17 septembre 2009

Dernières lectures (septembre - part-4)

9782211094146.jpgComme mon père me l’a appris
Rascal
Pastel, L'École des Loisirs, 10 €

Un enfant Inuit suit en tout point les enseignements de son père. Il raconte sa journée de chasse au phoque, depuis un rêve annonciateur jusqu’à sa conclusion sur la glace. À chaque étape, l’enfant s’applique à tout faire «comme son père [lui] a appris»: se lever tôt, partager son déjeuner, choisir ses armes avec soin, atteler les chiens, hâter la course de la meute, trouver le trou de respiration, préparer ligne et harpon, enfin patienter… Mais à l’instant fatal, quand le phoque pointe son museau, le jeune Inuit ne peut se résoudre à le tuer. Un échec, une trahison du père? Non, car cet homme très sage a aussi appris à son fils que «nous sommes tantôt faibles, tantôt forts»… Il se dégage de l’album, de ses phrases simples, courtes, répétitives, et de ses illustrations au style primitif (peinture sur bois où dominent des nuances de blancs venteux traversés de quelques couleurs) un sentiment de sérénité qui le rend vraiment précieux. La confiance mutuelle entre père et fils dont il témoigne, jusque dans l’acceptation de l’échec et des faiblesses, est magnifique. Du grand Rascal.
Corinne Chiaradia, Comptines


J’ai l’air d’une vache
Christine Thybert
Sarbacane, 12,50 €
«J’ai l’air d’une vache»: dans la bouche d’une poule, cela peut paraître surprenant; mais les explications vont suivre et éclairer les lecteurs. Bah oui, évidemment, une poule et une vache qui ont la même taille et qui s’habillent de la même manière se ressemblent!!! Il y a un lien de famille, c’est sûr… Tiens, voilà l’oiseau - il ressemblerait pas un peu à la poule?… Même s’ils sont différents au premier abord, si l’on cherche bien, ces animaux partagent tous quelque chose qui les réunit. Voilà un album que je trouve original, aussi bien pour son histoire que pour son graphisme. En effet, le pelage de chaque animal est remplacé par un motif représentant un tissu. L’arrière-plan est épuré et les dialogues se présentent sous forme de bulles. Le jeu sur les ressemblances entre les animaux est très réussi, grâce au choix des motifs, qui donne un cachet particulier à cet album. Ça change, et c’est drôle. Je ne me lasse pas de le relire.
Agathe, Le Bateau Livre (Lille)

Histoire d’un loup
Juliette Lamarca
Loren Capelli
Éditions Thierry Magnier, 14 €
Encore une histoire de loup et de princesse! Une histoire d’amour belle et tragique, qui nous est contée par la forêt qui en est témoin, de sa «grosse voix caverneuse de forêt, pleine de torrents et de gros cailloux, de terre et de lierre». Voilà donc un loup qui vivait sa vie de loup ordinaire, jusqu’à ce qu’il tombe amoureux d’une princesse et décide pour la séduire de ressembler à un homme. Après diverses péripéties, coups de crocs, exercices de couture et apprentissage de la marche sur deux pattes, notre loup et sa belle finiront par être réunis… mais de bien imprévisible et cruelle manière. C’est à se demander qui du loup ou de l’homme est le plus sauvage… Sous des abords classiques transpirent le plaisir du conteur, un humour sensible et de nombreux clins d’œil à l’univers du conte. Les lino gravures en noir et blanc de Loren Capelli, fortes et étranges, répondent à merveille à l’écriture ciselée de Juliette Lamarca. Cette première collaboration est une très belle réussite.
Agnès, le Bateau Livre (Montauban)

Ibou Min’ et les tortues de Bolilanga
Franck Prévot
Delphine Jacquot
Éditions Thierry Magnier, 15 €
Comment sensibiliser les enfants à la survie de la faune? En leur racontant de belles histoires, bien sûr! Il était une fois, il y a bien longtemps, Min’, une jeune femme qui vivait sur l’île de Bolilanga en Indonésie. Min’ était aimée de tous les villageois car elle veillait sur leurs enfants. On la surnommait à ce titre Ibou Min’, ce qui signifiait mère Min’. Elle avait épousé un pêcheur de tortues. C’était un temps où la pêche à la tortue n’était pas interdite, et bien avant que les insulaires de Bolilanga ne vénèrent et ne protègent l’animal. Un jour, Min’ partit à la pêche en compagnie de son fils. Elle ne revint pas, et fit l’objet d’une belle légende qui la fait prendre la forme d’une magnifique tortue. Franck Prévot a recueilli cette légende lors d’un séjour en Indonésie. Il publie en parallèle un roman chez Thierry Magnier intitulé Les Tortues de Bolilanga inspiré de l’histoire d’Ibou Min’. L’auteur, à l’image des personnages du roman, a lutté aux côtés des habitants de l’île contre un complexe touristique dévastateur pour l’environnement. En vain… De cette aventure, cependant, est né ce très bel album-hommage, servi admirablement par le magnifique travail d’illustration de Delphine Jacquot, qui sensibilisera à coup sûr de futurs défenseurs de notre patrimoine naturel.
Carole Aillaud, Le Rivage des Livres

