13 mai 2009

«Nous ignorions si mon héroïne trouverait son public…» (par Pierre Bottero)

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L'épopée d'Ewilan (six romans à l’heure actuelle) est née de la rencontre entre une passion et une surprise.
Une passion, ancienne puisque  datant de mes premiers pas de lecteur, pour la littérature de l'imaginaire et la surprise, bien plus récente, que j'ai éprouvée lorsque mon premier roman a été publié.
De cette rencontre a jailli une évidence un peu naïve : puisque, apparemment, j'étais devenu auteur, et puisque j'adorais la fantasy, j'allais écrire de la fantasy. Sans me poser davantage de questions, je me suis lancé dans l'écriture d'un projet de plus de mille pages.
Mon seul objectif était alors de me faire plaisir et de laisser jaillir de moi un univers et des personnages qui avaient poussé sans que j'y prenne garde. Bien sûr, j'espérais que cette trilogie, puisque trilogie il y aurait, serait publiée mais ce n'était là qu'un point secondaire. Loin derrière le rêve et l'aventure. Et les pages s'empilaient sur mon bureau et s'empilaient encore.
Bonheur immense de laisser libre cours à son imagination, de n'accepter de limites que pour pouvoir les dépasser, de créer un monde fantastique en veillant à sa cohérence, de rencontrer des personnages étonnants et de ciseler leur caractère... Et les pages s'empilaient toujours.


Une fée a dû se pencher sur mon berceau ou alors un farfadet veille sur moi. J'ai eu la chance de trouver en Rageot une maison d'édition qui a cru au projet Ewilan et une équipe avec qui j'ai appris à reprendre un texte, à le corriger, à l'améliorer. Encore et encore. Parce que écrire une trilogie de fantasy, et a fortiori deux, représente certes un plaisir incroyable mais aussi beaucoup de travail. Pour tout le monde.
Lorsque le premier tome d'Ewilan est sorti, nous ignorions si mon héroïne trouverait son public et si sa route serait longue mais nous ne doutions pas de lui avoir donné toutes ses chances.
La suite ressemble un peu à un rêve, ou à une balade dans un roman de fantasy. Ewilan a trouvé son public, beaucoup plus large que nous ne l'espérions, et moi j'ai trouvé, dans les réactions de mes lecteurs et l'accueil qu'ils réservent à mes livres, une source inépuisable d'énergie et d'inspiration. L'aventure s’est prolongée par la naissance d’autres séries "fantastiques", LAutre d’abord puis Le pacte des Marchombres dont le troisième et dernier tome est sorti en octobre.
Au-delà de la fantasy, le succès de la littérature de l'imaginaire (le terme me permettant d'englober le fantastique, le merveilleux, la science-fiction, l'anticipation et j'en passe...) vient sans doute, en partie, d'une réaction aux pressions sociales et éducatives sans cesse plus fortes qui s'exercent sur les jeunes. Réussite scolaire, loisirs utiles, activités sportives, activités culturelles, activités artistiques, choix précoces d'orientation, rentabilisation du temps libre... jusqu'à sa disparition ! Qui a parlé de la semaine de trente cinq heures ?
Le livre arrive comme une bouffée d'oxygène, rééquilibrant la balance en offrant à son lecteur ou à sa lectrice la part de rêve et d'évasion indispensable à une construction harmonieuse de sa personnalité.
Deuxième raison et non des moindres, les romans de l'imaginaire véhiculent, quoi qu'en disent les esprits chagrins, des valeurs humaines qui tendent à l'universalité. Si, pour les adultes, Philip José Farmer a écrit la richesse de la différence, Joan Vinge la force de l'amour, Dan Simmons la folie de l'extrémisme, les auteurs jeunesse ne dérogent pas à la règle. Et, pour ne pas être taxé d'égotisme, renvoi est fait aux romans d'Erik L'Homme, Nathalie Legendre, Christian Grenier, Christophe Lambert, Jean-Luc Luciani et tant d'autres, qui savent tisser avec brio la forme et le contenu. Les jeunes lecteurs ne s'y trompent pas.
Au risque de me répéter, l'écriture est avant tout plaisir. Plaisir intense d'écrire L'Autre pour les plus grands, une trilogie fantastique (le mot étant pris cette fois au sens littéraire du terme) qui m'a donné l'occasion de fouiller les facettes sombres de certains personnages et celles... de mon imagination, plaisir intense de retrouver l’univers d’Ewilan avec Le pacte des Marchombres, mais aussi plaisir joyeux d'écrire Le voleur de chouchous pour les plus jeunes, ou encore plaisir convivial d'écrire Isayama, un album qu'a illustré de façon magique mon ami Jean-Louis Thouard.
D'autres projets arrivent, le plaisir demeure.


Pierre Bottero

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