02 juillet 2009

Manifeste pour la réhabilitation du Père Fouettard (Dominique Maes)

(Rétroviseur été 2009 - un article publié en 2004)

perefouettard.jpgIl est temps d'en finir avec le Père Noël.
C'est une ordure, nous le savons.
Valet du grand capital, représentant servile d'une boisson gazeuse imposée par la puissance économique américaine, serviteur des marchands de jouets qui infligent aux enfants un univers de pacotilles réducteur d'imaginaire, esclave boursouflé de la grosse bouffe aux saveurs douteuses de fonds de terroirs réactionnaires, complice de l'appauvrissement des terres sacrifiées à la culture des sapins de Noël… l'immonde imposteur ne peut plus nous séduire par sa perverse bonhomie de commerçant avide.
D'ailleurs, regardez le, pathétique parasite, s'accrocher à nos balcons et fenêtres pour envahir nos doux logis.
C'est un rat !
Abattez le !
Pas question pour autant de le remplacer par ce vieux Saint Nicolas, tellement religieux que nous ne pouvons douter du refoulement de ses pulsions, endiguées par deux mille ans d'histoire, qui provoquera tôt ou tard, si ce n'est déjà fait, l'horreur absolue.
Méfions nous de cet amateur de petits enfants, patron hypocrite de la confrérie des bouchers charcutiers.
Je ne vois plus guère que le Père Fouettard pour assouvir le besoin d'un personnage folklorique qui fête la vie, le temps qui passe, la froideur de l'hiver et les promesses de renouveau.
D'accord, il est un peu noir.
Mais reconnaissons son élégance sarcastique et sa capacité à chatouiller nos vieilles racines racistes accrochées au passé colonial.
Libéré de sa soumission à l'abbé cacochyme crossé et mitré, vous allez découvrir toute la richesse de sa personnalité.
C'est à coups de fouet qu'il va se rendre utile.
Et il y a du boulot en perspective pour un homme tel que lui.


Ah ! Je le vois déjà, joyeux compagnon au costume libertaire, s'attaquer aux institutions débranchées du vivant, faire jaillir des bureaux des foules de fonctionnaires, extirper de leur palais de marbre les banquiers insolents, réveiller les journalistes en les libérant du pouvoir mercantile des actionnaires qui dirigent leur feuille de chou, révéler la couardise des critiques et leur pensée conforme aux lois du marché et à la médiocrité du consensus et des bonnes intentions, bouleverser le petit monde de l'édition à coups de pied au cul des spécialistes du "marketing" incapables de comprendre qu'un livre n'est pas un produit et, de la même façon, dégonfler les prétentieuses baudruches artistiques qui s'illusionnent sur la profondeur de leur pensée masquée par la confusion systématique du langage, déboulonner les fausses idoles aveuglées par leur narcissisme éxacerbé par des médias qui dévorent leur pathétique personne, faire danser les flics et tous les petits chefs qui sévissent dans les écoles, les hôpitaux et les administrations, calmer quelques enfants qui n'ont plus de limite et fustiger les étudiants sans culture endormis dans les auditoires, faire circuler le sang, extirper quelques cris de frayeur et de rire.
Le paysage est beau ! Il est grouillant de vie.
Et puis, quand la bonne tempête sera un peu calmée, que le carnaval nous aura épuisés, vous le verrez, ce brave bougre, révéler sa tendresse pour une belle amie, la couvrir de présents, lui faire une cour inventive, cousue de traits d'humour.
Il posera son fouet dans un coin de la chambre et nous fermerons la porte pour le laisser en paix, dans sa douce intimité.
Mais le héros sera prêt à repartir en guerre, à poursuivre à nouveau le cul de la bêtise et lui faire sentir qu'il existe des limites !

MEILLEURS VOEUX A TOUS !


Dominique Maes, texte et illustration (aller sur son site)

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