Patron & employé Ou l’automobile, le violon et le tram de course
Gianni Rodari
Clotilde Perrin
Didier Jeunesse, 14 €
À La Soupe de l'Espace, on a découvert Clotilde Perrin à travers son superbe album sans paroles Le Colis rouge, chez Rue du Monde. On est vite tombés sous le charme de ses illustrations, de son univers coloré, de son trait simple en apparence mais qui dévoile une démarche artistique à multiples niveaux, assez codifiée mais ouverte au plus grand nombre, et d’un travail à l’exigence folle. Cette fois-ci, Clotilde a accompli un boulot incroyable, et nous dévoile un nouvel univers, fait de volumes et de papiers découpés. Et c’est franchement superbe !
—Rétro, mon beau rétro, dis moi qui a la plus belle auto?
C’est suite à la réponse à cette question fondamentale que Monsieur Mambretti, le patron de la plus fameuse fabrique d’accessoires pour tire-bouchons, décide de savoir un peu ce qu’il en est. Parce qu’il comprend pas trop comment ça se fait! Lui qui possède une auto de douze mètres de long, la plus luxueuse, la plus grande de toute la région ne peut pas rivaliser avec la petite auto rouge de Monsieur Jean, le secrétaire-comptable. Pour remédier à cela, Monsieur Mambretti va recourir à divers subterfuges et usera de tous les moyens dont il dispose pour éradiquer cette fâcheuse situation. Le texte de Gianni Rodari, vraiment savoureux, est tiré de Nouvelles à la machine, paru en 2001 chez La Joie de Lire. Une version bien évidemment revisitée de Blanche Neige, où les 7 nains se sont transformés en Monsieur Septmains, le mécano au grand cœur de la ville… une manière de montrer que c’est pas parce qu’on a la bagnole la plus tape à l’œil qu’on est forcément le plus beau du quartier (ça va de soit vous me direz!) Un bien chouette album, dont on savoure allègrement les grandes planches avec un plaisir sans cesse renouvelé…
Jean Pichinoty, La Soupe de l'Espace


Au lit!
Louise-Marie Cumont
MeMo, 18 €
«Le tissu nous parle de l’humanité: c’est la première matière qui s’interpose entre le corps de la mère et celui de l’enfant, une seconde peau, un objet transitionnel pour le nouveau-né, mais aussi pour l’adulte. Le tissu garde une mémoire, et vit comme un langage.» Une plasticienne, une artiste, une âme sensible qui nous offre des créations émouvantes, parlantes. Oui, ses livres s’adressent à nous. Comment?… Non, il n’y a pas de texte, de mots. Ce sont les motifs, les matières, les formes, les personnages représentés qui sont animés de vie et nous interpellent.
Les éditions MeMo publient ces livres précieux qui sont une partie de son travail. Tout d’abord conçus en livres tissus, ils sont ensuite transformés par Louise-Marie Cumont en livres papier pour faire rêver, interroger chacun de nous, petits et grands. Au lit!,c’est l’humanité saisie en plein sommeil; chaque individu dans son lit sans fard ni faux-semblant. C’est émouvant, surprenant et infiniment poétique.
Amélie Bardin, Tiers-Temps

À fond la caisse avec Steve Mac Kouïn
Taï-Marc Le Thanh
Merlin
Éditions du Seuil, 18 €
Steve Mac Kouïn aime ce qui va vite et il court du matin au soir. Un jour que son père est sorti, il décide de lui emprunter sa belle auto. Équipé de petites cales pour que ses pieds puissent toucher les pédales, le voilà parti pour une folle course. Bousculant tout sur son passage, il traverse ville et campagne, bientôt suivi par le shérif et sa sirène hurlante, un essaim de moustiques furieux (ses congénères ont été pulvérisés par la voiture de Steve), des animaux échappés d’un cirque ambulant… Traversant le désert, Steve Mac Kouïn ne s’arrête que pour prendre à bord de son bolide deux ravissantes auto-stoppeuses qui mâchent du chewing-gum à la myrtille et avec qui, plus loin, il fera une pause baignade impromptue. Mais ses poursuivants n’ont pas abandonné la chasse et Steve Mac Kouïn, que seule intéresse la vitesse, accélère dangereusement et disparaît dans un bruit de tonnerre… À son retour, son père trouve Steve échevelé, occupé dans sa chambre avec ses petites voitures. Un parfum de myrtille flottant dans le garage l’intrigue… Ce superbe album dont l’histoire, scandée par la phrase «mais Steve Mac Kouïn s’en moquait. Lui, ce qui l’intéressait, c’était la vitesse», ravira bien des enfants amoureux d’engins roulants et vrombissants, mais c’est avant tout un hommage à l’acteur Steve McQueen, à travers sa passion pour les courses automobiles. Taï-Marc Le Thanh et Merlin nous entraînent dans une délirante traversée de l’Amérique des années 60: grands espaces, hippies, baignades nu… Les images sont splendides et évocatrices, comme cette double page où se déploient trois officiers de police, la tête surmontée de leur large couvre-chef, et qui prennent la pause devant leurs voitures. Le ciel bleu-gris est bas, le décor un désert de terre rouge, la ligne de fuite un hommage appuyé au cinéma des grands espaces américains. Et jusqu’au petit Steve Mac Kouïn de cette histoire, qui a les mêmes yeux bleus et les mêmes cheveux blonds que son illustre presque homonyme.
Ariane Tapinos, Comptines

