14 septembre 2009
Dernières lectures (septembre - part-1)
ON A PRIS UN PEU DE RETARD DANS LA PUBLICATION DE NOS DERNIÈRES LECTURES... ALORS VOICI, EN QUATRE JOURS, DE QUOI NOUS RATTRAPER... BONNE LECTURES !
On ne joue pas avec la nourriture
Ludovic Flamant
Pastel, L'École des Loisirs, 6 €
Un petit bonhomme fait de ses premiers pas culinaires une suite de joyeuses trouvailles. Mais «On ne joue pas avec la nourriture!» «Alors, si c’est comme ça, moi je ne mange pas». Plein de ressources, le papa se lance dans une fameuse ritournelle: «Vrr, attention, l’avion va partir. Ouvre ta bouche, il va atterrir!» Alors, jouera ou jouera pas? Une scène du quotidien traitée avec la sobriété de quelques traits bien placés, rehaussés par de simples aplats de couleurs. Un propos qui met en lumière les contradictions dans l’éducation, en deux coups de cuillères à pot.
Nadjejda Meignan, Jean-Jacques Rousseau
Yuichi Kasano
L'École des Loisirs, 11,50 €
Une grand-mère sympathique, certainement japonaise au vu de sa charmante maison, décide par une belle journée d’aérer son matelas sous la véranda. Le chat qui passe par là, à la vue de ce matelas, n’hésite pas. Il décide d’y faire une petite sieste. La grand-mère se dit que, après tout, c’est une bonne idée. Mais elle ne sera pas la seule. Un album simple, sympathique, qui donne envie de faire la sieste, tant les personnages semblent y prendre du plaisir.
Leslie Vega, Rêv’en Pages
Annelore Parot
Milan, 14,50 €
Voici un adorable album sur Yumi, petite poupée de bois japonaise traditionnelle (kokeshi). Dès la couverture, Yumi m’a tapé dans l’œil, adorable dans son joli kimono; et en tournant les pages le ravissement grandit. Yumi nous fait découvrir son univers, ses objets usuels, ses copines kokeshi, la nourriture japonaise. C’est aussi un livre-jeu pour les petits: Yumi les invite à chercher des choses cachées; des découpes dans les pages font découvrir des objets traditionnels. Le travail sur le graphisme enfantin japonais est vraiment réussi et me rappelle un livre que mon père m’avait ramené du Japon quand j’étais petite. Et on apprend quelques mots japonais. Épatant!
Carole Lévy, Poco à poco - Tonnet jeunesse
Mem Fox
Helen Oxenbury
Gallimard Jeunesse, 13,90 €
Voici un album qui réunit tous les ingrédients pour devenir le chouchou des tout-petits! Tout d’abord, il y a les très belles illustrations d’Helen Oxenbury, qui nous font découvrir des bébés: des filles, des garçons, des nourrissons, des enrhumés, des noirs, des blancs et d’autres qui naissent au pays des pingouins ou dans le désert lointain. Et puis il y a le texte, comme une comptine avec son refrain qui nous dit «Tous les bébés, tout le monde le sait, ont 2 petites mains et 2 petits pieds.» C’est doux, c’est chou comme un doudou. À conseiller vivement à partir d’un an!
Marie Breuillet, Apostrophe
Léonard
Elisa Géhin
Histoire de loup, Milan, 8,50 €
Alors, voilà… c’est l’histoire d’un loup très méchant qui fait cuire dans sa grande marmite tous nos personnages de contes préférés. Mais non! Alors, on reprend. D’abord, ça commence par une grande marmite fumante. Le loup attire successivement un chaperon rouge, deux petits chenapans et ainsi de suite, sur un mode répétitif qui permet de compter tous ensemble. À la fin, on retrouve tous les personnages invités à se régaler d’une bonne soupe chaude concoctée par ce loup gentil. Ouf! Un joli livre tout carton où les enfants jouent à se faire peur. Dès trois ans.
