02 septembre 2009
Oldelaf, le garnement qui chante
La collection «Tintamarre», chez Milan, accueille des artistes de la nouvelle scène française. Après Pascal Parisot, David Sire, Klimperei et d’autres, Oldelaf fait paraître son album Bête et méchant. Une interview menée par Eric Denniel pour la librairie Le Chat Pitre.

ERIC DENNIEL: Qu’est-ce qu’il y a eu avant Bête et méchant?
OLDELAF: Oldelaf et Monsieur D., né il y a dix ans. Avant encore, je faisais partie d’un groupe, Les p’tits humains, avec un répertoire qui allait de la chanson sérieuse à la chanson complètement débile. Et puis ce groupe a voulu se spécialiser dans les chansons sérieuses… Du coup, avec Frédéric Draps, on a créé Oldelaf et Monsieur D, une espèce de groupe poubelle pour recycler les anciennes chansons des P’tits humains, et en créer de nouvelles. Le premier concert a eu lieu en janvier 2000 au Café Ailleurs devant sept spectateurs, et le dernier se déroulera le 30 janvier 2010 à l’Olympia… Entre ces deux dates, nous aurons enregistré trois disques (le dernier est en préparation) et plusieurs Monsieur D auront succédé à Frédéric Draps. Il y aura eu des tubes: Nathalie, mon amour des JMJ, Le Café, dont le clip a fait un gros buzz sur Internet, des tournées en Province et quelques grandes salles à Paris.
Oldelaf et Monsieur D est le premier duo composé de 3 personnes. Comment l’expliquer mathématiquement?
Sans donner une explication à la Pagnol, je dirais que 1+1 n’est pas forcément égal à 2, ça dépend de la taille du 1. Et quand le 1 a un cœur gros comme ça, ça peut faire 3.
À quand remonte votre rencontre avec les éditions Milan?
En mars 2008, Céline Potard me propose de participer à l’aventure Tintamarre. J’accepte. Fin mai, Frédéric Vaysse, le deuxième Monsieur D, quitte le groupe. J’encaisse difficilement et, fatigué de devoir à nouveau recommencer à zéro, j’envisage de tenter l’aventure tout seul. Déprimé, je m’investis entièrement dans le projet Milan, et fin juillet, les 14 chansons et le conte musical sont enregistrés. Je me rends compte que je peux écrire des chansons émouvantes, aborder un autre répertoire, et cela me renforce dans mon idée de poursuivre seul - même si entre temps un troisième Monsieur D est arrivé et que nous avons décidé de continuer le groupe, pour finir son histoire. L’Olympia achèvera une époque et sera le début d’une nouvelle aventure.
David Sire est un des précurseurs dans la collection…
Je l’avais croisé à l’époque des P’tits humains, comme première partie de son spectacle Drôle de Sire. J’avais aimé sa patte acoustique, son humour; son personnage ressemblait à un conteur. J’ai retrouvé ses chansons à l’écoute de son album «Tintamarre». Il y a une vraie fraîcheur, une poésie, et ce qui m’a plu, c’est qu’il cassait les règles habituelles de la chanson pour enfant; ce qui est d’ailleurs le principe de cette collection. Quand Céline Potard est venue me proposer d’écrire un album, elle ne m’a pas demandé d’écrire pour les enfants, elle m’a demandé du Oldelaf, destiné par la suite à être édité pour les enfants. J’ai voulu m’adresser à des enfants en leur proposant de découvrir quelque chose, un trésor… Les faire rire, les surprendre avec des axes auxquels ils ne s’attendent pas, des situations, des personnages grotesques. Un des buts de la collection est de proposer des chansons pour enfants qui ne soient pas une torture pour les parents. Le problème, c’est quand un enfant aime un morceau, il l’écoute 20, 50, 100 fois. Et même Dark side of the moon, 100 fois, ça devient un peu lourd… En tout cas, je sais que les fans d’Oldelaf et Monsieur D achètent l’album et retrouve la patte, l’humour des spectacles adultes. C’était le but recherché.
David Sire va intégrer une chanson pour enfants sur un album adulte…
C’est une intégration possible! Moi-même, dans un autre spectacle plus sérieux, je chante une chanson de Bête et méchant. Et deux chansons, Isabelle la coccinelle et Toufy, étaient chantées à l’origine par Oldelaf et le premier Monsieur D.
Pourquoi avoir construit l’album comme un conte musical?
J’avais été surpris par certains contes, comme Émilie Jolie et Le Soldat Rose. Je leur trouvais une force différente. En plus, voir les chansons faisant partie d’un tout mais qu’on peut extraire de leur contexte, je trouvais ça sympa. Mais le conte est venu au fur et à mesure. D’abord, les chansons sont arrivées, et ensuite j’ai eu l’idée de faire évoluer le personnage de Michel, un petit garçon qui ne supporte pas les animaux et qui finit par les aimer à la fin de l’histoire. Je trouvais que ça renforçait les chansons, leur donnait un autre niveau de lecture.