Hortense au plafond
Aurore Callias
Albin Michel Jeunesse, 13,50 €
Prenez une petite fille au sommeil agité (Hortense, c’est elle), une chauve-souris joueuse (enfin… un tout jeune mâle prénommé Saguzar), ajoutez une loutre, des crêpes, un aïeul papivore, beaucoup de bleus, un peu de vert, de jaune et une touche d’orange, le tout dans une maison très haute et très tarabiscotée, agrémentée de nombreuses poutres et tuyauteries. Retournez le tout plusieurs fois et vous aurez un album qui invite –au moins!– à deux lectures pour ne pas s’endormir.
L’histoire? C’est celle d’une nuit d’éveil et de jeux pour la petite Hortense qui, à défaut de Maximonstre, s'acoquine avec Saguzar et invite le lecteur à sauter au plafond et glisser en montant l’escalier. En clair, l’histoire est racontée du point de vue des deux protagonistes, une fois à l’endroit une fois à l’envers, avec les mêmes images au milieu de la (grande) page, qu’on lit comme il nous plaît. Il suffit de retourner l’album pour apprécier les deux regards sur l’aventure… euh… et ne pas perdre le nord en cours d’escalade (puisque tout est renversé, les images se lisent aussi de bas en haut et de droite à gauche). Ça a l’air compliqué… Ça l’est un peu, avec une logique de fantaisie implacable qui bouscule notre rationalité d’adultes et devrait réjouir les enfants. Tout comme les dessins, fourmillant de détails, ailes, museaux et oreilles de chauves-souris cachées derrière les rideaux.
Corinne Chiaradia,Comptines

Oiseaux penchés et chiens tordus
Jens Bonnke
Traduction Christian Bruel
Être, 18,50 €
Sur le principe connu de l’illustration au pied de la lettre d’expressions populaires imagées, ce recueil-album est très abouti. Son petit plus: la «lettre» d’origine est allemande, les expressions sont toutes animalières. Chaque expression est donnée d’abord dans sa traduction littérale et illustrée («un oiseau penché»), accompagnée de son explication («désigne un individu pas très clair, un peu louche»), puis de son équivalente française («un drôle de zèbre») et, si l’on retourne le livre, on trouve la version originale allemande (Ein schräger Vogel – So bezeichnet man einen zwielichtigen Kerl). Cela paraît un peu lourd expliqué ainsi, mais le principe est simple, lisible et fonctionne très bien. On apprécie d’autant plus l’initiative de Christian Bruel de traduire et adapter le travail de Jens Bonnke que la langue allemande est devenue un parent pauvre du système scolaire français; en conséquence (?) les albums bilingues français/allemand sont aussi rares que… les ours dans les Pyrénées. Histoire de tordre le cou à quelques idées reçues, on remarquera que la sagesse populaire a souvent recours aux mêmes images de chaque côté du Rhin: «un éléphant dans un magasin de porcelaine», «les rats quittent le navire», «quand le chat est sorti les souris dansent»… s’emploient à Hambourg comme à Bordeaux. Bien sûr, certaines images sont légèrement décalées : quand l’Allemand «pleure avec les loups», le Français «hurle» avec les mêmes; là où nous avons «un chat dans la gorge», nos voisins ont «une grenouille» au même endroit; de même notre «chair de poule» devient «une peau d’oie» dans le froid germanique. Une dernière, pour les enfants qui fuient la salle de bains: ils font comme le chat français à sa «toilette» ou l’allemand à sa «lessive» (sommaire, dans les deux cas). Enfin, on pendra plaisir à découvrir des expressions totalement incongrues dans notre langue: «ficeler un ours sur quelqu’un», «donner du sucre au singe» ou encore le «chien tordu» du titre… À vous de jouer et de découvrir ce que ces animaux nous disent, en vous jetant sur l’album!
Corinne Chiaradia, Comptines

L’Ours et le chat sauvage
Kazumi Yumoto
Komako Sakaï
Traduction Seyvos Florence
L'École des Loisirs, 14,50 €
C’est un album qui attire l’œil immédiatement. Une craie grasse noire, un peu de blanc sur une couverture de papier bistre pour représenter un ours qui ne nous regarde même pas avec un oiseau sur l’épaule, voilà quelque chose qui semble bien humble et à contre-courant, au milieu de la production riche et colorée des albums jeunesse. Et pourtant dès cette couverture, on devine qu’une histoire de celles que l’on n’oublie pas, va jaillir de la lecture de ce livre.
C’est celle d’un ours qui pleure la mort de son ami oiseau. Oh oui, je vous entends déjà: encore un livre sur la mort et tout le tintouin, mais au lieu de lire cet article, pourquoi n’êtes-vous pas déjà chez votre libraire ou votre bibliothécaire préféré pour le consulter? Et oui, comment raconter cette histoire simple, celle d’une amitié interrompue par la mort? Comment évoquer mieux que cet album l’effet du temps qui passe, de la vie qui a de la valeur par ce que ce temps qui nous est offert pour vivre est court. L’ours durant la lecture de l’album va connaître le processus du deuil, mais c’est par son histoire propre et non pas par des idées générales qu’il va transcender la mort de son ami. La petite boite qu’il va confectionner pour y déposer l’oiseau est presque fascinante tant l’ours y a mis de lui même en la fabriquant. Émergent alors tout ces souvenirs perdus que chaque adulte a eu enfant pour le cercueil et les objets qui évoquent la mort. L’ours tapisse la petite boite de fleurs, et le duvet de l’oiseau mêlé au parfum des fleurs nous trouble déjà les sens. Sens troublés, notre mental lui aussi l’est quand l’ours philosophe sur ce qui est, et ce qui n’est plus, ce grand basculement, il nous plonge complètement dans l’enfermement de sa peine, de son expérience propre de la mort, cette expérience si personnelle et pourtant qui est notre condition à tous: humains… ou ours.
Chaque scène, tant par l’écriture que l’illustration, nous fait vibrer, nous donne envie d’arrêter le temps, d’être en empathie avec l’ours. L’ours évidemment va retrouver la vie. C’est l’opposé de son ami oiseau, un chat musicien, qui va l’aider à retrouver le goût de vivre. Et, devinez, c’est un détail, mais qui a toute son importance dans l’imaginaire des enfants, une boite que le chat transporte lui aussi, qui attirera l’ours. Sur une double page apparaissent alors la boite et l’oiseau et la boite du chat qui contient un violon. L’oiseau mort dans son cercueil semble plus vivant, entouré de fleurs, que le violon inanimé… c’est pourtant lorsque le chat va jouer du violon que le processus du deuil va avoir lieu. La musique va susciter le souvenir de scènes d’amitiés et de vie entre l’ours et l’oiseau.
Cet album met des mots et des images sublimes sur tout ce que l’enfant sait mais qu’il cherche à mieux comprendre: que la vie est limitée, et que ce n’est pas triste puisqu’il y a entre deux néants, celui d’avant la naissance et celui d’après la mort, un temps de vie, fait de rencontres… et de souvenirs qui font que la mort de ceux que l’on aime devient «vivable» (j’utilise ce mot volontairement).
La dernière phrase de cet album : Il se souvint de tout.
Je me souviendrai toute ma vie de cet album, peut-être jusqu’à la fin de ceux qui me sont chers ou de la mienne, en tout cas il a trouvé sa place, selon moi, dans les albums inoubliables, ceux à qui l’on souhaite une vie immortelle, une vie de livre qui dépasse celle des humains, des ours et des oiseaux.
Merci à Florence Seyvos pour son adaptation qui transmet tant d’émotions à la lecture de l’album.
Gonzague, Le Bateau Livre (Lille)

