16 juillet 2009
Les filles et le plaisir de lire
Comment savoir ce qui distingue les adolescentes d'aujourd'hui de celles d'hier, en particulier dans leur attitude de lectrices ? Quels sont leurs goûts en matière de livres ? Pourquoi lisent-elles davantage que les garçons, et lisent-elles les mêmes livres ? Quelle place occupe la lecture dans leur existence ? Autant de questions auxquelles nous avons cherché à répondre, à travers une enquête menée auprès d'une cinquantaine d'adolescents (beaucoup de filles, et quelques garçons) de 12 à 15 ans, désireux de partager leurs choix de lecteurs. Très volontiers enclins à défendre leurs goûts, aucun n'a cependant parlé de bandes dessinées, de poésie, de théâtre ou d'ouvrages documentaires, comme s'il était entendu que seul le genre romanesque méritait leur enthousiasme et leurs commentaires. Nous n'avons pas interrogé les lycéennes pour diverses raisons, la première étant que les années de collège semblent plus propices aux confidences spontanées, avant que le dialogue avec l'adulte ne s'avère plus difficile.
Les filles et le plaisir de lire
En 1971 déjà, les filles lisaient davantage que les garçons, qui avouaient préférer le sport. En 1998, une enquête de l'Insee confirme cette tendance, annonçant 53% de lectrices contre 35% de lecteurs. Ces chiffres renvoient à l'idée que la lecture est une activité plus féminine parce que plus introvertie, qui nécessite le calme et l'intimité de la maison, tandis que les garçons, plus " physiques ", ont besoin de se défouler, de sortir, d'avoir une activité corporelle intense. La vision est un peu réductrice. S'il est vrai que la lecture est présentée par les adolescentes comme un loisir à part parce que solitaire et difficilement communicable, on ne voit pas en quoi les garçons pourraient s'en juger exclus. Eux aussi avouent aimer le silence intérieur, précieux et magique, procuré par la lecture. La différence entre les deux sexes vient peut-être de la teneur de leurs lectures.
En effet, les " mauvais lecteurs " ou " non-lecteurs " intègrent leur statut comme une tare et considèrent, à l'instar des adultes, que la lecture de magazines, bandes dessinées, revues documentaires ou mangas, n'est pas réellement de la lecture. Les filles elles-mêmes, lorsqu'elles parlent de leurs lectures, évoquent exclusivement les romans et récits qu'elles ont lus, à l'exception de tout autre genre, établissant ainsi une hiérarchie implicite entre les différentes lectures, comme si l'acte de lire se résumait aux histoires romanesques. On entend bien souvent un enfant dire de lui-même: " je ne lis pas, je ne lis que des B. D. ", comme on dirait: "je n'ai pas dormi de la nuit, je me suis réveillé à trois heures ", sans la moindre conscience du paradoxe. Aujourd'hui donc, même si les adolescents ont bien plus la liberté de penser et d'exprimer leurs opinions, ils demeurent bien souvent victimes des préjugés véhiculés par leurs aînés, et des idées reçues sur ce qu'est la " bonne littérature ".
Pourquoi les filles lisent-elles, et que leur procure la lecture ? L'habitude prise le soir depuis l'enfance de lire avant de dormir est la première réponse avancée : on lit pour retrouver l'atmosphère délicieuse et douillette du temps où les parents nous lisaient des histoires... La notion de plaisir, de bien-être, est fondamentale pour entretenir un rythme de lecture, et surtout ne pas le perdre à l'adolescence, époque où adultes et professionnels du livre déplorent un fléchissement inexorable.
Les adolescentes interrogées qui ont su conserver des habitudes de lectrices, évoquent parfois la lecture comme un remède à l'ennui, mais pour la grande majorité d'entre elles, c'est l'évasion, la détente, le bonheur même, qui justifient leur pratique régulière de la lecture: " je me sens bien quand je lis ", " je lis pour me détendre ", " La lecture me repose de tout ce que j'ai fait dans la journée, c'est comme une sorte de yoga mais en lisant ", " Quand je lis je sens comme un bien-être, je suis de bonne humeur! " déclarent-elles.
Les autres loisirs, organisés à heure fixe (sports, activités artistiques,jeux ... ) ne procurent pas une pareille liberté d'esprit et revêtent un aspect bien plus répétitif. La lecture, au contraire, est pleine de surprises et d'évasion, et peut se pratiquer à n'importe quel moment et dans n'importe quel lieu : "je lis car ça me permet de m'évader, de changer de monde ", "Je m'évade loin de mes soucis, je suis dans un autre monde ", " C'est un moyen de m'évader, de faire un voyage
suite dans le n°23 de Lunes… http://www.editions-lunes.com/
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