour les yeux, à raturer ses origines. C'est compter sans son frère. Et puis, il y a...

Pablo de la Courneuve

Pablo, dès qu'il dispose de quelques minutes, marche loin des tours. Il marche comme il marchait dans son pays. Il n'est pas originaire de la Courneuve ni ne lui appartient. Pourtant dans ce «de»-là se déploie tout le chemin parcouru qui fera qu'un jour il lui sera possible de dire qu'il est Courcolombien. Ce «de»-là vaut largement une particule. Pablo DE la Courneuve.

 

Béatrice Added, enseignante, pour la librairie L'Oiseau Lire

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