Séverine Gadier, Jean-Jacques Rousseau
Dorothée de Monfreid
Loulou et Compagnie, 10,50 €
Devenir maman a changé mon regard sur les livres pour enfants. Je dis une énormité, là? Ou une évidence? Les livres pour les tout-petits, au fil des années, nous semblent gagner en création (française, d’ailleurs, au passage) et en inventivité, au regard peut-être d’autres catégories de livres qui évoluent moins, me semble-t-il. Et l’intérêt de mon fils pour ces livres est devenu un vrai appui. Les livres d’Audrey Poussier (Mon pull, le Spectacle, Une farce), notamment, ont remporté un énorme succès. Et, presque à égalité, la série des Coco. Coco est un éléphant inventé par Dorothée de Monfreid en 2002. Entouré d’une bande d’amis (Chacha, Sidonie…), Coco mange, danse, lit, vole, peint et… fait de la musique. Douze titres de Coco sont aujourd’hui disponibles. Musique, Coco!, moi, je n’y croyais pas trop. Une suite d’onomatopées, Trilili Tui, Ratatatai, Pouet Poueti, à chaque fois qu’un animal de la bande à Coco déniche un instrument. Coco prête sa flûte au cochon et lui pique son tambour en échange. Le cochon pique sa trompette au crocodile et lui laisse la flûte en échange. À la fin, une belle cacophonie, très, très difficile à lire à haute voix. Mais racontez-le une fois, deux, puis trois. Observez les sourires. Puis les fous rires. Puis laissez le livre à l’enfant. Le mien s’est fait son premier concert. Bravo, Coco!
Madeline Roth, L’Eau Vive
Yann Fastier
L’Atelier du Poisson Soluble, 10 €
La couverture ne me laissait pas beaucoup d’espoir quant à l’originalité… Un beau poisson multicolore sur un fond bleu vert. D’autres poissons sans couleurs que l’on devine. Ce n’est pas sans nous rappeler quelques histoires un peu gentilles. Et puis l’espoir revient tout à coup: l’auteur de ce livre s’appelle Yann Fastier, un auteur-illustrateur qui laisse rarement indifférent (Pfff, Corrida, Rapport secret sur les dents de lait). Et puis c’est édité à L’Atelier du Poisson Soluble. Alors j’aurai dû m’en douter. Comprendre plus vite. Le mignon petit poisson est en fait un sale poisson détestable. Il est hautain, fier de lui et de sa beauté. Sa fin et la chute n’en seront que plus cruelles et savoureuses. Pour notre plus grand bonheur. Aquarium est un parfait album pour les plus jeunes qui allie humour et sarcasme et fait du bien dans l’univers aseptisé des livres pour les plus petits…
Simon Roguet, M’Lire
Mini Maxi le livre des contraires
Didier Cornille
Hélium,12 €
Au royaume des imagiers et des livres sur les contraires, en voilà un qui sort bien de l’ordinaire, venu tout droit des esprits féconds d’Hélium, cette toute jeune maison d’édition qu’on aime beaucoup beaucoup, et des doigts habiles de Didier Cornille, designer (de lampes entre autres) et professeur à Paris, qui signe là son premier livre. Graphiquement, on adore: bien dans l’esprit rétro d’illustrateurs comme Saul Bass, Ann & Paul Rand, Didier Cornille a su arriver rapidement à l’essentiel, pour faire découvrir le livre aux plus petits, tout en gardant cette inventivité et cette malice qui lui permet de faire passer des petits messages, et ainsi donner un autre niveau de lecture… Un chouette petit livre, un bel objet, tout rouge, présenté dans un petit format très élégant, qui vient souligner la simplicité et l’efficacité des illustrations de Didier Cornille, et qui nous montre une fois de plus, toute la singularité de cette bien chouette maison d’édition.
Jean Pichinoty, La Soupe de l'Espace
Eric Battut
Didier Jeunesse, 11,90 €
Un album minimaliste pour nous parler de différence et d’amitié. Souris verte est triste, les souris grises ne veulent pas d’elle pour amie, alors elle part en quête d’un ami… vert… Mais la sauterelle, la grenouille, le caméléon, refusent. Heureusement l’éléphant vert accepte. Mais pourquoi est-il vert? Que c’est bon d’avoir un ami, même un ami gris. Des dessins tout simples au crayon de couleur ou à la craie pour nous compter une histoire toute simple qui ravira les petits.
Annie Falzini, L’Oiseau-Lire
Collectif
Marion Billet
Mes petits imagiers sonores, Gallimard Jeunesse Musique, 8,90 €
Fortes de leurs titres musicaux pour tout-petits (Imagier Sonore, des Amusettes… ), les Éditions Gallimard nous proposent une nouvelle série d’imagiers sonores simples et efficaces… Ces quatre titres ont un graphisme doux et coloré et ils sont plus que de simples imagiers car une «scénette» permet au tout jeune enfant de s’immerger dans le quotidien des animaux sauvages ou de la ferme, dans la nature et même dans celui de ses jouets. L’animation sonore, adaptée, est au bon niveau d’écoute, juste ce qu’il faut pour être spectaculaire, et supportable pour les parents (ces derniers protestent souvent contre les jouets sonores tape-nerfs!). Il faut entendre l’hippopotame ou le panda, ils font sensation!!! Actionné par une puce, le mécanisme est agréablement caché dans le paysage, mais est vite repéré et manipulé… Un geste, et c’est un régal d’observer la surprise et l’amusement de nos loustics!!!
