28 mai 2009
Le trou du cul du coq
Moitié de coq, livre CD des éditions Didier Jeunesse (lire / écouter ici), vaut quelques lettres outrées à l'éditrice, Michèle Moreau, tandis que l'album disparaît des rayons de quelques librairies…
En cause le trou du cul du coq dans lequel se réfugient ses compagnons : “Si tu veux voyager sans te montrer, rentre dans mon trou du cul et n’en bouge plus !”.
Nous publions ci-dessous la réponse de Michèle Moreau à la lettre d'une enseignante, ainsi que l'avis de l'auteur, Pierre Delye.
«Madame,
Nous avons pris connaissance de votre lettre concernant Moitié de Coq. Nous sommes très honorés de la confiance que vous nous témoignez par votre fidélité et regrettons sincèrement que vous ayez été déçue par votre achat. Cependant, nous assumons la publication de cet ouvrage et le défendons en tous points. Moitié de Coq est un conte musical qui a toute sa place dans notre catalogue.
Nous sommes conscients, avec l’auteur, Monsieur Pierre Delye, que la formulette « Rentre dans mon trou du cul », qui appartient à un registre de langue familier, et non vulgaire, et qui révèle, avec toute sa drôlerie, une scatologie, somme toute très répandue dans le folklore enfantin*, puisse choquer certaines personnes.
C’est d’ailleurs pour cette raison que nous avons choisi de la faire figurer en toutes lettres sur la quatrième de couverture afin de donner un aperçu on ne peut plus clair du contenu de l’ouvrage. Par ailleurs, il est tout aussi explicite (cf. la couverture) qu’il s’agit ici d’un conte musical réalisé dans un esprit rock’n roll. C’est dire qu’il est normal – et attendu – que le lecteur ou l’auditeur soit quelque peu bousculé, chahuté. Voici pour les signes extérieurs que l’éditeur décide, consciemment, de donner à lire afin que l’acheteur puisse faire son choix.
Pour ce qui est du fond, nous voilà face à un propos très fort, comme souvent dans le conte traditionnel, un propos sur le pouvoir, l’injustice et le courage, la persévérance ou la ruse des petits qui mènent le combat. Il s’agit aussi d’un de ces récits d’initiation dont les enfants ont tant besoin. Que l’émancipation de ce petit « Moitié de coq » soit ponctuée de refrains rock, au ton familier, qu’elle provoque le rire, quoi de plus naturel ! La violence qui est faite au jeune héros du fait du prince, la violence des puissants qui écrasent les faibles n’est-elle pas si forte qu’elle ne puisse être désamorcée par la dérision (celle du bouffon)ou par le rire ?
On ne dira jamais assez combien le rire est salutaire… On est ici dans un rire carnavalesque : la physionomie de notre héros (une moitié) est parfaitement absurde, totalement invraisemblable. Loin de tout réalisme, nous voici placés d’emblée dans le monde de la fiction, ce monde à l’envers du Moyen-âge. Et c’est ce qui nous permet, à nous lecteurs, petits et grands de prendre la mesure et de saisir immédiatement la force symbolique de cette histoire.
Un autre point mérite aussi toute notre attention : celui du rapport au corps et aux mots qui parlent du corps. Ce conte est d’origine traditionnelle, il en existe plusieurs variantes et dans certaines d’entre elles, plus récentes, le poussin ingurgite et dégurgite ses hôtes par le bec. Voilà qui paraîtra plus correct aux éducateurs, soucieux d’éviter d’avoir à parler du corps et de ses langages… Notre auteur, conteur de son état, habitué à décrypter, collecter, rassembler, sélectionner des contes, a choisi cette version parmi toutes les autres. Une version très ancienne, une version qui parle cru, celle qui dit « trou du cul », plutôt que « bec » … On est loin des euphémismes qui ont envahi la littérature pour la jeunesse dès le XIXè jusqu’à aujourd’hui, y compris dans le répertoire de la littérature orale ( ainsi, par exemple, une poule sur un mur… lève la patte et puis s’en va ! en lieu de lève la queue, évidemment !).