La fin fait penser à une comédie musicale…
Oui, c’est une chanson happy end totalement assumée. Je me suis permis d’autres clins d’œil sur le disque: Boby Lapointe pour Les Bisous, et le slow à la Gun’s & Roses avec Toufy.
Avoir des enfants a-t-il amené un plus pour l’écriture de l’album?
Je me suis forcément posé la question: Qu’est-ce qui ferait rire mes enfants aujourd’hui? Mais aussi dans cinq ans, dans dix ans? Personnellement, j’ai plaisir à réécouter mes chansons d’enfance, d’adolescence, j’y découvre des choses fantastiques dans les paroles, dans les harmonies que je ne comprenais pas à l’époque. C’est ce qui arrive quand on laisse plusieurs messages, plusieurs niveaux de lecture. Les objets de consommation ponctuels, les chansons très brillantes d’extérieur sont condamnés à devenir très vite fades. J’aime l’idée de laisser des messages pour plus tard, pour les générations futures: tant pis si les personnes qui l’écoutent la première fois ne comprennent pas, et même, tant mieux. Et si on peut donner envie, par une musique qui accroche un peu l’oreille, de revenir écouter la chanson et d’y redécouvrir des choses, des parties cachées du labyrinthe: c’est gagné. Les titres de l’album sont construits de cette manière. Je voulais offrir aux enfants des morceaux dont ils profiteraient maintenant et d’autres qu’ils comprendraient plus tard. Dans Isabelle la coccinelle, par exemple, il y a un tas de jeux de mots incompréhensibles pour eux, et ça ne les empêche pas d’aimer la chanson; et ça fait rire les parents. Avec le groupe, quand on interprète Le Gros ours, déguisé en lapin et en ours, tous les publics s’y retrouvent. Il y a au moins trois niveaux de lecture: comique visuel, de situation, et d’autodérision. Mais… quelle était votre question?
L’influence de vos enfants sur l’écriture...
Deux petits éléphants jaunes fait référence aux doudous de mon fils. Sa maman lui avait choisi un chat bleu à rayures mais il s’est approprié ces deux-là. C’est un petit message personnel. La chanson arrive vers la fin du disque, dans la partie un peu pathos. En plus, pour moi, elle veut dire, qu’il y a une vie après Oldelaf et Monsieur D, et que je n’aurais pas forcément envie de me déguiser en ours jusqu’à quarante-cinq ans. Elle prouve que je peux chanter autre chose que des pantalonnades.
Vous avez été professeur de musique au collège…
Pendant trois ans, oui. Plus par besoin de sous que par vrai sacerdoce. Ça a été une expérience variée, voire schizophrénique: quand, le soir, on est applaudi par un public, et que le lendemain, on est hué, chahuté par les élèves, c’est un petit peu dur de trouver sa place. J’espère exercer mon métier sur scène le plus longtemps possible pour ne pas retrouver cette situation. En revanche quand j’ai enseigné le chant, la chorale, à des quatre/six ans à la MJC de Sceaux, j’ai adoré. J’ai été moniteur de colonies de vacances aussi; j’utilisais la musique comme moyen d’animation et d’échange. J’ai passé cinq années avec Kézako, une troupe animée par Sylvain Le Crom; le spectacle se composait de chansons classiques pour enfants mélangées à des contes. Ce qui me fascinait, c’était de prendre les enfants, de les emmener très loin, puis de les ramener à la case départ, sans bouger de la salle de spectacle. Cette expérience m’a été très utile pour la composition de Bête et méchant.
Quels livres lisez-vous à vos enfants?
La réponse naturelle et évidente parce que les enfants en raffolent: Claude Ponti. Ils se régalent. Mais, autant j’adore le dessin, autant les histoires me déroutent; je voudrais entrer dans son monde, mais je n’y arrive pas, je suis trop cartésien. À trois et neuf ans, mes enfants sont fans. La taille des livres est impressionnante pour les enfants, ils peuvent physiquement se plonger dedans. En dépliant Les Zéphirotes, ils peuvent s’y allonger, ils pourraient presque s’endormir dessus. En ce moment, le succès du soir s’appelle Le Ventre de Maman. C’est un livre de circonstance…
Nous sommes déjà deux libraires à avoir écouté et adoré votre disque. Quel serait l’argument pour en convaincre un troisième?
Je lui dirais: Vous êtes la meilleure personne pour en parler au quatrième.
Propos recueillis par Eric Denniel, libraire sympathisant Sorcières
Bête et méchant
Chansons d'Oldelaf, illustrations d'Anne Royant
Tintamarre, Milan, 19,90 €
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