Tifenn Bonnaffons, Comme dans les Livres
Qui a pris mes bonbons verts?
Fabienne Teyssèdre
Seuil Jeunesse, 9,90 €
Après Qui a pris ma laine?, Qui a croqué mon goûter?, Qui a volé ma fusée?, Qui a écrasé mon pâté?, voici la cinquième enquête de Petit Mouton pour les tout-petits.
Qui a pris mes bonbons verts? reprend le procédé simple, qui a fait de cette série une collection inventive pour jeunes détectives. Un méfait est commis à l’encontre de Petit Mouton. Loin de se décourager, ce dernier part à la recherche du coupable et demande inlassablement «C’est toi qui a pris mes bonbons verts?». Et avec pugnacité, Petit Mouton lui donne une rigolote leçon! Ce dernier volume est magique, car il joue sur la gourmandise des protagonistes et celle des lecteurs. Plus classique de conception que les précédents (il n’y a ni rabats, ni découpes et matières), cet ouvrage tout-carton joue sur les scintillants papiers verts de bonbon. Nous découvrons autant de sucreries que de couleurs, à l’exception du rouge qui illustre la colère légitime de Petit Mouton. Fabienne Teyssèdre s’amuse avec les mots et ajoute une touche d’absurde… La preuve, il existe une mouette de Quimper, qui ne mange que des caramels! Et de plus, des caramels de couleur bleue!!! Nous ne saurons pas s’il sont au beurre salé, mais nous pouvons l’imaginer… Toujours très attendue, la chute nous offre une modeste leçon écologique, pleine de fantaisie. Un régal qui ouvre l’appétit!!!
Tifenn Bonnaffons, Comme dans les Livres
Les Quatre loups
Alain Gaussel
Caroline Dall’Ava
Album Paroles de conteurs, Syros, 10,50 €
Ce conte était paru en 2002 dans un recueil d’Alain Gaussel, et, si je me souviens bien, le recueil mentionnait que les enfants réclamaient toujours cette histoire-là au conteur. Dans cette histoire, il y a donc quatre grands loups gris, celui du matin, celui du midi, celui du soir et celui de la nuit. Et que font les petits garçons qui rencontrent des loups gris? Certains n’ont pas peur du tout, et leur proposent même des bonbons. Oui, mais même au loup de la nuit, de la nuit noire, qui n’a rien mangé du tout et qui s’avance en faisant GRRR GRRR? Après La Femme dorade, le Petit Rat, le Taël d’argent et Diabou Ndao, Syros continue de publier en albums à petit prix des contes savoureux issus de recueils aujourd’hui épuisés. La langue d’Alain Gaussel est savoureuse. Le principe du conte de randonnée (où les situations s’enchaînent et se ressemblent jusqu’au dernier personnage qui vient troubler l’histoire) reste très malin pour «les petites oreilles», dès trois ans. Quant aux images, Caroline Dall’Ava (qui avait illustré Poucette, dans une autre collection de contes que l’on apprécie, chez Tourbillon) a trouvé ici des couleurs magnifiques (les jaunes/rouges/oranges des paysages face aux gris des loups).
Madeline Roth, L’Eau Vive
In Gang
Traduction Yeong-hee Lim
Didier Jeunesse, 12,90 €
Quand minuit sonne, Monsieur descend dans la rue. Il y trouve un sou, et s’achète deux gâteaux. Il les emballe et s’en va, pour les manger, au bord de l’eau. Mais là… C’est un conte de randonnée, savoureux à lire à haute voix, et fascinant par l’image: un théâtre d’objets sculptés, peints, mis en scène et photographiés. Des objets en bois, en papier mâché, des tissus, des peintures, de vieux meubles et différents plans: le décor de ce livre bascule immédiatement le lecteur dans un autre monde - onirique. Quant à la ritournelle («Mmmm… Miam-Miam!»), eh bien, c’est délicieux!
Kochka
Chiaki Miyamoto
Milan Jeunesse, 11,90 €
On connaît bien Kochka pour ses romans, fragiles, sensibles (comme La Fille aux cheveux courts, publié par Thierry Magnier). Elle est ici l’auteure d’un conte très réussi, de ceux, me semble-t-il, qui aident à accepter l’idée de grandir. Le conte commence ainsi: Nô est un petit garçon dont le père est un grand samouraï. Que doit faire Nô pour être comme son père? Affronter le danger, être fier, têtu, se battre? Les illustrations de Chiaki Miyamoto dessinent une histoire vive, intense. Les couleurs sont franches, elles explosent, les traits noirs et épais soulignent les visages et délimitent les univers. Et puis bravo pour la dernière page: elle est splendide!