La tentation est grande, toujours aujourd’hui, d’aller vers la bienséance, mais cela devient vite une stratégie d’enfermement, de censure, osons le dire, que de mettre sous contrôle cette littérature-là, qui a tellement à voir avec la verdeur du langage et des idées.
Pierre Delye est originaire du Nord de la France, ainsi que tous les musiciens qui ont participé à l’aventure, où l’esprit de carnaval est encore bien vivant. Peut-être a-t-il plus de facilité à aborder les mots (et autres maux) du corps que d’autres…
Quelques libraires n’ont pas souhaité diffuser ce livre-disque et nous le regrettons.
Fort heureusement, de nombreux professionnels de l’enfance ont salué la parution de cet ouvrage : Moitié de Coq vient de recevoir le « Coup de cœur » de l’académie Charles Cros décerné à l’unanimité par le jury, ce printemps 2009.
Nous comprenons cependant que vous ne souhaitiez pas aborder l’ouvrage au sein de votre classe. Moitié de Coq est un livre-disque sans doute plus adapté à un plaisir de lecture et d’écoute personnel qu’à une étude dans le cadre scolaire.
En espérant que ce courrier vous permettra de porter un autre regard sur cet ouvrage,
Cordialement,
Michèle Moreau
Directrice des éditions Didier jeunesse»
*L’ouvrage de Claude Gaignebet, Le Folklore obscène des enfants, Maisonneuve et Larose, fait état d’une tradition très riche et très ancienne, qu’il fait remonter au Moyen-âge et qui est toujours au cœur de notre culture (de Brueghel à Vincent Malone, en passant par de nombreuses comptines et contes traditionnels)
La réponse de Pierre Delye
«Salut Michèle,
Bonjour aux lecteurs et lectrices,
Ton courrier me plaît beaucoup…
Voici juste quelques réactions :
Le conte type AT715, dit de la moitié de poulet est en effet un conte traditionnel blanchi sous le harnais. Collecté en plus de quatre-vingt versions en France, il pose comme tu le dis si bien, la question de la réponse du petit, du contrefait, du moche, du pauvre aux exactions du puissant. Le « trou du cul » aurait pu être éludé : «monte dans mon tchu», «grimpe dans mon derrière» sont des formulations courantes quand on veut le dire sans le dire. Cela me rappelle ces gens qui jurent en disant «palsambleu» ou «nom de bleu» ( en Suisse), les hypocrites!
S'arrêter au trou du cul , lui accorder une autre importance que celle d'un mot truculent, vert, rigolo et si bénin , ce n'est pas entendre le reste de l'histoire...
Mais vous le savez déjà.
Ce qui est rigolo, c'est que je viens de raconter pour 350 gamins aujourd'hui, cette même histoire. Pas un n'est dupe du véritable enjeu. Les enseignants, qui ne jouent pas avec nous par contre, se coincent eux mêmes dans leur crainte du qu'en dira t'on, du politiquement correct et de la judiciarisation de notre société ("que vont me reprocher les parents?"). Comme si les cours d'école étaient devenues des lieux javellisés.
… »
Pierre Delye
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Commentaires
Rhô... !!! C'est scandaleux.
Non, en fait, c'est scandaleusement DrôLe !!! :-)
Je connais certaines petites oreilles qui apprécieront.
Ecrit par : pagesapages | 28 mai 2009
Comme quoi le chemin parcouru depuis les indignations de la petite taupe et son caca sur la tête est court.... c'est parfois désespérant mais non, restons confiants;)
Ecrit par : vanessa(eliabar) | 29 mai 2009
trou de cul ou pas trou de cul ? la question est posée..... Assurément trou de cul!!!! les enfants adorent !!! les grands aussi. Arthur 7 ans: "c'est tout a fait trou..culant". Oui oui Madame il y a de la pédagogie, la dessous ! et aussi toute une histoire à côté tout a fait socialement correcte.
Ecrit par : chlomooc | 29 mai 2009
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