19 juin 2009

Ho(m)me

9782742774029.jpgAu moment où j'écris ces phrases, la question vient d'être lancée : « Faut-il, oui ou non, obliger les sans-abri à avoir recours à un hébergement de force en cas de grand froid...». Et au moment où vous lirez ces lignes, le débat restera certainement entier. Ne voyez ici qu'un simple point de vue sur un douloureux problème de société, à travers quelques exemples littéraires. Je ne cautionnerai pas telle ou telle solution miracle ni ne chercherai à expliquer les raisons d'un tel malheur pour notre société, même si cela ne m'empêche pas d'avoir un avis concret sur la question. Bon nombre de livres jeunesse approchent le problème de l'exclusion, chacun à sa manière, et chacun avec une sensibilité qui lui est propre. On a souvent tendance à en trop dire ou pas assez à ce sujet, et il est vrai que lorsqu'on ne cotoie pas l'exclusion de près, ou quand nous ne voulons pas ouvrir suffisamment les yeux pour la saisir dans toute sa complexité, les mots sont souvent rares ou maladroits. Mais il est quelques albums et romans qui m'ont vraiment touché, par leur approche, leurs mots, leur justesse...


Cette précarité de certains, on la partage au quotidien, même dans des endroits insoupçonnables. Le petit garçon et son papa que l'on suit dans les coursives de l'aéroport de Toi, vole ! paru chez Syros en 2006 en sont un réel exemple. Evitant le froid de la rue, ils se fondent dans la foule, ne subsistant que grâce à l'anonymat qui est leur conféré par cet endroit déshumanisé, où les gens se croisent sans jamais se rencontrer. J'ai été particulièrement remué par cet album, qui aborde "simplement" et avec une grande finesse la réalité des Sans Domicile Fixe, qui ne frappe pas que dans la rue. L'album soulève à ce titre une autre question, qui occupe une place centrale dans le problème des sans-abri, celui du tabou. Car il est souvent impossible de parler de ces choses-là, soit parce que le moment "ne s'y prête pas", soit parce qu'elles nous concernent, de près ou de loin, et qu'elles sont à ce titre trop douloureuses à aborder. Dans C'était mon oncle ! (Yves Grevet, Syros) Noé apprend ainsi la mort de son oncle, et découvre que celui-ci vivait dans la rue depuis plus de quinze ans. Au-delà de la simple thématique qui évoque les blessures d'une famille et de la question qui consiste à se demander comment on en peut en arriver là, le roman est une formidable passerelle vers une autre forme de liberté, la poésie. Un sujet traité avec beaucoup de tendresse, à travers un regard honnête et droit...

C'est également le cas pour Raspoutine, paru l'année dernière aux Editions du Rouergue, qui aborde de front la relation d'un petit garçon qui se prend d'amitié pour un homme qui vit au pied de chez lui. Le sujet et la manière de l'aborder sont très directs, Guillaume Guéraud ne mâche pas ses mots, à notre grand plaisir, car l'hypocrisie n'est pas de mise, surtout lorsque l'issue de l'histoire n'est pas heureuse. Moins subversif dans l'approche, mais similaire dans son traitement du dénouement, Tolstoï, un conte de fées de Hanno, paru également en 2008 chez Actes Sud Junior, est un petit bijou de sensibilité et d'humanisme. Car même s'il s'adresse aux plus jeunes lecteurs, le ton donné laisse une vraie place au questionnement, dans son aspect le plus positif. Et plutôt que d'asséner des vérités culpabilisantes et qui pourraient coincer les opinions, Hanno interroge, interpelle le lecteur sans vraiment lui poser la question. Et c'est là aussi l'intelligence du livre. Nous amener à une vraie réflexion sur tout ça, et aider les plus jeunes à avoir un avis constructif sur le sujet. A ce titre, je l'en remercie.

Pour ceux qui souhaiteraient aborder la question à travers une approche plus réaliste et documentée, je vous invite à lire le superbe Dans la rue de Xavier Emanuelli, Clémentine Frémontier et Olivier Tallec (édité au Baron Perché), qui dépeint quelques tranches de vies, croquées par un Olivier Tallec au meilleur de son talent. Des quotidiens et des réalités très loin des nôtres, mais dont l'humanité est si précieuse... Beaucoup d'autres titres traitent de l'exclusion, à leur manière, et dans une démarche tout aussi intéressante. Je n'ai voulu parler que de ceux-là, mais je vous invite à les (re)parcourir, parce que ces livres-là aussi sont importants ; ils sont les témoins d'un des grands maux de notre monde, et le reflet d'une réalité que nous devrions apprendre à regarder en face pour mieux la comprendre...

Jean Pichinoty, La Soupe de l'Espace

- C'était mon oncle !, Yves Grevet - Syros (collection Tempo)

- Dans la rue, Xavier Emmanuelli, Clémentine Frémontier et Olivier Tallec - Le Baron Perché

- Attention fragile(s), Marie-Sabine Roger - Seuil Jeunesse

- Raspoutine, Guillaume Guéraud et Marc Daniau - Editions du Rouergue

- Le mendiant, Claude Martingay et Philippe Dumas - La Joie de Lire

- Le petit singe de la cinquième avenue, Kate Di Camillo et Bagram Ibatoullime - Tourbillon

- Toi, vole !, Eve Bunting et Frédéric Rébéna - Syros

- Tolstoï, un conte de fées, Hanno - Actes Sud Junior

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Commentaires

... sujet très sensible et pas toujours facile à aborder avec les enfants, si ce n'est grace à l'intermédiaire de la littérature. Je me permets d'ajouter à la liste, "l'enfant sous le pont" de Le Clezio ; et pour les plus jeunes, si vous le trouvez encore, "le petit bonhomme sur le carreau" aux éditions du Rouergue, magnifique ; enfin le très court et inoubliable "une nuit" de Christine Féret-Fleury.

Ecrit par : mariesol | 06 juillet 2009

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