Madeline Roth, L’Eau Vive
Shaun Tan
Anne Krief
Gallimard Jeunesse, 15 €
Cela faisait partie des titres que nous étions quelques-uns à attendre avec impatience. Les Contes de la banlieue lointaine de Shaun Tan sont à la hauteur de nos espérances. Shaun Tan est un auteur-illustrateur sino-australien extrêmement reconnu dans les pays anglo-saxons. Pourtant sa reconnaissance en France a été tardive. En 2003, La Compagnie Créative publie L'Arbre rouge, une œuvre remarquable mais mal connue du grand public. En 2008, il sort de l’anonymat avec la sortie de l’album Là où vont nos pères, récit fantastico-poétique autour de l’exil – sans aucun texte. Aux États-Unis, ce livre a été publié en jeunesse. En Australie, il gagne le prix du meilleur album et de la meilleure œuvre de fiction. En France, il sort en BD chez Dargaud et remporte le prix du meilleur album à Angoulême. On le comprend, Shaun Tan s’amuse des genres et signe une œuvre universelle et forte. Pour son nouveau livre, publié cette fois-ci chez Gallimard Jeunesse, on change encore une fois de sujet. Comme le suggère le titre, il s’agirait cette fois-ci de contes… Mais peut-on vraiment appeler cela des contes? Ce sont plutôt des moments, des instants. Absurdes ou poétiques, décalés ou tout simplement émouvants, ces courts récits de vie nous embarquent irrémédiablement. Ils incitent à la rêverie mais aussi à la réflexion. Ils vous feront un peu perdre pied face à la réalité de notre quotidien. Et cela fait du bien de se laisser aller dans l’univers étrange de Shaun Tan. Chaque texte est unique, chaque moment est un voyage. Son illustration, absolument sublime, nous aspire de suite, à la manière d’un Quint Buchholz, l’auteur de l’album Le Collectionneur d’instants (Milan Jeunesse). Ce recueil illustré est une lecture inhabituelle, qu’il faut laisser pénétrer en soi, le genre de texte dont on se souvient longtemps après. On ne se souvient pas forcément des histoires, cela c’est presque anodin mais on se remémore juste que c’était beau et émouvant…
Simon Roguet, M’Lire
Raquel Saiz
Illustrations Maja Celija
Traduction Laurence Guillas
OQO, 12 €
«Il est des jours où les lois de la nature ne fonctionnent pas». Cette première phrase géniale ouvre et referme ce drôle de conte un peu surréaliste, belle histoire d’amour au pays des princesses. C’est un jour à première vue comme tous les jours, sauf qu’il tombe du ciel, dans les bras de monsieur Simon, une princesse à robe rouge. Et il semble que bientôt, la ville se met à changer de couleur. C’est le troisième conte écrit par Raquel Saiz pour les éditions OQO, après Le Derrière du roi et Le Jour où maman a fait une tête de théière, et on retrouve avec bonheur cette veine très étrange des images de Maja Celija, qu’on avait pu voir à La Joie de Lire dans Entre nos mains ou Eau et Savon pour enfants aux pieds sales. Quelle averse! offre une bien jolie manière de parler d’amour avec un album à part.
Madeline Roth, L’Eau Vive
Sylvie Albou-Tabart
Séverin Millet
Albin Michel, 14,50 €
Neufs contes issus de la nuit des temps transportent les lecteurs dans l’Antiquité égyptienne. Certains datent de plus de 4000 ans et ils nous sont parvenus, sur des supports divers, de manière fragmentaire ou incomplets. Grâce à une adaptation minutieuse, dans une langue accessible aux jeunes d’aujourd’hui, ils témoignent de la richesse d’une civilisation et de sa créativité littéraire. Pétris de merveilleux, ils mettent en scène les croyances et les mœurs des anciens égyptiens: animaux doués de parole, morts embaumés s’adressant aux vivants, divinités présidant au destin des hommes, pharaons tout-puissants et paysans à la merci de leurs régisseurs. La magie fait partie du quotidien, permettant aux morts de ressusciter par l’intermédiaire d’une graine d’arbre, par exemple, ou aux statues de dieux de quitter leur temple pour se rendre au chevet de belles princesses souffrantes. Mais ces récits se révèlent surprenants surtout par leur côté hors du temps. Par-delà leur ancienneté et leur contexte, ils reflètent l’universalité des sentiments humains, en tout lieu et de tout temps. Comme dans nos contes les plus familiers, l’amour peut faire plier des rois soucieux de marier leur fille; la jalousie peut séparer des frères; la cupidité peut pousser au vol et au crime; la vérité doit endurer des épreuves pour triompher du mensonge et de l’injustice; la peur de l’inconnu conduit à se confier aux dieux et à craindre leurs oracles. Si bien que l’auteure elle-même souligne les similitudes les plus frappantes avec d’autres récits merveilleux: les contes des mille et une nuits, les épopées homériques, les fables de Perrault et de Grimm. Les explications apportées aux textes sont simples et synthétiques, sans alourdir la narration. Les couleurs vives des illustrations soulignent l’aspect merveilleux et hors du temps. Elles contribuent à faire de cet ouvrage un beau livre de contes à lire et à feuilleter avec un enfant, ou à offrir à un jeune lecteur.