Juste avant, il y avait un plafond
Liniers
Didier Jeunesse, 12,90 €
Au carrefour de la B.D. et de l’album pour enfants, Liniers signe un livre fort et singulier. Comme ils le font chaque soir, les parents du garçon, après qu’il s’est couché, éteignent la lumière. «Et à ce moment-là, il se passe quelque chose d’incroyable. Juste avant, il y avait un plafond, et maintenant il n’y a plus rien… Je le voyais de mes propres yeux, le plafond. Maintenant, je ne vois plus que du noir, à l’infini.» Mais l’enfant ne va pas rester longtemps seul dans l’obscurité: ils arrivent - qui? les monstres. Un seul, pour commencer, tout petit, qui se pose au bout du lit, sans un bruit, sans un mot, qui se met à regarder l’enfant. Suivront beaucoup d’autres, tout aussi muets et silencieux, scrutateurs. Seul prendra la parole le dernier, qui au petit garçon désemparé susurrera un terrible secret… Terrifié, l’enfant court se réfugier une fois de plus dans la chambre des parents. «“C’est dans ton imagination! (…) D’accord, tu peux dormir avec nous, mais c’est la dernière fois.” Et ils éteignent la lumière.» La chute saisit le lecteur par son réalisme noir (Une histoire terrible, nous prévenait le sous-titre - eh bien, oui).
Je salue le courage de l’auteur et de l’éditeur d’avoir osé ce livre. Par son refus de faire la moindre concession aux niaiseries rassurantes, voilà un album qui ne ment pas aux enfants! «Toi aussi, tu as peur dans le noir? semble demander Liniers aux jeunes lecteurs. Eh bien, ce n’est pas de papa-maman que viendra la solution.»
Certains parents pourraient se sentir remis en question par un tel ouvrage. Ils auraient tort. C’est d’ailleurs aux siens que Liniers dédie son album. D’autres pourraient encore s’inquiéter de ce que le livre laisse seul le jeune lecteur face à une chute aussi inquiétante. Mais c’est précisément ce qui fait sa force et son intérêt! Nul ne peut faire disparaître les peurs de l’enfant, sinon l’enfant lui-même. Si Liniers avait choisi «d’accompagner» l’enfant en lui délivrant explicitement un message comme «Tu ne dois compter sur personne pour vaincre tes peurs. La solution est en toi-même. Un jour, tu verras, tes peurs nocturnes disparaîtront.», il aurait contredit lui-même le propos de son livre en endossant le rôle de parent rassurant inefficace. Liniers ne donne pas de réponses, mais il crée le contexte qui permettra (peut-être) au jeune lecteur de les trouver en lui-même. Subtilement, la dédicace souffle à son oreille que si Liniers, petit, avait peur du noir, ce n’était effectivement que le fruit de son imagination. Par ailleurs, le graphisme de l’album en sert idéalement le propos: les monstres imaginés par l’enfant ne sont inquiétants que dans la mesure où ils effraient ce garçon; parce qu’ils n’ont rien de visuellement effrayant, parce que les paroles du dernier monstre apparaissent comme une énigme, le livre permet une prise de distance - cet enfant a peur dans le noir, mais sa peur est différente de la mienne. Le jeune lecteur peut ainsi s’identifier au personnage sans se confondre avec lui, et la catharsis opérer. Un grand livre!
Thomas Savary, Voyelles

