17 juillet 2009
Alice sourit (J. Willis, T. Ross - Gallimard)
(Rétroviseur été 2009 - un article publié en 2000)
1. Découvrons Alice au fil des pages : une petite fille de 5-6 ans qui rit aux éclats devant la télé, chante avec ses copains, joue à l’avion avec son papa, se fait gronder pour cause de bêtises, boude, se met en colère, fait des grimaces, s’applique en classe, a peur la nuit sans son doudou, veut des câlins… Beaucoup de choses de la vie d'une enfant sont là. Oui, vraiment, comme le dit l’auteur à la fin : " Alice, elle est comme ça, tout simplement, comme toi et moi ". Et pourtant, cette petite Alice si proche, si familière, qui rit, aime, joue, pleure, l’illustrateur la représente, sur la dernière page, assise dans un fauteuil roulant, un petit sourire interrogateur sur le visage : "Qu’en penses-tu, lecteurs ? " semble-t-elle dire. Et bien pour tout dire le lecteur est un peu "saisi" : il reprend l’album depuis le début, et doit bien se rendre à l’évidence : malgré son handicap, Alice est tellement comme les autres enfants qu’on n’a pas envie de la mettre à l’écart… Ce n’est pas une démonstration pesante ni une leçon de morale, c’est un simple constat, une évidence.
Comptines
2. Particulièrement concernée par le problème du handicap, j’ai dans un premier temps rejeté ce livre. Il nous montre une petite fille pleine de joie, qui, comme tous les enfants et bien qu'handicapée, peut accomplir plein de choses. Mais l'illustration qui donne l'impression d'une constante facilité dans la vie d'Alice m' a paru à plusieurs reprises trompeuse : aller se cacher derrière les rochers, ou bouder derrière les rideaux, a dû demander un effort phénoménal à la fillette. Un effort qu'on passe sous silence… J’ai soumis l’album à des enfants de six à huit ans, eux-mêmes handicapés physique. A la première lecture, ils n’ont pas compris qu’Alice était comme eux. Ils ont pensé qu’elle devenait handicapée à la fin de l'histoire… Ce n'est qu'à la deuxième lecture qu'ils se sont comparés à elles : " Moi aussi je fais du cheval… " Leurs enseignants ont apprécié cet album qui souligne ce que peut faire la fillette, et non pas ses limites - comme c’est trop souvent le cas quand on parle d'une personne handicapée. J'ai ensuite proposé ce livre à un groupe d'enfanst valides. Voici, pêle-mêle, leurs réactions : " Elle est malade – Non elle est handicapée - Elle peut faire toutes ces choses mais pas toute seule - Elle sait faire beaucoup de choses… elle est presque comme nous - Comment elle fera quand elle sera grande et lourde ?". Leur enseignante a trouvé là l'occasion d'aborder le thème du handicap avec ses élèves. Alors, faut-il refuser la part d'"idéalisation" présente dans cet album, ou l'accepter parce que cet ouvrage peut favoriser le dialogue ? A vous de juger…
L’Oiseau-Lire
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