Laurence Tutello, Le Chat Pitre
Guillaume Olive
He Zhihong
Éditions du Seuil, 25 €
Un des plus grands romans de la littérature chinoise, écrit au XVIe siècle, disponible dans une version adaptée pour un jeune public et joliment illustrée par une illustratrice chinoise de talent imprégnée depuis sa jeunesse par cette légende culte. Le Voyage en occident relate les aventures de Sun Wukong, le roi des Singes. Né d’une pierre, ce personnage haut en couleurs part en quête de l’immortalité, qu’il acquerra au fil de ses péripéties toutes plus extraordinaires les unes que les autres. Il dressera une armée de singes, il sera emmené aux enfers par les démons de la mort, il sèmera la confusion dans le Palais du Ciel où il mangera toutes les perles et les pêches d’immortalité, il se battra avec l’armée du Roi Céleste, avec le tout-puissant Bouddha qui l’enfermera sous une montagne. Sun Wukong est à la fois naïf, ambitieux, culotté et malicieux ce qui donne toute sa force à ce récit d’aventures, plein d’humour et de finesse qui permet d’introduire des messages de sagesse.
Laurence Tutello, Le Chat Pitre
Philippe Gauthier
Théâtre, L'École des Loisirs, 7 €
Nul part, Léo, Mathieu et Pad’bol sont trois gamins dans un orphelinat, tous trois handicapés pour avoir été victimes de mines anti-personnelles. Noël approche (la pièce est construite comme un compte à rebours) et ils formulent leurs vœux: deux prothèses de jambe et un fauteuil roulant, sans oublier de prendre leur revanche sur l’équipe de foot de l’hôpital de la Croix-Rouge. L’auteur nous bouscule: même dans ce monde, le Père Noël peut être un «sale con» égoïste, adultère et vulnérable (lui aussi est victime des mines). La dure réalité ne permet pas aux enfants d’être tendres et parfois nous nous surprenons à en sourire, mais chacun reste avec son ou ses rêves. À noter le jeu de mot du titre.
Julia Giraud, Au fil des pages
Sac à dos
Collectif
Le Mot et le Reste, 12 €
Les «lecteurs en herbe» de ce Sac à dos doivent quand même avoir quelques années pour cheminer avec ce livre, sinon d’autres mains, plus âgées, leur tourneront les pages. Parce que la poésie est une musique, une langue sans âge, un «écrire-vivre, tension de langue contre ce qui nous rend muets» (Antoine Emaz). Et pour goûter à cette poésie-là, contemporaine, il faut en premier lieu «désapprendre à lire et oublier les fleurs», comme le dit très justement Jean-Michel Espitallier dans sa préface. Désapprendre, d’abord, les rimes, les vers, les sonnets, et ensuite dire et lire, à voix haute ou non, les textes de Pierre Alféri, Eugène Savitzkaya, Charles Pennequin, Valérie Rouzeau, Jacques Roubaud, Nathalie Quintane, Valère Novarina… Ce Sac à dos, c’est du bonheur (allez vite page 151, par exemple, lire les Pensées du cirque de Jacques Jouet). Chaque poème est complété par une biographie de l’auteur, ses publications, ainsi que des liens Internet pour aller plus loin. Petit, compact, sans images -mais non, évidemment, rempli de mille images-, c’est une caisse à outils, une boussole, un drôle de chemin à parcourir comme on veut.
Madeline Roth, L’Eau Vive
Constance Amiot, Sanseverino
Candice Hayat
Toto ou tartare, Actes Sud Junior, 23,00 €
Nouveau conte musical de l’excellente collection de livres-CD «Toto ou tartare»… Puisant dans le label «tôt ou tard» de la chanson française contemporaine, chaque titre propose un chanteur, un narrateur et un illustrateur différent, avec des artistes tels que Da Silva, Frank Monnet ou Françoiz Breut. L’alternance de la narration coupée de chansons permet de varier le rythme, de respirer dans l’histoire et d’appuyer un point de l’histoire par une chanson. À la bonne étoile écrite, chantée et composée par Constance Amiot, nous présente ici l’histoire de Turbo l’escargot. Celui-ci pense être le plus lent de la Terre car il perd toujours à la course. Tandis qu’il rentre chez lui désespéré, Kissifrotte le hérisson lui fait malencontreusement un «croche-coquille» et découvre l’état de son ami. Il lui conseille alors de rendre visite à Oscar le vieil escargot voyageur. Turbo va rencontrer Oscar et apprendre qu’il suffit d’avoir «confiance en sa bonne étoile». Rien ne sert de courir, il faut être confiant. Candice Hayat illustre l’histoire de façon drôle et poétique ; la talentueuse voix de conteur de Sanseverino (cf. voix dans le DVD U de Solotareff à L’École des Loisirs) alterne avec la voix très douce des chansons de Constance Amiot. Ainsi, cet ouvrage est une réussite aussi bien par la qualité du CD que par celle du livre lui-même. À découvrir!