La Galette et la Grande Ourse

Anne Herbauts
Casterman, 12,50 €
Oh! un petit monde sans soucis! Voici Tialouli le merle, Quenouille le crapaud et leurs amis Anton, Domino et Carabistouille, mi-bestioles mi-objets. Ici, quand la nuit tombe, doucement, tout s’apaise et chacun se prépare au sommeil. Mais, ce soir, on ne distingue de la lune qu’un cil fin, et dans l’obscurité on ne voit rien! Nos amis tiennent alors conseil. Qui est donc ce croqueur de lune? En scrutant le ciel étoilé, ils découvrent la Grande Ourse, qui se pourlèche encore les babines. Ingénieux, les amis vont rapidement rétablir l’ordre des choses, et le ciel n’aura jamais été aussi splendide. Voici donc une jolie histoire toute simple, où Anne Herbauts propose une présence à la vie et au monde tout en douceur. Beaucoup d’innocence, dans ce petit album teinté d’une très belle couleur bleutée, où le texte est là comme une poésie. L’auteure dédie cet album au hibou Hulul, le célèbre personnage d’Arnold Lobel, chez qui on retrouve ce même regard naïf et rafraîchissant sur la vie et ses petits bonheurs.
Séverine Gadier, Jean-Jacques Rousseau

Secret de famille
Isol
Les 400 Coups, 10 €
Levée plus tôt qu’à l’accoutumée, une fillette surprend sa mère au réveil. L’angoisse! Elle ressemble à un porc-épic, cheveux fièrement dressés sur la tête! Affolée par cette découverte, l’enfant préfère passer la nuit chez son amie, la fille d’une charmante famille aux boucles bien mises. Quelle frayeur, au petit matin, à la vue de cette bande d’ours débraillés et ébouriffés! Et quel soulagement finalement: on est tous un peu bizarre, quelque part… Traits appuyés au crayon noir, palette réduite à trois couleurs pastel, les aplats rehaussent les formes plus qu’ils ne les épousent. Un graphisme sobre, élégant et original au service de cette petite aventure du quotidien, à la découverte des autres et de nous-mêmes.
Nadjejda Meignan, Jean-Jacques Rousseau

Totoche et la petite maison de Méredith
Catharina Valckx
L'École des Loisirs, 12,50 €
Une armoire abandonnée, un camembert qui sent la chaussette pourrie, un loup qui adore le fromage qui pue sont les principaux ingrédients du nouvel album de Catharina Valckx, où l’amitié de Totoche la souris et Mérédith la coccinelle, va se briser. Eh oui… la vie en communauté n’est pas facile. Mais rassurez-vous elle va renaître, plus belle, plus forte. Merci à l’auteur de nous offrir un livre beau, par son texte, son dessin, son humour et surtout sa tendresse.
Maïté Hugueny, Apostrophe

Dans les basquettes de Babakar Quichon
Anaïs Vaugelade
L'École des Loisirs, 8,50 €
Dans la famille Quichon, il y a: Papa Quichon, Maman Quichon, Cléo Quichon, Baboussia Quichon, Buster Quichon, et beaucoup d’autres petits cochons. Mais il y a aussi surtout Babakar Quichon. Babakar Quichon a des basquettes. Des basquettes «qui courent vite», tellement vite que lorsque Babakar fait la course avec toute sa famille, il les dépasse tous, mais aussi la lumière, le son, l’espace et le temps! Quelle joie de retrouver à nouveau la famille Quichon! Parmi les soixante-treize petits cochons, Babakar et ses basquettes rouges nous entraîne dans une course supersonique, illustrée avec l’habituel humour tendre d’Anaïs Vaugelade.
Elsa, L’Oiseau-Lire (Évreux)

Au pays des petits poux
Béatrice Alemagna
Phaidon, 9,95 €
Voici de bien jolis petits poux, que l’on aimerait pouvoir épingler sur nos têtes. Le Pays des petits poux -comme c’est un titre agréable à dire et répéter!- c’est un vieux matelas, et comme les poux aiment à sautiller, une fête est organisée par l’un deux. Ce sera l’occasion pour chacun des habitants de ce pays de se confronter à leurs différences et à les dépasser. Si le propos n’est pas des plus inventifs, nous retrouvons ici la sensibilité et la beauté de l’univers visuel de Béatrice Alemagna, avec une surprise: pour cet album l’illustratrice a travaillé la laine bouillie, la broderie et les tissus appliqués et le résultat est irrésistible. Elle nous livre une galerie de portraits de poux réjouissante, expressive et nuancée, aux couleurs épatantes. À la lecture de ce livre, les petits lecteurs éliront à coup sûr le poux qu’ils préfèrent, occasion idéale pour discuter des poux et des couleurs…heu…des goûts et des couleurs, et de mettre des mots sur nos sensations esthétiques.
Et vous, alors, quel poux préférez-vous?! À partir de 3 ans.
Stéphanie Gaulain, Chat Perché
Il était plusieurs fois une forêt
Elisa Gehin
Éditions Thierry Magnier, 13 €
Il était une fois un arbre. Dans cet arbre vivaient un oiseau et une couronne. Mais même quand on a une couronne, ne régner que sur un arbre et ses feuilles ça ne mène pas bien loin! Alors l’oiseau quitte sa couronne et part à l’aventure. Il découvre une forêt, des oiseaux à couronne, d’autres forêts et d’autres oiseaux, avec chapeau mais sans couronne… Notre oiseau s’en va et vient mais ne trouve jamais sa place, tour à tour rejeté à cause de sa différence ou ignoré quand il se noie dans la masse. Le texte et les illustrations d’Elisa Géhin frappent par leur simplicité et leur efficacité: preuve qu’avec peu de couleurs et de mots, il est possible de transmettre aux plus petits une belle histoire de différence et de tolérance.
Elsa, L’Oiseau-Lire (Évreux)

