29 mai 2009

Eurêka ! (itw de Delphine Grinberg)

Entretien avec Delphine Grinberg, auteure de la collection Croq'sciences (Nathan) et conceptrice d'expositions à destination des enfants pour le Palais de la Découverte. Par Carole Aillaud, librairie Le Rivage des Livres à Mantes-La-Jolie.

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Des ateliers de sciences pour les enfants en librairie… quelle drôle d'idée ! Est-ce que cela ne sera pas trop barbant ? C'est que l'école ne nous a pas laissé de souvenirs impérissables dans ce domaine... Mais lorsque Delphine Grinberg arrive avec son grand cabas jaune à fraises rempli de pailles, de chenilles à tordre, de petites chaussettes remplies de matières à palper, on s'étonne et on se dit vite qu'on va rencontrer une autre idée de la science… Entretien avec une scientifique qui s'ignorait.

Carole Aillaud : - Vous avez fait des études d'arts appliquées; comment arrive-t-on aux sciences par ce chemin ?
Delphine Grinberg :
- Jusqu'à vingt cinq ans, j'étais complètement ignorante et persuadée que les sciences, c'était très ennuyeux. Cette discipline, telle que je l'ai fréquentée et apprise à l'école n'avait rien à voir dans mes souvenirs avec ce que j'ai découvert par la suite. C'est tout à fait par hasard, voire par effraction, que je suis arrivée plus tard dans ce milieu. Je travaillais sur des expositions parce que je n'arrivais pas à choisir ce que j'allais faire. J'aimais dessiner, voyager, travailler avec des gens d'horizons différents; j'étais vraiment incapable de choisir. La Cité des Sciences m'a alors recrutée pour concevoir une exposition… et n'a heureusement pas exigé un cv très spécialisé. Et ce fut plutôt une bonne chose; cette non spécialisation s'est révélée utile : elle m'a aidée à trouver le chemin pour susciter et construire un intérêt chez des visiteurs pas forcément passionnés. C'était finalement plus facile pour une novice en la matière !


Des ateliers de sciences pour les enfants en librairie… quelle drôle d'idée ! Est-ce que cela ne sera pas trop barbant ? C'est que l'école ne nous a pas laissé de souvenirs impérissables dans ce domaine... Mais lorsque Delphine Grinberg arrive avec son grand cabas jaune à fraises rempli de pailles, de chenilles à tordre, de petites chaussettes remplies de matières à palper, on s'étonne et on se dit vite qu'on va rencontrer une autre idée de la science… Entretien avec une scientifique qui s'ignorait.

Carole Aillaud : - Vous avez fait des études d'arts appliquées; comment arrive-t-on aux sciences par ce chemin ?
Delphine Grinberg :
- Jusqu'à vingt cinq ans, j'étais complètement ignorante et persuadée que les sciences, c'était très ennuyeux. Cette discipline, telle que je l'ai fréquentée et apprise à l'école n'avait rien à voir dans mes souvenirs avec ce que j'ai découvert par la suite. C'est tout à fait par hasard, voire par effraction, que je suis arrivée plus tard dans ce milieu. Je travaillais sur des expositions parce que je n'arrivais pas à choisir ce que j'allais faire. J'aimais dessiner, voyager, travailler avec des gens d'horizons différents; j'étais vraiment incapable de choisir. La Cité des Sciences m'a alors recrutée pour concevoir une exposition… et n'a heureusement pas exigé un cv très spécialisé. Et ce fut plutôt une bonne chose; cette non spécialisation s'est révélée utile : elle m'a aidée à trouver le chemin pour susciter et construire un intérêt chez des visiteurs pas forcément passionnés. C'était finalement plus facile pour une novice en la matière !

- Vous parlez de "souvenirs éprouvants" concernant l'apprentissage des sciences à l'école, pensez-vous qu'il y aurait une autre manière de les enseigner ?

- Lors de leur formation à l'IUFM, les professeurs disposent en tout et pour tout de 20 heures d'enseignement ! C'est sans doute trop peu pour être formé à intéresser les enfants aux sciences. Je pense surtout que cet enseignement est un peu trop basé sur la théorie et éloigné des choses concrètes.

- Alors, comment, en tant que parent, qu'adulte, donner le goût des sciences aux enfants ?

- Justement au travers de petits actes concrets dans le quotidien. Les enfants sont des éponges, il faut tenter de ne pas laisser s'éteindre cette petite flamme qui les habite, cette aptitude naturelle aux sciences. Nul besoin d'être expert pour encourager et accompagner l'enfant. Faire la vaisselle c'est déjà de la science. Se laver les mains sans eau ni savon, permettre à l'enfant durant une promenade de rester à la traîne pour conduire ses observations, lui demander de vous aider quand vous faites un gâteau, écouter et tester ses hypothèses, lui proposer de jardiner ensemble… Il faut lui permettre d'expérimenter lui-même, de faire des erreurs, tout en étant le guide, discret mais présent, qui lui permet de progresser. On peut aussi tout simplement se laisser guider par les découvertes qu'il fait à l'école, prolonger une discussion ou une observation par la visite d'un musée des sciences ou d'une exposition. Vous savez, une enquête réalisée par le Palais de la Découverte en 2007, qui interrogeait les chercheurs sur l'origine de leur vocation, montre que l'intérêt pour les sciences s'est amorcé pour beaucoup dès les premiers contacts conscients avec le monde et souvent, dans une relation privilégiée à l'adulte, via l'observation. C'est au quotidien, en présence d'un adulte curieux, et à travers d'activités ou de loisirs simples qu'ils ont le plus souvent développé leur goût pour les sciences. Telle chercheuse se souvient des récoltes de feuilles, de fleurs, de fruits et d'insectes dans le jardin de son grand-père – et avec lui ! Tel autre indique que c'est l'observation des pistils d'un bouton d'or, des gouttes de rosée sur une toile d'araignée, d'un bourdon qui butine et d'une mappemonde qui ont développé son goût pour l'astronomie. Un autre encore raconte qu'en fabriquant ses propres jouets, en réparant avec son père des objets cassés, il approchait, sans le savoir, les lois de la mécanique... Plus les enfants auront exploré le monde réel qui les entoure, plus ils auront de facilité à faire le lien avec la théorie lorsqu'ils la rencontrent. Il est plus facile et souvent plus passionnant d'assimiler des lois d'optique si vous avez joué avec des miroirs que si c'est uniquement abstrait pour vous. Les livres que je conçois sont élaborés dans cet esprit.

- Comment travailler vous sur ces livres, notamment avec l'illustrateur ?
- Là encore, on passe par la pratique. Je demande en effet à l'illustrateur de passer une journée entière avec moi afin de faire les expériences proposées dans le livre. Ensuite seulement, il commence son travail d'illustration.

Propos recueillis par Carole Aillaud, Le Rivage des Livres

 

 

 

 

 

 

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