Claire Bretin, Les Sandales d'Empédocle
Nathalie TUAL
Ilya GREEN
Polichinelle, Didier Jeunesse, 17,50 €
Le dernier conte musical de la collection «Polichinelle», nous entraîne au bord de la mer. Sur le sable chaud, deux jeunes enfants s’adonnent aux jeux de plage.
—Aïe, tu me mets du sable dans les yeux!
—Donne moi ta pelle
—La mer arrive, elle va tout casser!
Les chansons et les rythmes de Nathalie Tual et Gilles Belouin balancent, claquent, tapotent et restent en tête dès la première écoute. Alors que les gestes et l’expression des caractères de nos deux baigneurs s’animent grâce au talent d’Ilya Green, la démarche est bien décidée et les regards en disent long.
Vous entendez le cri des mouettes?
Nathalie Mainguy, Comme dans les livres
Maria Poblete
Ceux qui ont dit non, Actes Sud Junior, 7,80 €
Pour écrire cette critique, j’ai voulu retrouver une image que j’avais en mémoire –mais que peut-être ma mémoire a fabriqué– de Simone Veil, la tête entre les mains, sur les bancs de l’Assemblée nationale ou du Sénat. J’ai tapé sur un moteur de recherches quatre mots clés: Simone, Veil, IVG, photos. Ce que j’y ai trouvé m’a donné envie, pour une fois, d’écrire cette critique à la première personne. D’écrire au-delà du livre de Maria Poblete mais pour dire combien il est utile, pour assumer une opinion sur son sujet même. Quand on entre ces quatre mots sur un moteur de recherches, on trouve des dizaines de pages où s’alignent des photos. Sur la plupart d’entre elles, on voit Simone Veil, magnifique dans la vieillesse comme dans la fleur de l’âge, à la tribune de l’Assemblée ou souriante, toute jeune sur la couverture de son autobiographie (Une vie parue aux éditions Stock en 2007). Mais au milieu de ces photos, sur chacune de ces pages, se sont glissés d’autres clichés sanguinolents de fœtus (et non d’embryons), quand ce ne sont pas même des nouveau-nés ou des enfants. Et alors que la lecture du livre de Maria Poblete m’a remis en mémoire les insultes et les contrevérités auxquelles Simone Veil a dû faire face lors des débats sur la loi sur l’autorisation de l’interruption volontaire de grossesse, en 1974, je constate que les mêmes insultes, les mêmes mensonges sont, en ce début du XXIe siècle, en libre accès sur internet. Le paradoxe, c’est que ce fait démontre l’extrême importance de ce petit livre paru dans cette remarquable collection pour adolescents, «Ceux qui ont dit non». Parce qu’il est clair et qu’il dit l’histoire de cette conquête qui donne aux femmes le pouvoir sur leur corps, à travers un portrait en quelques touches de celle qui en fut l’étendard par obligation morale (au nom d’une morale sociale) plus que par conviction idéologique. Parce qu’il s’adresse réellement à un public de jeunes lecteurs –dont on espère bien que ce ne seront pas que des jeunes lectrices– par son niveau de langue et son approche. Et si le choix que fait son auteure, de démarrer son récit par celui de la déportation de Simone Veil désarçonne au premier abord, il prend tout son sens quand on lit les ignominies qui ont été dites à l’époque et qui sont véhiculées aujourd’hui encore. Pour comprendre la noirceur des propos calomnieux de certains opposants à l’IVG en 1974, comme aujourd’hui, il était indispensable de re-situer Simone Veil dans son histoire. Pour comprendre, peut-être, la ténacité et le courage de cette femme, il fallait partir de là où la fréquentation de l’inhumain détermine la droiture d’une vie et de ses engagements. L’avortement est aujourd’hui un droit en France, mais un droit menacé par la violence de quelques-uns et l’ignorance d’un grand nombre. Espérons que ce livre contribuera à faire connaître leurs droits à ceux qui devront les défendre demain encore.