Ma grande sœur m’a dit
Gilberte Niamh Bourget, Laurent Sauvagnac
Illustrations Julia Wauters
Hélium, 19 €
«Regarde, Petit Frère, les hirondelles sont de retour: le printemps est arrivé, et ce soir, les animaux vont le célébrer! —Ils préparent une fête pour de vrai? —C’est ce que le lapin m’a dit… —J’aimerais tant aller à la fête moi aussi!» J’ai une joyeuse nouvelle à partager avec vous: tous les enfants, petits et grands amoureux de la nature -faune et flore- sont conviés à se mêler à cette fête! Du printemps à l’hiver, de la mésange qui zinzinule au harfang des neiges qui siffle, du ruisseau qui coule à la neige qui crisse… Grande Sœur et Petit Frère se réjouissent de l’animation permanente et surprenante de la nature. L’univers sonore de Laurent Sauvagnac est tout à la fois extraordinaire de précision et enchanteur! L’histoire, contée tout en douceur par l’auteure elle-même, nous emmène en balade, de découverte en découverte! L’univers graphique est tout aussi sympathique et coloré, Julia Wauters crée un décor malicieux qui incite le regard à fureter à chaque recoin des doubles pages saisonnières. Vous l’aurez compris: Ma grande sœur m’a dit, et votre libraire vous le redit: partez en excursion enchantée au cœur d’une nature accueillante et amusante. Et, surtout, prenez le temps avec le CD de vous imprégner de la création musicale inédite de Laurent Sauvagnac, pour rêver…
Amélie Bardin, Tiers-Temps

Cet été-là…
Arnaud Alméras
Illustrations Robin
Sarbacane, 12 €
C’est un album blanc, bleu et simple. C’est une histoire de vie sous les traits tendres et légers de Robin. Ce sont deux enfants qui se découvrent sur une plage en Bretagne. Ce sont des sauts de puce ou d’éléphant dans le temps, des tranches de vie saisies avec bienveillance par Arnaud Alméras. C’est à découvrir avec le sourire, en toute simplicité, comme un sorbet aux fruits qui doucement fond dans la bouche. Et l’âge?… À partir de…? Jusqu’à…? me demandez-vous… Mais c’est pour tous les âges de la vie!
Amélie Bardin, Tiers-Temps

Inuk est amoureux
Carl Norak
Martine Bourre
Pastel, 12,50 €
Inuk est amoureux. Dans le froid de la banquise, il le dit à tous, bêtes et gens. Mais ces amis s’esclaffent, ils trouvent que Lucy, son amoureuse est une fille affreuse, ils l’appellent «Bec de lièvre». Et pourtant, avec ses lèvres-là, les mots qu’elle envoie dans l’air, sont les plus doux du monde. Inuk, avec son amour est heureux, mais Lucy est triste, très triste. Alors Inuk a une idée. Dans des pierres à savon, il sculpte son amoureuse. Il y met tant de passion que les gens sont troublés, leur regard sur Lucy change, les sculptures leur font admirer Lucy, ses bras volants, son sourire, son regard. Plus personne ne se moque. Inuk et Lucy peuvent s’aimer, se réchauffer, avoir des enfants, beaucoup d’enfants. Cet album est un bel hommage à Johnny Inukpuk, sculpteur Inuit qui sculpta des femmes à la bouche en bec de lièvre, des femmes, qui, comme dans cet album, sont un hommage à la beauté féminine, pas celle que l’on voit au premier regard, mais celle plus profonde que l’on découvre peu à peu. Les aquarelles de Marine Bourre accompagnent merveilleusement le texte, le bonheur d’Inuk, les moqueries, la tendresse, y sont perceptibles, les personnages ont une vie extraordinaire.
Annie Falzini, L’Oiseau-Lire (Évreux)

L’Histoire de Clara
Vincent Cuvellier
Charles Dutertre
Giboulées, Gallimard, 13,50 €
C’est, évidemment, l’histoire de Clara, petite fille, toute petite fille de six mois, que l’on va suivre, de bras en bras. De bras en bras, de voix en voix, parce que Clara, petite dernière d’une fratrie de quatre enfants, va échapper à une rafle qui va emporter toute sa famille. Nous sommes en pleine Seconde Guerre mondiale, en France, et Clara est Juive. Ainsi, de chapitre en chapitre, un nouveau narrateur, nouveau responsable de l’enfant, va raconter Clara, la rencontre qui les a réunis quelques heures, quelques jours, quelques mois. Il va la raconter avec ses mots, avec son histoire à lui, avec joie ou avec embarras. Cette petite fille, comme un fil rouge, nous fait traverser la guerre. Petit Poucet involontaire, son chemin est tracé par les personnages qui la prennent dans leurs bras et créent une chaîne autour de cet enfant. Le duo, entre autre, de La Première fois que je suis née nous offre à nouveau une histoire pleine d’émotion, tout en retenue, tout en pudeur. Un mot de Vincent Cuvellier sur ce livre: «J’ai écrit ce livre en réponse à la proposition du président de la République en 2007 que chaque enfant des écoles de France parraine un enfant Juif mort en déportation, lors de la dernière guerre mondiale. Je partageais alors l’opinion de beaucoup de personnes qui pensaient que c’était faire peser une charge émotionnelle trop lourde sur des enfants si jeunes. En guise de réponse, j’ai écrit L’Histoire de Clara, l’histoire d’un enfant Juif sauvé.»
Leslie Vega, Rêv’en Pages