Ariane Tapinos, Comptines
Patricia Geis
Traduction Vincent Étienne
La Petite galerie, Palette, 18,50 €
C’est une véritable petite galerie en mouvement que l’on tient entre les mains: des flaps, figure en relief, maquette, petite chaîne à modeler… Une forme documentaire qui sied à merveille à l’univers qu’il décrit, celui d’Alexander Calder. Grâce à des explications claires, on y apprend quantité d’informations sur ce singulier personnage, qui portait des chemises de flanelle rouge et des pantalons aux poches remplies d’objets. Son parcours, ses premières créations colorées et ludiques, ses amitiés, son amour du cirque, ses mobiles… Le mobile dont il disait: «Quand tout fonctionne bien, un mobile est un morceau de poésie qui danse avec la joie de vivre et surprend». En déambulant dans cette petite galerie, les lecteurs auront plus d’un petit morceau de poésie à se mettre sous la dent…
Carole Aillaud, Le Rivage des Livres
Doug & Buster ordibook
Tofépi
Homecooking Books, 9 €
Au premier abord, rien ne pouvait nous laisser imaginer ce que cachait ce petit trésor. Couverture glacée magnifique: livre de graphisme? Logo orange très graphique: bouquin d’informatique? Intérieur dessiné noir et blanc: BD indé? Seuls les deux personnages de l’ours et du pingouin sur leur petit bout de planète nous indique qu’il pourrait s’agir d’un ouvrage pour la jeunesse. De toute manière, ce livre est particulier. Il aura du mal à trouver sa place dans un rayon. Tant mieux, nous, libraires, devront le mettre sur table, bien devant, prêt pour le conseil. Car ce livre mérite notre soutien. Bouquin inclassable, entre livre d’activités, de jeux, livre d’humour, livre bilingue (anglais–français: tout est traduit), livre décalé et déroutant, ce petit ouvrage a plus d’un atout dans sa poche. En plus il a la bonne idée d’être beau. Cela n’a rien d’étonnant quand on sait qui se cache derrière ce projet. Sous le nom des éditions Homecooking books, on retrouve l’une des fondatrices de l’excellente revue, maintenant disparue, L’Œil électrique - une revue qui a marqué la fin des années 90 et le début des années 2000 par sa richesse et son innovation graphique. C’est donc vraiment un plaisir de retrouver cet esprit –libre et indépendant– dans des livres pour la jeunesse. Ce n’est pas très étonnant non plus d’apprendre que c’est Tofépi (qui a déjà signé quelques BD au Seuil) qui œuvre sur ce projet. On ressent parfaitement le plaisir qu’il a pu avoir en créant ces activités loufoques. Toute la famille pourra donc s’amuser avec cet ordibook réel (le premier ordinateur en papier! beau contrepied à l’e-book…) en jouant à de vraies activités un peu bêtes, en apprenant presque par erreur l’anglais (le jeu de la mise en page fait que l’on lit en premier l’une ou l’autre des langues; là également le jeu l’emporte sur la pédagogie) et en suivant surtout les folles aventures de nos deux amis Doug et Buster.
Simon Roguet, M’Lire
Christophe Marcoux
La Cabane sur le Chien, 6,50 €
Un livre un peu hors normes, qui nous tient particulièrement à cœur, par sa démarche et ceux qui l’ont soutenus. L’idée du livre est issue de la lettre que Nicolas Sarkozy avait adressé, le 4 septembre 2007, à bon nombre d’enseignants. En réaction à ce document (de 31 pages), Christophe Marcoux, lui-même enseignant, a décidé de réaliser un reportage photographique sur les actions de résistance qui se sont déroulées à Belleville, où il vit. Un livre militant, pour garder une trace de ces instants de résistance, trop importants et trop précieux pour qu’on les oublie… Parce que la détresse des enfants et de leurs parents n’est pas qu’une simple actualité qui s’arrête pendant les vacances d’été…
Objectif campagne
Marc Giraud
Delachaux et Niestlé Jeunesse, 24,90 €
Ce guide pour apprentis naturalistes est une invitation à la découverte de la flore et de la faune de différents milieux campagnards. Son originalité réside dans le fait d’envisager l’exploration de ces milieux sous l’angle de véritables expéditions où le lecteur est sollicité à endosser le rôle du spécialiste d’une discipline précise: guide chargé de la définition des objectifs, de l’organisation et de la sécurité des participants; botaniste, entomologiste, zoologiste ou éthologiste. Les terrains d’observation sont présentés à partir du point de vue distinct de chacune de ces spécialités scientifiques, avec des descriptions simples, des dessins clairs et des photos. Les regards croisés des experts en herbe conduit à appréhender de manière exhaustive et agréable cinq milieux écologiques: le bord d’un chemin, une haie, un pré, un champ, les abords d’une ferme. Des expériences à partir du matériel recueilli en expédition (observations et prélèvements) sont proposées dans la dernière partie de l’ouvrage. Conçu par un naturaliste de terrain, ce livre présente comme une aventure hors du commun des activités simples dans des cadres naturels d’accès aisé. Il a le mérite de susciter la curiosité des jeunes apprentis explorateurs pour des phénomènes ordinaires et faciles à observer, tout en abordant des notions scientifiques complexes. Un guide agréable à feuilleter, qui révèle de manière plaisante les secrets de la nature à la campagne.
Laurence Tutello, Le Chat Pitre (Paris)
Le Moyen Âge
Dimitri Casali, Antoine Auger
Tothème, Gallimard Jeunesse, 13,90 €
Gallimard Jeunesse est reconnu depuis de nombreuses années pour son travail autour des documentaires pour la jeunesse. Que ce soient pour ses coéditions internationales ou dans de vraies créations, cette édition fait office de référence dans ce domaine. «Tothème» est le nom de sa nouvelle collection et elle devrait prendre de l’importance assez rapidement car c’est assurément l’une des collections les plus modernes qui existent sur le marché et cela pour plusieurs raisons. L’iconographie est très variée et mélange des documents d’archive, des dessins mais aussi des images plus vivantes (extraits de jeux vidéos, de dessins animés) qui vont toucher plus directement le jeune public. La structure même du documentaire est aussi intéressante. Composé en familles (dates, lieux, chefs-d’œuvre, rôle …) chaque petit chapitre permet des lectures croisées et complémentaires. On peut lire ce documentaire par un système de renvois (comme un livre dont vous êtes le héros), on peut le lire sujet par sujet (grâce à l’index qui –bonne idée– se déploie en deuxième rabat) et on peut le lire également de manière plus linéaire en alternant les différents sujets… Quelle que soit la manière choisie, la lecture est très agréable et facilitée par des textes courts et simples. Ici, l’idée n’est pas de faire une thèse sur un sujet mais de proposer des repères efficaces pour l’enfant tout en gardant un aspect ludique. Les quatre premiers titres sortis ne sont pas si classiques que cela même si l’on reste sur des domaines bien souvent demandés (Moyen-Âge, automobile, religions, environnement) et la collection devrait ensuite croître régulièrement. À l’heure du tout internet, cette collection prouve l’intérêt encore primordial du documentaire papier et devrait ravir bon nombre d’enfants et parents.
Simon Roguet, M’Lire
Sandrine Bonini
Les petits costumes, Autrement, 10 €
Deux titres (La Pêche à la ligne et La Plus belle robe) paraissent simultanément dans cette nouvelle collection lancée par Autrement, «Les petits costumes». Sandrine Bonini (l’auteure de ce livre très étrange paru récemment chez Autrement également, Le Secret, à mi-chemin entre l’album pour les grands et la BD) en signe le texte et les illustrations. C’est un petit format, à l’italienne, tout blanc, avec une mise en page aérée et un jeu sur les couleurs. Sandrine Bonini raconte un moment de la vie d’un peuple lointain et quelques pages à la fin de l’ouvrage renseignent sur les costumes et les traditions vestimentaires. Les livres ressemblent un peu à des carnets de voyage, croquis et aquarelles, et les histoires, toutes deux très belles et très tendres, mettent en scène des enfants dans un moment important de leur vie.
Madeline Roth, L’Eau Vive
Béatrice Soulé
Christophe Humbert
Le P’tit Jardin, 24 €
Nous sommes sur le Pont des Arts à Paris ou dans le parc de l’Abbaye de Daoulas en Bretagne ou encore au centre culturel français à Dakar, face à nous d’immenses sculptures: guerriers Masaï, femmes, lutteurs Nouba, Indiens d’Amérique du Nord… Une force s’en dégage et nous marque à jamais. À la manière d’un album de photos de famille, l’ouvrage de Béatrice Soulé retrace la vie du sculpteur Ousmane Sow, de son enfance au Sénégal au grand artiste qu’il est devenu. Le parcours d’un homme qui s’est laissé guider par de grandes figures de l’Histoire: Nelson Mandela, Mohamed Ali, Martin Luther King, le Général De Gaulle, Gandhi et avant tout son père. «Mon père, ce héros au sourire si doux…», comme l’écrivait Victor Hugo.
Un livre d’art pour comprendre le monde. Passionnant!
Nathalie Mainguy, Comme dans les livres
Publié dans DERNIERES LECTURES | Lien permanent | Commentaires (0) |
|















Ecrire un commentaire
NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.