Le Bâton
Olivier De Solminihac
Didier Jeunesse, 11,90 €
Un jardin, un bâton, un enfant… mille jeux à inventer. Un hymne à la simplicité et à l’imagination. Et pourquoi ne pas continuer ensemble à refaire le monde avec ce bout de bâton? Une peinture qui rappelle que le pinceau a une texture, des traits de crayons inachevés, des découpages scotchés au paysage: tout le travail de l’illustrateur exposé au grand jour avec poésie. Dessin, découpage et peinture servent en douceur cette échappée belle: un petit miracle à portée de main!
Nadjejda Meignan, Jean-Jacques Rousseau
Herman et Dominique
Alexandra Pichard
Tête de lard, Éditions Thierry Magnier, 6,50 €
Il s’appelle Herman; elle, Dominique. Ils auraient pu se marier, avoir beaucoup d’enfants, mais voilà, la vie en a décidé autrement. Dominique est partie! Herman a pleuré des larmes au goût d’océan. Puis un jour de marée haute… le regard nacré de Marie-Claude a ravivé l’espoir d’un nouvel amour. Quelle perle, cette Marie-Claude! Pour tout le monde, éclat de rire garanti si vous aimez l’humour absurde.
Patricia Matsakis, Le Bateau Livre (Montauban)

Mon éléphant
Petr Horacek
Nathan, 12 €
Un petit garçon, culotte courte et ballon en main, cherche un compagnon de jeux, mais ni papi ni mamie ne sont disponibles. C’est là que la magie opère. Petr Horacek, auteur tchèque connu pour son oie Susie, donne parole et vie humaine à un éléphant: il est amusant, il est grand, il est salissant… c’est le meilleur ami de notre jeune héros. Quel bonheur de rêver éveillé!
Nathalie Mainguy, Comme dans les livres

Une reine trop belle
Christine Lamiraud
Des livres pour les filles ET pour les garçons, Talents Hauts, 11,50 €
Dans un palais vivait une reine si belle que ceux qui l’apercevaient ne pouvaient plus la quitter des yeux. Le roi son époux, rongé par la jalousie, décida de l’enfermer dans la plus haute tour pour la soustraire aux regards de ses sujets. La reine malheureuse un soir en vint à pleurer. Une rainette la vit et décida d’exaucer son vœu: être laide pour retrouver sa liberté. Au matin, elle se réveilla transformée et put dès lors discrètement se mêler à la vie du palais. Son mari affligé découvrit sa métamorphose, pourtant la rainette l’obligea à exposer de nouveau sa reine aux regards des habitants du royaume. Passée la surprise, tous reconnurent en elle cette charmante femme si pleine d’esprit, d’intelligence et de gentillesse, qui se mêlait chaque jour à la vie de la cour. Le roi comprit sa bêtise et il en resta ainsi.
Sous la forme d’un conte classique, une histoire qui l’est beaucoup moins, sur le regard qu’on porte à la beauté et qui parfois rend aveugle aux autres qualités et sur la jalousie comme appropriation de l’autre. Christine Lamiraud a eu l’excellente idée de ne pas clore son histoire sur une pirouette qui, en rendant à la reine sa beauté, aurait atténué son propos. Ici la reine reste laide mais aimée et respectée, par son roi comme par ses sujets, pour ce qu’elle est: une femme intelligente et généreuse.
Ariane Tapinos, Comptines

Combien d’oiseau?
Alice Melvin
Michelle Nikly
Albin Michel Jeunesse, 12,90 €
Ce livre à compter des oiseaux jusqu’à 20 renouvelle agréablement le genre . Une maison endormie, le coq chante et les oiseaux de 1 à 20 s’éveillent. Un texte poétique présente l’activité des oiseaux au fil de la journée sur des illustrations tendres et expressives. On compte les oiseaux, pies jacassant, pigeons traçant des arabesques, oies caquetant et le crépuscule arrivant, hirondelles ensommeillées, corneilles tournoyant. La nuit est là, une fenêtre s’allume dans la maison, les oiseaux sont endormis, sauf le hibou. Un album agréable à regarder et à lire à voix haute.
Annie Falzini, L’Oiseau-Lire (Évreux)

Si
Rudyard Kipling
Gallimard Jeunesse, 15 €
Ce livre est beau. Beau par ses couleurs, bleu et rose, c’est franc et ça attire l’œil. Beau par ses illustrations, elles sont de Henri Galeron, Pef, Quentin Blake, Delessert, Place et plein d’autres encore plus talentueux les uns que les autres! Et toute cette beauté, cette richesse est au service d’un texte et quel texte! Si de Kipling, un long poème pour son fils comme un rite initiatique à réussir pour devenir un homme. Car c’est de cela dont il s'agit, devenir un homme, bon, juste, tolérant, patient qui possède en lui toute l’intelligence nécessaire pour résister à la haine, à la lâcheté, à toutes ces faiblesses qui gangrènent l’humanité. Pour Kipling faire partie de cette Humanité se mérite et s’apprend doucement. Lire ce texte à nos enfants, comme un passage de témoin, pour les rendre peut être meilleurs ou tout simplement pour passer un magnifique moment.
… plus que tout,
tu seras un homme
mon fils!
Marie Breuillet, Apostrophe

Maintenant que tu sais
Anne Crausaz
MeMo, 14 €
Après s’être penchée sur la vie d’un escargot dans Raymond rêve et sur celle d’une petite graine dans J’ai grandi ici , Anne Crausaz plonge ses lecteurs dans la peau d’une amanite. Vous savez l’amanite c’est ce champignon rouge à pois blanc, si vénéneux, qu’on appelle plus communément «tue-mouche». Regardez-le bien ce champignon et écoutez-le raconter sa vie, ses chagrins et ses espoirs. Laissez-le vous expliquer que s'il est vénéneux, c’ est pour se défendre comme les ronces avec leurs épines, qu’il protège aussi les musaraignes de la pluie ou encore qu’il devient un vrai festin pour les limaces et les vers, mais surtout qu’il est précieux pour la forêt et qu’il faut le protéger. Laissez-vous guider à travers la forêt et découvrez, à travers les illustrations, un univers tout en douceur et en poésie.
Marie Breuillet, Apostrophe

Le pompier de Lilliputia
Fred Bernard
François Roca
Albin Michel Jeunesse, 14,90 €
Henry Mac Queen est un héros. Mal connu, c’est vrai, mais c’est un vrai héros, de ceux qui méritent leur statue, aussi petite soit-elle. Petite car Henry Mac Queen est un nain. D’ailleurs il vit à Lilliputia, le quartier des nains à Coney Island à New York dans le plus grand parc d’attractions du monde. Fils d’un politicien important, Henry décide de quitter sa famille et de venir s’installer à cet endroit où il pourra vivre avec les siens et ne faire honte à personne. Il faut dire que l’histoire se passe à la fin du XIXe siècle et l’ambiance ressemble plus à Freaks qu’à Disneyland… À sa place, Henry est heureux. Il a même créé une petite compagnie de pompiers qui fait le plaisir des spectateurs et dans laquelle il s’épanouit totalement… jusqu’au jour dramatique où Coney Island s’enflamme. Encore une fois, Fred Bernard signe une histoire atypique, une épopée fabuleuse que seul son imaginaire débordant peut fournir en littérature de jeunesse. On quitte un peu les fresques historiques pour retrouver cette fois un peu de l’esprit de Jesus Betz dans la narration et la psychologie des personnages. Henry Mac Queen a une revanche à prendre sur le monde et son courage va surgir au grand jour de manière éclatante… La grande nouveauté pourtant de ce nouvel album du duo magique Roca/Bernard se situe dans le travail de François Roca qui sort cette fois de l’ultra réalisme pour proposer un graphisme plus rond et plus jeunesse. On retrouve un peu de l’illustration qu’il avait utilisée pour son album Suzanne paru au Seuil. Et il faut dire que ce style lui va particulièrement bien. Avec des décors de New-York et plus précisément de Coney Island somptueux, ses personnages sont particulièrement touchants et c’est sans aucun doute l’un de ses albums les plus attachants.
Simon Roguet, M’Lire

La Crinière de Monsieur Lion
Nordine Bouguerine
Juliette Boulard
Albin Michel Jeunesse, 12,90 €
Monsieur Lion a bien besoin d’un petit fortifiant. Depuis peu, il perd sa belle crinière et il sera bientôt la risée de tous. Vite, il file chez Monsieur Frissotti, le coiffeur élégant, qui trouvera bien une solution à son souci. Mais cela ne se fera pas sans une certaine pagaille dans le salon… Voilà une petite histoire pour les plus jeunes, pleine de surprises et de rebondissements. Les auteurs jouent sur la découverte de la pilosité extravagante de Monsieur Lion, de son énervement et des jeux de cache avec les fenêtres que l’on ouvre et referme. Le ton est amusant et rythmé. On retrouve avec beaucoup de plaisir l’illustration de Juliette Boulard, l’illustratrice de La Maternelle chez le même éditeur. Comme dans ces précédents livres, elle s’amuse à cacher, un peu à la manière d’un Marc Boutavant (Mouk), une multitude de petits détails amusants à chercher et apprécier. L’histoire se conclut sur une belle note romantique.
Simon Roguet, M’Lire

Le Rêve du poisson
Anne Brouillard
Sarbacane, 14,90 €
Un jour où l’orage menace, un petit garçon ramasse un joli caillou très lourd, lourd comme le sont ces fossiles chargés de l’histoire de l’océan qui se trouvait là où s’étendent aujourd’hui champs et prairies. À peine a-t-il ramené ce caillou chez lui qu’il le casse par maladresse et c’est alors que de gros poissons verts envahissent peu à peu sa maison. Le narrateur se souvient et nous raconte au passé cet épisode mystérieux de son enfance, nous entraînant au pays des souvenirs qui est parfois aussi celui des rêves. Comme dans les romans d’André Dhôtel, ce grand écrivain ardennais à l’univers à la fois rural et poétique, l’histoire contée et illustrée par Anne Brouillard oscille entre un réel tangible fait de détails concrets comme le lit en désordre du petit garçon et l’épluchure de banane oubliée sur sa table de nuit, et une atmosphère d’étrangeté suggérée par l’obscurité verte qui envahit la belle maison tranquille. L’étonnement de l’enfant devient le nôtre face à ces poissons envahissants. L’enfant rêve-t-il cette intrusion des poissons? Erre-t-il dans le rêve des poissons? L’illustration cultive l’ambiguïté et l’impose à notre regard. Le texte par contre, et c’est inhabituel chez l’auteur, explique avec précision l’improbable. Mais tout ceci étant auréolé du flou que le souvenir confère aux aventures vécues il y a longtemps, peut-être ne doit-on pas s’arrêter à cette tentative de rationalisation. Par la grâce des images surréalistes d’Anne Brouillard, l’imaginaire garde ici ses droits.
Claude André, L'Autre Rive

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